Benito Mussolini

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Benito Amilcare Andrea Mussolini, dit Benito Mussolini, surnommé Il Duce, né le 29 juillet 1883 à Dovia di Predappio, près de Forlì en Émilie-Romagne, et mort le 28 avril 1945, fusillé à Giulino di Mezzegra au bord du lac de Côme, est un militant politique et un homme d'État italien, créateur du fascisme.

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Biographie

Issu de l’union d’un père forgeron et cafetier socialiste anarchisant anticlérical et d’une mère institutrice, le jeune Benito et sa famille ont certes quelque peu vécu dans la gêne mais sans pour autant que leur niveau de vie les fasse comparer à celui des journaliers, ouvriers pauvres et travailleurs agricoles. Néanmoins, il se qualifiera toujours d'« enfant du peuple ».

Ayant décroché un diplôme pour enseigner, Mussolini, d’un tempérament plutôt impétueux et turbulent, vouera les premières années de sa vie d’adulte à l’agit-prop politique, écrivant dans des journaux et revues d’obédience marxiste où il cultivera et affinera sa dilection syndicale révolutionnaire d’inspiration sorélienne et blanquiste. Son talent oratoire, son style de plume serviront le maximalisme de son engagement politique auprès des franges les plus radicales du socialisme italien (dont l’acmé, avant qu’il n’en soit exclu en 1914, constituera sa nomination à la tête de L’Avanti, organe du Parti socialiste italien). Il Popolo d’Italia qu’il fondera ensuite jouera un grand rôle dans la Marche sur Rome en octobre 1922.

La marche sur Rome

Ayant rompu avec le Parti socialiste, il fondera les Faisceaux de combat (1919) préfigurant le futur Parti national fasciste (1921). Il soutiendra l’aventure de Fiume ainsi que les actions des Chemises noires des Squadristi. Après avoir obtenu les pleins pouvoirs en novembre 1922, il entamera la transformation fasciste de l’Italie jusqu’à sa chute en 1943 et sa renaissance politique lors de l’éphémère République sociale italienne.

Enfance

Benito Mussolini naît le 29 juillet 1883 à Dovia di Predappio. Son père, Alessandro, est un forgeron de tendance anarchiste révolutionnaire. Sa mère, Rosa Maltoni, est institutrice. Il est baptisé Benito en l'honneur du président réformiste mexicain Benito Juarez (1806-1872).

Il est un élève difficile, qui entre souvent en conflit avec ses camarades de classe. A l'âge de onze ans, il est exclu du pensionnat des pères salésiens de Faenza, pour avoir jeté un encrier sur un des pères et agressé un camarade de classe. Il est envoyé à l'école Giosué Carducci, dont il sera aussi exclu, suite à une bagarre.

Mariage et famille

En 1909, il rencontre Rachele Guidi. Il s'installe avec elle mais il ne l'épouse qu'en 1917. Ils auront cinq enfants : Edda (1910), Vittorio (septembre 1916), Bruno (octobre 1918), Romano (1927) et Anna Maria (1928).

Edda épousera le comte Galeazzo Ciano, qui deviendra le dauphin politique du Duce. Vittorio émigrera en Argentine. Il sera l'auteur d'un livre, Mussolini : Due donne nella tempesta (Arnoldo Mondadori Editore, Milan 1961). Bruno deviendra pilote de chasse, participant notamment à la Guerre civile espagnole comme volontaire. Il y prendra part à 27 combats aériens. Il perd la vie aux commandes d'un avion de combat le 7 août 1941. Anna Maria décède de maladie 1968, à l'âge de 40 ans. Romano, célèbre musicien de jazz mais apolitique, décède le 3 février 2006, à l'âge de 78 ans.

Débuts en politique : l'activiste socialiste

En 1900, Benito Mussolini adhère au parti socialiste italien (PSI). L'année suivante, il obtient son diplôme d'instituteur. Il commence à collaborer à la presse socialiste et syndicaliste.

En 1902, il se réfugie en Suisse pour éviter le service militaire. Il y travaille comme maçon, boucher et garçon de courses. Il apprend l'allemand et l'anglais. A Lausanne, il suit les cours de Vilfredo Pareto. Il fréquente la mouvance syndicaliste révolutionnaire et les milieux socialistes locaux. En 1904, l'Italie amnistie ses déserteurs. Mussolini retourne alors dans sa patrie. Il effectue son service militaire à Vérone dans le corps d'élite des Bersaglieri.

