Ordre nouveau

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Ordre nouveau a été la principale organisation nationaliste française entre 1969 et 1973. Elle est entrée dans l'histoire pour avoir donné naissance au Front national.

Toute première affiche d'O.N. (fin 1969), visiblement issue de l'école graphique d'Occident.
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Les origines

Ordre nouveau naît d'une réflexion menée au second semestre 1969 entre d'anciens militants d'Occident et de la FEN, et des responsables du GUD, qui est alors l'unique groupe militant réellement actif sur la scène nationaliste. Ils s'accordent sur l'objectif — la construction d'un vrai parti jouant à fond le jeu démocratique — et sur les moyens, la mise en place d'une organisation disciplinée ayant vocation à constituer le noyau initial d'un tel parti.

A la même époque (de juillet à octobre 1968) ont lieu des tables rondes réunissant autour de Roger Holeindre, François Duprat et Jean-Gilles Malliarakis tous les groupuscules de l'extrême droite : les amis de Pierre Sidos, ceux de Pierre Sergent, de Jean-Marie Le Pen, le MJR, le groupe Militant, Pour une jeune Europe, L'Élite européenne etc., ainsi que des représentants du GUD. Ces derniers voient vite que ces conciliabules, censés accoucher d'un rassemblement unitaire, ne mèneront à rien. Aussi décident-ils de brusquer les choses et de se charger eux-mêmes de mettre en chantier une telle structure.

La formule qu'ils retiennent synthétise des apports hérités d'Europe-Action, comme une stricte discipline réprouvant tout activisme illégal et la volonté d'être présent aux élections, et d'Occident, notamment le minimalisme idéologique permettant de ratisser large, le principe d'une direction collégiale anonyme, ainsi que l'art de de se faire connaître sans bourse délier par des provocations calculées.

Contact est pris avec l'avocat Jean-François Galvaire, qui vient de rompre avec Jean-Louis Tixier-Vignancour. Il se déclare en accord avec cette approche. C'est lui qui suggère l'appellation « Ordre nouveau », qui fait référence aux non-conformistes des années 30 tout en étant garante de scandale valant publicité gratuite.

Chronologie

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1. La construction du mouvement (nov. 1969–mai 1970)

  • 18 novembre 1969 - Réunion fondatrice, à laquelle prennent part 30 à 40 militants, sous la présidence de Galvaire, investi d'emblée porte-parole du mouvement.
  • Décembre 1969 - O.N. annonce par affiches une réunion publique devant se tenir le 10 décembre au soir dans un cinéma du 15e arrondissement de Paris, le Saint-Lambert, ce qui déclenche une campagne de menaces de la part de groupes gauchistes. Le meeting aura lieu, brièvement, sur le trottoir, un attentat à la bombe ayant frappé le cinéma la nuit précédente.
  • Janvier 1970 - Commence une longue série de troubles dans les centres universitaires d'Assas et Nanterre, qui mettent au premier plan de l'actualité la mouvance GUD-O.N. Celle-ci enregistre des ralliements, en particulier celui de François Duprat.
  • Février 1970 - O.N. réédite à plus grande échelle l'opération Saint-Lambert en retenant la salle de la Mutualité pour le 26 février, sur le thème « Europe libère-toi », en laissant entendre (sur une idée de Duprat) qu'y parleront des représentants du MSI italien et du NPD allemand... Cela suscite dans la presse un tonnerre d'imprécations sans précédent contre la résurgence de l'« internationale nazie ». Le meeting est interdit le 15 février. O.N. annonce alors, aux mêmes lieu et heure, une réunion pour la défense de la liberté d'expression, interdite à son tour le 24 février. Bien que ne représentant qu'une petite bande inorganisée d'à peine 250 militants parisiens (GUD compris), O.N. apparaît déjà comme le pôle dominant de la scène nationaliste.
  • Avril 1970 - Des contacts sont repris avec les organisations concurrentes en vue de monter un grand meeting unitaire pour le 13 mai, annoncé le 12 avril lors d'une conférence de presse tenue conjointement avec Pour une jeune Europe.
Meeting du 13 mai 1970, à Paris.
  • 13 mai 1970 - Devant une salle comble, prennent la parole Jean-Gilles Malliarakis (de l'Action Nationaliste), Patrig Saint-Bertais (de Pour une jeune Europe), Massimo Anderson (du MSI italien), Per Engdahl (du Nysvenska Rörelsen suédois), Camille Galic (pour Rivarol), François Brigneau (pour Minute), Philippe Asselin (pour L'Élite européenne), François Duprat (pour Défense de l'Occident), Alain Robert (du GUD), Paul Léandri et J.F. Galvaire, au nom d'O.N. En fait les cinq derniers intervenants de cette liste sont tous impliqués dans le projet O.N. Ils seront bientôt six car François Brigneau rallie le mouvement. Reste que la réunion apparaît de l'extérieur comme une fusion réussie de groupes rivaux. À cette occasion O.N. réintroduit la croix celtique, et inaugure aussi la pratique des meetings payants.
  • 14 mai 1970 - 1er congrès, improvisé. Un Conseil national est élu.

