Thierry Maulnier

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Thierry Maulnier, de son vrai nom Jacques Talagrand, né le 1er octobre 1909 à Alès et mort le 9 janvier 1988 à Marnes-la-Coquette, est un écrivain, poète, dramaturge et journaliste français.

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Biographie

Jacques Louis André Talagrand est né à Alais (Alès), le 1er octobre 1909, de Joseph Odilon Eugène Talagrand, professeur au Lycée de la ville, et de Virginie Josephe Gibrac. Il est admis avec son frère en classe de philosophie au lycée Louis le Grand, à Paris à la rentrée 1924.

L'Action française

C’est déjà au Lycée Louis-le-Grand à Paris, puis à l’Ecole Normale Supérieure, entre 1925 et 1931, qu'il s'intéresse et se rapproche de l'Action française.

Un Non-conformiste des années trente

Au printemps 1930, une crise secoue le mouvement étudiant de l'Action française. La rédaction de son organe de presse, L'étudiant français, démissionne en bloc. Un membre du mouvement affirme pourtant que la revue doit continuer à paraître coûte que coûte. Il s'agit de Jacques Talagrand, qui prend pour l'occasion le nom de plume qu'il ne quittera plus, Thierry Maulnier. Avec ses amis Robert Brasillach, Maurice Bardèche et José Lupin, il fait sortir L'étudiant français à la date prévue, comme si rien ne s'était passé.

A l'âge de 23 ans, il publie son premier essai. Il attire l'attention de Léon Daudet et de Charles Maurras, qui le pressent d'entrer à la rédaction de L'Action française. Il est chargé d'abord de la critique littéraire, puis de la revue de presse politique.

Maulnier fonde en 1936 avec Jean-Pierre Maxence l'hebdomadaire L'Insurgé et avec Jean de Fabrègues la revue Combat. Maurras sera mécontent de ces initiatives de Maulnier, considérant que ces publications comme radicalement « anticapitalistes » et même « antipatriotiques ». Maulnier va alors rassurer son vieux maître, en publiant, dans La Revue universelle, un article intitulé « Maurras et le socialisme », où il insiste sur la nécessité d'une lutte conjointe contre le libéralisme politique et le libéralisme économique. Pour Maulnier, la notion d'intérêt général maurrassienne rejoint la pensée socialiste.

La Jeune droite

La défaite de 1940 ne pouvait qu'accentuer les divisions au sein du milieu nationaliste français. Comme toutes les autres familles politiques françaises, celle-là va rapidement se diviser en trois tendances principales : l'attentisme, la collaboration et la Résistance. Thierry Maulnier rejoindra Lyon, où s'est repliée une importante partie de la presse parisienne, y compris L'Action française. Dès le lendemain de l'armistice, Maurras a pris vigoureusement position pour le maréchal Pétain et pour la Révolution nationale proclamée à Vichy.

La position de Maulnier sera quelque peu différente de celle de son vieux maître. Sans doute reprendra-t-il sa collaboration à L'Action française, mais il donnera aussi des articles au Figaro. Sans doute approuvera-t-il les principes de la Révolution nationale ; mais il évitera, contrairement à Maurras, d'attaquer le régime défunt, les partis politiques dissous, les Juifs, les francs-maçons et les puissances alliées. S'il pense comme le directeur de L'Action française que la France doit pour l'instant se tenir à l'écart du conflit et bâtir un ordre nouveau de style français, c'est sur le ton de l'essayiste qu'il en traitera, et non sur celui de l'écrivain de combat. C'est dans différentes revues — surtout dans La Revue universelle qu'Henri Massis a fait reparaître — qu'il s'expliquera.

Il insistera d'abord sur le fait que si la France doit prendre conscience de l'étendue du désastre et en analyser les causes, elle ne doit pas céder à la mauvaise conscience et au pessimisme. Rester la France, tel est son mot d'ordre.

Au Figaro

A la stupéfaction générale, Maulnier entre en août 1944 à la rédaction du Figaro.

