Soldat politique

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Le guerrier spartiate

Le soldat politique renvoie à un type d'homme qui vit chaque jour pour un idéal d'ordre supérieur. Il s'agit d'une race d'hommes véritablement libres, des ascètes, au sens classique du terme, de la politique. Le soldat politique ne se laisse pas posséder par les séductions de l'économie et reste ferme dans la conviction que l'objectif primordial de la lutte n'est pas de garantir l'acquisition de biens matériels. Il en est convaincu, parce qu'il croit que le but de l'homme n'est pas de se maintenir, végétant et satisfait, dans les meilleures conditions physiques d'existence, mais que c'est autre chose, et que c'est justement cet autre chose qui donne sens et style à l’existence. Le soldat politique estime que, en vertu de cet autre chose, il vaut la peine de se déprolétariser et de se débourgeoiser, en épuisant le cadre de conditionnement déterminé par l'existence de besoins physiques dans la partie et les régions les moins importantes de l'être humain[1].

Baudouin IV à Jérusalem avec ses chevaliers

Définition

Si l'on considère les plus fastes époques de l'histoire européenne, on peut aisément identifier les type d'homme qui incarnent ou expriment l'esprit du soldat politique. Dans la Grèce antique, il y eut le guerrier spartiate, représentant d'un peuple austère et hautement discipliné qui est passé dans l'histoire principalement pour l'héroïque résistance de trois cents des siens à la bataille des Thermopyles. Là, conduits par leur roi guerrier Léonidas, ceux-ci tinrent bon contre les cent mille Perses de l’empereur Darius; loin de trembler de peur face à une force aussi disproportionnée, ils entonnèrent vaillamment leur hymne de bataille, le Chant de Castor, et ils périrent jusqu'au dernier en une apocalypse de feu et de sang. Or, bien qu'ils eussent été vaincu, c'est d'eux que l'histoire se souvient. Dans la Rome antique, il y eut le centurion, dont les aptitudes militaires et le dévouement à sa Cité éternelle et à la Pax Romana l'amenèrent à bâtir l'un des empires les plus beaux et les mieux ordonnés de l'histoire du monde. Dans l'Europe médiévale, il y eut le Croisé chrétien, dont le dévouement aux idéaux de l'ascétisme et de la chevalerie incarnait si bien l'Europe, de l'Orient comme de l'Occident, qu'aujourd'hui encore on adresse à quelqu'un le plus bel éloge possible en saluant sa « conduite chevaleresque ». Les chevaliers, communauté supranationale issue d'une culture unique, furent décrit par le pape Urbain II comme des hommes « prêts à se précipiter partout où la guerre éclate, y apportant la furie de leurs armes en défense de l'Honneur et de la Justice ».

Au cours du XXe siècle, la vague des révolutions nationales qui a balayé l'Europe a vu fleurir nombre de figures qui ont incarné l'idéal-type du Soldat politique, comme Albert Leo Schlageter, Ernst von Salomon, Horst Wessel, José Antonio Primo de Rivera, Robert Brasillach, Léon Degrelle. Mais l'exemple le plus frappant de Soldat politique a été fourni par la Garde de Fer roumaine, le Mouvement Légionnaire conçu et fondé par le génie de Corneliu Zelea Codreanu. Ce mouvement avait un esprit si fort, si omniprésent qu'au cours de sa brève durée d'existence (quinze ans), il eut le temps d'imprégner tout le peuple roumain. C'est à lui que fait référence Julius Evola, lorsqu'il évoque l'esprit légionnaire.

6 décembre 1940 : les restes du guide charismatique de la Garde de fer roumaine, Corneliu Zelea Codreanu, et de ses 13 compagnons assassinés par la police du roi Carol en novembre 1938 sont transférés à la Maison Verte, siège de la Garde de Fer à Bucarest. 120 000 légionnaires participent à la manifestation

L'Europe n'a pas eu le monopole du Soldat politique, car toutes les nations et cultures ont en elles la faculté de produire ce type d'homme, chacune selon ses circonstances particulières. On peut évoquer ici les Gardiens de la révolution islamique d'Iran, ou les guérilleros de différents mouvements en Amérique latine ou en Asie.