2. La phase anti-gauchiste (juin 1970–mai 1971)

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De groupement de jeunes Parisiens qu'il était au début, Ordre Nouveau se mue progressivement en mouvement d'implantation nationale apte à attirer des adultes. Il se discipline, unifie son discours et sa pratique, ce qui entraînera des défections : Galvaire, Malliarakis, quelques animateurs de L'Élite européenne et de Pour une jeune Europe (mais pas leurs militants).

L'action est alors dominée par la lutte anti-gauchiste, qui reste le premier levier de recrutement. Pour O.N., les gauchistes ne sont qu'une excroissance dévoyée du système (pour preuve, l'impunité dont ils jouissent), délibérément mise en avant par le régime Pompidou pour compromettre toute opposition. O.N. se laisse instrumentaliser comme force antagoniste dans cette mise en spectacle tout en l'exploitant pour étendre son influence. Cette ambigüité touchera à son comble lors de la fameuse soirée du 9 mars 1971.

  • 29 mai 1970 - Démission de J.F. Galvaire, apparemment suite à un conflit portant sur sa latitude d'expression dans son rôle de porte-parole.
  • 7 juin 1970 - Première expérience électorale d'O.N. Sa candidate obtient 3,2% des votes à une législative partielle tenue à Paris.
  • 20 novembre 1970 - O.N. inaugure son siège du 8 rue des Lombards, au centre de Paris.
  • 19 et 21 décembre 1970 - En solidarité avec la révolte anti-communiste qui vient d'éclater en Pologne, manifestations-surprises, non annoncées (jusqu'à 700 participants à Paris).
  • Hiver 1970-1971 - Crescendo d'agressions gauchistes, de plus en plus graves, contre les militants du mouvement.
  • 9 mars 1971 - Meeting au Palais des Sports de la Porte de Versailles, protégé par un service d'ordre groupant des centaines de jeunes casqués et masqués (rejoints par Bernard Lugan, Alain Sanders et leurs amis du Comité royaliste pour un Ordre nouveau). En face, les gauchistes (Ligue communiste surtout) alignent aussi des troupes armées dans des quantités jamais vues, d'où un déchaînement inouï de violences. Intervention des forces de police, elles aussi fort nombreuses, qui auront fort à faire pour ramener le calme.
  • 14 mars 1971 - Élections municipales. O.N. a présenté dans toute la capitale des listes qui recueillent 2,6% des suffrages.

3. L'ébauche d'un parti (juin 1971-juin 1972)

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Durant cette phase, O.N. s'efforce de se défaire de son image de bagarreurs de rue pour réinvestir sa notoriété dans le rôle de rassembleur de la droite d'opposition. Le mouvement lance une campagne de relations publiques pour se créer un halo de sympathisants parmi les nationaux démobilisés : dîners-débats, cycle de conférences à Paris (les « Lundis nationalistes ») où prennent la parole des anciens de Jeune nation, du mouvement Poujade, des guerres coloniales (dont Jean-Marie Le Pen, le partenaire-clé sans qui on sait que rien ne sera possible), du MNP etc. Des cadres du GRECE coopèrent discrètement avec le mouvement. L'aspect anti-gauchisme devient secondaire, O.N. intervient désormais sur des thèmes politiques généraux. Le mot d'ordre est alors « Ordre nouveau présent partout ».

