Europe-Action

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Europe-Action est une revue mensuelle et un mouvement politique qui ont dominé la mouvance nationaliste française au cours des années 1963 à 1967. Ce courant, créé et animé par Dominique Venner, a considérablement renouvelé le corpus idéologique du nationalisme en proposant une synthèse dont les grandes lignes restent valables aujourd'hui. Elle a ouvert de nouvelles voies à la réflexion théorique et même philosophique, et a contribué à donner naissance à une nouvelle culture qui s'est ensuite continuée dans ce qu'il est convenu d'appeler la « nouvelle droite ».

Europe-Action

Histoire

Contexte et origines

A partir de 1960 se forment en France des groupes qui n'ont plus comme objectif de préparer un hypothétique putsch, mais veulent avant tout diffuser des idées et agir sur le long terme. Au sein de ses groupes, les militants qui prennent alors le plus d'influence partent d'un régionalisme ethnique pour déboucher sur la nécessité de faire l'Europe. L'un des plus célèbres d'entre eux est le régionaliste normand Jean Mabire. Ils sont rejoints par de jeunes militants de Jeune nation, comme Dominique Venner, et de la Fédération des étudiants nationalistes (FEN), qui veulent tirer un trait sur l'expérience de la guerre d'Algérie[1].

Pour une critique positive

En tant qu'organisation politique et école de pensée, Europe-Action est né tout armé du cerveau de Dominique Venner. C'est à la prison de la Santé, où il a été incarcéré en avril 1961, qu'il rédige le texte fondateur du mouvement, Pour une Critique positive, dont la première édition est publiée en tribune libre par le petit hebdomadaire de droite Politique-Éclair, à la fin du mois d'août 1961. C'est également dans sa prison que Venner se lie avec l'activiste Jacques de Larocque-Latour (1935-2011), qui sera bientôt le dessinateur attitré de la revue Europe-Action sous le pseudonyme de Coral, et avec Maurice Gingembre, qui était le principal trésorier de l'OAS-Métro.

Pour une Critique positive est considéré comme l'équivalent de l'essai Que faire ? que Lénine avait publié en 1902 pour mettre au clair les concepts idéologiques et organisationnels qui allaient permettre aux bolcheviks russes de prendre le pouvoir en 1917. En moins de trente feuillets dactylographiés, Venner y tire la leçon des échecs de l'OAS, décrit sans pitié les tares de l'opposition nationale, répudie les niaiseries du conservatisme et de l'opportunisme, et expose les méthodes et les objectifs que doit se donner un mouvement nationaliste pour être efficace : pas de révolution nationaliste sans parti révolutionnaire, pas de parti révolutionnaire sans doctrine révolutionnaire, et pas de doctrine révolutionnaire sans une éthique et même une culture au service de la révolution nationaliste. Tout en plaidant pour un mouvement solidement centralisé et discipliné dans l'action militante, Venner envisage déjà ce qu'on appellera plus tard la métapolitique.

Concrètement, il préconise d'en finir avec l'activisme, d'éliminer « les dernières séquelles de l'OAS », de créer les conditions d'une action nouvelle, populaire et résolument légale, s'appuyant sur une doctrine cohérente.

« Le travail révolutionnaire est une affaire de longue haleine qui réclame de l'ordre dans les esprits et dans les actes. D'où le besoin d'une théorie positive de combat idéologique. Une révolution spontanée n'existe pas ».

Ce texte restera pendant toute une décennie l'horizon indépassable du mouvement nationaliste. Il sera réédité sous une forme enrichie (de la main d'Alain de Benoist, dit-on) dans une édition spéciale (le n° 5, de mai 1963) de la revue Europe-Action sous le titre Qu'est-ce que le nationalisme ? En décembre 1969, une mouture réactualisée, diffusée en brochure ronéotypée, sera le tout premier texte édité par le nouvellement fondé mouvement Ordre nouveau. Une version finale, fortement remaniée et augmentée, figure encore dans le livre Ordre nouveau publié en juin 1972[2].

Lancement

Libéré en octobre 1962, Venner se lance immédiatement dans la mise en place des structures dont il a besoin pour le mouvement qu'il a projeté. Grâce aux contacts que lui a procurés Maurice Gingembre, il peut financer une maison d'édition (les éditions Saint-Just) et la revue Europe-Action, dont le premier numéro sort en janvier 1963. Celle-ci suscite autour d'elle une structure militante (les Volontaires d'Europe-Action) initialement recrutée parmi les anciens de Jeune nation, complétée en 1964 par les CSDEA (Comités de soutien d'Europe-Action). Est naturellement rattachée à cette mouvance la Fédération des étudiants nationalistes (FEN), que Venner télécommandait depuis sa cellule à la Santé. Une librairie parisienne (la Librairie de l'Amitié, rue Cassette) s'ajoute au dispositif.

