Maurice Rollet

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Maurice Rollet (Joigny, janvier 1933-Aix-en-Provence, 21 janvier 2014), membre dirigeant du GRECE et personnalité influente du courant néo-païen.

Biographie

Maurice Rollet qui avait fait des études de médecine fut appelé sous les drapeaux au moment de la guerre d’Algérie. Déjà père de famille nombreuse, il refusa d’effectuer son service militaire en Métropole. Il préfèra traverser la Méditerranée et l’exercer dans des unités combattantes.

Dégagé de ses obligations militaires, il resta en Algérie. Il officia à l’hôpital de Bône où il se lança vite dans l’activisme pro-Algérie française. Membre de l’OAS, il n’hésita pas à cacher des caisses d’armes, de grenades et de munitions sous le berceau de son dernier-né. Arrêté et transféré dans les geôles de Fresnes et de La Santé, il y rencontra Dominique Venner. Au cours de ces dix-huit mois de détention préventive, il acquit une culture politique, entama une terrible grève de la faim et se joignit à une puissante mutinerie. Libéré, car aucune charge n’avait été retenue contre lui, il s’installa à Marseille en tant que médecin généraliste. Pendant son séjour en prison, il se mit à la poésie et fut édité sous le pseudonyme de François Le Cap aux Éditions Saint-Just, la maison éditrice d’Europe-Action.

Il fréquenta les jeunes militants de la FEN (Fédération des étudiants nationalistes), soutint l’aventure d’Europe-Action et s’investit dans le Mouvement nationaliste du progrès. En 1967, il se présenta aux élections législatives dans les quartiers Nord de Marseille sous la bannière du REL (Rassemblement européen de la liberté). Il y obtient environ 3 % des voix, soit le deuxième meilleur résultat du mouvement en France. Mais l’échec électoral cuisant du REL entraîna le retrait définitif de l’action politique de Dominique Venner. Maurice Rollet se retrouva propulsé à la présidence du REL avec la tâche de le dissoudre.

En novembre 1967, un noyau dur « post-vennerien » délaissa le terrain politique et entérina l’orientation culturelle. Maurice Rollet a relaté cette épisode guère mentionnée dans « Nous étions douze ». « Le 29 janvier 1968 […] Au 35 de la rue Ernest-Rouvier, au premier étage, dans mon appartement au-dessus de mon cabinet médical, à Mazargues, quartier sud de Marseille, nous sommes douze amis réunis, au prétexte de mon anniversaire… » Ainsi se tint la première réunion fondatrice de ce qui allait devenir le GRECE (Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne). Ce membre fondateur suivit avec intérêt cette incroyable aventure métapolitique même s’il aimait se définir comme un « communautaire » et non comme un « intellectuel » ou un « militant ».

Quelques années plus tard, la nécessité de transmettre des principes essentiels et de les pérenniser l’incita à créer en compagnie de Jean-Claude Valla et de Jean Mabire le mouvement scout Europe Jeunesse.

Moins connu que les dirigeants successifs de la « Nouvelle culture européenne » d’expression française, Maurice Rollet appartint cependant à ses cadres primordiaux. En 1988, son ami Roger Lemoine, premier président du GRECE, se déchargea de sa fonction de chancelier qui revint tout naturellement à Maurice Rollet. Jusqu’à son décès, il assuma la fonction considérable de celui qui « est responsable de l’accueil des nouveaux adhérents lors de l’Assemblée générale et de l’animation des fêtes communautaires de l’association ».

Travaillant dans une clinique de l’Ouest parisien, Maurice Rollet se retrouva médecin personnel de Jean-Marie Le Pen et de ses filles. En outre, sa venue dans la capitale le conduisit à entrevoir une seconde carrière complémentaire dans le spectacle et le cinéma. En 1980, il joua dans Le Rebelle, un film de Gérard Blain. En 1987, il composa la musique d’un autre long métrage de ce réalisateur, Pierre et Djemila. C’est par la composition musicale qu’il investit le monde de la variété française, ce qui lui permit de côtoyer quelques vedettes de la chanson hexagonale.

Son sens de l’amitié le fit secourir au milieu des années 1980 un vieil ami atteint d’un cancer, en cavale depuis 1977 : Albert Spaggiari. Sous un nom d’emprunt, Maurice Rollet l’inscrivit dans sa clinique et essaya de le soigner. Il rendit publique son soutien à « Bert » à l’occasion d’un long reportage diffusé sur M6, puis au cours d’une invitation à un plateau télévisé de Marc-Olivier Fogiel quand sortit en 2008 le film de Jean-Paul Rouve Sans arme, ni haine, ni violence.