Comme dans son essai Dans Au-delà du nationalisme, Thierry Maulnier s'affirme anticommuniste d'abord. Mais ce n'est pas — ou ce n'est plus — au nom des valeurs nationalistes qu'il lutte contre le communisme : c'est au nom des valeurs occidentales. Sans renier son souhait d'une synthèse entre les idées libérales et socialistes, c'est au courant de pensée de la plupart des écrivains « libéraux » d'Europe et d'Amérique qu'il se rallie pratiquement. Ce courant de pensée s'oppose au communisme essentiellement parce que ce dernier bafoue, dans la réalité, les valeurs dont il se réclame en théorie — parce que ce régime dit « populaire » est en fait esclavagiste, parce que cette idéologie qui dénonce l'exploitation capitaliste ne fait que lui substituer une exploitation terroriste pire.

La séduction que le communisme exerce dans le monde occidental — et spécialement dans la société française — est désormais pour Maulnier le danger essentiel qu'il importe de conjurer. Certes, reconnaît-il, l'anticommunisme n'est pas toujours pur : on peut fort bien être anticommuniste pour de mauvaises raisons, notamment pour garder des privilèges scandaleux. Mais le vrai problème est de savoir si les accusations portées contre la société communiste sont ou non justifiées :

« Si la révolution communiste n'est pas la mort, la terreur et l'esclavage pour des millions d'hommes, alors nous avons menti, et nous pouvons faire pénitence. Mais si la révolution communiste est bien, pour des millions d'hommes, la mort, la terreur et l'esclavage, alors il faut crier, il ne faut pas s'arrêter de crier, et peu importe celui qui crie, et peu importe si celui qui crie a ou non, lui-même, quelque chose à cacher. S'il y a effectivement quelque part les cadavres de Katyn, les cadavres des révoltes paysannes, les cadavres des compagnons de Lénine exécutés, les cadavres de tous ceux qui se sont opposés à la marche de la Révolution communiste, les cadavres qui marchent et respirent encore du Goulag — s'il y a quelque part ces cadavres, nous ne pouvons pas admettre qu'on vienne nous dire : "Ce n'est pas la question". Car si ce n'est pas là la question, je le demande, qu'est-ce qui sera la question ? ».

Dans les années 48-51 où Thierry Maulnier s'exprime ainsi — principalement dans la revue La Table ronde —, les communistes soutiennent qu'il n'y a pas, dans le monde communiste, de camps de concentration, mais seulement des camps de rééducation. Et quand un intellectuel de gauche tel que David Rousset, ancien déporté des camps hitlériens, demande à ses camarades de s'unir à lui pour créer une commission d'enquête sur les camps soviétiques, beaucoup d'intellectuels de gauche critiquent son initiative : en mobilisant l'opinion contre les camps soviétiques, diront-ils, on risque de faire le jeu du fascisme ou du capitalisme. Un raisonnement que Thierry Maulnier ne peut accepter.

L'Institut d'études occidentales

Le combat qu’il mène alors contre la déliquescence occidentale s’oriente dans deux directions principales : d’abord le retour à une action intellectuelle « militante » dans les parages du GRECE, de la manière dont Maulnier a toujours pratiqué l’engagement, c’est-à-dire par le biais de colloques, de débats, de création de revue ; ensuite le recours à un nouveau style littéraire, l’aphorisme, qui était sans doute le mieux adapté aux messages qu’il avait à transmettre à ses compatriotes ; un mélange savamment ordonné d’intuitions philosophiques, historiques, sociologiques, scientifiques, à la manière des grands moralistes ou de son maître de toujours, Nietzsche. En ce qui concerne le premier axe, Maulnier participe au lancement de l’Institut d’Etudes Occidentales – IEO – aux côtés de Dominique Venner et de Jean-Claude Bardet, futur secrétaire général adjoint du GRECE. L’IEO est fondé à l’automne 1968. Dominique Venner vient alors de quitter définitivement la politique active, à la suite de l’échec électoral du Rassemblement européen de la liberté (REL) aux élections législatives de mars 1967, pour se consacrer à un combat de dimension plus culturelle, qui trouve sa raison d’être dans l’envahissement de la culture et du monde intellectuel par la pensée de gauche. Thierry Maulnier, qui n’a plus mené d’actions militantes depuis de longues années, accepte d’assumer la présidence d’honneur de cet institut. A l’Institut d’Etudes Occidentales, dont il trouve le nom, il s’active en effet pendant presque trois années, entre 1968 et 1971, pour animer des colloques, donner des conférences dans les réunions de l’Institut et surtout chercher de nouveaux soutiens parmi ses confrères.