  • 13 mai 1971 - Manifestation (interdite mais maintenue) pour demander l'abrogation des accords franco-algériens. Elle est l'occasion de lier contact avec les milieux « Algérie française », notamment Georges Bidault.
  • 18 mai 1971 - Manif-surprise (dispersée par la police) en solidarité avec Minute qui vient d'être l'objet d'un attentat à la bombe.
  • Juin 1971 - Première parution du mensuel imprimé Pour un Ordre nouveau (jusque là, faute de moyens, le mouvement ne publiait que d'épisodiques bulletins ronéotypés). Y est annoncé le projet de créer autour d'O.N. un « front national », dans la perspective des élections législatives de 1973.
  • 25 octobre 1971 - Manifestation (interdite mais maintenue) contre la visite officielle du leader soviétique Leonide Brejnev.
  • 27 janvier 1972 - Sur fond de scandales financiers répétés qui accablent le parti gaulliste au pouvoir, O.N. tente de se profiler comme le mouvement anti-corruption avec une première manifestation sur ce thème.
  • 1er mars 1972 - Nouvelle manifestation anti-corruption (interdite mais maintenue).
  • 22 mars 1972 - Meeting à la Mutualité contre l'ultra-gauche, qui semble alors basculer dans le terrorisme.
  • Mai-juin 1972 - Vaste campagne d'explication interne pour la préparation du congrès d'O.N. Le mouvement compte alors 2300 adhérents à jour de cotisations et sans doute autant de partisans actifs non encartés.
  • 10 et 11 juin 1972 - Congrès d'Ordre nouveau, à Paris. Un bureau politique enfin formalisé est élu (le précédent n'était qu'une instance cooptée à composition flottante), composé de José Bruneau de la Salle, François Duprat, Hugues Leclère, Christian Lefèvre, Alain Robert. Ce dernier devient secrétaire général, en rupture avec la tradition de collégialité égalitaire à la direction. Coup de théâtre, le deuxième jour : alors qu'il était prévu que O.N. irait aux législatives de 1973 sous l'étiquette « Front national pour un Ordre nouveau », la commission élections propose l'appellation « Front national » tout court, afin de susciter un rassemblement plus large doté d'une identité propre. Après un long débat, les dirigeants se rangent à cet avis. La motion est votée par 224 mandats contre 52 et 8 abstentions. Le Front national naît ainsi presque par accident.

4. La période Front national (juillet 1972-mars 1973)

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Le mouvement cesse pratiquement toute activité propre. Démarrée dans l'euphorie, l'opération Front national finira dans le doute. O.N. y laisse des plumes (scission du GAJ) et a le sentiment de ne pas voir payés de retour ses sacrifices, financiers notamment. La double appartenance impliquant double cotisation, beaucoup d'adhérents parmi les plus généreux négligent de cotiser à O.N. alors en sommeil. Si, au début, la majorité du mouvement envisageait une fusion progressive au sein du F.N., à partir de février 1973 l'avis général sera que O.N. doit continuer et ne participera au F.N. que s'il le veut bien.

  • Juin 1972 - Dès les lendemains du congrès, Alain Robert rencontre Dominique Venner pour lui proposer de prendre la tête de la fraction nationaliste du futur F.N. afin de faire contrepoids à Le Pen. Il reviendra à la charge en septembre, mais Venner décline la proposition. Entre-temps, François Brigneau se charge d'amadouer Le Pen pour le convaincre de faire alliance avec O.N., tandis que des contacts sont pris tous azimuths chez les « nationaux ».
  • Septembre 1972 - O.N. fait imprimer en Italie un stock d'affiches «Front national» signées d'une déclinaison bleu-blanc-rouge de la flamme tricolore qui est le logo du MSI, lequel sponsorise gracieusement le tirage.
  • 23 septembre 1973 - Séminaire de rentrée des cadres parisiens d'O.N., aux Andelys. Le Pen est invité à la soirée barbecue du samedi. Des dirigeants du GUD boycottent cette rencontre. Trois responsables parisiens démissionnent.
  • 30 septembre-1er octobre - Conseil national à Saint-Étienne. La presse en retient que O.N. s'apprête à lancer un front national en mettant l'accent « contre l'immigration et l'assimilation des étrangers ».
  • 2 octobre 1973 - Le mensuel tabloïd Pour un Ordre nouveau passe de 8 à 16 pages et lance un supplément hebdomadaire.
  • 5 octobre 1972 - Lancement officiel du F.N. lors d'une réunion d'environ 80 personnalités. Le Pen accepte l'étiquette « Front national », ainsi que les affiches et le logo qui vont avec. On s'entend sur une direction 3/3, c.à.d. O.N. + Le Pen et ses amis + un centre droit d'opposition censé être incarné par Guy Ribeaud (proche de Georges Bidault), mais ce dernier se retire une semaine après. De ce fait, vont échoir aux fidèles de Le Pen les 2/3 du bureau politique et du comité central, O.N. y étant en minorité quoique représentant la très grande majorité des militants.
  • 28 novembre 1972 - Durant un meeting GUD-ON au Centre Assas, Patrice Janeau, leader du GUD Assas, rend publique son hostilité à l'opération Front national. Gros malaise.
  • 8 janvier 1973 - Patrice Janeau annonce par communiqué sa démission d'O.N. en critiquant l'opération F.N. : « L'élargissement escompté de notre audience politique ne s'est pas réalisé ; l'apport militant extérieur au mouvement est demeuré quasi-inexistant ». Il part rejoindre les solidaristes pour créer le Groupe action jeunesse.
  • 17 janvier 1973 - Le meeting F.N. au Palais des Sports de Paris, qui devait être le point culminant de la campagne des législatives, se tient dans une ambiance morne et une salle à moitié vide. La base d'O.N. commence à mettre en doute la clairvoyance de ses dirigeants.
  • 22 février 1973 - Le Pen exclut François Duprat du F.N., et ipso facto d'O.N.
  • 4 mars 1973 - 1er tour des élections législatives. Les 104 candidats F.N. (pour les 2/3 fournis par O.N.) réalisent des résultats peu différents de ceux qu'O.N. aurait pu faire seul.
  • Mars 1973 - Fondation du Front de la jeunesse, censé créer un lien organique entre les jeunes d'O.N. et ceux du F.N. Vu la grande rareté de ces derniers, le FJ sera de facto une courroie de transmission d'O.N.
  • 24-25 mars 1973 - Conseil national d'O.N., qui décide le maintien de la participation au F.N. mais aussi la reprise des activités autonomes d'O.N. Le mouvement refait paraître sa presse, stoppée depuis deux mois.