En peu de temps une structure impressionnante de cohérence est née. Lorsque l'autre ex-leader de Jeune nation, Pierre Sidos, sortira à son tour de prison, en juin 1963, il trouvera tout le terrain disponible déjà occupé par les amis de Dominique Venner, contre qui il restera fâché à jamais.

Le premier numéro de la revue Europe-Action paraît en janvier 1963 et est tiré déjà à dix mille exemplaires. En 1964, elle passe à une nouvelle formule, et le tirage atteindra entre 15 et 20 000 exemplaires. La rédaction comprend, outre Venner, Jean Mabire, Alain de Benoist, Pierre Hofstetter, Gilles Fournier, Alain Lefebvre, François d'Orcival, Jean-Claude Rivière et Jean-Claude Valla. Saint-Loup et Saint-Paulien y collaboreront régulièrement.

Les deux premières années, la revue est produite sous forme de brochure petit format, comme les publications théoriques dont elle se flatte d'être. Puis elle passe au format magazine, mieux adapté aux ventes à la criée sur les marchés, s'orne d'une riche iconographie et d'une mise en page attrayante, mêlant de façon harmonieuse mots d'ordre militants, analyse politique et idéologique, et des pages culturelles d'excellente qualité. La revue est alors sous-titrée « Le magazine de l'homme occidental ». Elle bénéficie des contributions de nombreux journalistes et écrivains consacrés, y compris certains a priori plutôt éloignés de ses options doctrinales, mais tel est le rayonnement du mouvement que sa revue tient une place incontournable dans le milieu intellectuel de la droite radicale. Jean Mabire en devient rédacteur en chef en 1965.

La tentative électorale

Cette même année, le mouvement Europe-Action participe activement à la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancour, comptant de la sorte élargir encore sa zone d'influence.

C'est là que les choses vont commencer à se gâter. Europe-Action, qui pense pouvoir recueillir l'héritage du mouvement Tixier, tente début 1966 de se métamorphoser en parti politique sous l'appellation de Mouvement nationaliste du progrès, lequel MNP deviendra en fin d'année le Rassemblement européen de la liberté (REL), qui ne rassemblera pratiquement personne en dehors de sa mouvance d'origine, tandis que la base militante est de plus en plus aspirée par le mouvement Occident.

Entre-temps, la direction du MNP s'est brouillée (dans des circonstances obscures) avec son bailleur de fonds Maurice Gingembre, ce qui attise les polémiques. Les milieux influencés par le catholicisme (que ce soient les monarchistes, les amis de Pierre Sidos ou le MJR qui se crée fin 1966) mènent une campagne de dénigrement de plus en plus offensive contre la « maladie vennérienne » du nationalisme, en particulier ses orientations hostiles au christianisme.

La faillite financière se précise. La revue Europe-Action doit cesser sa parution en décembre 1966. Tout l'édifice s'écroule. L'aventure électorale du REL se solde par un échec humiliant en mars 1967. Le 2 juillet 1967, Dominique Venner annonce à ses amis qu'il cesse toute activité politique.

Relations extérieures

Europe-Action a développé des liens avec de nombreux mouvements de la droite radicale européenne. Le mouvement s'est aussi s'engagé pour la défense des Blancs d'Afrique austriale (République sud-africaine, Rhodésie, etc.), alors en danger d'être massacrés.

En défense des blancs d'Afrique

Belgique

En 1964, des dissidents de l'organisation Jeune Europe de Jean Thiriart fondent les groupes Révolution européenne (RE). Ils prennent pour modèle Europe-Action avec qui ils auront des contacts. Les principaux responsables de RE, à la disparition de cette organisation, poursuivront leur combat dans d'autres structures.

Italie

Europe-Action aura des contacts réguliers avec le Centro Studi Ordine Nuovo italien.

Portugal

Dès 1962, la Fédération des étudiants nationalistes entretient des relations suivies avec les militants portugais du mouvement Jovem Portugal, dirigé par Zarco Moniz Ferreira. Ces relations se re poursuivent et se renforcent avec la création d'Europe-Action.