Citations

« Toutes les sociétés du passé ont toujours, avec plus ou moins de bonheur, créé ou maintenu des valeurs qui étaient en accord avec elles, qui les aidaient à vivre. Au pire, elles laissaient s’affaiblir, péricliter ces valeurs. Elles ne les détruisaient pas volontairement pour se détruire elles-mêmes. La société industrielle occidentale est la première qu’on puisse voir acharnée non seulement à détruire ses propres valeurs, mais à leur opposer un système de contre-valeurs suicidaires ; la première qu’on voit saisie par la fascination de sa propre mort. » « La crise des valeurs en Occident », in Cité-Liberté, n°1, novembre 1970, p.6

« Les grandes civilisations artistiques furent des civilisations où l'inutile était nécessaire. Dans la civilisation d'aujourd'hui, l'inutile est devenu inutile. »

« La force de celui qui croit en Dieu n'est pas en Dieu mais dans sa foi. »

Œuvres

Roman

  • Avec Robert Brasillach, Roger Vailland, Paul Gadenne, F. Semach, J. M. Pin, P. Frémy & A. Fabre, Fulgur, grand roman d'aventures de police et d'épopée., La Tribune de l'Yonne, 1927; rééd. dir. J. Servière, préf. Francis Lacassin, coll. La Seconde chance, Julliard, Paris, 1992, 367 p.

Essais

  • La crise est dans l'homme, Antoine Redier, Paris, 1932.
  • Avec Jean-Pierre Maxence & Robert Francis, Demain la France, Grasset, Paris, 1934.
  • Mythes socialistes, 1936.
  • Principes d'un réalisme révolutionnaire, Les Cahiers de Combat n° 1, 1937.
  • Au-delà du nationalisme, 1937.
  • La pensée marxiste, 1938.
  • La France, la guerre et la paix, Lyon, 1942.
  • Violence et conscience, 1945.
  • Arrière-pensées, 1946.
  • L'honneur d'être juif avec Gilbert Prouteau, 1970.
  • Lettres aux Américains, 1968.
  • Le Sens des mots, 1976.
  • Dialogue inattendu, avec le communiste Jean Elleinstein, Flammarion, 1979.

Études historiques

  • Histoire de la guerre, 1946.
  • La course des rois, 1947.
  • La Révolution du XXème siècle, 1948.
  • La Face de méduse du communisme, Gallimard, 1951.
  • Ceux d'Algérie : Lettres de Rappelés précédées d'un débat entre Jean-Yves Alquier, Roger Barberot, Raoul Girardet, Michel Massenet et Thierry Maulnier, Plon, 1957.
  • Cette Grèce où nous sommes nés, 1964.
  • L'Europe a fait le monde, 1966.
  • L'Italie que j'aime, 1967.
  • La Défaite d'Annibal, Gallimard, 1968.
  • Le monde a pris le large à partir de Paris, avec Gilbert Prouteau, 1982.

Etudes littéraires

  • Racine, Alexis Redier, mai 1935, réed. Gallimard, 1936, rééd. 1988.
  • Préface, in D. Aury, Introduction à la poésie française, coll. Blanche, Gallimard, Paris, septembre 1939.
  • Poésie du XVIIème siècle, 1945.
  • Langages, 1946.
  • Esquisses littéraires, 1948.
  • Introduction à Colette, 1954.
  • Lecture de Phèdre, 1967.