5. Les semaines finales (avril-juin 1973)

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Ordre nouveau revient à ce qui avait été son plan au moment de la création du FN, à savoir animer des campagnes dont ce dernier ne veut ni ne peut se charger. Ainsi, la question de l'immigration, devenue incontournable au printemps 1973. O.N. l'aborde dans des termes économiques et sociaux (pressions sur les salaires et sur la qualification des emplois) incompatibles avec le culte de la libre entreprise du F.N. d'alors. Accessoirement, ce thème se relie à l'anti-gauchisme (c'est l'époque où les maoïstes ethnicisent les rapports sociaux en excitant les ouvriers immigrés à la violence contre les « petits chefs » blancs). La question immigration apparaît comme le levier décisif pour mener le nationalisme vers ce qu'on n'appelle pas encore le « populisme ».

Pendant ce temps, le bras de fer se poursuit en sourdine avec J.M. Le Pen, qui réclame qu'O.N. se fonde dans le F.N., tandis qu'O.N. défend une conception confédérale du Front résumée par le slogan « l'union n'est pas la confusion ». Le conflit se réglera au détriment d'O.N. avec sa dissolution par le gouvernement.

  • 28-29 avril 1972 - Congrès du FN, à Paris. À la tribune, un fidèle de Le Pen, Dominique Chaboche insinue sans vergogne qu'O.N. aurait saboté la campagne législative du F.N. Les intéressés s'abstiennent de réagir, par discipline, mais on frôle le point de rupture.
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  • 9 au 11 juin 1973 - Congrès d'O.N., à Bagnolet, réunissant près de 300 délégués. La ligne proposée par le bureau politique — rester au FN sans s'y dissoudre — est approuvée à l'unanimité moins 29 mandats.

La campagne anti-immigration sauvage démarre dans la foulée. Elle suscite un énorme tollé dans la classe politique, mais aussi un flux d'adhésions sans précédent. O.N. aura quelques jours durant la sensation d'être enfin en train de devenir mouvement de masse.

  • 21 juin 1973 - Meeting « Halte à l'immigration sauvage ! » à la Mutualité. Les orateurs veillent à s'abstenir de tout propos à connotation racialiste. Fr. Brigneau déclare : « Le peuple juif a gardé son intégrité parce qu'il ne s'est pas mélangé, mais nous n'avons pas de leçons à recevoir de la part de ceux qui ont mis les Palestiniens dans des camps ! » À l'extérieur, l'ultra-gauche, en particulier la Ligue communiste qui est en train de se radicaliser dans un terrorisme de moyenne intensité, mène de très violentes actions de commandos contre la police (qui comptera 76 blessés graves) et tente de prendre d'assaut le local d'O.N.
  • 28 juin 1973 - Comme il était prévisible, la Ligue communiste est dissoute par décret du Conseil des ministres, mais également O.N., nullement impliqué dans les émeutes.

Suite à cette dissolution, l'essentiel des cadres de l'ex-Ordre nouveau vont créer les Comités Faire front qui donneront naissance au Parti des forces nouvelles en novembre 1974.

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