S'il saute aux yeux que les exemples donnés ici renvoient à des guerriers et des militaires, on se tromperait en pensant que cette qualité de militaire soit leur caractéristique la plus fondamentale. Le dénominateur commun qui permet de placer tous ces hommes dans la même catégorie en dépit de leurs différences manifestes, c'est le fait qu'ils étaient inspirés par un idéal spirituel qui dominait entièrement leur vie. Rien ne s'interposaient entre eux et leur idéal. S'ils étaient tous de bons guerriers, cela tenait à la flamme qui brûlait en eux, celle d'un feu qui ne pouvait s'éteindre qu'avec leur dernier souffle.

Le Soldat politique a pour tâche de promouvoir la volonté de vivre en révélant la véritable nature de la vie - par opposition au cauchemar matérialiste que l'on prend à tort pour la vie -, ainsi qu'en vivant lui-même cette vie. Pour cela il doit subir une révolution spirituelle, une révolution intérieure qui guide, dirige et imprègne son existence. Il sera l'homme qui dit non pas "Quel avantage y a-t-il là pour moi?", mais "Que puis-je faire pour être utile?". Aux yeux de ce type d'homme, certains mots détiennent la clé du sens même de la vie : honneur, justice, respect de soi, honnêteté, foi, humilité, compassion, charité.[2].

Le Soldat politique ne doit en revanche ressentir aucune hésitation coupable devant l'emploi des moyens conformes aux obstacles à abattre et réclamés par la grandeur du but. « Chez un soldat politique, la pureté justifie toute dureté, le désintérêt toute ruse, tandis que le caractère impersonnel imprimé à la lutte dissout toute préoccupation moraliste » Franco Freda, La désintégration du système, 1969.

Polysémie ou polyvalence ?


Relative à une historicité, la caractérisation du soldat politique reste problématique. Une typologie ne nous donne qu'une approche descriptive qui suit les changements d'époque.

Jacques Marlaud retrace ainsi les vicissitudes du terme au siècle dernier, quoiqu'ici il soit circonscrit géographiquement : « L'éthique guerrière et aristocratique a sans doute été dans l'histoire européenne l'incarnation la plus vivace des anciennes valeurs païennes face à l'ascension au pouvoir de l'humanisme bourgeois. Au XXe siècle, le guerrier, chassé des guerres devenues de grandes boucheries insensées, écœuré par les écoles militaires devenues refuges pour fonctionnaire en uniforme, s'est converti en soldat politique, revêtant tantôt le masque du militant révolutionnaire, tantôt celui du chef de guérilla ou du capitaine de corps d'élite motivé par une vision du monde et de l'homme, et souvent par une idéologie politique. » (Le Renouveau païen de la pensée française, Labyrinthe, 1986, p. 220). Carl Schmitt entend serrer cette notion au plus près des enjeux contemporains. En 1963, il expose une « théorie du partisan », figure emblématique de la décomposition de l'ancien Nomos et de la montée de l'impérialisme. Le partisan est un irrégulier, pour qui le monopole de la violence légitime n'est plus une prérogative de l'État. Dans une série d'essais, La guerre civile mondiale, essais 1943-1978 (éd. Ère, nov. 2007), Schmitt considère que le « peuple en armes » est une notion qui a vieilli au même titre que l'idée de nation après la Seconde Guerre mondiale. Les conflits entre nations seront de plus en en plus marginaux et amenés à être remplacés par une « guerre civile mondiale ». Les guerres de l'avenir seront selon lui légitimés par l’idée de guerre juste, de « guerre contre la guerre », et non plus par l’idée de nation. L’âge de la désintégration du nationalisme n’est pas, loin de là, la fin de l’histoire. Reste à savoir par où l’histoire continue. Carl Schmitt donne des pistes pour penser le néo-absolutisme des institutions internationales. C'est confronté à celui-ci que peuvent être évalués les nouveaux modes de résistances.

