Corneliu Zelea Codreanu

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Corneliu Zelea Codreanu

Corneliu Zelea Codreanu, né le 13 septembre 1899 et assassiné le 30 novembre 1938, est un militant et un guide politique et spirituel roumain. Il est le fondateur de la Légion de l'archange Michel, surnommée, puis renommée la Garde de fer.

Biographie

Né le 13 septembre 1899, Cornéliu Zéléa Codréanu fait ses études secondaires dans un collège militaire. Très tôt, il prend conscience de la nécessité d'un engagement politique total sans aucune concession face au monde moderne.

La Ligue de la défense nationale chrétienne

En octobre 1919, alors qu'il n'a que 20 ans, il ad­hère au mouvement patriotique de la Garde de la conscience nationale [organisation anticommuniste de masse prônant un socialisme nationaliste chrétien, créée en 1919] dirigé par l'ouvrier-typographe Cons­tantin Pancu. Il y milite pendant 4 ans. Puis le 4 mars 1923 se constitue la Ligue de la défense nationale chrétienne [L.A.N.C. = Liga Apărării Naţional Creştine] sous la présidence d'A.C. Cuza, le « Dru­mont roumain ». Cuza, estime que la réalité Roumanie ne réside pas dans la lutte des classes mais dans la lutte des races, c'est-à-dire dans la question de savoir si ce sont des Roumains ou des Juifs qui conduiront le pays. Codréanu s'y occupe de l'organisation dans tous le pays. Il entreprend, avec quelques-uns de ses camarades de combat, la liquidation des politiciens corrompus les plus connus afin de créer un climat général d'extrême tension qui doit servir à réaliser la future révolu­tion nationaliste. Il se doit d'être souligné qu'à l'époque, Codréanu jouit d'un grand prestige au­près de la jeunesse universitaire. Il étonne déjà par le magnétisme qu'il exerce sur les foules. Il se marie le 4 juin 1925 avec Elenea Ilinoiü devant plus de 10.000 personnes.

La Légion de l'Ar­change Michel

Les fondateurs de la Légion de l'archange Michel

Au début des années 20, la pauvreté atteint son paroxysme. Le nationalisme gagne la jeunesse. Le 24 juin 1927 a lieu la fondation du mouvement légionnaire sous le nom de la Légion de l'Ar­change Michel. Cinq personnes sont à l'origine de cette création : Ioan I. Moţa, Ilie Gârneaţă, Cornéliu Georgesco, Radu Mironovici et bien sûr Cornéliu Codréanu.

La Légion de l'Archange Michel peut se définir par son rôle d'ordre politico-religieux comme un mouvement qui désire renouer avec l'héritage spirituel et traditionnel, impérial-européen. Très vite, elle se dote d'une revue bi-mensuelle : La Terre des ancêtres (Pămîntul Strămoşesc) dont le premier numéro paraît le 1er août 1927.

Le 1er octobre 1927 est fondé à Bucarest le pre­mier nid légionnaire. La Légion de l'Archange Michel peut s'interpréter comme une milice de Dieu. Son but premier est de faire s'épanouir spirituellement les individus. Sur le rôle éminem­ment religieux joué par la légion, Codréanu s'ex­plique :

« La légion est une école et une armée plu­tôt qu'un parti politique. Tout ce que notre race peut engendrer de plus fier, de plus pur, de plus travailleur et de plus brave, l'âme la plus belle que notre esprit puisse imaginer, voilà ce que l'é­cole légionnaire doit produire ».

Il y aurait beaucoup à dire aussi sur le “sacrifice” dans la doctrine spirituelle légionnaire. Dans son Traité sur l'histoire des religions, Mircea Eliade — membre d'un cuib gardiste — écrit en substance que l'homme légionnaire est immortel dans la mesure où par son sacrifice il régénère les forces sacrées des origines.

« Le légionnarisme va chercher ses racines au plus profond d'une cul­ture dans laquelle l'élément chrétien ne constitue que l'ultime strate qui s'est déposée au-dessus de toute une série d'autres âmes se combinant en un synthèse totalement originale ».

La Garde de Fer

Le mouvement légionnaire commence à prendre une importance assez considérable sur le plan na­tional. Le nombre de ses militants augmente cha­que mois. Alors le 20 juin 1930, Codréanu déci­de de constituer au sein de la légion un mouve­ment, la Garde de fer (Garda de Fier) qui a pour but de parer à un éventuel coup de force militaire soviétique.

