Carl Schmitt

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Carl Schmitt (11 juillet 1888 - 7 avril 1985) est un juriste (constitutionnaliste, théoricien et professeur de droit), philosophe et intellectuel allemand catholique conservateur.

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Biographie

Après-guerre

Carl Schmitt décède dans sa ville natale de Plettenburg le 7 avril 1985.

Les principales thèses de Carl Schmitt et leur actualité

Le décisionnisme en politique

En cas de normalité de la situation, les dirigeants politiques libéraux s’en tiennent généralement à une norme juridique, des mécaniques, des rigidités, des procédures routinières qui peuvent vite devenir « une cage d’acier » empêchant toute résolution de problèmes urgents pouvant même conduire une nation à sa perte. Les vieilles nations européennes s’en rendent bien compte aujourd’hui tant elles sont démunies juridiquement face au terrorisme islamique mais aussi face à l’invasion migratoire qu’elles ne peuvent juguler au motif qu’il existerait une norme supérieure à leurs droits fondamentaux : les droits de l’homme. Hors selon Carl Schmitt, l’exceptionnalité d’une situation appelle la décision, ce qui signifie, agir, sévir, légiférer. Et en conséquence, restaurer la dimension personnelle du pouvoir, la décision d’un homme dans le cadre d’une situation « hors norme et urgente » étant toujours préférable que la lenteur des procédures et du verbiage parlementaire. Un véritable vitalisme politique ! Ce qui suppose ponctuellement d’avoir recours à la dictature, de suspendre le droit avant que la normalité ne reprenne ses droits, ou que le droit évolue de manière « re-territorialisé », c’est-à-dire convenant à un Etat et à son peuple (aucun droit international ne peut se substituer au droit national).

Le Grand Espace – grossraum – européen

Les peuples européens partageant une identité, une culture, des intérêts et un espace de civilisation communs, Carl Schmitt estimait urgent de penser l’organisation de cette espace qui est « nôtre » et que constitue le bloc continental « Europe », afin de nous organiser militairement, économiquement et de partager intelligemment nos ressources ( matières premières et agricoles) visant de facto et avec le temps, à une véritable autarcie des grands espaces. Voyant aussi la montée en puissance d’Empires et de nations prédatrices, il estimait que les Européens devaient au plus vite se doter d’une véritable « doctrine Monroe », c’est-à-dire littéralement interdire notre sol à toute puissance étrangère (notamment aux USA). Repenser une autre Europe intégrée, hors UE voire même contre l’UE qui n’est non pas les Etats-Unis d’Europe mais les Etats-Unis en Europe, voilà à quoi nous devons nous atteler urgemment. De même qu’il avait bien analysé, pour prolonger sur ce sujet, notamment dans Le nomos de la terre, la lutte éternelle entre les puissances de la Terre par définition enracinées ( l’Europe) et les puissances de la mer (les thalassocraties Anglo-saxonnes) nomades, fluides, impérialistes, agressives, prédatrices.

La désignation de l’ennemi

Telle est la base du combat politique qui ne l’oublions jamais, est aussi une forme de guerre. Malheur à celui qui par mollesse n’ose pas le montrer du doigt! A contrario, si vous ne désignez-pas un ennemi, c’est aussi lui qui peut vous désigner comme tel. Cet ennemi peut être extérieur mais aussi intérieur. Schmitt écrivait :

« Aussi longtemps qu’un peuple existe dans la sphère politique, il devra opérer lui-même la distinction entre amis et ennemis, tout en la réservant pour les conjonctures extrêmes dont il sera juge lui-même…Dès l’instant que la capacité ou la volonté d’opérer cette distinction fait défaut au peuple, ce dernier cesse d’exister politiquement. S’il accepte qu’un étranger lui dicte le choix de son ennemi et lui dire contre qui il a le droit ou non de se battre, il cesse d’être un peuple politiquement libre et il est incorporé ou subordonné à un autre système politique. »

