Otto Strasser

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Otto Johann Maximilian Strasser (10 septembre 1897 à Windsheim, de nos jours Bad Windsheim, en Bavière - 27 août 1974 à Munich, en Bavière) était un militant et théoricien national-révolutionnaire allemand.

Otto Strasser

Il a été l'un des chefs de « l'aile gauche » du NSDAP, qu'il quitte en juillet 1930 pour fonder le Front noir, une organisation qui entre en opposition ouverte avec le parti d'Adolf Hitler. Après la Seconde guerre mondiale, il réactive le nationalisme révolutionnaire en Allemagne, qu'il oriente vers un nationalisme européen aux tendance socialisantes très marquées.

Biographie

Débuts à gauche et à l'extrême gauche

Né en 1897 dans une famille de la petite bourgeoisie bavaroise, Otto Strasser fut volontaire comme simple soldat en 1914 et finit la guerre avec le grade d’officier. En 1919, alors que son frère Gregor s’engageait dans l’action nationaliste et militait avec Adolf Hitler, Otto Strasser, lui, partit pour Berlin où, étudiant en sciences politiques, il adhéra au Parti social-démocrate. Collaborateur de Vorwärts, le quotidien du SPD, et fondateur de l’Association universitaire des anciens combattants socialistes, il lutte à la tête d’une « centurie rouge » contre le putsch nationaliste de Kapp. En avril 1920, il quitta le SPD sur sa gauche et participa aux travaux du Parti social-démocrate indépendant, importante structure d'extrême gauche. Dans le cadre de ce parti, selon son biographe Günter Bartsch,il rencontra Zinoviev, avec qui il se lia et qui sut le convaincre de la validité de l’expérience révolutionnaire bolchevique en tant que telle et comme modèle d’action pour l'Allemagne, ainsi que du nécessaire rapprochement de l’Allemagne et de la Russie.

L'aile gauche de la Konservative Revolution et l'aile gauche de la NSDAP

Parallèlement, Strasser passa un doctorat, tout en étudiant la pensée d'Oswald Spengler et de Moeller van den Bruck et en fréquentant les cercles jeunes-conservateurs et nationalistes.

Gregor Strasser, de son côté, s’était installé dans l’Allemagne du Nord comme organisateur régional du NSDAP. Il y avait pris conscience de la difficulté d’y développer un mouvement essentiellement völkisch et nationaliste dans les conditions économiques et sociales de cette partie de l’Allemagne et du fait de l’importante implantation dans les masses du SPD et du Parti communiste d'Allemagne (KPD). Pour lui, les 25 points du programme du NSDAP étaient inadaptés, et il demanda à son frère de l’aider dans un travail d’élaboration d’une idéologie nationale-socialiste transformée et rénovée. Otto Strasser accepta avec enthousiasme. Les deux frères se répartirent alors les tâches en fonction de leurs talents : Otto devint l'idéologue et Gregor l’organisateur et le propagandiste.

En septembre 1925, ils convoquèrent un congrès à Hagen, en Westphalie, afin d’acquérir une certaine autonomie vis-à-vis de la direction de Munich. Cela se concrétisa par la création de la Communauté de travail des Gau Nord et Ouest-Allemands du NSDAP, dirigée par les Strasser, le futur chef de la SA Lutze et Goebbels, qui était de loin le plus pro-bolchevique du groupe. Cette équipe se dota d’une revue théorique, les Nationalsozialistische Briefe.

Lors du congrès national du NSDAP de 1926, les Strasser présentèrent un programme alternatif à celui d'Adolf Hitler qui insistait sur la nationalisation des moyens de production, sur une réduction de la propriété privée et sur une alliance avec l'URSS. Hitler, gêné par ces opposants dans sa propre stratégie d'alliance avec les forces réactionnaires, entreprit alors de disloquer leur bloc dirigeant. Il réussit, à la fin de 1926, à obtenir le ralliement de Joseph Goebbels, puis neutralisa Gregor Strasser en janvier 1928 en le nommant chef de l’organisation du NSDAP pour le Reich. Parallèlement, tous les cadres supérieurs du NSDAP favorables à la gauche comme les Gauleiter de Silésie, de Poméranie et de Saxe furent exclus. Otto Strasser se retrouva donc seul avec une poignée de cadres à défendre son programme « socialiste » dans un Gau berlinois de surcroît dirigé par Goebbels.