Il semble donc que pour qualifier la nature du soldat politique, la distinction que fait Ernst Jünger entre Figure et Type se montre la plus appropriée. La Figure est une forme (Gestalt) émergeant de la configuration d'une époque, c'est pourquoi elle « peut être subie mais non posée », néanmoins elle sert de matrice de Types divers et variés. Si le soldat politique répond à une nouvelle Figure, c'est seulement à travers la refonte de ses anciennes figures, à l'instar d'un processus alchimique, que pourra se révéler la capacité à concevoir des Types nouveaux.



Liens externes




Texte à l'appui


► « Il n'y a pas de riches à Sparte. Car le soldat est le contraire du riche : le soldat, selon Sparte, est un moine militaire. Devenu baron de l' Empire, il cesse d'être soldat : il a quelque chose à conserver, donc il trahit. Le vrai soldat est pauvre et se bat pour une idée. Si Léonidas avait eu un majorat, il aurait envoyé un parlementaire ».

Maurice Bardèche, Sparte et les Sudistes, Les Sept Couleurs, 1969 (rééd. RH, 2017), p. 76.

La Waffen-SS - Soldats politiques en guerre de Jean-Luc Leleu


RÉFLEXIONS SUR LA NOTION DE « SOLDAT POLITIQUE »

Durant dix ans, au Vietnam, la machine de guerre des États-Unis d'Amérique, dotée de la meilleure capacité destructive que l'histoire ait jamais connue, a répondu avec une violence sans égal aux attaques d'une armée de paysans pour la plupart analphabètes. La capacité dévastatrice des bombardements américains a montré sa terrible réalité sans aucun masque : l'aviation américaine a, durant les trois premières années de son intervention, arrosé le Vietnam d'une plus grande quantité d'explosifs que durant son intervention contre l'Allemagne et les Pays de l'Axe au cours de la IIe Guerre Mondiale. Presque chaque jour, le napalm boutait le feu à des villages, les brûlant en entier ; sur le terrain, les marines en rasèrent des centaines. La VIIe Flotte pilonna jusqu'à l'écrasement toute la côte du Golfe du Tonkin. En cinq ans, le contingent US passa de 15.000 à 500.000 hommes. Les armes les plus performantes de la technologie la plus récente furent employées sur cet excellent terrain de manœuvres et d'essais que constituait le Vietnam. Et cependant, cette armée fut mise en déroute.


Certaines choses résistent à la logique. L'intervention US au Vietnam en est une. Les guerilleros du Vietcong bien qu'approvisionnés d'armes de fabrication soviétique et chinoise restaient néanmoins, en tous points, en état d'infériorité face à la toute puissante machine de guerre américaine. En tous points effectivement excepté un : le moral. Les combattants de Pathet-Lao savaient pourquoi ils luttaient : ils étaient des Soldats Politiques et si la mort était leur destin, ils ne se posaient aucune question sur la vérité ontologique de l'être. Les 56.000 Américains qui laissèrent leur vie dans les marais du Viet-nam auraient-ils pu penser de même ? « Pour les Américains, ce fut une expérience tragique et purificatrice. Le géant industriel et la puissance militaire de l'Amérique ne purent atteindre la victoire. Contrairement à la Guerre de Corée où des forces régulières luttèrent sur des frontières reconnues, au Vietnam la supériorité technologique en armements et la puissance de la flotte aérienne se sont révélées insuffisantes contre un ennemi spécialisé dans la guerre insurrectionnelle et pénétré de ferveur révolutionnaire » (Pallmer & Colton, Histoire contemporaine). Cet exemple de ferveur ne fut pas d'ailleurs le premier de l'histoire. Les 300 Spartiates de Léonidas, les légions de Scipion, les Croisés de Richard Cœur de Lion firent montre d'une même fermeté morale. Nous sommes devant le phénomène du Soldat Politique.