Une doctrine politique et sociale cohérente

Dans les années qui suivent, la Garde de Fer su­bit des attaques de toutes parts. Sa première dis­solution est prononcée le 11 janvier 1931 tandis que le gouvernement national-paysan donne l'or­dre à la police d'arrêter de nombreux militants gardistes. Cette répression n'empêche en rien la progression électorale du mouvement. En effet, le 3 août 1931, aux élections partielles dans le dé­partement du Neamtz (Moldavie), les légionnaires remportent une belle victoire en récoltant plus de 11.301 voix. Codréanu est élu député.

La Garde de Fer devient alors une force politique de plus en plus incontournable. Elle développe un certain nombre d'idées fortes intéressantes, notamment à travers l'ouvrage de Codréanu Pentru legionari. Ces grandes orientations doctrinales permettent de bien cerner le corpus idéologique légionnariste : rejet du marxisme comme du libéralisme démocratique, lutte politique temporelle et revitalisation spirituelle, adoption d'un type d'idéal aristocratique s'accomplissant dans une société organique et communautaire, fidélité aux principes traditionnels élitaires qui abattront l'égalitarisme niveleur, mise en place d'une véritable justice sociale rompant définitivement avec le socialisme collectiviste et le capitalisme marchand…

Malheureusement toutes ces considérations doc­trinales ne viennent pas à bout de la répression régimiste. C'est ainsi qu'en mars 1932, le gou­vernement Iorga-Argetoïanu exige la deuxième dissolution de la Garde de Fer. Malgré ces pro­blèmes, le mouvement légionnaire obtient un franc succès aux élections générales de juillet (70.000 voix et 5 sièges au Parlement).

Le 10 décembre 1933, intervient une troisième dissolution du mouvement de Codréanu. Cela fait déjà plus de 3 ans que le roi Carol II est rentré en Roumanie. Cette fois-ci, 20.000 légionnaires sont arrêtés. Quant aux morts, ils sont évalués au nombre de 16. La vengeance gardiste intervient dans la nuit du 29 au 30 décembre. Le Ministre Duca est abattu par 3 légionnaires. Le 20 mars 1935, la Garde de Fer réapparaît sous le nom de Tout pour la patrie [Totul Pentru Ţară]. La présidence est assurée par le général Gheorghe Cantacuzino-Granicerul. Le 25 octobre 1936 est créé le corps ouvrier légion­naire sous le commandement de l'ingénieur Gheorghe Clime.

La doctrine légionnaire accorde une place prépondérante aux revendications so­ciales. Rien ne lui est plus étranger que le capita­lisme financier. Cette préoccupation des intérêts ouvriers s'explique par le rôle éminemment im­portant que revêt le travail dans l'éthique légion­naire. La prise en compte de la motivation des forces du travail doit trouver son plein accomplis­sement dans le dialogue avec les forces du capi­tal, ceci dans un souci de restauration du corpora­tisme d'inspiration nationale-chrétienne. Cette volonté révolutionnaire de reconstituer la commu­nauté populaire et sociale roumaine est motivée par la nécessité impérative de supprimer la lutte des classes au profit du rassemblement de tous les atomes du corps social.

Le 20 décembre 1937, Tout pour la patrie recueil­le 17 % des voix et fait entrer au Parlement 66 dé­putés. La Garde de Fer est maintenant le troisiè­me parti de Roumanie.

La Garde de Fer prend une signification toute particulière lorsqu'on sait qu'une partie assez im­portante de l'élite intellectuelle roumaine la sou­tient. N'est-ce pas Emil Cioran qui, sous la si­gnature des légionnaires de Paris, écrira l'article daté du 30 novembre 1940, jour anniversaire de l'assassinat de Codréanu :