Une fois son service militaire terminé, on lui propose un poste de rédacteur dans la région de Trente[1] au journal nationaliste italien La Voce, dirigé par le nationaliste Prezzolini. Il a été recommandé par Cesare Battisti, un socialiste italien aux tendances nationalistes. Mussolini constate alors les contradictions profondes entre les membres du Parti socialiste lorsque sont abordées les questions nationales.

En 1910, il est nommé secrétaire de la fédération socialiste de la province de Forlì. Il devient aussi rédacteur de l'hebdomadaire communiste de la région, La Lotta di Classe (La lutte des classes), dont il fait augmenter le tirage. Mussolini est arrêté et emprisonné pour avoir, conformément aux directives du Parti socialiste, prôné l'opposition à la guerre italo-libyenne (1911-1912). La victoire de l'aile maximaliste au Congrès de Reggio Emilia, tenu en 1912, lui donne une plus grande importance au sein du parti : il est un ennemi déclaré de la tendance réformiste des socialistes italiens. Il dirige alors le principal journal socialiste milanais Avanti, l'organe officiel du parti, ainsi que la revue de débats Utopia.

Il est, avec Nicola Bombacci, l'un des dirigeants politiques des insurgés lors de la « Semaine rouge » de 1914.

Toutefois, sur le plan des idées, pour Giuseppe Borgese, dans les années qui précèdent l'entrée en guerre de l'Italie, quatre penseurs influencent Mussolini. Tout d'abord l'économiste Vilfredo Pareto, avec son relativisme moral en matière de doctrines politiques et, faut-il rajouter, sa théorie du renouvellement des élites. Pareto considère que les moteur de l'histoire ce sont les élites, non les masses médiocres et amorphes. Il adhère ainsi plutôt à une lutte des élites qu'à une lutte des classes. Un autre penseur est Gabriele D’Annunzio, prompt faire un usage politique de la violence. Puis le philosophe Benedetto Croce, et sa théorie faisant de la subjectivité individuelle la seule réalité d'un monde qui n'existe pas en lui-même. Le mouvement futuriste et Marinetti fourniront au fascisme sa dimension utopique. Enfin, le philosophe Max Stirner - dont la philosophie n'est pas sans ressemblance avec celle de Nietzsche - explique la sensibilité anarchiste de Mussolini[2],[3].

La Première guerre mondiale et la rupture avec le Parti socialiste

Au début de la Première guerre mondiale, l'Italie est profondément divisée. Elle reste neutre jusqu'en mai 1915, quand elle s'engage aux côtés de la France et de l'Angleterre. Le Parti socialiste maintient une position de stricte neutralité. Mussolini, lui, évolue : il prône d'abord une neutralité conditionnelle, avant de se prononcer clairement en faveur de l'entrée en guerre, motivé par la crainte d'un « pangermanisme réactionnaire ».

En novembre de la même année, il fonde le journal Il Popolo d'Italia, qui défend une ligne à la fois socialiste et interventionniste, ce qui lui vaut d'être exclu du Parti socialiste italien.

En août 1915, il se porte volontaire pour aller combattre comme simple soldat. Au front, il fait preuve de courage et d'audace. En février 1917, il est gravement blessé et est hospitalisé durant quatre mois.

L'après-guerre : le Biennio rosso et la création des Fasci italiani di combattimento

Les frustrations de la victoire et ses conséquences

Après la guerre, l'Italie connaît une période de grave crise politique, sociale et économique.

La guerre, de 1915 à 1918, a mis le pays tout entier à l'épreuve, suscitant des énergies imprévues à l'intérieur - un patriotisme généralisé sans précédent, les "ragazzi de 99" et l'arditisme - et une très forte méfiance des puissances tierces à l'extérieur de la péninsule. Ponctuellement, les Franco-Britanniques sous-estiment l'effort militaire et économique du royaume et le front italien est obstinément ignoré par la grande presse alliée. Aujourd'hui encore, dans l'abondante historiographie anglo-saxonne sur la Grande Guerre, le théâtre italien reste un fait secondaire et l'engagement militaire presque une quantité négligeable, voire risible. Pourtant, les combats ont été très durs : le Karst, Gorizia, les Alpes, Caporetto, le Grappa et le Piave et, enfin, Vittorio Veneto. Le prix du sang a été très lourd : six cent quatre-vingt mille morts, plus d'un million de mutilés sur 5.240.000 mobilisés, soit 13,78 % de la population.