La culture Europe-Action

Europe-Action s'est développé à la fois comme courant de pensée et comme mouvement politique militant. En cela, son cas peut être comparé à ceux de l'Action française ou du mouvement communiste marxiste — si ce n'est qu'E.-A. a pris le contrepied absolu de l'une comme de l'autre.

Le succès d'E.-A., et l'influence que ce mouvement continue à exercer, reposent sur une culture spécifique dont les éléments sont fortement intercorrélés.

Suivant le texte doctrinal le plus important du mouvement, la brochure Qu'est-ce que le nationalisme ? publiée en 1963, la nouvelle organisation veut opérer la synthèse de trois courants: un courant « socialiste », basé sur Sorel et Proudhon, un courant « traditionaliste », exprimé par des auteurs comme Maurras, Auguste Comte, Barrès, Drumont, et un courant « scientifique », c'est-à-dire appuyé sur les travaux de Vacher de Lapouge et d'Alexis Carrel.

En s'appuyant sur les lois mendéliennes, les doctrinaires d'Europe-Action proposent de « créer une puissante organisation nationaliste ayant une totale discipline et une direction unique, parce que la division voue à l'opportunisme et à la désintégration », de « trier la classe dirigeante », d'en « éliminer l'écume biologique », de « renvoyer les médiocres de cette classe à leur rang et conserver l'élite valable », de « ségréguer, sans vaine sensiblerie, le peuple et le déchet biologique », de « ne pas permettre la croissance biologique du déchet ».

Culte des origines

Une des intuitions fondamentales d'E.-A. est que la philosophie hellénique et l'héroïsme du guerrier spartiate, la conquête de la rationalité et le sens du tragique, sont deux aspects indissociables d'une vue du monde dont procède toute la culture européenne, et dont celle-ci ne peut s'écarter durablement sous peine de se perdre. Avec E.-A., l'étude de l'Antiquité sort des poussiéreuses humanités gréco-latines pour redevenir porteuse de sens dans le monde actuel.

Cette approche aura aussi pour conséquence l'accent mis de façon croissante sur les racines germaniques et celtiques de notre culture, et plus généralement sur les études indo-européennes.

Rejet du traditionalisme a priori

Pour E.-A., le passé n'est pas à révérer sous prétexte qu'il est révolu. Rien n'est plus étranger à sa vision que les songeries passéistes qui voudraient retourner à des états antérieurs à ce qui est perçu comme décadence. Le message d'E.-A. va à l'opposé de Joseph de Maistre ou Charles Maurras, voire de Julius Evola ; il est qu'à tout moment une volonté révolutionnaire peut susciter un resurgissement des valeurs ancestrales. D'où les hommages rendus au conventionnel jacobin Saint-Just, à travers la maison d'édition éponyme (au grand scandale des héritiers de l'Action française), ainsi qu'aux insurgés de la Commune de Paris.

Une critique radicale du christianisme

Le nationalisme européen d'E-A se veut moderne, de progrès, en rupture avec le « vieux nationalisme chauvin et réactionnaire ». Il se fonde sur les « lois de la vie », la réalité, le réalisme biologique qui exalte une vision social-darwiniste du combat pour la vie, en opposition à l’universalisme, philosophie de l'« indifférenciation ». Pour Europe-Action, tout est lutte dans le monde.

Se posant en porteur de la véritable révolution (face à une gauche marxiste et progressiste dénoncée comme « conservatrice »), le mouvement s'oppose également au christianisme, considéré comme un danger pour la « communauté occidentale », religion à l'origine de l'égalitarisme, « erreur aussi pernicieuse que celle du matérialisme puisqu'elle provient de la fausse distinction entre l'esprit et le corps ». Il met en avant une « éthique européenne » refusant aussi bien le conservatisme bourgeois que la technocratie, la démocratie ou le capitalisme libéral, exaltant le culte de l'honneur et de la jeunesse courageuse.

En toute logique, E.-A. propose, d'une façon destinée à devenir toujours plus explicite, une réévaluation des racines païennes de l'Europe. Ce qui est un choix dicté à la fois par la raison, et par le contexte historique : les années 1955-1965 ont été la phase pivot qui a vu l'emprise de l'Europe sur le monde se rétracter tandis que la déchristianisation y devenait massive. On peut noter que les années 1963-1966, celles où E.-A. est à l'acmé de son influence dans la droite française, ont coïncidé avec le concile Vatican II qui a avalisé la transformation de l'église catholique en lobby compassionnel préoccupé d'antiracisme et d'aide aux peuples sous-développés (« sous-développés parce que sous-capables », répondait en substance E.-A.).

