Giorgio Locchi

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Giorgio Locchi, né à Rome le 15 avril 1923 et décédé à Poissy le 25 octobre 1992, était un essayiste, journaliste et philosophe italien. Il est l'une des plus importantes figures de la Nouvelle droite.

Giorgio Locchi

Il a notamment travaillé sur les notions de surhumanisme, d'interrègne (interregnum) et sur la conception sphérique du temps et de l'histoire.

« Sans Giorgio Locchi et son oeuvre, qui se mesure à son intensité et non point à sa quantité, et qui reposa aussi sur un patient travail de formation orale, la véritable chaîne de défense de l’identité européenne serait probablement rompue.» Guillaume Faye

Biographie

Après un doctorat de droit à Rome, il s'installe à Paris au milieu des années 1950. Il devient le correspondant du quotidien Il Tempo à Paris. Il acquiert ainsi une parfaite maîtrise du français.

Au milieu des années 60, il rencontre Alain de Benoist, qui l’invite à écrire dans les Cahiers universitaires. Fin 1966, il publie dans le numéro 29 un article dans lequel il s’interroge sur la possibilité d’une « science historique » à la lumière des récents enseignements de la microphysique. Persuadé que le devenir historique exige une rupture pour réaffirmer « la soumission des masses aux élites, la nécessité d’une société pyramidale », Locchi précise qu’« il n’y aura d’histoire que par la volonté de faire l’histoire ».

Parallèlement, sous le pseudonyme de Hans-Jürgen Nigra, il collaborera irrégulièrement à Défense de l’Occident de Maurice Bardèche[1].

Il entre au comité de rédaction de Nouvelle École en 1969. Il sera l’un des principaux initiateurs du GRECE. Le numéro 6 de la revue, daté de l’hiver 1968-1969, reproduit l’intégralité de la communication qu’il a envoyée au 1er colloque de l’Institut d’études occidentales. Avec ce texte, d’imprégnation nietzschéenne, qui s’inspire des critiques généalogiques de l’égalitarisme et de l’universalisme - renvoyés à leurs origines judéo-chrétiennes - présentes dans Par delà le bien et le mal et le Crépuscule des idoles, Locchi fournit le cadre philosophico-historique dans lequel s’inscrira le GRECE des années 1970.

Jean Mabire, Roger Lemoine, Jean-Claude Valla, Giorgio Locchi, Pierre Vial à la tribune du GRECE

Parmi les autres publications auxquelles il collabore, on peut mentionner La Destra, L'Uomo Libero, Éléments et le Secolo d'Italia.

Il finit par rompre avec le GRECE, en 1979, suite à un conflit latent avec Alain de Benoist, probablement dû à la façon dont celui-ci le traitait: Alain de Benoist aurait régulièrement réduit à la portion congrue les contributions de Locchi. Le fait que Locchi ait toujours été en désaccord avec la ligne d'« entrisme » dans la presse et les partis de droite libérale, prônée par la majorité du GRECE, a certainement aussi joué un rôle important dans son éloignement.

Thèses et travaux

Ses travaux portent essentiellement sur la Rome impériale, l’anthropologie, le surhumanisme, l'essence du fascisme, la Révolution conservatrice allemande, les Indo-Européens, Friedrich Nietzsche, Richard Wagner, Martin Heidegger, Oswald Spengler.

Il a influencé notamment Adriano Romualdi, Guillaume Faye, ainsi que Pierre Vial, Pierre Krebs et Robert Steuckers.

C’est aussi en grande partie sous son influence que la Nouvelle Droite des années 70 a désigné l’égalitarisme comme l'ennemi principal.

L'essence du fascisme et le sur-humanisme

Pour Locchi, le fascisme n'est pas une idéologie. Il est la première manifestation politique d’un vaste phénomène spirituel et culturel, qu’il nomme le « Surhumanisme », dont l’origine remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle, et qui « se configure comme une sorte de champ magnétique en expansion dont les pôles sont Richard Wagner (rarement reconnu) et Friedrich Nietzsche ». L'interprétation de Locchi du fascisme est plus philosophique que historique. Ce qui l'intéresse, c'est l'essence du fascisme qui relève selon lui d'une « tendance époquale » (terme emprunté à Heidegger) profonde: une tendance sur-humaniste (terme préféré à « anti-égalitariste » à cause de sa négativité) qui s'opposerait à 2000 ans de domination de la tendance égalitariste.