La rupture avec la NSDAP : pour un Front noir

La crise économique de 1929 radicalisa les positions. Hitler donna comme axes stratégiques au NSDAP le respect de la légalité institutionnelle et du principe électif, la fin de la propagande anti-capitaliste, un rapprochement avec les conservateurs et l'Église catholique et une intensification de la lutte anti-marxiste et antisémite. Otto Strasser, lui, affirmait que la fondation du Troisième Reich passait nécessairement par une révolution nationale faite aux côtés des communistes. La rupture était inévitable, et le 4 juillet 1930, Strasser quitta le NSDAP pour fonder la Communauté Nationale-Socialiste Révolutionnaire et l’hebdomadaire Die Deutsche Revolution. Il fut rejoint par 6 000 membres du parti nazi - dont les Gauleiter de Brandebourg et de Dantzig -, de la SA et de la Hitler Jugend.

En mars 1931, une crise grave toucha la SA du nord de l'Allemagne et 10.000 de ses membres, suivant leur chef régional Stennes, rompirent avec le NSDAP. En mai, ils fusionnèrent avec les partisans de Strasser pour donner naissance à la Communauté de combat nationale-socialiste d'Allemagne. Mais celle-ci se disloqua dès l’automne et connut une importante hémorragie de ses membres, qui rejoignirent directement le Parti communiste allemand... Strasser reconstitua alors la Communauté nationale-socialiste révolutionnaire et lança en parallèle un front : le Front noir. Celui-ci regroupait, outre les strasseriens, des membres du Mouvement paysan, le corps franc Les Loups Garous, la Ligue Oberland et les cercles de lecteurs de la revue Die Tat. Au plan international, les strasseriens se lièrent, en France et en Grande-Bretagne, aux « non-conformistes des années 30 » (Ordre nouveau et la revue Plan de Philippe Lamour, ainsi que la revue Esprit qui publia plusieurs de ses textes, en France, le mouvement New Britain en Grande-Bretagne), en Espagne à Ramiro Ledesma Ramos et à ses JONS et dans la plupart des pays européens, ils prirent contact avec les mouvements indépendantistes ethniques.

Dès la prise du pouvoir par Hitler, le Front noir subit une violente répression et ses membres furent envoyés dans les camps de concentration nouvellement ouverts. Cependant, de 1934 à 1938, celui-ci put maintenir une activité clandestine qui allait de la distribution de tracts et de journaux à la mise en place d’une radio pirate et à une tentative d’assassinat contre Hitler. Strasser, qui avait émigré dès 1933 en Autriche, puis en Tchécoslovaquie, fut victime de plusieurs tentatives d’enlèvement et d’assassinat de la part de la Gestapo. Il dut s’enfuir au Portugal, puis aux États-Unis et enfin au Canada.

Dans ce pays, lorsqu'éclata la deuxième guerre mondiale il fut assigné à résidence dans une petite ville du Québec, et cette assignation dura jusqu’en 1954, malgré une intervention en sa faveur du Président du conseil français Robert Schuman. De plus, Strasser fut inscrit sur la liste noire des Alliés au même titre que Martin Bormann ou Adolf Eichmann et déclaré déchu de sa nationalité.

Après la guerre : la DSU

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Cependant, dès 1948, d’anciens membres du Front noir créèrent en Allemagne la Ligue pour le renouveau de l’Allemagne, qui se transforma le 17 juin 1956 en Union sociale allemande (Deutsch-Soziale Union). La DSU reprend d'ailleurs comme emblème le drapeau du Front noir. Strasser est d'ailleurs rentré en Allemagne en 1955.

Dans cette partie de sa vie et jusqu'à son décès, le 27 août 1974, Strasser insista beaucoup sur l’unification de la Nation européenne et sur la construction d’un parti européen. À ce titre, il fut membre fondateur du Mouvement social européen, qui préfigura Jeune Europe, et un proche de Jean Thiriart, sur lequel il eut une profonde influence.

Au niveau idéologique, Strasser prônait le retour à la terre, la dislocation de la société industrielle, le démantèlement des usines et la réduction des populations urbaines, ce qui a fait comparer ses thèses à celles des Khmers rouges ou de la Révolution culturelle chinoise. Il proposait aussi une démocratie basiste (Basisdemokratie) et la nationalisation des moyens de production. Partisan d’une Europe aux cent drapeaux, il fut l’un des premiers à s’intéresser à la coordination des nationalismes ethniques dans lesquels il voyait un outil de la réorganisation de l’Europe sur des bases ethnico-linguistiques.

Précisons pour conclure que les strasseriens, qui réduisaient le judaïsme à un problème religieux, n’étaient pas antisémites. Ils protestèrent contre la législation raciste mise en place en Allemagne, et le Front noir compta des Juifs allemands dans ses rangs.