Soldat national contre soldat international


Machiavel considérait que l'une des causes de la ruine de l'Empire romain réside dans cet égarement qui consiste à vouloir grossir ses troupes, jusqu'alors invaincues, de mercenaires. Pour Machiavel, un mercenaire, quelque soit l'importance de la solde reçue, manquera toujours d'une valeur suffisante devant l'adversité. Par contre, les troupes de nationaux, enrôlés dans des contingents nationaux, seront capables de donner leurs vies pour un Prince : « L'expérience nous enseigne que seuls les princes défendus par des armées qui leur sont propres et les républiques qui jouissent de ce même bénéfice font de grands progrès, tandis que les républiques et les princes qui s'appuient sur des armées de mercenaires ne récoltent que des revers » (Le Prince). Toujours selon Machiavel, les mercenaires seraient des gens souvent sans idées précises, ambitieux, sans discipline, peu fidèles, fanfarons et couards. La raison sautait aux yeux : « ils n'ont pas d'autre amour ni motif qui les attachent au Prince que ceux de leur petite solde ».

Il est bien évident que le mercenaire est tout l'opposé du soldat politique. Pour le moins, les raisons de Machiavel sont convaincantes. Mais il laisse néanmoins sans explication le pourquoi de la milice nationale. En effet, pourquoi une armée formée par des hommes ressortissant d'une même communauté ethnique et culturelle était-elle supérieure à toute autre armée, par exemple, celle composée d'hommes sous contrat ? Machiavel supposait que des hommes liés à un sol, parlant la même langue et partageant la même tradition, auraient de raisons de savoir ce qu'ils défendaient : patrie, coutume, norme, en somme, ce que nous appellerions une « unité philosophique ». Nous savons bien que l'armée nord-américaine n'était pas composée de mercenaires, mais, en revanche, peut-on dire qu'elle s'appuyait sur une unité philosophique ? Nous pouvons répondre sans hésitation : non.

La morale des « pilgrims » se vida de son contenu lorsqu'entra en scène la « diversité philosophique » : « elle représente un indice de l'état de dissociation, de cohésion insuffisante du corps social. Ceci est déjà plus grave qu'une simple divergence dans les manières de penser » (Pasado y Porvenir para el Hombre actual). Vu ainsi, par Ortega, la « diversité philosophique » scinde les nations en cassant les normes morales établies au cours des siècles. Elle fut, à première vue, l'écueil le plus important que rencontra la démocratie américaine. Se battre contre quelque chose, lorsque l'on ne sait pas avec exactitude ce que l'on édifiera lorsque les volutes de brume se dissiperont, est décourageant. Mettre en déroute un Vietcong composé de partisans fanatiques alors qu'au pays, la presse, l'opinion publique et les milieux artistiques réclament à cor et à cri le retrait, est une tâche de titans. Jamais ne pourraient naître dans de telles circonstances des soldats politiques.

Les trois clés de la victoire


Il semble qu'il faille trois causes pour qu'un soldat commun se transforme en soldat politique : une injustice, un ennemi et une mission. Les forces de frappe se mesureront alors par le nombre des individus qui participent ouvertement et librement à ces trois causes. Les Espagnols de la guerre d'Indépendance (1808) les reçurent servies sur un plateau :

  • l'injustice : l'invasion du pays ;
  • l'ennemi : Napoléon ;
  • la mission : l'expulsion de leur territoire de toutes les troupes françaises. Voilà des motifs plus que suffisants pour soutenir un moral de lutte.


Bismarck donna aux peuples germaniques trois autres motifs pour la consolidation de l'unité de l'Empire : une injuste atomisation de la communauté allemande, une Autriche décadente et oppresseuse et le devoir du soldat prussien à rétablir l'unité. Pour le cas où l'on se heurterait à un ennemi ayant les mêmes arguments, on aurait alors recours à ce que Napoléon appela, en l'adaptant, « la logique des baïonnettes ». Le reste est question de persévérance.