La mystique nationale (fût-elle élargie aux dimensions de l'Europe) est par nature antinomique de l'universalisme chrétien, plus particulièrement catholique (les nations européennes se sont construites contre l'Église). Cette réalité a longtemps été occultée au nom de l'anticommunisme, qui amenait les droites nationales à faire cause commune avec les courants catholiques réactionnaires. Le grand apport d'E.-A. est d'avoir explicitement levé l'équivoque à ce sujet. Le fait que le Front national ait intégré au début du 21e siècle la défense de la laïcité à son discours peut être lu comme une conséquence lointaine de cette clarification.

Alain de Benoist contribue en outre à la découverte par les militants nationalistes de l'œuvre de l'épistémologue et historien rationaliste des origines du christianisme Louis Rougier, notamment Celse, discours vrai contre les chrétiens (Jean-Jacques Pauvert, 1965) et Histoire d'une faillite philosophique : la scolastique (Jean-Jacques Pauvert, 1966), écrivant dans Europe-Action :

« Nous opposons Louis Rougier à Jean-Paul Sartre, comme nous condamnons le délire verbal par la logique, Jean Rostand à Teilhard de Chardin, parce que le réalisme biologique est le meilleur outil contre les chimères idéalistes. »

Le réalisme biologique

La part la plus politiquement incorrecte de l'idéologie d'E.-A. est le « réalisme biologique » (notion inaugurée par René Binet dans les années d'après-guerre), qui n'est autre que la prise en compte du fait racial. Les théoriciens du mouvement postulent la non-commensurabilité des cultures, constatent leur inégalité, celle des peuples comme celle des individus. En découlent évidemment la condamnation du métissage et de l'immigration non-blanche, et l'impératif eugéniste.

Europe-Action est encore loin de l'ethnodifférentialisme qui se développera quelques années plus tard dans les cercles de la Nouvelle droite. En effet, en 1964, est publié un gros dossier consacré au tiers-monde, un Cahier d'Europe Action intitulé « Sous-développés, sous-capables ».

Europe-Action sera l'une des premières voix à appeller à la prise de conscience du problème démographique, qui voit le déclin numérique des peuples blancs et la progression galopante des masses du tiers-monde. De la même manière et en corollaire, la revue et le mouvement sont les premiers en France à tirer la sonnette d'alarme au sujet de l'immigration massive extra-européenne, exigeant le rapatriement massif des allogènes.

Contre l'immigration extra-européenne

L'apport des acquis récents des sciences humaines

E.-A. préfigure les travaux qui trouveront plus tard place dans la revue Nouvelle École en s'intéressant précocement aux nouvelles pistes ouvertes par l'anthropologie, physique comme culturelle, particulièrement dans les pays anglo-saxons. La revue a été parmi les toutes premières publications à introduire en France les idées exposées par l'Américain Robert Ardrey dans son livre African Genesis (1961) (qui venait d'être traduit en français sous le titre Les Enfants de Caïn[3]), qui a popularisé la thèse du « singe carnivore tueur » comme ancêtre de l'homme, et son agressivité territoriale comme facteur central de son évolution.

Un socialisme enraciné

Le nouveau nationalisme d'Europe-Action se veut aussi socialiste, même si ce socialisme n'a rien à voir avec celui des marxistes ou celui des sociaux -démocrates. Il se revendique du socialisme français de Pierre-Joseph Proudhon et de Georges Sorel, d'un socialisme enraciné opposé au socialisme universaliste. Ce socialisme n'est ni égalitaire ni internationaliste, mais il doit forger la solidarité et l'unanimité de la communauté populaire.

Le mouvement prendra soin de s'inscrire en continuité avec les insurrections populaires socialistes non marxistes. Ainsi, en 1963, la plaquette Qu’est-ce que le nationalisme ? décrit la Commune comme une « insurrection des patriotes parisiens » où s’illustre Louis Rossel « assassiné par les Versaillais (parti des défaitistes) », et conclut que « l’analogie est frappante avec l’insurrection spontanée des Français d’Algérie en 1962. Le souvenir des 30 000 patriotes fusillés sur ordre de la bourgeoisie capitaliste représentée par Thiers appartient aux nationalistes. »[4]

Topologie des cercles d'appartenance : nationalisme européen et défense de l'Occident

Aux vieilles controverses sur les conceptions de la nation, E.-A. apporte un dépassement par le haut : si les patries charnelles et culturelles sont les nations historiques (voire leurs régions), l'Europe est la nation stratégique comme volonté et comme représentation, elle-même englobée dans l'Occident (en clair, le monde blanc) qui est la communauté de sang.