Entre Surhumanisme et fascisme, le rapport génétique spirituel est évident. Ce « principe surhumaniste se caractérise par le rejet absolu d’un “principe égalitaire“ opposé qui conforme le monde qui l’entoure ». Or, « si les mouvements fascistes situèrent l’ennemi - spirituel avant même que politique - dans les idéologies démocratiques - libéralisme, parlementarisme, socialisme, communisme, anarcho-communisme - c’est justement parce que dans la perspective historique instituée par le principe surhumaniste, ces idéologies se présentent comme autant de manifestations, apparues successivement dans l’histoire, mais toutes encore présentes, du principe égalitaire opposé, comme tendant toutes en définitive, avec un divers degré de conscience, vers un même but, et comme étant toutes ensemble la cause de la décadence spirituelle et matérielle de l’Europe, de l’“avilissement progressif“ de l’homme européen, de la décadence des sociétés occidentales ».

Traduction espagnole de L'essence du fascisme

Mythes et visions du monde

Giorgio Locchi part de la réflexion sur les différents statuts du discours politique et culturel. Au fondement de tout discours, il y a pour lui une vision du monde (Weltanschauung), le « principe premier », le logos de l'une ou l'autre des tendances époquales. Dans sa distribution des différents statuts du discours, il commence par le mythe. Le mythe, selon Locchi, désigne tout discours qui, en se développant par lui-même, crée en même temps son langage, donnant ainsi aux mots un sens nouveau, et qui fait appel, en ayant recours à des symboles, à l'imagination de ceux auxquels il s'adresse. Les éléments structurels d'un mythe s'appellent les mythèmes. Sous les effets du processus historique, l'unité des mythèmes éclate et donne naissance aux idéologies concurrentes. Ce qui définit le statut du discours, ce qu'il fait qu'il est mythe, ou bien idéologie, ou bien encore théorie, dépend essentiellement du rapport historique que la Weltanschauung de celui qui l'énonce entretient avec la réalité humaine objective et , en premier lieu, avec le langage.

La Révolution conservatrice allemande

Contrairement à Armin Mohler et aux autres chercheurs du GRECE, Locchi affirme que le national-socialisme allemand fait partie intégrante de la Révolution conservatrice. Selon Locchi, sans lui, la Révolution Conservatrice serait un domaine aux multiples côtés mais dépourvu de centre. Le national-socialisme aurait affirmé l’essentiel de la tendance historique de la Révolution conservatrice.

La régénération de l'histoire et le « temps de l'histoire »

Dans ses travaux, Locchi a combattu la notion d'une fin de l'histoire inéluctable. Pour lui, si elle est possible, la régénération de l’histoire l'est aussi, à tout moment. L’écroulement du communisme et la réunification apparente de l'Europe n'ont pas amené cette « régénération », mais simplement le prolongement d'un interregnum (interrègne), qui s'est ouvert en 1945.

Locchi a aussi, comme Adriano Romualdi, défendu une idée particulière du « temps de l'histoire ». Le monde antique et les civilisations traditionnelles ont une conception cyclique de l'histoire, selon laquelle chaque moment de l'histoire est destiné à se répéter. Avec le christianisme est apparu une nouvelle conception du temps de l'histoire. Celle-ci est linéaire. Elle a un commencement, une apogée et une fin. L'histoire y a une valeur négative, car elle est provoquée par le péché originel. L'avènement du Messie est l'apogée de l'histoire et elle entraîne la rédemption, c'est-à-dire donc la libération, pour l'homme, du destin historique. Cette conception linéaire de l'histoire se retrouve ensuite laïcisée, idéologisée et théorisée par le marxisme, qui remplace le paradis par l'avènement du prolétariat.

Au-delà de ces deux conceptions, Locchi affirme la conception « sur-humaniste » du « temps de l'histoire » : la conception sphérique. Le temps y a un caractère tridimensionnel, indissolublement lié à la dimension unidimensionnel de la conscience humaine. Ces trois dimensions sont l'actualité, ce qui est devenu, l'avenir. Ce sont elles qui déterminent l'action de l'homme. Dans la vision chrétienne, l'histoire est prédéterminée par le dessein divin. Dans la vision marxiste, elle l'est par la loi matérialiste de l'économie. Pour cette raison, suivant Locchi, seule une conception sur-humaniste, une conception tridimensionnelle, peut affirmer la liberté de l'homme, car elle rend manifeste la liberté historique de l'homme. Elle implique l’affrontement et le combat dans le cadre d'un destin à la fois héroïque et tragique. Toute action historique en vue d'une fin historique est libre, ne dépend pas d'autre chose que d'elle-même. Son issue n'est donc écrite dans aucune fatalité.