Les Alliés avaient négocié l'entrée en guerre de l'Italie : un Traité secret de Londres avait prévu de la récompenser largement en lui octroyant des territoires dans les Balkans, en Afrique et en Europe centrale[4]. Mais les grandes puissances considèrent certains pays simplement comme des alliés mineurs : Italie, Belgique, Serbie, Grèce, Roumanie, Japon et Portugal. Au lendemain de la victoire de son camp, la plupart des promesses données à l'Italie restent lettre morte. Les grandes puissances comptent en outre sur le nouveau royaume de Yougoslavie comme un nouvel allié, qu'elles veulent ménager, au détriment de l'Italie.

Epuisée par la guerre, n'obtenant pas les compensations espérées, l'Italie se retrouve avec une économie ruinée et un chômage galopant.

La « Régence du Carnaro »

Parmi ceux qui s'élèvent contre la frustration de l'Italie et la lâcheté de son gouvernement présidé par Nitti se trouve un « poète-guerrier », Gabriele D’Annunzio.

Le 12 septembre 1919, D’Annunzio, entouré d’un petit groupe de fidèles et à la tête d’une véritable armée personnelle de soldats démobilisés et d’aventuriers, prend la décision de marcher sur la ville de Fiume, dont il expulse sans difficultés les corps expéditionnaires américains, anglais et français qui l’occupaient, dans le but de restituer la ville à l’Etat italien. Le gouvernement italien déçoit cependant ses attentes en refusant son offre. D’Annunzio prend alors la décision d’instaurer à Fiume un gouvernement basé sur une charte rédigée par l’anarcho-syndicaliste Alceste de Ambris, tenant lieu de constitution pour la cité de Fiume, et prévoyant la création d’une « anti-société des nations » alliée de tous les « peuples opprimés de la terre ». La « Régence du Carnaro », ainsi créée et dénommée par D’Annunzio, inaugure une expérience politique unique en Europe qui allait s’étendre de septembre 1919 à décembre 1920. Autour de D’Annunzio se pressent les nouveaux maîtres de la ville de Fiume : les arditi, mais également des futuristes, des dadaïstes, des anarchistes, des monarchistes, et toutes sortes d’aventuriers de tout acabit. La Russie bolchevique est le seul Etat à reconnaître l’existence de cette Cité-Etat insurrectionnelle. Futuristes, dadaïstes et anarchistes expérimentent le laboratoire fiumain, en discutant de thèmes aussi osés pour l’époque que la libération de la femme, la drogue, l’abolition de l’argent et des prisons.

D'Annunzio, entouré de ses arditi.

Le « Noël sanglant » du 24 décembre 1920 met fin à l’aventure de Fiume et à la tentative de révolution de D’Annunzio, contraint d’évacuer la ville après une semaine de rudes combats contre l’armée italienne. La « Régence du Carnaro » est alors remplacée par un État libre de Fiume.

Toutefois, l'expérience de cette intervention dans l'histoire, de cette rébellion contre la fatalité, ainsi que l'organisation et le style des arditi, les compagnons de D’Annunzio, vont inspirer de manière déterminante Benito Mussolini. En effet, ceux-ci arborent déjà uniformes et drapeaux noirs, ornés de têtes de morts ou de poignards. Leur cri de ralliement est le me ne frego, et leurs chants de combat, comme Giovinezza, témoignent d'un culte de l'héroïsme et du courage.

Le Biennio rosso : une guerre civile méconnue

Entre 1919 et 1920, l'Italie va être est marquée par une quasi guerre civile, assez peu connue en dehors du pays : le Biennio rosso.

Les nombreux problèmes qui ont suivi la Première Guerre mondiale, tels que les difficultés économiques, le chômage, l'inflation, la reconversion industrielle du militaire au civil, la pauvreté, le retour des anciens combattants, bouleversent le pays tout autant que les années de guerre.

L'exemple de la révolution bolchévique en Russie est alors le modèle à suivre pour les organisations de gauche, qui pensent que les conditions sont réunies pour une révolution de type communiste. Depuis 1917, les militants communistes ont répandu chez les ouvriers italiens l'idée que leurs homologues russes avaient commencé à construire un « paradis des travailleurs ». Pour mobiliser les « masses populaires », les communistes diffusent dans tout le pays les slogans tels que « les usines aux ouvriers » et « la terre aux paysans ».

Dans un deuxième temps, les groupes communistes, mais aussi les groupes socialistes[5], lancent des mots d'ordre de grève générale, avec occupation des usines, dans l'idée de poursuivre sur une insurrection au niveau nationale conduisant à la prise du pouvoir.