À la fin de la décennie 1980, il quitta la clinique francilienne, se réinstalla à Marseille et redevint médecin généraliste dans les quartiers Nord où sa prestance, son fort tempérament et sa connaissance de l’arabe le firent vite respecter de ses patients. Dans le même temps, il prit la présidence de l’association Domus Europa laissée en déshérence depuis la disparition de Jacques Fulaine. Lointaine héritière du Cercle européen de Provence des années 1970 qu’animait déjà Maurice Rollet, elle s’occupait du château de Roquefavour, un grand mas de l’arrière-pays aixois. Maurice Rollet fit renaître la Domus en y organisant fêtes traditionnelles et réunions fréquentes. Il relança en particulier les universités d’été du GRECE.

Entre deux universités d’été annuelles, Maurice Rollet déployait une vive activité éditoriale avec L’Âtre, le bulletin du cercle provençal en faveur des « activités de Tradition et de Renaissance européenne » et en parrainant la revue Roquefavour. Il intégra bientôt le comité de rédaction du trimestriel Éléments et fut fait membre d’honneur du mouvement Terre et peuple de son ami Pierre Vial. Par ailleurs, Maurice Rollet s’affairait en faveur de la reconnaissance des religions ethniques et autochtones d’Europe : le paganisme qu’il préférait nommer « foi native ». Au début des années 2000, des contacts s’établissent entre la Domus et des cercles païens d’Europe (de Lituanie, de Scandinavie et d’Islande). S’organisa alors une coordination païenne européenne qui débouche sur le WCER (Congrès mondial des religions ethniques).

Texte à l'appui

Alain de Benoist, extrait d’Éléments n°150

Maurice Rollet, sauf erreur de ma part, n’a jamais écrit dans Éléments, mais il était une figure historique de la mouvance qui fut à l’origine de notre revue. Né à Joigny, en Bourgogne, le 30 janvier 1933, il était devenu médecin en Algérie, à l’hôpital de Bône, à l’issue de son service militaire. La fin de la guerre d’Algérie marqua profondément ses jeunes années. Emprisonné en 1962 avec Dominique Venner, pour cause d’activisme, il s’installa ensuite à Marseille et y poursuivit sa carrière médicale. En 1967, il fut l’un des membres fondateurs du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), dont il allait bientôt devenir le chancelier. Il fut surtout le principal animateur de la Domus Europa de Roquefavour, près d’Aix-en-Provence, un grand mas provençal qui devint à son initiative le lieu d’innombrables fêtes, réunions et Universités d’été.

Maurice était un homme tout d’une pièce, qui ne fonctionnait qu’à l’amitié. Les mots « clan », « communauté », « amis » étaient ceux qui le faisaient vibrer. Tous ceux qui l’ont connu se souviennent, non seulement de son incroyable dynamisme, de son extraordinaire générosité, de ses coups de cœur et de ses coups de gueule, de la façon qui n’appartenait qu’à lui qu’entonner les chants traditionnels face au Soleil de Pierre. Il était l’auteur de nombreux poèmes, les premiers publiés sous le pseudonyme de François Le Cap, puis sous son nom, dans lesquels il aimait à chanter les femmes et le vin qui ruisselle en l’honneur des anciens dieux (Des runes et des rimes, Pyrène, Saint-Avit-Rivière 1991). On lui doit encore des chansons, dont celle du film de Gérard Blain Pierre et Djemila (1987). Au cinéma, il fut aussi l’un des principaux acteurs du Rebelle (1980), autre film de Gérard Blain, dont le titre lui convenait si bien.

Maurice Rollet est mort à Aix-en-Provence le 21 janvier dernier, à l’âge de 80 ans. L’annonce de sa mort n’a pas surpris ses amis, qui le savaient depuis longtemps malade, mais les a frappés comme la foudre. Profonde tristesse. Grand Soleil, Coupo santo !

Jean-Yves Camus, Maurice Rollet est mort

Le Docteur Maurice Rollet, qui fit partie des fondateurs du GRECE et en fut ensuite le Chancelier, est mort le 21 février à l’âge de 80 ans. Venu de la Fédération des Etudiants Nationalistes, il était resté un des animateurs de la Domus Europa, le lieu communautaire du GRECE situé en Provence et de sa revue, Roquefavour. La nécrologie parue le lendemain de sa mort sur le site de Novopress mentionne qu’il « fut avec Jean Mabire, en 1973, l’initiateur d’un mouvement de jeunesse s’inspirant de l’expérience des Wandervogel ».