Anti-américanisme

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Giorgio Locchi est à l'origine du tournant « anti-occidentaliste », et plus spécifiquement anti-américain du GRECE et de la Nouvelle Droite, amorcé en 1975. Son long article, « Il Male americano/Le Mal américain », publié d'abord dans le dossier du numéro 27-28 de Nouvelle Ecole, consacré aux Etats-Unis, qui sera republié sous forme d'un livre co-écrit avec Alain de Benoist, est une déclaration de guerre culturelle aux États-Unis. Rompant radicalement avec l’occidentalisme et l’atlantisme viscéral de la droite française, on y déclare que « si l’idéologie américaine est l’un des déchets de la civilisation occidentale, l’Amérique est elle-même le déchet matériel de l’Europe ». L’article se termine par une conclusion cinglante : « La menace qui, par le fait des Etats-Unis, pèse sur le monde est celle d’une forme particulièrement pernicieuse d’universalisme et d’égalitarisme ».

Cet anti-américanisme implique certes la recherche d'alliés potentiels d'une Europe indépendante à bâtir, mais, contrairement aux orientations que prendra Alain de Benoist à partir de 1982, Giorgio Locchi ne versera jamais dans le « tiers-mondisme de droite ».

Citations

  • « Le marxisme a bel et bien poussé jusque dans ses extrêmes conséquences une idée qui, depuis deux mille ans dominait la réflexion européenne (...). Cette idée est l’idée égalitaire, introduite dans le monde romain grâce au christianisme (...) Ce sera le fait de la Révolution française que de vouloir appliquer le concept égalitaire à un des aspects de la réalité humaine, c’est-à-dire dans la loi ».
  • « Si dans le temps linéaire, le “moment“ présent et ponctuel en divisant ainsi la ligne du devenir en passé et futur, et si, d’autre part, l’on ne vit donc que dans le présent ponctiforme, dans le temps sphérique de la vision surhumaniste, le présent est tout autre chose : il est la sphère dont les dimensions sont passé, actualité, futur - et l’homme est l’homme, et non pas animal, justement parce que, au moyen de sa conscience, il vit dans ce présent tridimensionnel et qui est passé-actualité-futur-en-même-temps, et qui donc ainsi est aussi toujours fatalité du devenir historique. »
  • « Si les mouvements fascistes ont désigné l'ennemi spirituel avant de désigner l'ennemi politique, s'ils ont dénoncé les idéologies démocratiques — libéralisme, parlementarisme, socialisme, communisme, anarcho-communisme — c'est bien parce que dans la prospective historique instituée par le principe surhumaniste, ces idéologies s'articulent comme autant de manifestations du principe égalitaire antithétique, apparues successivement dans l'histoire mais toujours présentes ; toutes tendent, en définitive, vers le même but mais avec un degré de conscience différent ; toutes ensemble, elles sont la cause de la décadence spirituelle et matérielle de l'Europe, de “l'avilissement progressif” de l'homme européen, de la désagrégation des sociétés occidentales ».
  • « On ne comprend rien au "fascisme" si l'on ne se rend pas compte ou si l'on ne veut pas admettre que le "phénomène fasciste" n'est que la première manifestation polizique d'un vaste phénomène spirituel et culturel, nommons-le "surhumanisme", ne serait-ce que pour mettre les choses au clair, dont l'origine remonte à la seconde moitié du XIXe siècle » L'Essenza del fascismo

extraits de Définitions. Les textes qui ont révolutionné la culture non conforme

  • « Nietzsche ne fait que remettre la Raison à sa place. Il la considère, ainsi que nous pourrions considérer aujourd’hui un “cerveau électronique”, comme une machine logique destinée à nous servir, qui reçoit de nous son information et ne peut fournir que les réponses contenues en puissance dans l’information reçue. Car ce n’est pas l’homme qui est au service d’une Raison abstraite, universelle et transcendante. C’est la Raison, la faculté de penser et d’agir logiquement, qui est placée au service de l’homme et de sa volonté. En ce sens, toute affirmation est effectivement arbitraire, parce qu’elle est humaine, et que chaque homme représente une perspective unique ouverte sur l’univers des choses. »
  • « Nietzsche n’est pas un philosophe comme les autres. Il ne veut pas l’être, et il le proclame hautement. Désormais, affirme-t-il, la tâche du philosophe ne se borne plus à une simple réflexion sur le passé ni à une organisation du savoir. Le philosophe doit être un artiste qui fait de l’homme lui-même sa matière première. Il doit être celui qui assigne des buts à l’humanité et qui, grâce à son œuvre, la contraint à rechercher les moyens d’y parvenir. »
  • « L’Europe n’existe, et n’est possible, que lorsqu’elle cesse d’être l’Occident du monde. Tant que les Européens ne renonceront pas à cette logique, tout projet politique aura pour effet de les clouer au destin historique issu de Yalta. »
  • « Dans la société indo-européenne non altérée, il n’y a pas seulement une “masse” ou seulement des “individus”. Il y a un peuple, dont la “personnalité”, le génie, l’aristocratie sont les organes d’expression, de conception et de représentation. Masse et individu sont en effet des notions purement “synchroniques”, qui ne se définissent que dans l’espace social, et auxquelles fait défaut la dimension temporelle, dont le peuple participe au contraire pleinement. »