Le 11 juin 1919, à La Spezia, la gauche lance la première grève générale, à laquelle participent plus de dix mille personnes. La foule des grévistes affronte la police, qui ouvre le feu, tuant deux travailleurs et en blessant vingt-cinq. La réaction des manifestants se transforme en un mouvement insurrectionnel, au point que les meneurs communistes parviennent à prendre le contrôle de la ville. Les magasins sont attaqués et pillés, et le conflit s'étend également à Gênes, Pise, Bologne, Forlì, Faenza, Ancône, Imola et Torre Annunziata. Dans toutes ces villes, les cadres communistes proclament que la révolution est en marche.

La Marche sur Rome

Au pouvoir

En 1933, il crée les Comités d'action pour l'universalité de Rome.

La Deuxième guerre mondiale

Le 25 juillet

La République sociale italienne

Citations

  • « L’ère de la collectivité, de la masse agitée par d'obscurs sentiments, va se clore. L'époque est aux fortes individualités, aux personnalités dominatrices, qui s'affirment face aux évènements. Les démocraties sont comme du sable, comme du sable mouvant. Notre idéal politique est un roc : un pic granitique ! »
  • « Vivre dangereusement : je voudrais que ce fut là le mot d'ordre du fascisme italien. Vivre dangereusement, cela veut dire être prêt à tout, à quelque sacrifice, à quelque danger possible, à quelque action que ce soit, quand il s'agit de défendre sa patrie. La vie telle que le conçoit le fasciste est grave, austère et religieuse : elle est vécue tout entière dans un monde porté par les forces responsables et morales de l'esprit. Le fasciste doit mépriser la vie commode. Son credo est l'héroïsme tandis que celui du bourgeois est l'égoïsme. Le fascisme est enfin une conception religieuse qui considère l'Homme dans son rapport sublime avec une loi et une volonté qui dépasse l'individu. Pour le fascisme, le monde n'est pas ce monde matériel qui apparaît à la surface, où l'homme est un individu isolé de tous les autres, existant en soi, et gouverné par une loi qui le mène à ne vivre qu'une vie de plaisir égoïste et momentanée. Le fascisme est né d'une réaction contre le siècle présent et contre le matérialisme dégénéré et agnostique. » 2 avril 1924

Le vitalisme fasciste

Origines du fascisme et fascisme des origines

Le fascisme existe bien avant Mussolini, au point que l’on peut soutenir sans grand risque d’erreur qu’il est consubstantiel à l’histoire italienne. Cela permet, notamment, de comprendre pourquoi, de l’autre côté des Alpes, le fascisme connait, après-guerre, une moins mauvaise fortune que le national-socialisme en Allemagne où les tenants d’un néo-nationalsocialisme, même épuré, n’ont, depuis les procès de Nuremberg, d’autre choix que d’évoluer dans une semi-clandestinité. La racine principale est à rechercher dans l’histoire de l’unification de la péninsule qui, tout au long du XIXe siècle fera éclore un nationalisme flamboyant adossé à l’exaltation du passé romain antique. L’on doit à Giuseppe Mazzini, carbonaro, héraut d'un nationalisme révolutionnaire, d’avoir contribué à raviver le souvenir de la lointaine Rome, même si, dans l’immédiat, son initiative fit long feu. Elle devait, néanmoins, fortement influencer Mussolini qui saura en convoquer opportunément les mânes, l’historien Philippe Conrad notant que « Mazzini n’en a pas moins mis en lumière les vertus régénératrices de l’unité italienne, une unité qui implique ‘‘mission collective, communion de devoir, solidarité entre tous les citoyens d’un État »[6]. Mais le nationalisme italien issu du Risorgimento devait également s’abreuver aux sources républicaines d’un antipapisme intransigeant comme d’un irrédentisme du même tabac (la récupération de l’Istrie, du Trentin et de Trieste).