Pièces de théâtre

  • 1920 : Tomyris, reine des Messagètes., tragédie en vers inédite.
  • 1947 : La Course des rois mise en scène par Émile Dars, reprise en 1948 dans une mise en scène de Noël Vincent.
  • 1949 : Jeanne et les juges mise en scène par Maurice Cazeneuve sur le parvis de la cathédrale de Rouen, reprise en 1950 dans une mise en scène de Marcelle Tassencourt au théâtre du Vieux Colombier, en 1968 et en 1990.
  • 1950 : La Ville au fond de la mer, diffusé à la radio par RTF le 1er juillet 1950, avec Michel Vitold, Maria Casares, Roger Blin et Marcelle Tassencourt pour interprètes, première en 1953.
  • 1950 : Le Profanateur mis en scène par Jean Vilar dans le Verger d’Urbain V lors du festival d’Avignon en juillet, repris en janvier 1951 au théâtre de l'Essor à Tunis, en 1952 dans une mise en scène de Tania Balachova au Théâtre du Vieux Colombier puis au Théâtre des Arts.
  • 1953 : La Maison de la nuit, pièce en trois actes (Gallimard, 220 pages) mise en scène par Marcelle Tassencourt et interprétée par Michel Vitold en 1953 au Théâtre des Arts, reprise en 1954 au Théâtre des Célestins.
  • 1955 : L'Homme qui n'avait rien fait diffusé à la radio par RTF en janvier, mis en scène en 1970 par Marcelle Tassencourt, publié chez Gallimard en 1983 sous le titre Celui qui n'avait rien fait.
  • 1960 : Le Sexe et le néant mis en scène par Marcelle Tassencourt au Théâtre de l'Athénée.
  • 1970 : Le Soir du Conquérant mis en scène par Pierre Franck.

Essais moraux

  • Nietzsche, Antoine Redier, Paris, 1933.
  • Les Vaches sacrées, 1977.
  • L'étrangeté d'être, 1982.
  • Le Dieu masqué, 1985.
  • Les matins que tu ne verras pas, 1989.

Adaptations dramatiques

  • 1944 : Antigone 1580 d'après Robert Garnier mise en scène par Thierry Maulnier au Théâtre Charles de Rochefort, reprise en janvier 1945 au Théâtre du Vieux-Colombier.
  • Antigone de Sophocle.
  • 1952: Dialogues des carmélites d'après Georges Bernanos mis en scène par Marcelle Tassencourt au Théâtre des Arts (quatre centième et dernière le 19 juillet 1953).
  • 1953 : Œdipe-Roi de Sophocle mis en scène par Julien Berteau à la salle Richelieu de la Comédie-Française.
  • 1955 : La Condition humaine d'après André Malraux mise en scène par Marcelle Tassencourt au Théâtre des Arts.
  • 1955 : Le Prince d’Égypte (The Firstborn) de Christopher Fry mis en scène par Marcelle Tassencourt au théâtre du Vieux Colombier.
  • 1958 : Procès à Jésus (it) de Diego Fabbri mis en scène par Marcelle Tassencourt au théâtre Hébertot, joué en juin 1958 au festival Nuits de Bourgogne, le 16 décembre 1958 au Vélodrome d'Hiver, le 25 mars 1959 à l'Alhambra.
  • 1959 : Rashomon de Fay Kanin mis en scène par Raymond Rouleau.
  • 1960 : Le Signe du feu de Diego Fabbri mis en scène par Marcelle Tassencourt au théâtre Hébertot.
  • 1963 : Othello de William Shakespeare mis en scène par Marcelle Tassencourt.
  • 1964 : Macbeth de William Shakespeare, mis en scène de Claude Chabrol.
  • 1967 : La Mégère apprivoisée de William Shakespeare mise en scène par Marcelle Tassencourt, reprise en 1990.
  • 1967 : Roméo et Juliette de William Shakespeare mis en scène par Marcelle Tassencourt.
  • 1969 : Le Prix (en) d'Arthur Miller mis en scène par Raymond Rouleau.
  • 1972 : Le Marchand de Venise de William Shakespeare mis en scène par Marcelle Tassencourt.
  • 1975 : L'Homme, la Bête et la Vertu. (it) de Luigi Pirandello mis en scène par Marcelle Tassencourt.
  • 1978 : L'Avocat du diable de Dore Schary mis en scène par Marcelle Tassencourt.

Bibliographie

  • Ludovic Morel, Thierry Maulnier: de la Jeune Droite révolutionnaire à l’ordre établi ?, thèse en histoire soutenue à l’Université de Lorraine, sous la direction du prof. Olivier Dard, 2013, 1202 p.
  • Etienne de Montety, Thierry Maulnier, Paris, Perrin, 1994 (rééd. 2013).