La primauté du Politique

L’Etat n’est qu’un moyen, pas le but. S’appuyant sur l’Histoire, son territoire et son peuple, un Etat a le devoir de concevoir des institutions et des règles s’inscrivant dans la durée, susceptibles non pas d’assurer le bonheur à ses citoyens mais un destin. Mais aussi de briser impitoyablement toutes les féodalités, notamment financières susceptibles de mettre le peuple en coupe réglée. Imposer le pouvoir du Politique contre le pouvoir de l’économique qui ne peut profiter qu’a une minorité. Carl Schmitt rejoint ici totalement Maurras qui notait : « De l’autorité des princes de notre race, nous avons passé sous les verges des marchands d’or qui sont d’une autre race que nous, c’est-à-dire d’une autre langue et d’un autre passé. »

Nouvelle École a consacré son numéro 44 (1987) à Carl Schmitt

L’Ernstfall

L’Ernstfall est l’antonyme absolu du bien-être, du confort, du farniente, de la dolce vita, du consumérisme qui tuent tout vitalisme chez les peuples qui ne sont plus aptes à lutter contre la dureté de l’existence ou contre toute difficulté, même temporaire. Cette notion qui nous rappelle aussi le tragique de l’existence oblige les peuples, s’ils ne veulent pas mourir, à se hisser à la pointe d’eux-mêmes. Dominer une situation ou se laisser emporter. Pour Schmitt, l’Ernstfall, c’est la guerre sous toutes ses formes, ce qui justifie l’existence d’un Etat fort, des citoyens disciplinés, des militants mobilisés en permanence, une sorte de « Sparte » au quotidien dynamisant toutes les forces potentielles de son peuple[1].

Citations

"César règne aussi sur la grammaire."

Au sein de son ouvrage « L’illusion du concensus » (p.131), Chantal Mouffe, qui enseigne la théorie politique à l’université de Westminster à Londres, compte parmi les intellectuels européens les plus influents sur la scène internationale et inspire fortement Jean-Luc Mélenchon en France ainsi que le mouvement de gauche populiste Podemos et son dirigeant Pablo Iglesias Turrión en Espagne, cite le juriste conservateur catholique allemand Carl Schmitt :

« C’est même l’un des faits majeurs de l’histoire juridique et intellectuelle de l’humanité : celui qui détient la vraie puissance définit aussi les mots et les concepts. Caesar dominus et supra grammaticum : César règne aussi sur la grammaire. » [2]