À ces motifs d’ordre conjoncturel et historique s’ajoutent des préoccupations ethnoculturelles, nombre d’intellectuels appelant à une véritable unité des Italiens par-delà leurs attaches historiques de rattachement. « Faire des Italiens » devenait l’objectif primordial sans lequel l’unité de l’Italie – réalisée en 1870 par Cavour et Victor-Emmanuel II – eût été frappée d’un inconcevable sceau d’incomplétude. La débâcle coloniale d’Adoua sur les hauts-plateaux éthiopiens, en 1896, sonnera le douloureux réveil d’une conscience nationale embryonnaire qui ne demandait qu’à croître et embellir. Si des figures de la scène intellectuelle comme Benedetto Croce, Enrico Corradini, Giovanni Gentile surent, par une œuvre littéraire, philosophique et politique vivifiante teintée de vitalisme, de virilisme aristocratique, de syndicalisme révolutionnaire, d’hegeliano-nietzschéisme, de gramscisme avant l’heure, jeter les bases d’un renouveau d’une pensée politique que récupèrera habilement Mussolini, c’est d’abord au poète Gabriele D’Annunzio et à sa geste héroïque à Fiume – de septembre 1919 à décembre 1920 – que l’on devra l’édification guerrière d’un fascisme idéologique en gestation. Aux cris divers de « Eia, Eia, Eia Elala! » ou de « Fiume, a noi! », le condottiere et ses fidèles arditi forgeront dans l’esprit de nombreux Italiens l’esprit de résistance et de renouveau national dont le squadrisme – équivalent des Corps Francs en Allemagne – sera le fer de lance.

La Guerre totale, creuset du fascisme (Soldats italiens dans les tranchées en 1917)

Qu'est-ce que le fascisme ?

Derrière cette question qui constitue également le titre en italien (Che cos’è il fascismo? Interpretazioni e prospettive di ricerca, Rome, 2003) d’une somme restée à ce jour inégalée sur le sujet, ce d’autant plus – ainsi qu’en témoigne le point d’interrogation – qu’elle ne prétend pas l’épuiser, s’offre à voir un immense champ d’investigation intellectuelle et politique. Le fascisme n’est pas seulement une doctrine. Il est aussi et surtout, la totalité en politique c’est-à-dire un phénomène conjuguant à la fois théorie et praxis, peuple et État, mouvement et conservation. À cette enseigne, l’on a coutume de dire, à la suite de l’historien Emilio Gentile, que le fascisme est anti-idéologique en raison, notamment, de son anti-intellectualisme des origines. Dont acte. Mais, au-delà de cette assertion qui ne caractérise pas à proprement parler le fascisme puisque, aussi bien, pourrait-elle concerner tout populisme conséquent, convient-il d’appréhender ce qui constitue le génome idéologique d’un mouvement d’idées non réductible à la seule personne de Mussolini. En effet, comme l’observe Dominique Venner, dans la continuité de l’interprétation historiographique proposée par Renzo De Felice :

« Le fascisme est né de la Première Guerre mondiale et de la jeune génération des tranchées qui voulut exercer son droit à commander dans la paix comme elle l’avait fait dans la guerre. (…) Mêlant volontarisme et vitalité, il fut une entreprise autoritaire pour apporter des solutions neuves aux défis que le vieux système libéral ne semblait plus en état de relever. Il fut aussi une tentative pour créer une méritocratie libérée du pouvoir de l’argent, ayant pour ambition de renouer avec les liens communautaires qu’avait défaits la révolution industrielle. Si l’on braque l’attention sur le milieu d’où il a surgi, on découvre qu’il fut la revanche improbable et momentanée d’un type humain, prépondérant dans toute l’Europe avant le XIXe siècle, celui de l’homme d’épée, que le triomphe du bourgeois avait relégué dans une position subalterne, marginale et méprisée. En d’autres termes, son originalité foncière fut d’être un mouvement plébéien animé par une éthique militaire et aristocratique. Ce trait ne définit pas la totalité du fascisme, mais il en cerne l’essence et les limites »[7].

En d’autres termes, la guerre civile européenne avait fait jaillir du fracas des armes et des tempêtes de feu la réminiscence à la fois authentique et mythique de l’esprit de l’ancienne chevalerie européenne. Surtout, la possibilité de ces fratricides orages d’acier avait fait naître chez toute une génération ce dilemme qui allait, désormais, se trouver au cœur de la civilisation européenne : survivre au matérialisme capitaliste, apatride, bourgeois et hédoniste en restaurant un type d’homme nietzschéen et évolien capable de surplomber et de tenir les masses[8] ou mourir étouffé sous la médiocrité foncière et le grégarisme structurel de ces dernières.