« La figure généreuse de Codréanu, créateur et organisateur du mouve­ment légionnaire, suprême exemple de sacrifice, s'entoure pour tous les légionnaires d'une auréole de saint et de martyr. C'est lui qui le premier de tous les Roumains, avec une sûreté d'intuition étonnamment pénétrante, a proclamé qu'il fallait retrouver l'âme de la nation roumaine, constamment mise en échec, d'abord par des siècles de servitude, et tout récemment encore, par une classe dirigeante hypocrite et criminelle. Par là même, il a expliqué sa confiance dans les vertus cachées et inaltérables de notre peuple, et il a compris que ce peuple a besoin d'être libre, nous voulons dire, d'être lui-même, et non pas ce qu'on lui disait d'être ; qu'il avait une grande soif de liberté intérieure, en voulant passer sur ses propres racines. C'est pourquoi le premier effort de Codréanu a été la création d'un homme nou­veau, le seul vrai, le seul capable de donner un rythme nouveau à la vie du peuple roumain ».

D'autres intellectuels comme Mircea Eliade ou Virgil Georghiu n'hésitent pas à prendre fait et cause pour le Capitaine et son mouvement.

L'assassinat

En avril 1938, Codreanu est arrêté pour la der­nière fois, toujours sous prétexte d'une accusa­tion cousue de fil blanc. On l'accusait de s'être mis en rapport avec une puissance étrangère, pour déclencher une révolution sociale en Rou­manie. Après un procès aussi surréaliste qu'in­descriptible, où la défense entonnait ses plaido­yers dans une salle vide et où les avocats, venus de province, étaient menacés d'être envoyés dans un camp de concentration s'ils quittaient la ville, Codreanu est condamné à dix ans de travaux for­cés, en dépit du fait qu'aucune des accusations portées contre lui n'avait tenu à l'analyse. Dans son Journal de prison, Codreanu nous parle de ses conditions de détention.

Dans la nuit du 29 au 30 no­vembre 1938, une série de détenus doivent quitter la prison pour être transférés dans une autre forteresse. Le lendemain, un communiqué officiel tombe : « Le convoi automobile transportant les prisonniers a été attaqué ; les prisonniers ont tenté de s'enfuir dans le brouillard. La police a alors fait usage de ses armes et, parmi les victimes, on compte Corneliu Zelea Codreanu, condamné a dix ans de travaux forcés ». Deux ans plus tard, Dinulescu, Major de gendarmerie, est entendu par une commission d'enquête, formée par la Cour du Tribunal de Bucarest ; il fait la déclaration suivante : « Le 29 novembre, à dix heures du soir, le Premier Ministre lui explique que les condamnés pour motifs politiques doivent être exécutés. On les a alors retirés de leurs cellules et amenés vers un camion ; nous avions reçu l'ordre de les asseoir de façon telle qu'ils ne pouvaient plus que tourner leur regard vers l'avant ; les bras étaient liés dans le dos. Derrière chacun d'eux se trouvait un gendarme ».

Dinulescu poursuit : « Sur l'autoroute, dans la gri­saille du matin du 30 novembre, j'ai donné le si­gnal convenu au moyen d'une lanterne. Chacun des gendarmes a alors retiré de sa poche une cor­de, qu'il a noué autour du cou du légionnaire as­sis devant lui. C'est de cette façon que l'Oublié (ndr : c'est ainsi qu'il était convenu de désigner Codreanu après son internement) et ses 13 ca­marades ont été étranglés (…). Peu de temps a­près leur étranglement, nous sommes arrivés dans la capitale et nous nous sommes dirigés vers la prison de la forteresse, où l'on avait préparé, depuis 3 jours déjà, une grande fosse. Après l'arrivée du camion dans la forteresse, sur ordre du Colonel-Procureur de l'Armée de Terre, on a chaque fois tiré un coup de revolver ou de fusil sur les cadavres des étranglés. Les cadavres ont ensuite été jetés dans la fosse (…). Quelques jours plus tard, les cadavres ont été déterrés et ré­enterrés dans une autre fosse. Après qu'on ait jeté sur eux une grande quantité d'acide sulfurique, on les a recouverts de terre, puis on a coulé une couche de ciment. (…) les gendarmes ont dû signer une attestation de décès signalant que les quatorze légionnaires avaient été abattus en tentant de fuir. Chacun des gendarmes a été récompensé par une somme de 20.000 deniers ».