Publications

Traduction en français de Nietzsche, Wagner e il mito sovrumanista, publiée en 2022 par les éditions de la Nouvelle Librairie et l'Institut Iliade.
  • Il male americano, avec Alain de Benoist, LEDE, Roma, 1979; rééd. Settimo Sigillo, 2015, 186 p.
  • Die USA, Europas missratenes Kind, avec Robert de Herte (Alain de Benoist), Herbig Aktuell, 1979
  • L'Essenza del fascismo, avec une interview de l'auteur par Marco Tarchi, Edizioni del Tridente, , Castelnuovo Magra, 1981, 70 p.
  • Das unvergängliche Erbe, Thule-Seminar, 1981
  • Nietzsche, Wagner e il mito sovrumanista, préface de Paolo Isotta, Akropolis, Napoli, 1982; rééd., préface d'Adriano Scianca, Passaggio al Bosco, 2022, 196 p.

Posthumes

  • Definizioni. I testi che hanno rivoluzionato la cultura non-conforme, présentation et notes de Stefano Vaj, Barbarossa, 2006, 288 p.
  • Prospettive indoeuropee, Settimo Sigillo, Roma, 2010, 96 p.
  • Sul senso della storia, Edizioni di AR, 2016, 136 p.

Textes en français

  • « Adriano Romualdi, l'essence du fascisme et la conception sphérique du temps de l'histoire » , in: Philippe Baillet, Le parti de la vie : clercs et guerriers d'Europe et d'Asia, Éditions Akribeia, 2015, p. 164-179.

Ouvrages

  • Définitions. Les textes qui ont révolutionné la culture non conforme, éd. La Nouvelle Libraire, Collection Agora de l’Institut Iliade, 2022, 320 p.
  • Wagner Nietzsche et le mythe surhumaniste, éd. La Nouvelle Libraire, Collection Agora de l’Institut Iliade, 2022, 386 p.
  • L'essence du fascisme, préface de Guillaume Faye, Ars Magna, Nantes, 2011.

Principales contributions à la revue Nouvelle École

  • n°02 (1968) : « Linguistique et sciences humaines »
  • n°05 (1968) : « Festival de Bayreuth 1968 » (sous le pseudo. HJ Nigra)
  • n°11 (1970) : « “Le Vocabulaire des institutions européennes” d'Émile Benveniste »
  • n°13 (1970) : « “L'homme et la technique” d'Oswald Spengler »
  • n°17 (1972) : « Histoire et sociétés : critique de Lévi-Strauss »
  • n°18 (1972) : « Nietzsche et ses récupérateurs »
  • n°19 (1972) : « Le mythe cosmogonique indo-européen : reconstruction et réalité »
  • n°20 (1972) : « Le Règne, l'Empire et l'imperium »
  • n°23 (1973) : « “Die Konservative Revolution in Deutschland 1918-1932” d'Armin Mohler »
  • n°27/28 (1975) : « Il était une fois l'Amérique » (HJ Nigra) ; « L'histoire » (1975) -> Lire en ligne : [1]
  • n°30 (1978) : « Richard Wagner et la régénération de l'histoire, la création du mythe par l'esprit de la musique » ; « L'idée de la musique et le temps de l'histoire » ; « L'Anneau du Nibelung »
  • n°31/32 (1979) : « Les “intégrales” de la Tétralogie »
  • n°33 (1979) : « Éthologie et sciences humaines »

Bibliographie

  • Philippe Baillet, « Giorgio Locchi, l'essence du fascisme et la régénération de l'histoire », in: Philippe Baillet, Le parti de la vie : clercs et guerriers d'Europe et d'Asie, Saint-Genis, Akribeia, 2015, 241 p. (ISBN 978-2-913612-57-0), p. 133-163
  • Edouard Rix, « Giorgio Locchi et le mythe surhumaniste », Réfléchir et agir, été 2013, n°44, pp. 45-47.

Liens externes

Notes et références

  1. Jean-Yves Camus et René Monzat identifieront « Hans-Jürgen Nigra » comme l’un des « militants allemands qui s’expriment dans la revue de Maurice Bardèche », ce qui en dit long sur le sérieux des enquêtes menées par ces deux spécialistes autoproclamés de l’ « extrême-droite ».