Œuvres

  • Über Schuld und Schuldarten. Eine terminologische Untersuchung, 1910.
  • Gesetz und Urteil. Eine Untersuchung zum Problem der Rechtspraxis, 1912.
  • Schattenrisse (sous le pseudonyme de Johannes Negelinus, mox Doctor, avec Fritz Eisler), 1913.
  • Der Wert des Staates und die Bedeutung des Einzelnen, 1914.
  • Theodor Däublers ‚Nordlicht‘: Drei Studien über die Elemente, den Geist und die Aktualität des Werkes, 1916.
  • Die Buribunken, in: Summa 1/1917/18, 89 ff.
  • Politische Romantik, 1919.
  • Die Diktatur. Von den Anfängen des modernen Souveränitätsgedankens bis zum proletarischen Klassenkampf, 1921.
  • Politische Theologie. Vier Kapitel zur Lehre von der Souveränität, 1922.
  • Die geistesgeschichtliche Lage des heutigen Parlamentarismus, 1923.
  • Römischer Katholizismus und politische Form, 1923.
  • Die Rheinlande als Objekt internationaler Politik, 1925.
  • Die Kernfrage des Völkerbundes, 1926.
  • Der Begriff des Politischen, Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik vol.58/1, 1927, 1-33.
  • Volksentscheid und Volksbegehren. Ein Beitrag zur Auslegung der Weimarer Verfassung und zur Lehre von der unmittelbaren Demokratie, 1927.
  • Verfassungslehre, 1928.
  • Hugo Preuß. Sein Staatsbegriff und seine Stellung in der dt. Rechtslehre, 1930.
  • Der Völkerbund und das politische Problem der Friedenssicherung, 1930, 2. erw. Aufl. 1934.
  • Der Hüter der Verfassung, 1931.
  • Der Begriff des Politischen, 1932 (seconde version de l'essai de 1927).
  • Legalität und Legitimität, 1932.
  • Staat, Bewegung, Volk. Die Dreigliederung der politischen Einheit, 1933.
  • Das Reichsstatthaltergesetz, 1933.
  • Der Führer schützt das Recht, 1934.
  • Staatsgefüge und Zusammenbruch des Zweiten Reiches. Der Sieg des Bürgers über den Soldaten, 1934.
  • Über die drei Arten des rechtswissenschaftlichen Denkens, 1934.
  • Der Leviathan in der Staatslehre des Thomas Hobbes, 1938.
  • Die Wendung zum diskriminierenden Kriegsbegriff, 1938.
  • Völkerrechtliche Großraumordnung und Interventionsverbot für raumfremde Mächte. Ein Beitrag zum Reichsbegriff im Völkerrecht, 1939.
  • Positionen und Begriffe im Kampf mit Weimar – Genf – Versailles 1923–1939, 1940.
  • Land und Meer. Eine weltgeschichtliche Betrachtung, 1942.
  • Der Nomos der Erde im Völkerrecht des Jus Publicum Europaeum, 1950.
  • Donoso Cortes in gesamteuropäischer Interpretation, 1950.
  • Ex captivitate salus. Erinnerungen der Zeit 1945/47, 1950.
  • Die Lage der europäischen Rechtswissenschaft, 1950.
  • Das Gespräch über die Macht und den Zugang zum Machthaber, 1954.
  • Hamlet oder Hekuba. Der Einbruch der Zeit in das Spiel, 1956.
  • Verfassungsrechtliche Aufsätze aus den Jahren 1924–1954, 1958.
  • Theorie des Partisanen. Zwischenbemerkung zum Begriff des Politischen, 1963.
  • Politische Theologie II. Die Legende von der Erledigung jeder Politischen Theologie, 1970.
  • Glossarium. Aufzeichnungen der Jahre 1947–1951, hrsg.v. Eberhard Freiherr von Medem, 1991 (posthume).
  • Das internationale Verbrechen des Angriffskrieges, hrsg.v. Helmut Quaritsch, 1993 (posthume).
  • Staat – Großraum – Nomos, hrsg. von Günter Maschke, 1995 (posthume).
  • Frieden oder Pazifismus?, hrsg. von Günter Maschke, 2005 (posthume).
  • Carl Schmitt: Tagebücher, hrsg. von Ernst Hüsmert, 2003 ff. (posthume).

Traductions françaises

Ouvrages

  • Romantisme politique, Paris, Librairie Valois-Nouvelle Librairie nationale, 1928 (traduction partielle)
  • Légalité légitimité, Paris, LGDJ, 1936
  • Considérations politiques, Paris, LGDJ, 1942
  • La notion du politique - Théorie du partisan, Paris, Calmann-Lévy, 1972 [en édition de poche, Paris, Flammarion, 1992]
  • Du politique. Légalité et légitimité et autres essais, Puiseaux, Pardès, 1980
  • Terre et Mer, un point de vue sur l'histoire du monde, Paris, Le Labyrinthe, 1985, réédition Pierre-guillaume de Roux, Éditions, 2017
  • Parlementarisme et démocratie, Paris, Seuil, 1988
  • Théologie politique, Paris, Gallimard, 1988
  • Hamlet ou Hécube, Paris, l'Arche, 1992 (Hamlet oder Hekube 1956)
  • Théorie de la constitution, Paris, PUF, 1993
  • Les trois types de pensée juridique, Paris, PUF, 1995
  • Du politique. Légalité et légitimité et autres essais, Puiseaux, Pardès, 1996
  • État, mouvement, peuple - L'organisation triadique de l'unité politique, Paris, Kimé, 1997
  • La dictature, Paris, Seuil, 2000
  • Le Nomos de la Terre, Paris, PUF, 2001
  • Le Leviathan dans la doctrine de l'État de Thomas Hobbes. Sens et échec d'un symbole politique, Paris, Seuil, 2002
  • La valeur de l’état et la signification de l’individu, Genève, Droz, 2003
  • Ex Captivitate Salus. Expériences des années 1945-1947, Paris, Vrin, 2003
  • La guerre civile mondiale, essais 1953-1973, éditions è®e, 2007
  • Deux textes de Carl Schmitt. La question clé de la Société des Nations. Le passage au concept de guerre discriminatoire, Paris, Pedone, 2009
  • La visibilité de l'Église - Catholicisme romain et forme politique - Donoso Cortès. Quatre essais, Paris, Cerf, 2011