Europe-Action prône un nationalisme européen, une Europe des ethnies, fondée sur l'héritage occidental. Le traditionnel nationalisme français est qualifié de « séparatiste » et jugé dépassé et incapable de faire face à l'internationalisme communiste et au capitalisme cosmopolite. Pour la revue de Dominique Venner, l'Europe, loin de se limiter au seul continent, est, suivant le mot de Jean Mabire, « un cœur dont le sang bat à Johannesburg et à Québec, à Sydney et à Budapest, à bord des blanches caravelles et des vaisseaux spatiaux, sur toutes les mers et dans tous les déserts du monde ».

Pour Europe-Action, le nationalisme européen, contrairement à ce que sera celui de Jean Thiriart et de son mouvement Jeune Europe, ne se limite pas aux frontières européennes. Il se conçoit comme un Occident uni, compris comme la communauté des peuples blancs. En juin 1964, dans le numéro 18 de la revue, Gilles Fournier en cartographie les frontières : «  Nos marches frontières, ce sont l’Andalousie et le Transvaal, le Texas et la province maritime de Vladivostock. Notre patrie, c’est le monde blanc ».

La « vieille droite » contre Europe-Action

Les positions racialistes, révolutionnaires, nietzschéennes et païennes d'Europe-Action lui valent rapidement une hostilité déclarée des mouvances maurrassiennes et nationales-catholiques. Jacques Ploncard d'Assac, qui avait pourtant contribué aux premières livraisons de la revue, annonce sa rupture définitive avec elle dès l'été 1963, considérant que le christianisme devait être considéré comme une partie intégrante de l'ethnie française.

Pierre Sidos affirmera en 1964 n'avoir rien de commun avec la revue et ses idées, et maintiendra toujours une attitude extrêmement critique envers Dominique Venner[5].

Jean-Gilles Malliarakis estime que le n°5 d'Europe-Action a ouvert « une voie de garage » : « C'était antichrétien, et ça c'était insupportable. Personnellement c'est ça qui m'a séparé de cette bande-là. » De son côté, François Duprat, explicitement athée mais qui voit dans les nationalismes arabes et asiatiques des résurgences de l'esprit fasciste, s'en prend durement à la prétention d'Europe-Action de réduire l'Histoire à « une suite ininterrompue de combats entre une race occidentale parée de toutes les qualités, et un magma oriental incapable de progrès »[6].

Postérité

Europe-Action a posé les bases doctrinales de ce qui deviendra quelques années plus tard la Nouvelle Droite (on peut ainsi trouver sur telle profession de foi du REL les prémices de ce qui deviendra l'ethno-différencialisme néo-droitier). Nombreux sont en effet les anciens militants d’Europe-Action parmi la liste des quarante membres fondateurs du GRECE publiée par Nouvelle École dans son numéro d'août-septembre 1968 : outre Alain de Benoist, Dominique Venner (Julien Lebel), Jean Mabire et Pierre Vial, on trouve Roger Lemoine, ancien secrétaire d’Europe-Action et futur président du GRECE, ou Jacques Bruyas, ancien responsable de la Fédération des étudiants nationalistes et d'Europe-Action à Nice.

Aujourd'hui, l'héritage d'Europe-Action est revendiqué par les revues identitaires Terre et peuple et Réfléchir et agir.

Bibliographie

  • Edouard Rix, « Europe Action, notre grand ancêtre », in: Réfléchir et agir, automne 2013, no 45, p. 48-50.

Documents

  • Dominique Venner, Qu'est-ce que le nationalisme ?, Paris, Saint-Just, 1963 (rééd. Nantes, Ars Magna Editions 2016, 90 p., préf. de Christian Bouchet).

Liens externes

Notes et références

  1. Christophe Boutin, « L'extrême droite française au-delà du nationalisme 1958-1996 », Revue Française d'Histoire des Idées Politiques, 3, 1, p. 113-159
  2. Pages 61 à 100. Ouvrage réédité en fac-similé par Deterna Editions, 2009, ISBN 9782360060061
  3. Les Enfants de Caïn, éd. Stock, 1963
  4. Plus tard, le 1er mai 1966, date du premier congrès du Mouvement nationaliste du progrès, héritier direct d'Europe-Action), une délégation conduite par le général Cariou dépose une gerbe au mur des Fédérés.
  5. cf. Pierre Sidos dénonce la pensée de Dominique Venner
  6. Cités par Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, François Duprat, l'homme qui inventa le Front national, Denoël, Paris, 2012.