Robert Brasillach

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Robert Brasillach

Robert Brasillach (né le 31 mars 1909 à Perpignan, fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge, à Arcueil) est un écrivain, journaliste, et critique de cinéma français.

Ouvrages de Brasillach

Disponible chez Ars Magna :

  • Léon Degrelle et l'avenir de Rex, Ars Magna, Nantes, 2018.

Disponibles chez Pardès :

Léon Degrelle et l'avenir de Rex, réédition chez Pardès en 2020. Préface de Francis Bergeron. Postface de Lionel Baland.
Traductions de Shakespeare
Ouvrage de Robert Brasillach sur Léon Degrelle
  • Six heures à perdre, préface de Philippe d’Hugues, 2016.
  • L’Enfant de la nuit, préface de Peter Tame, 2017.
  • Le Voleur d’étincelles, préface de Peter Tame, 2017.
  • Le Marchand d’oiseaux, préface de Peter Tame, 2017.
  • La Conquérante, préface d’Alain Sanders, 2018.
  • Les Sept Couleurs, préface de Peter Tame, 2019.
  • Les Captifs, préface de Cécile Dugas, 2019.
  • Animateurs de théâtre, préface de Michel Mourlet ; notes et iconographie par David Gattegno, 2019.
  • Théâtre complet, préface de Michel Mourlet, 2020.
  • Notre avant-guerre, préface de Peter Tame; notes, notices et iconographie par David Gattegno, 2020.
  • Traductions de Shakespeare, préface de Peter Tame, 2020.
  • Léon Degrelle et l’Avenir de ‘’Rex’’, préface de Francis Bergeron et postface de Lionel Baland, Pardès, Paris, 2020.

Ouvrages sur Brasillach

Ouvrage sur Robert Brasillach
  • Brassié Anne, Robert Brasillach ou Encore un instant de bonheur, Association des Amis de Robert Brasillach, 2006.
  • Hugues Philippe (d'), Brasillach, col. «Qui suis-je?», Pardès, 1e éd., 2005.
  • Hugues Philippe (d'), Brasillach, col. «Qui suis-je?», Pardès, 2e éd., 2009.

ARB

L'Association des Amis de Robert Brasillach (ARB), Case postale 3763, CH-1211 Genève 3 Suisse

Texte à l'appui

BRASILLACH & LA QUESTION DU FASCISME


Robert Brasillach lors de son procès
Robert Brasillach. Nous ne jugeons un homme ni d’après son nom, ni d’après le nom de ses amis, ni d’après le nom de ses idées. L’enthousiasme militant dès 1937 pour une "Révolution Nationale" en France, marqué par le contexte de l’entre-deux-guerres où l’ennemi principal reste pour lui le communisme, a certes pris parfois en défaut sa lucidité (antisémitisme de veine anticapitaliste), il n’en reste pas moins un homme de lettres que nous saluons et qui, comme Sartre au final, excelle dans le domaine de la critique : Portrait de Virgile, Les Quatre Jeudis, Histoire du cinéma. Brasillach a été fusillé le 6 février 1945 au Fort de Montrouge parce que c’était un bouc-émissaire (beaucoup ont fait pire que lui), parce que c’est facile de tuer un écrivain (tous les bouchers et les politiciens le savent) et plus difficile de tuer un haut fonctionnaire ou un industriel. Finalement Brasillach a été… le Juif des résistants ! Afin de contextualiser le parcours de cet écrivain méconnu en une période tourmentée, nous présentons ici à titre documentaire ce texte.


(...) Le second point [à relever d'un portrait de Maurras lors d’une conférence de Pierre Gaxotte organisée par JSP en 1937] est plus sujet à controverses, c'est celui de Maurras « maître des révolutions nationales ». Je suis partout affirme, non sans exagération, que l'influence de Maurras est pour une large part à l'origine du renversement des idées en Europe, du réveil des nationalismes, en d'autres termes, du développement des fascismes. Que cette certitude témoigne d'une conception singulièrement large, et sans doute fausse, du fascisme, nous essayerons d'y revenir tout à l'heure. Brasillach écrit : « Interrogeons Salazar, Degrelle ou Franco, et ils nous répondent en disant : La France, c'est Maurras. J'ai appris à lire dans Maurras... Partout où se forme un jeune mouvement national, que ce soit en Belgique, en Suisse, en Pologne, il se tourne d'abord vers le traditionalisme révolutionnaire de Maurras ».