6 décembre 1940 : les restes de Codreanu et de ses 13 compagnons assassinés par la police du roi Carol en novembre 1938 sont transférés à la Maison Verte, siège de la Garde de Fer à Bucarest. 120 000 légionnaires participent à la manifestation

Ce crime particulièrement sanglant et abject donne le signal d'une campagne visant à éliminer physiquement tous les légionnaires. Pour l'appareil policier, la persécution a été aisée : il possédait des listes détaillées, mentionnant les noms de tous les légionnaires. Codreanu, en effet, avait interdit de se dissimuler dans l'anonymat. En septembre 1939, la Légion riposte : elle assassine le Premier Ministre. Immédiatement après cette exécution sommaire, les vengeurs du Capitaine prennent l'immeuble de la radio d'assaut et annoncent pour tout le pays : « Nous avons accompli notre douloureux devoir ; nous avons puni le bourreau ». Neu­tralisés et capturés, ces hommes seront exécutés sur place. Leurs cadavres seront laissés tels quels sur le lieu de l'exécution pendant 9 jours, ex­posés près d'un pont. Le martyrologe de la Lé­gion n'eut plus de fin. Chaque jour, des membres de la Légion étaient arrachés à leur fa­mille, abattus, étranglés, battus à mort lors de leur audition. Les autorités n'hésitèrent même pas à enterrer les cadavres dans des cimetières réser­vés aux animaux[1].

Ce massacre perpétré par les hommes d'Armand Calinesco ne restera pas sans suite. Puisque ce dernier est exécuté par 9 légionnaires dirigés par Miti Dumitresco, le 21 septembre 1939. Le même jour est organisé un véritable carnage dans les milieux légionnaires. Un nouveau gouverne­ment est constitué sous la dépendance du Général Argeseanu.

L'abdication du roi Carol II survient le 6 septem­bre 1940 alors que Horia Sima est désigné suc­cesseur de Codréanu par le fondateur du mouve­ment Cornéliu Georgesco. Il s'entretient avec le Général Antonesco pour la formation du nouveau Gouvernement. Mais le 21 janvier 1941, Anto­nesco décide de “casser” la Garde de Fer. Les meurtres se comptent par dizaines. Les princi­paux chefs légionnaires se réfugient en Allema­gne où ils seront par la suite internés dans divers camps de concentration. Car en effet, Hitler joue la carte Antonesco.

La guerre enfin terminée, les légionnaires sont li­bérés et acquittés au procès de Nuremberg.

Œuvres

  • La Garde de fer, Paris, Synthèse nationale, coll. Samizdat, 2005 [rééd. de Éditions Prométhée, Paris, 1938, éd. or. 1935], 458 p.
  • Le Livret du chef de nid, Éditions Pamântul Stramosesc, Madrid, 1978; rééd. Éditions de Montag, 2020.
  • Handbuch für die Nester - Leitfaden für die Legionäre der Eisernen Garde, Regin-Verlag, Straelen, 2006, 138 S. [trad. allemande]
  • Journal de prison, Puiseaux, Pardès, 1986 (trad. de l'éd. en roumain de 1951), 79 p.
Réédition allemande du Livret du chef de nid (Regin-Verlag, 2008). Pour de nombreuses organisations de Droite radicale à travers toute l'Europe, l'opuscule est devenu un indispensable manuel d'éthique militante


