Jean-Louis Tixier-Vignancour

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Jean-Louis Tixier-Vignancour

Jean-Louis Tixier-Vignancour (né le 12 octobre 1907 à Paris, décédé le 29 septembre 1989 à Paris) a été un avocat et homme politique français, figure emblématique de la droite nationale des années 1960.

Biographie

Militant royaliste puis Croix de Feu dans sa jeunesse, il se fait connaître comme un enfant prodige du barreau et de la politique, avocat à l'âge de 21 ans et élu à 28 ans député en 1936 dans la chambre du Front populaire, ce qui ne l'empêche pas de se rapprocher du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot peu avant la 2e Guerre mondiale. Puis il rejoint le gouvernement de Vichy, où il est brièvement secrétaire général adjoint à l'Information en 1940-1941, ce qui lui vaudra dix ans d'inégibilité après la guerre.

En tant qu'avocat, il a notamment eu pour client l'écrivain Louis-Ferdinand Céline, pour lequel il obtient le 25 avril 1951 une amnistie plénière inespérée. Fin procédurier, Tixier-Vignancour a présenté et plaidé son dossier de telle sorte que les magistrats ne soupçonnent pas que le Louis-Ferdinand Destouches (le vrai nom de Céline) sur lequel ils ont à statuer est en réalité l'écrivain maudit d'entre les maudits...

Tixier-Vignancour retourne au Palais Bourbon en 1956, élu député des Basses-Pyrénées sous l'étiquette d'un petit parti de droite qu'il a créé deux ans plus tôt, le Rassemblement national, qu'il saborde sitôt élu. Il vote les pleins pouvoirs au général de Gaulle en 1958.

En 1962-1963, l'avocat à la célèbre « voix de bronze » devient la star incontestée de la droite anti-gaulliste en se faisant le défenseur des conjurés du putsch d'Alger et des hommes de l'OAS. Promu porte-drapeau des vaincus de l'Algérie française, soutenu par les Comités T.V. qui rassemblent toutes les organisations nationales et nationalistes, il se présente à l'élection présidentielle et recueille 5,2% des voix le 5 décembre 1965. Tixier-Vignancour recycle ensuite ce qui demeure des Comités T.V. dans l'Alliance républicaine pour les libertés et le progrès (ARLP), qui ira d'échec en échec.

En 1968, il tente de lancer un Front national anticommuniste sans lendemain. Il apporte son appui à Pompidou lors de l'élection présidentielle de mai 1969. Il exhorte alors les ex-Algérie française à soutenir la droite de gouvernement, mais sombre peu à peu dans l'oubli. Il sort de sa retraite en 1979 pour prendre la tête de la liste Eurodroite présentée par le PFN, qui obtiendra 1,33% des votes aux premières élections européennes au suffrage universel.

Affiche de Jean-Louis Tixier-Vignancour datant de 1965

L'échec exemplaire des Comités T.V.

Dès 1964 Jean-Louis Tixier-Vignancour a fait savoir son intention de concourir à la prochaine élection présidentielle. Cette candidature a été principalement suscitée et défendue par Jean-Marie Le Pen (qui regrettera plus tard de ne pas s'être porté lui-même candidat à sa place[1]). Cette annonce déclenche une vague d'enthousiasme dans tout le milieu Algérie française. L'avocat se fait le porte-parole de la révolte des rapatriés d'Algérie, porte les espoirs de la droite antigaulliste ainsi que d'ex-poujadistes (dont Jean-Marie Le Pen), et recueille le soutien de tout ce qu'il est convenu d'appeler l'« opposition nationale », de sa presse (Rivarol, Minute) et d'Europe-Action, qui en est alors sa principale composante organisée. Des Comités T.V. fleurissent dans tout le pays pour animer la campagne.

Celle-ci, gérée par Jean-Marie Le Pen, est un modèle de dynamisme. On se souvient en particulier de la caravane T.V. qui fait la tournée des plages durant l'été 1965 et soulève une intense ferveur populaire le long de la côte méditerranéenne. Chacun s'accorde alors à estimer à au moins 10% le score électoral à attendre (des sondages auraient prédit jusqu'à 19%). Tixier-Vignancour se voit déjà à la tête d'une troisième force capable de faire jeu égal avec François Mitterrand, que soutient le Parti communiste, et le général de Gaulle. On imagine que tous les courants qui ne se reconnaissent ni dans de Gaulle ni dans le communisme sont destinés à se rassembler derrière Tixier.

Principale porte-parole de la droite d'idées, l'influente revue L'Esprit public, autour de laquelle gravite le Rassemblement de l'Esprit public (animé par Hubert Bassot et Philippe Héduy, et notamment par Bernard Antony dans le Sud-Ouest) accorde initialement son appui avant de se raviser pour soutenir le centriste Jean Lecanuet, qui apparaît mieux placé pour mettre de Gaulle en ballottage. Cette déception incite Tixier-Vignancour à recentrer son discours au-delà du nécessaire, dans le vain espoir de récupérer les modérés rétifs à son image d'avocat de l'OAS.

C'est ainsi qu'il aborde la phase finale de la campagne en se définissant comme candidat « national et libéral », et va jusqu'à annoncer qu'une fois élu président il prendra pour premier ministre le métis guyanais Gaston Monnerville, président radical-socialiste du Sénat, nostalgique de la IVe République, qui a naguère mené l'assaut contre l'élection présidentielle au suffrage universel. Dans les Comités T.V., notoirement noyautés à coeur par Europe-Action et le mouvement Occident, le découragement menace.