Tout cet aspect s'estompe après Munich, et il n'est pas outré de dire que de ce moment à la défaite, il existe une complète solidarité, dans les idées comme dans le combat politique, entre JSP et L'Action française, même si l'hebdomadaire s'exprime parfois, - rarement -, en des termes fort différents de ceux du quotidien. Le 14 avril 1939, sous le titre Il faut répondre aux nationalismes menaçants par le nationalisme et non par la démocratie, Brasillach écrit : « Il ne faut tout de même pas avoir peur des mots. On ne matera le fascisme étranger que par le fascisme français. Le seul vrai fascisme. Ne croyons pas que nous ayons du goût pour cette avalanche de paperasserie sous laquelle croule le national-socialisme, le fascisme italien. Pas davantage pour les vexations inutiles, les plaisirs en commun et la rigolade par quatre... Mais c'est que justement il y a dans les fascismes étrangers beaucoup trop de démocratie pour notre goût. C'est l'Allemagne et l'Italie qui ont déconsidéré le fascisme... Et nous saurions mieux établir notre fascisme qu'eux, je vous le jure ! Nous saurions lui donner la continuité, le débarrasser des entraves au bonheur, l'appuyer sur une force qui a moins besoin d'être proclamée à chaque instant, qui est plus sûre de soi. Car nous sommes la France... »

Et, le 2 février 1940, il s'en prend à ceux qu'il appelle les « endormis » : « Nous pensons qu'ils n'ont pas lu un des derniers discours de M. Paul Reynaud, où notre ministre déclarait tout net que certains principes, pour désagréables qu'ils nous paraissent, ont fait la force menaçante de l'Allemagne. Ces principes (l'autorité, l'amour de la nation, la nécessité du travail, l'entraide sociale), nous pensons que l'Allemagne a commencé par nous les voler puis par les caricaturer dans la brutalité et l'esprit de système - avant d'ailleurs d'en abandonner carrément quelques-uns, car il y aurait beaucoup à écrire sur l'évolution antisociale du Troisième Reich depuis 1938. Mais nous pensons aussi qu'ils sont bons et qu'ils sont français. Il y a près d'un an, nous écrivions qu'il faut répondre aux nationalismes étrangers par le nationalisme français. Nous n'avons pas changé d'avis. Nous n'avons pas changé d'avis non plus sur le contenu de ce nationalisme ».

Loin de choquer l'A.F., ce langage lui plaît ; elle cite longuement cet article et Robert Havard de La Montagne en approuve les conclusions : « Les bons principes ne deviennent pas mauvais parce que l'Allemagne en a fait une exécrable caricature ». C'est le 9 février 1940, dans un numéro spécial de JSP consacré à la Finlande, que paraît le seul article spécialement rédigé par Maurras pour l'hebdomadaire. En juin, quand Charles Lesca et Alain Laubreaux, qui dirigent le journal depuis que Brasillach a été mobilisé et que Gaxotte l'a quitté, sont arrêtés, Maurras, seul dans la presse, élève une vigoureuse protestation, et se porte garant de leur patriotisme.

Pourtant, dès l'été 1940, à Vichy, le processus qui aboutit au divorce entre l'A.F. et l'équipe de JSP, qui a cessé de paraître, est amorcé. Rebatet, Laubreaux, rédacteurs à la radio, ont déjà opté pour le rapprochement avec l'Allemagne, et l'A.F. rompt toutes relations avec les membres de ce qu'elle nomme le clan des ya. Des préparatifs sont entamés pour faire reparaître JSP à Paris. Brasillach, prisonnier de guerre en Allemagne, demande qu'on prenne l'avis de Maurras. Celui-ci est fermement négatif : « Comment un journal national peut-il penser à reparaître à Paris et demander une autorisation aux Allemands, sous la censure allemande ? C'est complètement impossible... »

Les pourparlers avec les occupants durent, car les Allemands suspectent JSP de maurrassisme, mais l'hebdomadaire reparaît à Paris en février 1941 et prétend y défendre le point de vue du nationalisme français - un nationalisme désormais explicitement fasciste - ; c'est dire qu'il se réclame des principes de la politique maurrassienne, réalisme, empirisme, pour justifier la collaboration franco-allemande. Les rédacteurs de JSP ont du mal à se déprendre de l'autorité de Maurras. Tout en préférant citer l'A.F. d'autrefois, ils persistent à chercher des arguments, des références, dans les articles contemporains de Maurras. Le 2 mai 1941, Brasillach qui, libéré, a repris ses fonctions de rédacteur en chef, écrit : « L'avenir appartiendra, écrivait Maurras il y a un demi-siècle, à celui qui saura unir dans un mot la critique de la démocratie et un vocable populaire comme le mot socialisme. Ainsi fut-il ce jour-là le prophète du national-socialisme ».