Le Manifeste du Parti Communiste rédigé par Karl Marx et Friedrich Engels fut le premier manuel contemporain du Soldat Politique, avec la particularité de ce que l'ennemi n'était pas extérieur mais intérieur, aussi intime à une communauté nationale que la corporation patronale. La mission des ouvriers fut dès lors et inexorablement de renverser « par la violence tout l'ordre social existant. Les classes dominantes peuvent trembler devant une Révolution Communiste ». Et en plus des trois clés, une consigne : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Jusqu'alors, les « soldats politiques », les « forces autochtones » s'étaient distinguées par l'accomplissement d'une mission contre une entité étrangère à la communauté. Les campagnes militaires étaient capables de réunir coude à coude le valet de ferme et le propriétaire terrien. L'entrée en lutte unissait en un seul bastion celui-ci et celui-là. L'arrivée du Manifeste mit un terme à ce genre de pacte.

Et comme si les siècles précédents eussent servi de banc d'essai à la mise en scène la plus tourmentée, le XXe siècle fit office de théâtre pour représenter la consécration définitive du soldat politique. Ce qui s'était répété de temps à autre le devint de manière soutenue. Dans un implacable bombardement idéologique, les gouvernements endoctrinèrent leurs fantassins aux consignes et motifs de leur mission dans le monde : effacer l'injustice, annihiler l'ennemi, accomplir son devoir.

De cette manière surgit la redoutable Garde Rouge de Trotsky, le « justicier » Fascio di combattimento de Mussolini, la SS, fer de lance de Hitler, et aussi les obsédants « Bo-Doi » de Hô Chi Minh. Toutes de puissantes armées politiques. Si leurs objectifs étaient différents, leurs fondements étaient communs. La Phalange macédonienne aurait fait long feu devant ces vives machines de guerre.

Le phénomène du soldat politique était-il réellement un phénomène aussi récent ? Dans la protohistoire humaine, la lutte pour la nourriture quotidienne ne donnait pas lieu à philosopher. L'instinct de survie était l'ordre du jour permanent. Il n'était pas nécessaire d'éduquer « politiquement » les jeunes car tous comprenaient instinctivement ce que pouvait signifier la perte du territoire. Les calamités naturelles et les agressions des tribus hostiles étaient les « maîtres idéologiques » du clan. Mais avec l'avance de la technique, cet instinct de survie perdit l'impulsion protectrice des premiers temps. L'application de châtiments devint nécessaire afin que l'homme se souvienne en permanence de cet instinct primordial. Dans sa campagne des Gaules, César vérifia un usage qui naquit probablement de ce souvenir forcé : « Tel est l'usage des Gaulois. Pour entreprendre la guerre, ils obligent par la loi tous les jeunes hommes à se présenter armés et celui qui arrive le dernier au lieu de rassemblement, ils l'écartèlent » (La Guerre des Gaules). Leçon terrifiante aux yeux d'un contemporain, mais vitale pour éviter la relâche de la troupe. Certaines tribus de l'Europe d'alors interdisaient l'approche des marchands auprès des troupes car le vin et les fastes pouvaient amoindrir l'esprit viril des soldats : « Aucun marchand ne pouvait entrer, ils ne permettaient pas l'introduction des vins ni de denrées semblables destinées au plaisir, persuadés que ces articles efféminent l'esprit et font perdre la vigueur, car ces soldats sont d'un naturel brave et fort ». La religion et la politique se confondaient chez eux dans un même état d'esprit, en une norme morale héritée de leurs ancêtres.

Mais les communautés modernes, denses et complexes, se sont éloignées de manière radicale de cette connaissance primordiale. Faudrait-il affiner l'art gaulois de l'écartèlement ? Au moins en tout cas éduquer politiquement les jeunes recrues. Autrement dit, leur inculquer un moral.

Du moral du soldat


Tout bon stratège militaire apprécie comme une des armes les plus puissantes celle qui confère cette force animique qui a pour nom : le moral. Avec une forte dose de moral, on peut en une certaine mesure pallier même aux insuffisances de l'armement et aussi à celles du nombre d'hommes alignés. Le fondement d'un moral guerrier est le même dans toutes les armées ; seule varie la « tonalité » avec laquelle se manifeste cette puissance en un caractère déterminé. Mais dans le fond, il consiste à reconnaître que le droit que l'on a à l'existence est plus juste pour soi que pour l'ennemi. Lorsque le soldat perçoit chez autrui que ce droit à autant sinon plus de raison de s'exercer que chez lui, la guerre peut dès lors être considérée comme perdue.