Textes à l'appui

Corneliu Zelea Codreanu : La domination absolue de l'Esprit sur le corps

Il y a deux aspects, pour la clarification desquels il faut avoir présent à l’esprit le dualisme de l’être humain, composé d’un élément matériel naturaliste et d’un élément spirituel. Quand le premier domine le second, c’est l’enfer. Tout équilibre entre les deux est chose précaire et contingente. Seule la domination absolue de l’esprit sur le corps est la condition normale et la prémisse de toute force vraie, de tout héroïsme véritable. Le jeûne est pratiqué par nous parce qu’il favorise une telle condition, affaiblit les liens corporels, encourage l’auto-libération et l’auto-affirmation de la volonté pure. Et quant à cela s’ajoute la prière, nous demandons que les forces d’en haut s’unissent aux nôtres et nous soutiennent invisiblement. Ce qui conduit au second aspect : c’est une superstition que de penser que dans chaque combat seules les forces matérielles et simplement humaines sont décisives ; entrent en jeu au contraire également les forces invisibles, spirituelles, au moins aussi efficaces que les premières. Nous sommes conscients de la positivité et de l’importance de ces forces. C’est pour cela que nous donnons au mouvement légionnaire un caractère ascétique précis. Dans les anciens ordres chevaleresques aussi était en vigueur le principe de la chasteté. Je relève toutefois qu’il est chez nous restreint au Corps d’Assaut, sur la base d’une justification pratique, c’est-à-dire que pour celui qui doit se vouer entièrement à la lutte et ne doit pas craindre la mort, il est bien de ne pas avoir d’empêchements familiaux. Du reste, on reste dans ce corps seulement jusqu’à 30 ans révolus. Mais, en tout cas, demeure toujours une position de principe : il y a d’un côté ceux qui ne connaissent que la “vie” et qui ne cherchent par conséquent que la prospérité, la richesse, le bien-être, l’opulence ; de l’autre, il y a ceux qui aspirent à quelque chose de plus que la vie, à la gloire et à la victoire dans une lutte tant intérieure qu’extérieure. Les Gardes de Fer appartiennent à cette seconde catégorie. Et leur ascétisme guerrier se complète par une dernière norme : par le vœu de pauvreté auquel est tenu l’élite des chefs du mouvement, par les préceptes de renoncement au luxe, aux divertissements creux, aux passe-temps dits mondains, en somme par l’invitation à un véritable changement de vie que nous faisons à chaque légionnaire.

Julius Evola et Codreanu

Ce n'est finalement ni en Italie ni en Allemagne mais en Roumanie qu'Evola verra à l'œuvre ce qu'il tiendra toujours pour le seul mouvement authentiquement Traditionnel parmi ceux se réclamant d'idées anti-démocratiques, à savoir la Garde de Fer de Corneliu Zelea Codreanu.

Evola ne tarit pas d'éloges sur Codreanu, rencontré lors d'un voyage à Bucarest en 1938, dans lequel il voit : « l'archétype même aryo-romain ». Le chef de la Garde de Fer apparaît à notre auteur comme « une des figures les plus dignes et les mieux orientées spirituellement [qu'il ait] rencontrées dans les mouvements nationaux de l'époque » (Le chemin du cinabre). Les deux hommes s'étaient en effet immédiatement découvert, toujours à en croire Evola, une « quasi-totale communion d'idées ». Quant au légionnarisme roumain, déjà louable par sa dimension ascétique reposant sur des « prémisses authentiquement spirituelles », il conviendrait de voir en lui « l'une des idéologies parmi les plus dignes d'intérêt en Europe, [qui] nous montre la possibilité d'aller au-delà de certaines barrières, que d'aucuns considèrent comme infranchissables : dans cette idéo­logie, la référence à la conception œcuménique de l'Église orthodoxe donne lieu à un idéal organique de vie nationale, en tant qu'unité de race et de foi, des vivants, des morts et de la loi de Dieu – idéal qui, sous certains aspects et selon la même direction, va au­-delà de ce à quoi les idéologies de l'Axe n'ont pas encore atteint, en raison de circons­tances d'ordre contingent (idéologies considérées, bien entendu, sous leur aspect spirituel, et non politique) ».

Le jugement peut laisser perplexe, même si les points de rapprochement entre la vision du monde évolienne et celle de ce « faux fascisme » que constitua le mouvement de Corneliu Zelea Codreanu sont loin d'être négligeables. Éloge de la voie héroïque, hostilité au communisme, à l'« esprit juif » pensé comme paradigme du monde moderne, croyance en une « troisième dimension de l'histoire », se retrouvent en effet aussi bien dans l'une que dans l'autre. Mais les divergences, pour être sans doute moins apparentes, n'en sont guère moindres.