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Le fascisme de Mussolini

À cette enseigne, il importe de bien distinguer le Duce du fascisme, ce dernier du « mussolinisme » comme le soulignait Renzo De Felice qui reconnaissait, cependant, que « sans Mussolini, le régime fasciste lui-même n’aurait pas été possible [car] il fut toujours étroitement lié à la vie physique de Mussolini et à sa permanence à la tête du régime ». Censé personnifier l’État, le Duce s’affranchissait, par là même, du parti fasciste – à la différence de l’hitlérisme ou du stalinisme qui inféodaient l’État au parti[9] considérant qu’ayant dicté « les tables modestes » du programme fasciste, celui-ci était tout entier dirigé vers « l’État fasciste [qui, en tant que] forme la plus élevée et la plus puissante de la personnalité est une force, mais une force spirituelle. Une force qui résume toutes les formes de la vie morale et intellectuelle de l’homme [10]». À rebours de la conception libérale, l’État fasciste subordonne l’individu à l’État, non pour l’opprimer mais parce que l’État est « la véritable réalité de l’individu »[11], condition première de sa liberté. Mussolini considérait que l’homme étant un animal historique, le fascisme se devait d’enraciner son action dans le réel parce que « pratiquement, il n’aspire à résoudre que les problèmes qui se posent historiquement d’eux-mêmes et qui, d’eux-mêmes, trouvent ou suggèrent leur solution »[12].

Le réalisme fasciste mussolinien se voulait donc profondément vitaliste et entendait puiser sa sève dans le peuple, substrat de cet État ici confondu avec la nation. Il ne pouvait logiquement que réfuter la lutte des classes marxiste comme mensonge historique et récuser le capitalisme comme fin de l’histoire risquant de mener, à son stade suprême, « à la standardisation du genre humain du berceau à la tombe »[13]. Ce vitalisme fasciste le prémunissait encore des méfaits émollients de l’autre grand mensonge des temps modernes: la démocratie. Allant dans le sens de Renan redoutant que le « dernier mot de la démocratie (…) ne soit un État social où une masse dégénérée n’aurait d’autre souci que de goûter les plaisirs ignobles de l’homme vulgaire », le Duce en concluait que le fascisme devait conduire à « repousser dans la démocratie, l’absurde mensonge conventionnel de l’égalité politique, l’esprit d’irresponsabilité collective et le mythe du bonheur terrestre »[14]. La démocratie telle que l’entendait Mussolini devait être à la fois « organisée, centralisée et autoritaire ». Le parlementarisme libéral est, en parallèle, rejeté en tant qu’il est inorganisé (la discussion infinie et désordonnée aux fins d’un illusoire consensus étant proprement impolitique), décentralisé (au sens où il multiplie les centres de décision et finit par diluer l’autorité de l’État) et libertaire (sinon laxiste, la décision politique se perdant dans les nuées d’une conception individualiste au détriment de la finalité holiste de la cité).

Ce faisant, le fascisme de Mussolini apparaissait comme une troisième voie par le caractère intégral de son syncrétisme. Il ne s’agissait pas de restaurer l’ordre ancien, mais de régénérer la collectivité historique en s’adossant aux legs de l’histoire: « des décombres des doctrines libérales, socialistes, démocratiques, le fascisme extrait des éléments qui ont encore une valeur vitale. Il conserve ce que l’on pourrait appeler les faits acquis de l’histoire, et il rejette tout le reste, c’est-à-dire la conception d’une doctrine bonne pour tous les temps et pour tous les peuples [15]». C’est dans cette perspective que s’inscrit sa vision de l’État corporatif : « le corporativisme dépasse le socialisme et le libéralisme, il crée une nouvelle synthèse ». Ainsi, dans l’esprit du Duce, ce corporativisme devait éminemment irriguer la vie de l’État – comme le sang participant de celle de l’organisme humain – attendu, affirmait-il, que « notre État est un État organique, humain qui veut adhérer à la vie dans sa réalité »[16].

À un journaliste de l’Associated Press, il précisait que « le fascisme repousse l’idée qu’une nation est un rassemblement accidentel et temporaire d’individus, et il affirme que la nation est une entité organique et vivante, qui continue, de génération en génération, avec un intangible patrimoine physique, moral et spirituel »[17]. On saisira difficilement l’idée corporativiste si l’on ne conserve présent à l’esprit que loin de faire uniquement du corporatisme une alternative au capitalisme ou à la collectivisation des biens et moyens de production, le fascisme mussolinien entendra d’abord subordonner l’économie au primat du politique[18].

Le fascisme fait converger le culte de l'Antiquité avec le futurisme.