Il était connu en dehors du milieu nationaliste par l’entretien télévisé qu’il donna à Marc-Olivier Fogiel pour évoquer son amitié avec Albert Spaggiari, Liens qui s’inscrivaient dans le cadre plus large de son engagement aux côtés de l’OAS, dont il soigna en outre plusieurs militants. Dans le “milieu”, il était surtout célèbre comme chantre d’un paganisme qu’il mettait en poèmes, dont certains ont été interprétés par “Docteur Merlin” dans son album Soleil de Pierre.

Lors d’une conférence prononcée en 1999 dans la Drôme, Maurice Rollet expliquait son paganisme ou plutôt, selon le terme qu’il préférait, sa “foi native”. Il la définissait comme une démarche individuelle fondée sur l’enracinement; l’harmonie avec le cosmos, la recherche constante de l’esthétique physique et moral, enfin par la tolérance et le respect de l’Autre, “même ennemi », précisait-il, « en qui nous savons qu’il existe aussi une part du divin ». Adepte d’un paganisme qui devait selon lui se vivre jusque dans les moindres actes du quotidien, il soulignait le rôle de la prière dont il donnait la définition suivante : « La prière tel qu’un païen peut et doit la concevoir s’apparente bien plus à une sorte d’hymne, d’hommage à la beauté, à la force, à la joie, à la lumière qui illumine toute notre vie. La prière d’un païen ne demande rien, elle loue, elle exalte, au pire elle remercie ». Il insistait enfin sur l’importance du rituel familial et communautaire, évoquant comme exemple de « sobriété, d’intensité et d’esthétique » la réception à la Domus des cendres de Roger Lemoine, premier président du GRECE décédé en juin 1999.

C’est précisément cette mort qu’évoque Alain de Benoist dans son livre Dernière année, paru en 2001. Il la signalait comme la première disparition d’un des fondateurs du GRECE. Les quatre dernières années ont vu d’autres animateurs historiques de la mouvance néo-droitière s’éteindre. Le journaliste Jean-Claude Valla est parti ensuite, en Février 2010 : ses Mémoires inachevées sont en cours de publication aux éditions Alexipharmaque et nous en rendront compte ici sous peu. Jacques Bruyas, un des piliers du GRECE à Nice depuis l’origine, est décédé accidentellement en juin 2012, écrasé par un arbre qu’il venait de tronçonner pour qu’il serve à un feu de solstice. L’ancien président du groupement, Jean-Claude Jacquard est mort en Octobre 2012. Enfin Dominique Venner s’est suicidé le 21 mai 2013.

Ce même 21 janvier où j’apprenais la mort de Maurice Rollet parvenait au public, par les Éditions du Lore, l’annonce du décès à l’âge de 87 ans de Philippe Martin, qui avait publié en 2010 A la recherche d’une éducation nouvelle : Histoire de la jeunesse allemande 1813-1945. Préfacé par un autre néo-droitier, Philippe Conrad, Philippe Martin semble avoir été un des derniers français encore vivants à avoir eu une connaissance de première main du mouvement Wandervogel que Maurice Rollet avait, avec Jean Mabire, réactualisé en créant Europe-Jeunesse.

On trouvera dans l’excellent bulletin de l’Association des amis de Jean Mabire (n°18, 2008), plusieurs récits de première main, dont celui de Maurice Rollet lui-même, des débuts d’Europe-Jeunesse en juillet 1973 et de ceux de leur premier groupe du Midi, « Les Aiglons de Provence », basé à la Domus.

Bibliographie

  • Des Rimes et des Runes (en collaboration avec Perig Kerys), Pyrene, 1980
  • Le Mai 68 de la Nouvelle Droite (participation à un ouvrage collectif), Labyrinthe, 1998
  • Michel Marmin (dir.), Liber Amicorum Alain de Benoist, Les Amis d'Alain de Benoist, 2004
  • Rencontre avec Robert Dun (participation à un ouvrage collectif), Les Amis de la Culture Européenne, 2006.
  • Balades au cœur de l'Europe païenne (participation à un ouvrage collectif), Les Éditions de la forêt, 2002.