Un Soldat Politique est une totalisation du moral. Bien que sans épée, sans possibilité de sortir vivant du combat, le soldat politique existera tant que survivra l'esprit de lutte et de victoire. Les exemples historiques ont été suffisants où l'on peut voir un groupe d'intrépides affronter avec héroïsme leur destin sachant que leurs vies s'éteindraient avec la fin de la bataille. Un colonel européen contemporain, Hans Frick, décrivait ainsi le moral du guerrier : « Cet esprit du combattant dépend des aptitudes guerrières d'un peuple, de la conviction qu'il a d'avoir la raison et le droit de son côté, de son éducation militaire, de la confiance qu'il met en ses chefs et en sa propre capacité, et, enfin, de l'état physique du soldat » (Bréviaire tactique).

Les Spartiates de Léonidas, les Kamikazes nippons et certains Feddayims de la Jihad participent de ces particularités. Dans ces deux derniers cas, la technique de convertit en une simple comparse devant le destin tragique du soldat.

Ce fut le génie de Clausewitz qui pressentit comme personne auparavant l'importance du moral dans ce qu'il dénomma « l'art de la Guerre ». Celui qui exclurait de ses règles et de ses principes les facteurs du moral serait un mesquin et un maladroit. Si ces « agents moraux » échappent au savoir livresque, l'on ne peut oublier que leur influence confère le triomphe ou la déroute. « L'alliage » du physique avec ce qui relève du moral est inséparable car ils constituent un tout : « nous pourrions bien dire que ce qui relève du physique est la poignée en bois alors que ce qui relève du moral est le métal noble de la lame. Par conséquent, le moral est la vraie et authentique arme à devoir manipuler » (De la guerre). Clausewitz qualifia les facteurs moraux comme étant la question la plus importante de la guerre, il se désolait de ce qu'on ne pouvait les quantifier, les classer et les chiffrer : « Ils forment l'esprit qui pénètre jusqu'au plus petit détail de la guerre ; ce sont eux qui s'unissent en premier en une étroite affinité à la volonté, laquelle dirige et met en mouvement toute la masse des forces ».

Tels sont les piliers du moral. Il serait donc vain d'établir un tribunal pour décider qui détient la raison en une guerre. De même, il serait sot de soutenir le moral sur la base de démonstrations alignant causes et effets. En fin de compte, ce qui incite à la guerre totale est l'incertitude dans laquelle l'on est : continuerons-nous demain à exister ou disparaîtrons-nous ? Il est très vrai que le moral est fils de cet axiome naturel et non de déductions syllogistiques. C'est pour cette raison qu'il est déprimant d'entendre d'une armée, lorsqu'elle est devant une situation extrême comme l'est la guerre, qu'elle n'est pas empreinte d'un moral à toutes épreuves. La guerre, cette terrible circonstance, oblige qu'on lui fasse face comme le lion au combat et non à la manière de l'autruche qui plonge sa tête dans le sable.

Presse, Propagande et Persuasion


Il existe une infinité de moyens pour doter une armée d'un moral à l'épreuve des bombes. César, qui connaissait à fond la nature de ses légionnaires, avait pour habitude de se poster au sommet d'une colline non seulement pour voir mais aussi pour être vu de ses combattants. De cette manière, chaque Romain se sentait naturellement un héros et était mu par une force combattive difficile à contenir par l'ennemi. La Guerre des Gaules possède plus de valeur comme précis de propagande de guerre que comme ouvrage historique. Grâce à son sens pénétrant de l'observation, César notait rapidement les points faibles tant de ses hommes que de l'ennemi. Lorsqu'en pleine bataille, l'une de ses légions fléchissait, il se lançait à son secours afin de l'aider. Sa présence et deux coups d'épée rétablissaient le moral et l'ordre de la troupe : « César était si pressé qu'il arriva sans bouclier, en arracha un à l'un de ses soldats en poste au dernier rang, pour ensuite aller se mettre en première ligne. Appelant les centurions par leurs noms, les exhortant à plus d'efforts, il ordonna d'avancer et d'élargir les rangs pour que les coups d'épées soient plus aisés et efficaces. Par sa seule présence, à la vue de leur général au milieu d'un danger extrême, les soldats reprirent espoir et s'illustrèrent à nouveau » (Clausewitz, De la guerre). La lecture de ce passage nous dit combien le moral du soldat est la clé de la victoire.