Le 10 janvier 1942, un éditorial signé « Je Suis Partout », faisant allusion au procès de Riom, rappelle que Maurras appelait celui-ci, un an auparavant, la pierre de touche de la révolution nationale. D'autres articles opposent les éléments positifs, à leurs yeux, de la politique suivie par l'A.F., aux éléments négatifs. « À l'Action française, écrit L. Rebatet le 13 septembre 1941 en évoquant la presse de zone libre, les vigoureuses diatribes contre De Gaulle, la chronique clairvoyante et nourrie de Jacques Delebecque voisinent toujours le plus singulièrement du monde avec quelques loufoqueries stratégiques ».

Deux mois plus tard, Jean Servière - il s’agit d’un pseudonyme utilisé par Brasillach - dans un article sur « les anciens partis », approuve l'antigaullisme de l'A.F., l'anglophobie de Maurras, mais regrette que celui-ci « ne soit pas plus net sur la collaboration ». Il cite toutefois la réponse de Léon Daudet à une interview de Gringoire : « J'ai assisté à Lyon au triomphe sans précédent du maréchal Pétain, il montre que la France n'est pas morte et qu'elle veut revivre dans une collaboration pacifique avec ses voisins... » Déplorant le manque d'information des militants, dont certains sont gaullistes, d'autres attentistes, Jean Servière se réjouit de ce que « les anciens jeunes gens d'A.F. sont à l'avant-garde de la rénovation nationale et de la collaboration européenne ».

Parallèlement, JSP développe une critique de fond de certaines positions doctrinales de l'A.F. On trouve ainsi, le 16 juin 1941, sous la plume de Brasillach, des phrases sur la monarchie qu'on aurait en vain cherchées avant-guerre : « On connaît les arguments de Charles Maurras pour la monarchie. Ils nous semblent, osons le dire, non seulement admirables par leur rigueur logique, mais fondés sur l'expérience et sur la vérité. Aucun royaliste cependant ne nous contredira si nous affirmons qu'il fait jour à midi et qu'il n'y a pas de roi en ce moment. La monarchie est certes un élément de stabilité et de souplesse. Nous l'avons vue dans notre histoire s'adapter à toutes les circonstances. J'ai toujours tenu pour les plus grands rois de France, non seulement Louis XI, qui fut le dictateur de la diplomatie, non seulement Louis XIV qui fut le souverain absolu et seul - mais aussi Louis XIII qui comprit qu'il fallait appuyer Richelieu. De nos jours, le fascisme a conservé la monarchie italienne et s'est appuyé sur elle. Une monarchie française pourrait, le cas échéant, s'appuyer sur un fascisme français. Mais l'interrègne commence à approcher de son siècle d'âge, et nous en sommes au point où le monarque devrait être Hugues Capet, c'est-à-dire beaucoup plus le premier que la suite. C'est au comte de Paris à prouver qu'il est Hugues Capet, pas à nous ».

C'est en 1942 que les relations entre l'A.F. et JSP s'aigrissent définitivement. L'hebdomadaire ne peut plus dissimuler qu'il n'a plus l'appui de l'A.F. Celle-ci publie en février une note de mise en garde contre une conférence prononcée à Lyon par Brasillach, qui est très affecté par l'attitude de son vieux maître à son égard. Le 7 août, parodiant le slogan La France, la France seule, Brasillach publie sa déclaration de rupture sous le titre La Provence, la Provence seule : « Rien ne nous empêchera jamais de rendre aux vieux maîtres de notre jeunesse l'hommage qui leur est dû. Rien ne nous empêchera de garder une reconnaissance éternelle aux lutteurs vaincus de la paix en 1939, dont le combat magnifique contre la guerre est l'honneur de l'esprit humain. Mais le présent reste le présent, avec ses vérités ou ses erreurs. (...) Ce sera la première fois que le mouvement monarchiste aura rencontré ainsi la pure démagogie, mais il y est bien. Nous reviendrons un jour sur ces étonnants manquements au destin, à tout ce qui aurait pu être, might have been comme disait Rossetti, si souvent cité par Léon Daudet. En attendant, les faits sont là. Nous ne pouvons pas accepter, nous, que la France soit réduite à quelques rêveries autour des santons de Maillane et des gracieux costumes des filles d'Arles. Nous ne pouvons pas accepter que la devise de la reconstruction nationale soit : La Provence, la Provence seule ».