L’économie, tout entière tendue vers la satisfaction des besoins du peuple donc de l’État, doit être rigoureusement ordonnée aux fins de celui-ci et non se perdre dans un mercantilisme spéculatif : « L’économie corporative met de l’ordre même dans l’économie. S’il y a un phénomène où l’ordre doit régner, un phénomène qui doit être orienté vers des fins déterminées, c’est précisément le phénomène économique qui intéresse la totalité des citoyens ». Mais l’État corporatif fasciste se veut avant tout un État subsidiariste « qui intervient seulement quand l’économie individuelle est inintelligente, inexistante ou insuffisante[19] ».

Par sa conception totale du corporatisme, le Duce lui imprimait un caractère pour le moins original. L’État devenait la corporation des corporations et l’ensemble, par imbrication harmonieuse, devait participer de l’édification continue du fascisme entendu comme principe politique dynamique et non comme un prosaïque programme statique, périssable par nature : « la doctrine elle-même doit donc être non un exercice verbal, mais un acte de vie. De là, le caractère pragmatique du fascisme, sa volonté de puissance, sa volonté d’exister, sa position à l’égard du fait ‘‘violence’’ et de sa valeur »[20]. La notion mussolinienne de l’État excède, bien entendu, l’étroite définition constitutionnelle que l’on retient classiquement et qui, s’agissant de l’étude du fascisme italien, génère bien des malentendus. État, nation, peuple, parti sont uniment fondus dans une même entéléchie au point de rendre chacune de ces notions soit tautologiques soit métonymiques. Chacun de ces éléments fait littéralement « corps », tous concourant à la synergie de l’État fasciste: « La Corporation est faite en vue du développement de la richesse, de la puissance politique et du bienêtre du peuple italien. Ces trois éléments sont interdépendants les uns des autres. La force politique crée la richesse, et la richesse, à son tour, donne de la vigueur à l’action politique ».

Il importe de bien comprendre que le fascisme tel que conçu par Mussolini se veut un prodigieux vecteur d’énergie nationale. Si le peuple se doit, en effet, corps et âme à l’État, c’est parce que l’âme de l’État lui est consubstantielle et inversement:

« C’est l’État qui, dépassant les étroites limites des vies individuelles, représente la conscience immanente de la Nation. (…) Nous sommes dans un État qui contrôle toutes les forces agissant au sein de la Nation. Nous contrôlons les forces morales, nous contrôlons les forces économiques, nous sommes par conséquent en plein État corporatif fasciste… Nous représentons un principe nouveau dans le monde, nous représentons l’antithèse nette, catégorique, définitive de la démocratie, de la ploutocratie, de la maçonnerie, en un mot, de tout le monde des immortels principes de 1789 ». Et d’ajouter que lorsque « le sens de l’État s’affaiblit et que prévalent les tendances dissolvantes et centrifuges des individus ou des groupes, les nations vont à leur déclin »[21]

Bibliographie

Monographies

  • Julius Evola, Le fascisme vu de droite - suivi de Notes sur le Troisième Reich, [trad. Philippe Baillet], Pardès, 1981 (rééd. 2004), 210 p.
  • Renzo De Felice, Biografia di Mussolini, Einaudi, Torino, VII volumes, 1965-1997.
  • Renzo De Felice, Le fascisme un totalitarisme à l'italienne ?, préface d'Olivier Milza, traduction de Catherine Brice, Sophie Gherardi-Pouthier et Francesca Mosca, Presse de la fondation nationale des sciences politiques, 1988
  • Renzo De Felice, Les Rouges et les Noirs : Mussolini, la République de Salò et la résistance 1943-1945, Georg, 1999 (Rosso e nero, Baldini & Castoldi, 1995).
  • Renzo De Felice, Les interprétations du fascisme : essai « Le interpretazioni del fascismo » (trad. de l'italien par Xavier Tabet, préf. Emilio Gentile), Paris, Éditions des Syrtes, 2000, 298 p.
  • Renzo De Felice, Brève histoire du fascisme, préface de Pierre Milza, traduction de Jérôme Nicolas, Éditions Points, 2009
  • Emilio Gentile, La Religion fasciste, Perrin, coll. « Terre d'histoire », 2002, 354 p.
  • Emilio Gentile, Qu'est-ce que le fascisme ? : Histoire et interprétation [« Fascismo. Storia e interpretazione »], Folio, coll. « Histoire », 2004, 544 p.
  • Emilio Gentile, La voie italienne au totalitarisme : Le Parti et l'Etat sous le régime fasciste [« La via italiana al totalitarismo. Il partito e lo Stato nel regime fascista »], Editions du Rocher, 2004, 395 p.
  • Emilio Gentile, Les religions de la politique : Entre démocraties et totalitarismes [« Fascismo. Storia e interpretazione »], Seuil, coll. « La couleur des idées », 2005, 301 p.
  • Emilio Gentile, Pour ou contre César ? : Les religions chrétiennes face aux totalitarismes [« Contro Cesare. Cristianesimo e totalitarismo nell'epoca dei fascismi »], Paris, Aubier, coll. « Historique », 2013, 481 p.
  • Emilio Gentile, Soudain, le fascisme : La Marche sur Rome, l’autre révolution d’Octobre [« E fu subito regime. Il fascismo e la marcia su Roma »], Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 2015, 416 p.