Le 5 décembre 1965, le 1er tour de l'élection présidentielle n'accorde que 5,2% des voix à Tixier, qui n'aura donc mobilisé que l'électorat Algérie française et nationaliste. Et comme l'électeur préfère toujours l'original à la copie, le centriste Lecanuet engrange près de trois fois plus. Le candidat « national et libéral », sans même consulter son entourage, appelle à voter Mitterrand au second tour.

Immédiatement, les militants nationalistes se retirent des comités T.V., désormais exsangues. Ceux d'Occident reprennent leur autonomie, ceux d'Europe-Action s'en vont fonder le Mouvement nationaliste du progrès (MNP) le 24 janvier 1966, à peine plus d'un mois après le second tour de la présidentielle.

La veille, le 23 janvier, Tixier-Vignancour a fondé l'Alliance républicaine pour les libertés et le progrès (ARLP), qui ne regroupe qu'une minorité de ce que représentaient les Comités T.V. — d'autant plus que Jean-Marie Le Pen et ses amis (dont Roger Holeindre et François Brigneau) ont été laissés sur la touche, en raison de l'image extrémiste qu'on leur prête. L'état-major du nouveau parti ne comprend que des notabilités sélectionnées parmi les plus présentables, comme Raymond Bourgine, Alain de Lacoste-Lareymondie, Robert Tardif et le colonel Thomazo. Les jeunes du mouvement sont regroupés au sein de l'organisation Jeune Alliance. Celle-ci, qui édite le bulletin Troisième voie (dont les initiales renvoient à celles de Tixier-Vignancour), disposera brièvement de quelques centaines d'adhérents, mais sa direction est contrôlée par une équipe de catholiques traditionalistes (comme Christian Baeckeroot) qui s'apprêtent à fonder le mouvement solidariste MJR.

Quelques mois auront suffi pour réduire à un format groupusculaire un mouvement qui avait atteint à l'automne 1965 une surface militante sans précédent dans la droite nationale. Outre un positionnement mal assumé, cet échec exemplaire peut aussi être attribué à une dramatique absence de vision politique. Par définition, la nostalgie de l'Algérie française est un thème qui ne pouvait être durable. Le reste du programme de l'ARLP se résumait à des banalités dignes du centre-gauche comme la fidélité à l'Europe unie, à l'OTAN et — il va sans dire — à Israël.

Les élections législatives de mars 1967 illustrent la décadence terminale de ce qui survit du mouvement Tixier. L'ARLP ne réussit à présenter que 39 candidats, et son leader essuie un grave échec personnel à Toulon.

Cette faillite a eu des conséquences qui ont pesé durant des décennies :

  • Dans l'immédiat, un intense sentiment d'écœurement et une démobilisation générale. De 1966 à 1968, la droite nationale n'existe plus en tant que courant d'opinion, et le nationalisme n'est plus représenté que par des franges radicales très minoritaires, facilement diabolisées. La dépolitisation devient de règle dans la jeunesse non engagée à gauche, ce qui laissera le champ libre à la vague marxiste qui inonde la France en 1968.
  • Les nationalistes ont vu dans cette extraordinaire débâcle une confirmation frappante de la distinction établie par Dominique Venner entre nationaux et nationalistes, et en ont conclu qu'il importait à l'avenir de tenir les nationaux sous contrôle, faute de quoi ils seraient prêts à commettre toutes les sottises possibles.
  • Jean-Marie Le Pen, de son côté, en a déduit qu'un parti national ne pouvait se permettre d'abriter des tendances constituées en son sein, d'où l'éviction brutale des ex-Ordre nouveau en 1973, des amis de François Duprat en 1978, de l'équipe Mégret en 1998. Mais il en a retenu également que toute tentation centriste était à combattre (d'où sans doute les abruptes déclarations réitérées qui ont jalonné son parcours de briseur de consensus à la tête du Front national), et donc qu'il valait mieux ne pas gagner sur ses idées que perdre sur celles des autres — démarche qui, sur la durée, allait se révéler féconde.

Anecdote

Plaidant en 1956 pour un journaliste mis en cause dans la ténébreuse « affaire des fuites » (en pleine guerre d'Indochine, des secrets militaires avaient été transmis au Parti communiste depuis le gouvernement) où sont compromis François Mitterrand et Pierre Mendès-France, Jean-Louis Tixier-Vignancour, qui s'entête à nommer ce dernier « Mendès » tout court, est apostrophé par le président du tribunal : « Maître, vous devez appeler le Président du conseil par son nom, Mendès-France. » A quoi Tixier réplique « Mendès, France ? Mais je dois donner son nom, pas son adresse ! »


Ouvrages sur Jean-Louis Tixier-Vignancour

Le numéro 6 des Cahiers d'Histoire du Nationalisme est consacré à Jean-Louis Tixier-Vignancour
  • Thierry Bouclier, Tixier-Vignancour, une biographie, Editions Remi Perrin, 2003, 330 pages, index et notes.
  • Alexandre Croix, Tixier-Vignancour, ombres et lumières... Saint-Ouen : Éditions du Vieux Saint-Ouen, coll. « Les Cahiers contemporains », 1965. 320 pages. Pas d'ISBN.
  • Jean Mabire, Histoire d'un Français, Tixier-Vignancour. Paris : Éditions de l'Esprit nouveau, sans date. 223 pages. Pas d'ISBN.
  • Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Tixier : 44 lettres inédites à Me Tixier-Vignancour, texte établi et présenté par Frédéric Monnier. Paris : la Flûte de Pan, 1985. 143 pages. ISBN 2-903267-23-5.
  • Joseph Valynseele et Denis Grando, À la découverte de leurs racines, seconde série, chapitre « Jean-Louis Tixier-Vignancour ». Paris : L'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, octobre 1994. 236 pages. ISBN 2-908-003-03-1.

Références

  1. J.M. Le Pen, Mémoires — Fils de la nation, ed. Muller, 2018)