Au même moment paraît le pamphlet de Lucien Rebatet Les Décombres, qui va être un des plus grands, sinon le plus grand succès de librairie de l'Occupation, et qui contient de nombreuses pages sur le mouvement royaliste et sur son chef. Maurras et l'A.F. ne veulent voir dans le livre qu'un torrent d'injures à leur endroit et ripostent par un article d'une violence extrême : « Vous le connaissez bien, nabot impulsif et malsain, l’œil éminemment grégaire et cramponné à toutes les bêtes du troupeau. Il faisait sa partie dans un petit groupe que l'idée de la seule France met en transes de rage et d'insultes. Mais par littérature ou par respect de soi, ces transfuges de notre alliance s'appliquaient à garder une certaine tenue. Notre auteur n'a pu se tenir... »

En fait, une lecture moins passionnelle des Décombres permet aujourd'hui d'y remarquer l'amour déçu de Rebatet pour l'A.F. et pour Maurras qui vibre sous la virulence du pamphlétaire. Rendant compte des Décombres dans JSP le 4 septembre 1942, Brasillach tente de présenter un bilan de ce qu'il considère comme une histoire achevée, celle de l'Action française. Je ne citerai qu'une partie de ce long article :

« Certes, dans le domaine de l'action, il faudra bien écrire un jour que le grand péché spirituel de l'Action française fut l'amour de la solitude. D'année en année, cette solitude prenait un aspect de plus en plus tragique. La mort a privé le vieux journal de Bainville et de Daudet. On ne s'était jamais soucié de les remplacer. Nous ne plaidons même pas ici pour notre génération mais pour les précédentes : la guerre de 1914 n'a pas tué tout le monde, et les amoureux de la solitude n'ont prévu aucune relève, les théoriciens de la dynastie semblent avoir pris pour devise : après nous le déluge. Elle est longue la liste des exclus et des dissidents ! Sans doute quelques-uns, Valois, Bernanos, sont partis avec tous les torts. Mais pas tous les autres, mais pas les vieux serviteurs renvoyés parce qu'ils avaient déplu à quelque énergumène indéracinable, et ceux-là mêmes qui n'étaient pas officiellement exclus ne restaient qu'à condition de ne pas bouger et de se cantonner hors de la politique. Quant au meilleur moyen de rester en bons termes avec la maison, c'était de ne pas en faire partie, tout le monde l'a toujours su.
À cela, il fallait ajouter ce que décrit Lucien Rebatet avec une verve magistrale, l'incapacité toute démocratique d'organiser, le journal à la fois le plus passionnant et le plus mal fait de Paris, le déficit ahurissant des finances, les gouffres creusés sans cesse dans les sacrifices de centaines de pauvres bougres, le refus de saisir les occasions, le chahut du quartier latin érigé en acte de salut public. La doctrine même devenait plus pâle : qu'est-ce que l'antisémitisme de 1942 à côté de celui de 1912 ! Et quant à l'admirable anticapitalisme d'avant l'autre guerre, on jettera un voile sur ce qu'il est devenu.
Il restait à cette étrange maison d'abriter le génie sous la poussière, le courage sous le conformisme, l'amour de la patrie sous l'illusion, d'avoir aimé la paix en 1935 et de l'avoir payé de la prison, de s'être admirablement battu pour elle (L. Rebatet en rend le témoignage vivace) en 1938 et 1939. Il lui reste d'avoir été la seule école politique du XXe siècle. Aujourd'hui que son histoire est close, nous devons en porter le témoignage sans crainte et avec amitié. Comme le disait un de ses maîtres, Ernest Renan : La foi qu'on a eue ne doit jamais être une chaîne : on est quitte envers elle quand on l'a soigneusement roulée dans le linceul de pourpre où dorment les dieux morts... »


JSP prétendait enterrer l'A.F. Celle-ci ne pouvait évidemment lui pardonner.

Je voudrais, pour conclure, évoquer brièvement le problème maurrassisme / fascisme. Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet, et je me bornerai à poser ici quelques questions, peut-être provocantes, j'espère sans parti-pris. Je crois qu'il subsiste encore à ce propos un tabou, du fait que le problème n'a pratiquement jamais été abordé que par des détracteurs systématiques, amalgamant hâtivement maurrassisme et fascisme à de trop évidentes fins polémiques, ou par les hagiographes d'un maurrassisme prétendument orthodoxe, qui ont oublié que la vraie tradition est critique.