De nos jours, l'harangue est devenue la propagande. Les immenses armées humaines se nourrissent jour après jour de cette harangue moderne dont la chaire de vérité est le journal. En temps de guerre, il est l'appui inconditionnel du soldat, lui donnant foi en son combat, lui rappelant ses devoirs, bref le formant comme Soldat Politique.

Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, la vulgarisation rapide de la presse servit tout autant à la division des Français qu'à les lancer dans des campagnes des plus audacieuses. Au début, chaque révolutionnaire possédait sa « feuille » déblatérant même contre ceux qui devaient être des siens. Le résultat fut cet infernal carrousel de prises de pouvoir et de chutes de gouvernements. La patience militaire à bout, ce fut le 18 Brumaire. Ces mêmes machines imprimantes furent alors employées à mouler la conscience des Français dans un droit unique, une seule administration, une seule éducation et un code civil, une « Grande Armée » - tout cela sous le sceau d'une seul esprit : Napoléon. Le soldat napoléonien parcourut l'Europe quinze années durant. Il put admirer les coupoles du Kremlin ; il vint à bout de la machine de guerre prussienne ; il pilla les pinacothèques italiennes et tint en un suspens angoissant les habitants des Îles Britanniques. Napoléon put proclamer à la fin de sa vie avec orgueil : « La France est une mine inépuisable. J'en ai été témoin en 1812 et en 1815. Il suffit de mettre le pied sur son sol pour que jaillissent armées et trésors. Un tel peuple ne sera jamais subjugué » (Mémorial).

Ceci vu, on constate que la Presse et la Propagande qui se mettent au service d'une idée ont le même effet qu'une injection de béton armé dans la structure d'un édifice. Cette structure chez l'humain est « l'unité philosophique » ; une unité - peu importe laquelle – du moment qu'elle soit unique, indivisible et absolument intègre.

Alexis de Tocqueville, panégyriste de la démocratie américaine, vit en ce système une immense faille : « Dans les nations démocratiques, en temps de paix, la carrière militaire est peu suivie et estimée. Ce discrédit public pèse fort sur le courage de l'armée ; les esprits sont comme opprimés. Et lorsque survient un conflit, ils ne sont point capables de retrouver leur mobilité et leur vigueur » (De la démocratie en Amérique).

Lorsqu'il y a divergence entre le sentiment militaire et civil, phénomène qui apparaît quand une société est pénétrée de « divisions philosophiques », les nations en souffrant auront moins de poids spécifique à l'heure des grandes décisions. Un affrontement armé inattendu dévoilerait leur pusillanimité au grand jour. Probablement que c'est dans l'intention de se débarrasser de ce « cercueil » que les premières mesures d'un gouvernement révolutionnaire marxiste sont le contrôle de presse et l'éducation. Le projet de base a toujours été composé de vastes plans d'éducation et de politisation populaires pour convertir les jeunes en Soldats Politiques et ce, en moins d'une génération. La différence entre ce système et ceux appliqués en Europe occidentale et dans ce qu'il est convenu d'appeler « Occident » est que, sous l'hégémonie marxiste, l'unité de la presse et de l'éducation populaire sont constantes alors que les démocraties occidentales ne sortent ces méthodes du tiroir que lorsqu'elles sont acculées à un conflit. Alors seulement l'on tente de doter le soldat d'un moral de lutte qui ne puisse être contredit sur ses fondements. Alors aussi, on tente d'arrêter les déviations fatales de la presse devant la nécessité d'une « unité philosophique ».