Citations d'Otto Strasser

  • « Pour nous le national-socialisme a toujours été un mouvement anti-impérialiste et dont l’esprit devait se borner à conserver et à assurer la vie et le développement de la nation allemande sans aucune tendance à dominer d’autres peuples et d’autres pays. »
  • « Nous prendrons à droite le nationalisme sans le capitalisme auquel il est en général lié et à gauche le socialisme sans l'internationalisme marxiste qui est un leurre (...) Le national-socialisme devra être surtout un socialisme.»
  • « La discipline n'est qu'un instrument pour conduire une communauté dans une direction, pas pour l'éduquer dans une voie unique. »

Publications

Liste non exhaustive

  • Hitler und Ich, Johannes Asmus Verlag, Konstanz, 1948, DEP. No.
  • Der Faschismus, Günter Olzog Verlag, München, Wien, 1965
  • Mein Kampf (1969)[1]

traductions

  • Hitler et moi (1940)
  • L'aigle prussien sur l'Allemagne (1941)
  • History in my time (1941)
  • avec Victor Alexandrov, Le Front noir contre Hitler - L’histoire d’une lutte opiniâtre et clandestine contre le dictateur et son régime, Marabout, Paris, 1968.
  • Les socialistes quittent le NSDAP - Textes fondateurs du Front noir, Editions Ars Magna, Nantes, 32 p.
  • avec André de Reka, L’Allemagne et le rôle du Japon, Editions Ars Magna, Nantes, 20 p.

Bibliographie

en allemand

  • Günter Bartsch, Zwischen drei Stühlen. Otto Strasser. Eine Biografie. Verlag S. Bublies, Koblenz 1990.
  • Reinhard Kühnl, Die nationalsozialistische Linke 1925–1930, Marburg 1965
  • Karl Otto Paetel, Otto Straßer und die Schwarze Front des wahren Nationalsozialismus, in: Politische Studien, 8, 1957
  • Otto-Ernst Schüddekopf, Linke Leute von rechts. Die nationalrevolutionären Minderheiten und der Kommunismus in der Weimarer Republik, Stuttgart. 1960
  • Claus Wolfschlag, Hitlers rechte Gegner, Arun Verlag, Engerda, 1995.
  • Kurt Hiller, Köpfe und Tröpfe,[Rowohlt, Hamburg/Stuttgart, 1950

en français

  • Armin Mohler, La Révolution conservatrice en Allemagne, 1918-1932, Pardès, Puiseaux, 1993, 894 p., p. 599-601.
  • Louis Dupeux (dir.), La Révolution conservatrice dans l’Allemagne de Weimar, Éditions Kimé, 1992.
  • Philippe Baillet, L'Autre Tiers-mondisme : des origines à l’islamisme radical - Fascistes, nationaux-socialistes, nationalistes-révolutionnaires entre « défense de la race » et « solidarité anti-impérialiste », Akribeia, Saint-Genis-Laval, 2016, 475 p.
  • Jean Rodrigue, Communisme national et national-bolchevisme, , Editions Ars Magna, Nantes, 30 p.

Articles

  • Guillaume Le Carbonel, Otto Strasser (1897-1974) : Décroissance et Empire, Rébellion, janvier 2021; lire en ligne : [1]
  • Patrick Moreau, « Socialisme » national contre hitlérisme : Le cas Otto Strasser », Revue d’Allemagne, vol. 16, no 3, juillet 1984.
  • Thierry Mudry, « L’itinéraire d’Otto Strasser », Orientations, n°7, 1986.
  • Frédéric Kisters, « Otto Strasser et le Front Noir » et « L’idéologie de la NSKD et du Front Noir », Devenir, n°21, été 2002.
  • Joey Cloutier, « Ambition et polémique : L’activité anti-hitlérienne d’Otto Strasser à Montréal et la Révolution conservatrice, 1941-1943 » et Pour en finir avec le nazisme de “gauche” : importance historique et bilan historiographique », Cahiers d’histoire, n°19, 1999.

en anglais

  • Patrick Moreau, « Otto Strasser : Nationalist Socialism versus National Socialism », in : Ronald Smelser & Rainer Zitelmann (dir.), The Nazi Elite, New York, New York University Press, 1993, 259 p., p. 235-244

Cité dans

  • Brigitte Hamann, La Vienne d'Hitler. Les années d'apprentissage d'un dictateur, préface de Jean Sévillia, Coll. Histoire et document, Éditions des Syrtes, 2014, 512 p.

Articles connexes

Notes et références

  1. Le titre de ce livre est évidemment sans rapport avec celui d'Adolf Hitler.