La première question concerne l'ambiguïté de la position de l'A.F. à l'égard du fascisme. Il y a le fameux texte de Mes idées politiques souvent invoqué par JSP :

« Qu'est-ce en effet, que le FASCISME ? Un socialisme affranchi de la démocratie. Un syndicalisme libéré des entraves auxquelles la lutte des classes avait soumis le travail italien. Une volonté méthodique et heureuse de serrer en un même faisceau tous les facteurs humains de la production nationale : patrons, employés, techniciens, ouvriers. Un parti-pris d'aborder, de traiter, de résoudre la question ouvrière en elle-même, toute chimère mise à part, et d'unir les syndicats en corporations, de les coordonner, d'incorporer le prolétaire aux activités héréditaires et traditionnelles de l'État historique, de la Patrie, de détruire ainsi le scandale social du prolétariat. Ce FASCISME unit les hommes pour l'accord : il fait jouer les forces naturelles ensemble, assure les fonctions sociales les plus variées avec l'aide des grands et l'aide des petits ». Maurras écrit plus loin : « Devant les résultats de cette politique de la main tendue, il est normal que les démocraties, ayant adopté la formule du poing tendu, se soient donné pour mot d'ordre commun l'antifascisme : leur plus grand intérêt vital est d'empêcher tout faisceau national de se former pour éteindre ou réduire les compétitions dont elles vivent ».


L'image que se fait l'A.F. du fascisme avant la guerre est donc singulièrement restrictive et strictement nationale, mais, s'en tenant à ce point de vue, elle ne lui manifeste pas la moindre hostilité. Elle ne perçoit nulle antinomie fondamentale entre le fascisme (qu'elle distingue du nazisme, considéré comme l'incarnation temporaire du germanisme de toujours) et sa doctrine, ne montre aucune tendance à un quelconque antifascisme, bien au contraire. Quittant la théorie, on citera les paroles d'une chanson satirique publiée par L'Action française le 2 janvier 1938. Arguant de ce que le Front populaire considère l'ouvrier non-communiste, et le petit bourgeois ruiné, amis de l'ordre, comme des fascistes, un couplet revendique le qualificatif :

Monsieur, si les fascistes sont
Les braves gens que nous pensons,
Les types épris de justice,
Ceux qui, pour tenir, se raidissent,
Ceux qui méprisent les voleurs,
Les assassins et les hâbleurs,
Tous les politiciens en iste...
Soyons fascistes.

Revenant à la doctrine, on citera la définition que donne Maurras de son roi (« dictateur et roi »), définition étymologique qui rappelle étonnamment le contenu du titre des chefs fascistes (duce, führer ou leader) : « Comprenons bien le mot : rex, directeur et conducteur ». Il y a donc dans la position de l’A.F. une ambiguïté profitable au fascisme, ambiguïté que l'on retrouve à propos de la politique internationale.

L'A.F. n'est pas épargnée par la vague de solidarité politique transnationale qui est l'un des éléments fondamentaux du fascisme français des années 1930. Les nationalistes, refusant tout système de pensée politique qui ne se réfère pas d'abord à la réalité nationale, sont surpris par la montée en eux d'un sentiment qu'ils ignorent, celui de la solidarité qui les unit à des militants étrangers : ils éprouvent quelque difficulté à le comprendre. L'A.F., comme le fascisme italien, comme le national-socialisme allemand, prétend tour à tour que sa doctrine n'est pas un article d'exportation, et le contraire, et cette incertitude est lourde de conséquences.

Les attitudes de l'extrême-droite française s'échelonnent selon que ses militants acceptent ou non de raisonner en termes de conflit planétaire. Le Francisme fait de l'universalisme fasciste le thème essentiel de sa politique : il prône un fascisme idéologique qui n'a plus guère de rapport avec le nationalisme. Maurras, en revanche, affecte de ne pas tenir compte du caractère international pris par le combat politique, mais y est sensible : son voyage à Burgos en 1938 le prouve. La position de JSP, et de la plupart des fascistes français, les place simplement en pointe par rapport au comportement officiel de l'Action française.