Articles

  • Enzo Erra, « Le sens ultime du fascisme » [trad. par Philippe Baillet de la contribution d'Enzo Erra à l'ouvrage collectif Sei riposte a Renzo De Felice], Tabou, no 17, 2010, p. 36-93.

Cité dans :

  • Thierry Baudet, Indispensables frontières. Pourquoi le supranationalisme et le multiculturalisme détruisent la démocratie, préface de Pascal Bruckner, Éditions du Toucan, Paris, 2015. (Traduction de : De Aanval op de Natiestaat)
  • Brigitte Hamann, La Vienne d'Hitler. Les années d'apprentissage d'un dictateur, préface de Jean Sévillia, Coll. Histoire et document, Éditions des Syrtes, 2014, 512 p.

Notes et références

  1. Trente est aujourd'hui en Italie, mais la ville fait alors partie de l'Empire austro-hongrois.
  2. Giuseppe Borgese, Goliath, The March of Fascism, Viking Press, New York, 1938.
  3. Romain d'Aspremont, Penser l'Homme nouveau - Pourquoi la Droite perd la bataille des idées, Paris, Pensée politique, 2018, 266 p., p. 85.
  4. Le point de départ est le traité de Londres de 1915, la décision trouble de rompre la "Triplice" et d'adhérer à l'"Entente" sur la base d'un accord secret qui assure au royaume de Savoie non seulement l'arc Trento-Trieste mais aussi et surtout le contrôle de l'Adriatique, un protectorat sur l'Albanie, la reconnaissance de la possession du Dodécanèse et l'expansion en Asie Mineure, des droits sur la mer Rouge, des promesses plus vagues pour l'administration du canal de Suez et l'Afrique allemande.
  5. En Italie, à cette époque, les forces en présence sont représentées par : le Parti communiste, dirigé par Nicola Bombacci, le Parti socialiste italien, dirigé par Giovanni Bacci, le Parti populaire italien (démocrate-chrétien), fondé et dirigé par Don Luigi Sturzo, le Parti libéral démocrate, dirigé par Vittorio Emanuele Orlando. Les forces de Droite se réduisent alors essentiellement à l'Association nationaliste italienne d'Enrico Corradini.
  6. Philippe Conrad, « Du Risorgimento à l’interventionnisme », La Nouvelle revue d'histoire, n°6, mai-juin 2003, p.31.
  7. Dominique Venner, La Nouvelle revue d'histoire, mai-juin 2003, n°6, p.45.
  8. Renzo De Felice considérait que la compréhension du fascisme avait nécessairement pour point de départ « la réalité de la société de masse ».
  9. S’agissant du Troisième Reich, un juriste pourtant éminent comme Carl Schmitt devra une grande part de sa disgrâce par les dignitaires du régime pour avoir toujours contesté la subsomption de l’État sous le NSDAP.
  10. Benito Mussolini, La Doctrine du fascisme, Vallechi Editore, Florence, 1938, p.19.
  11. Ibid., p.15.
  12. Ibid., p.15.
  13. Benito Mussolini, L’État corporatif, Vallechi Editore, Florence, 1936, p.16.
  14. Benito Mussolini, La Doctrine du fascisme, op.cit., p.35.
  15. Ibid., p. 39.
  16. Ibid., p. 22.
  17. Giorgio Pini et Duilio Susmel, Mussolini. L’Uomo et l’opera, III, Florence, La Fenice, 1963, p.59.
  18. « Car presque tous les problèmes de l’économie ne peuvent être résolus que sur un plan politique » (Benito Mussolini, L’État corporatif, op.cit., p.59).
  19. Benito Mussolini, L’État corporatif, op.cit., p.34.
  20. Benito Mussolini, La Doctrine du fascisme, op.cit., p.41.
  21. Ibid., p. 64.
  22. Cet article a servi de base à la section Le vitalisme fasciste de cette entrée.