Il y a peu, un journaliste français, J.F. Revel, publia un livre dans lequel il dévoila cette mortelle insuffisance des démocrates face aux systèmes totalitaires. Le problème reste en suspens : les démocraties sont le système le moins mauvais pour que d'autres États aux intentions douteuses en tirent profit. Mais si les démocrates prennent des mesures préventives, elles cessent d'être des démocraties car elles appliqueraient alors des méthodes totalitaires. Plus qu'une énigme, c'est un paradoxe digne de Zénon.

Ce journaliste dénonce les totalitarismes, plus particulièrement le soviétique, introduisant, selon lui, des « taupes idéologiques » dans la philosophie de l'Occident. Il secoue encore les consciences de l'Occident, piquant au vif leur infériorité idéologique : « La guerre idéologique est une nécessité pour les totalitarismes et une impossibilité pour les démocraties. Cela est consubstantiel à l'esprit totalitaire et inaccessible à l'esprit démocratique. Pour faire la guerre idéologique, il faut avant tout avoir une idéologie. Et les démocraties n'en ont pas une, mais mille, cent mille » (Ainsi meurent les démocraties).

L'Europe devant sa IVe Guerre Punique


En résumé, le problème que l'on traite est éminemment stratégique. Le soldat politique se révèle l'arme la plus efficace d'une nation. Peu importe si ses principes s'accordent avec les normes philosophiques qu'accepte la nouvelle science. Peu importe la causalité, la non-contradiction, l'identité, la raison suffisante et le tiers exclu. Au moment décisif, celui que Clausewitz définit comme le moment de la « friction », il « faut y aller » avec une fermeté morale à toutes épreuves, celle qui est le propre des soldats politiques.

L'Europe se trouve actuellement à la veille de ce qui survint en des situations analogiques en 480 et en 216 avant notre ère, la première lorsque les Perses mirent Athènes à sac et la seconde, lorsque l'Empire romain souffrit la déroute la plus grave de son histoire devant Carthage. Seule l'audace d'un Thémistocle et la patience d'un Fabius Cunctator arrivérent à protéger la culture que le destin s'obstinait à condamner.

Le plus délicat du « dossier » européen de l'heure présente est que, loin de former des soldats politiques, on répugne plutôt à le faire. À défaut, il pourrait bien arriver à l'Europe ce qui arriva, lors de son interrogatoire, à ce soldat français prisonnier du Viêt-minh : une impossibilité de répondre.

- « Répondez ! Pourquoi ne vous êtes-vous pas laissé tuer en défendant votre position ? » Glatigny se posait lui-même la question... - « Moi, je peux vous l'expliquer - poursuivit le commissaire du Viêt-minh – vous avez vu comment nos soldats, qui vous paraissent menus et fragiles, montaient à l'assaut de vos tranchées, malgré vos mines, votre artillerie et vos barbelés, et toutes ces armes offertes par les Américains. Les nôtres se sont battus jusqu'à la mort parce qu'ils savaient, parce que nous tous savons, que nous sommes les détenteurs de la vérité, de l'unique vérité. C'est elle qui rend nos soldats invincibles. Et comme vous n'aviez pas ces mêmes raisons, vous êtes ici, devant moi, prisonnier et vaincu. Vous, officiers bourgeois, appartenez à une société dévastée et pourrie par les intérêts égoïstes de votre classe. Vous avez contribué à maintenir l'humanité dans les ténèbres. Vous n'êtes que des obscurantistes, des mercenaires, incapables de dire pourquoi vous vous battez. » (Jean Lartéguy, Les Centurions).

Carlos Salas, Fundamentos n°2 (1984), tr. fr. Rogelio Pete pour Vouloir n°80-82 (1991).

Notes et références

  1. Franco Freda, La désintégration du système [trad. Philippe Baillet], Paris, Totalité, 1980, 54 p.
  2. Derek Holland, Le Soldat politique, Reconquista Press, 2017, 69 p.