On note le même décalage en ce qui concerne la politique intérieure. La logique interne du système qu'illustre l'image du faisceau telle que l'admet l'Action française devrait la conduire à accepter l'idée d'une rencontre des deux camps qui divisent la France politique, voire à prôner une stratégie de la convergence de la droite et de la gauche. Or, loin d'acquiescer à une telle conception du combat politique, l'A.F. des années 1930, reniant ses propres tentatives de l'autre avant-guerre (essai de rapprochement avec le syndicalisme révolutionnaire, collaboration de disciples de Maurras avec Georges Sorel, de disciples de Sorel avec Maurras), adhère pleinement aux antagonismes du moment, qui ont pour effet d'écarteler la nation en deux blocs. Si la singularité de sa doctrine et la réalité des frictions qui l'opposent aux groupements issus d'autres traditions politiques garantissent son autonomie, la virulence de son hostilité au marxisme révolutionnaire et une relative homogénéité de politique étrangère l'associent étroitement à un camp, la droite, dont les structures datent des années 1900 et la limite passe à gauche de la Fédération républicaine.

Quant à l'évolution des gens de JSP et de leurs lecteurs, avant et après 1940, n'est-ce pas un des plus graves échecs de l'Action française que de ne pas avoir su ou voulu leur faire une place en son sein, et s'attacher durablement une des générations les plus brillantes qu'elle ait attirées ? Est-ce que l'A.F., par son vieillissement, par sa méconnaissance de la nouveauté radicale d'un phénomène comme le fascisme, ne porte pas une part de responsabilité dans les errements qui conduisirent nombre de ses anciens fidèles au poteau d'exécution ou à la prison ?

La deuxième question est la suivante : le maurrassisme a suscité, et continue de susciter, des interprétations divergentes. Dans cette perspective, peut-on dire qu'il y a, ou qu'il y a eu, une lecture fasciste de Maurras, que le fascisme, ou plutôt un certain type de fascisme, représente un maurrassisme possible ?

Troisième question : ce qu'on appelle fascisme français valorise la Vie en soi, mais se montre, en général, avant la guerre, soucieux du bonheur individuel, hostile à l'embrigadement, à la "statolâtrie". On peut y voir la résultante de l'influence de Charles Maurras. Mais, dans ces conditions, le fascisme français est-il véritablement fasciste ?

Quatrième et dernière question, liée à la précédente : les rédacteurs de JSP se montrent attentifs à la préservation du bonheur individuel, préoccupés d'épanouissement personnel. Le Parti Populaire Français de Doriot, quant à lui, se réclame, avant la guerre, de la démocratie. Le rexisme belge enfin, toujours avant la guerre, rejette catégoriquement le totalitarisme. Ne risque-t-on pas d'être acculé à une analyse du fascisme qui abandonne le concept de totalitarisme comme fondement premier ?

Discussion : M. Philippe Charpentier pense qu'il faut distinguer ceux qui n'utilisent qu'une partie de la pensée de Maurras et ceux qui « au contraire vivent du Maurras total... embrassant, à la longue, Maurras dans son unité et ses évolutions... On ne peut annexer Maurras à la théologie contre-révolutionnaire, sans reconnaître le caractère neuf, radicalement autre de sa pensée ».


  • extrait de « Maurras et l’Action Française vus par Je suis Partout », Pierre-Marie Dioudonnat, in Études Maurrassiennes n°4 (1980), p. 45-58.

LA MORT EN FACE

6 février 1945

Si j'en avais eu le loisir, j'aurais sans doute écrit le récit des journées que j'ai vécues dans la cellule des condamnés à mort de Fresnes, sous ce titre. On dit que la mort ni le soleil ne se regardent en face. J'ai essayé pourtant. Je n'ai rien d'un stoïcien, et c'est dur de s'arracher à ce qu'on aime. Mais j'ai essayé pourtant de ne pas laisser à ceux qui me voyaient ou pensaient à moi une image indigne. Les journées, les dernières surtout, ont été riches et pleines. Je n'avais plus beaucoup d'illusions, surtout depuis le jour où j'ai appris le rejet de mon pourvoi en cassation, rejet pourtant prévu. J'ai achevé le petit travail sur Chénier que j'avais commencé, j'ai encore écrit quelques poèmes. Une des mes nuits a été mauvaise, et le matin j'attendais. Mais les autres nuits, ensuite, j'ai dormi bien calmement. Les trois derniers soirs, j'ai relu le récit de la Passion, chaque soir, dans chacun des quatre Évangiles. Je priais beaucoup et c'est la prière, je le sais, qui me donnait un sommeil calme. Le matin, l'aumônier venait m'apporter la communion. Je pensais avec douceur à tous ceux que j'aimais, à tous ceux que j'avais rencontrés dans ma vie. Je pensais avec peine à leur peine. Mais j'essayais le plus possible d'accepter.

Robert Brasillach