Articles parus dans des revues ou des ouvrages collectifs

  • « Aux confins de la politique ou l’âge de la neutralité », in L’année politique française et étrangère, XI, 4, décembre 1936
  • « Neutralité en droit des gens et totalité « völkisch » », (?), in Revue de droit international, XXII, juillet-août 1938
  • « Une étude de droit constitutionnel comparé. L’évolution récente du problème des délégations législatives », Paul Roubier et H. Mankiewicz, in Recueil d’études en l’honneur d’Edouard Lambert, Lyon, 1938
  • La mer contre la terre, texte d'une conférence de C. S., in Cahiers franco-allemands, t. 8, 1941, n.os 11-12
  • Souveraineté de l'État et liberté des mers. Opposition de la terre et de la mer dans le droit international des temps moderne, in K. Epting, Quelques aspects du droit allemand, six conférences, Paris, Sorlot, 1943
  • « La situation présente de la jurisprudence », (texte d’une conférence prononcée en français par Carl Schmitt), in Boletim da Faculdade de Dereito, Coimbra, XX, 1944, p. 601-621.
  • « Trois types de pensée juridique », Julien Freund, in Le droit d’aujourd’hui, J.F. éd., Paris, Puf, 1972, p.35-39.
  • « L’ère des neutralisations et des dépolitisations », Marie-Louise Steinhauser, in Exil, 3, été 1974, p.83-95.
  • « Le contraste entre communauté et société en tant qu’exemple d’une distinction dualiste. Réflexions à propos de la structure et du sort de ce type d’antithèse », Piet Tommissen, in Res Publica, XVII, 1, 1975, p.105-119.
  • « Entretien sur le pouvoir », Françoise Manent, in Commentaire, 32, hiver 1985, p. 1113-1120.
  • Le droit comme unité d'ordre (Ordnung) et de localisation (Ortung), in « Droits », n. 11, Paris, PUF, 1990, p. 77 ss.
  • La notion positive de Constitution, Droits, 12, Paris, PUF, 1990, p.149 ss.
  • La situation de la science du droit, in Droits, Paris, PUF, 1991

Bibliographie

  • Jean-François Kervégan, Que faire de Carl Schmitt ?, coll. « Tel », Gallimard, Paris, 2011, 336 p.
  • Aristide Leucate, Carl Schmitt, coll. "Qui suis-je?", Pardès, Grez-sur-Loing, 2017, 128 p.
  • Robert Steuckers, Sur et autour de Carl Schmitt : un monument revisité, La Diffusion du Lore, 2021, 298 p.
  • Aristide Leucate, Carl Schmitt et la gauche radicale. Une autre figure de l'ennemi, La nouvelle librairie, Paris, 2021, 191 p.
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Liens externes

Notes et références

  1. Eugène Krampon, Note de lecture de Sur et autour de Carl Schmitt : un monument revisité de Robert Steuckers, paru en 2021, pour le site de Terre et Peuple, 11.4.2021.
  2. « Les formes de l’impérialisme en droit international moderne » (1932) in : Du politique. «  Légalité et légitimité » et autres essais, Puiseaux, Pardès, 1990, p.99.