En premier lieu, force est de constater que, si la Garde de Fer se voulut certes un mou­vement spirituel, elle fut avant tout un mouvement chrétien. Corneliu Zelea Codreanu fonde ainsi toute son action sur : « la croyance en Dieu », et écrit, durant sa réclusion à la prison de Jilava : « Nous allons ressusciter au nom du Christ et uniquement par le Christ, parce qu'en dehors de la foi dans le Christ, personne ne ressuscitera et ne sera sauvé ». Or, nous avons vu que J. Evola attribue au christianisme une très lourde responsabilité dans le processus décadentiel qui a, selon lui, conduit à l'instauration du monde moderne, allant jusqu'à le considérer comme un instrument de la dévirilisation spirituelle. Que l'inspiration chrétienne de cet « envoyé de l'Archange » que se vou­lait Codreanu et de son mouvement renvoie, non au catholicisme, mais à l'Église Ortho­doxe, n'aurait, en toute logique, pas dû faire grande différence pour notre auteur. Ensuite, ce christianisme présente un caractère éminemment mystique, Codreanu évoquant de manière explicite : « la mystique chrétienne » à laquelle il donne pour finalité : « l'extase ». Il s'agit ici d'une circonstance aggravante selon les critères évoliens, puisque, on s'en souvient, le métaphysicien italien place toute attitude mystique sous le signe du « pôle féminin de l'esprit », ce qui le conduit à « tracer une frontière entre mystique et initia­tion », la seconde seule lui paraissant renvoyer au « pôle masculin » de ce même esprit. Evola aurait donc dit être conduit, toujours en toute logique relativement à ses propres postulats, à ranger la Garde de Fer au nombre des mouvements s'inspirant bien davantage de la « spiritualité lunaire » (féminine) que de la « spiritualité solaire » (virile).

Un dernier point à considérer est celui de faction politique de la Garde de Fer. Il n'est guère possible de douter du fait que Codreanu ait été tout autant hostile aux valeurs démocratiques qu'Evola lui-même. Mais cette pétition de principe n'empêcha pas celui que ses partisans appelaient avec déférence “le Capitaine” de recourir à plusieurs reprises aux élections pour faire triompher ses idées, même si le légionnarisme roumain s'opposait au “machiavélisme” que ses membres tenaient pour inhérent au jeu électoral. C'est là une attitude dont on aurait pu s'attendre à ce qu'elle provoque les critiques du métaphysicien italien. La dimension Traditionnelle (au sens évolien du terme) de la Garde de Fer parait donc être, en définitive, pour le moins problématique, et l'on distingue finalement assez mal, la sympathie d'Evola pour Codreanu mise à part, pour­quoi le mouvement roumain a retenu l'attention de l'auteur italien davantage que d'autres, la Phalange espagnole par ex.

La fin de la Seconde Guerre mondiale marque, en même temps que l'effondrement des forces de l'Axe, celui du rêve évolien d'une restauration Traditionnelle en Europe. Désormais convaincu de l'impossibilité de voir apparaître une « civilisation des héros » contemporaine, le métaphysicien italien va s'attacher à définir de nouvelles « orienta­tions », afin de fournir une base doctrinale éprouvée, particulièrement destinée : « aux groupes qui, en Italie, n'ont pas tout oublié, qui résistent et réagissent encore dans une certaine mesure » (L'Arc et la massue)[2].


Légionnarisme ascétique : Rencontre avec le chef des « Gardes de fer »

Bucarest, mars 1938

Rapidement notre auto laisse derrière elle cette chose curieuse qu'est le centre-ville de Bucarest : un ensemble de petits buildings et d'édifices ultra-modernes, principalement de type "fonctionnaliste", avec des devantures et des magasins au style oscillant entre parisien et américain, le seul élément exotique étant les fréquents chapeaux d'astrakan des notables et bourgeois. Nous atteignons la gare du Nord, nous prenons une poussiéreuse route provinciale longée de petits édifices du genre de ceux de l'ancienne Vienne, qui mène en droite ligne à la campagne. Après une bonne demi-heure, la voiture tourne brusquement à gauche, prend un chemin de campagne, s'arrête face à un édifice presqu'isolé parmi les champs : c'est la dite « Maison Verte », résidence du Chef des « Gardes de Fer » roumains. « Nous l'avons construite de nos propres mains », nous disent avec un certain orgueil les légionnaires qui nous accompagnent. Intellectuels et artisans se sont associés pour bâtir la résidence de leur chef, ce qui a pour eux presque la portée d'un symbole et d'un rite. Le style de la construction est roumain : des deux côtes, elle se prolonge par une espèce de portique, ce qui n'est pas sans pratiquement donner l'impression d'un cloître. Nous entrons puis montons au premier étage. Vient à notre rencontre un homme jeune, grand et élancé, en tenue sportive, avec un visage ouvert inspirant immédiatement noblesse, force et loyauté. C'est justement Corneliu Codreanu, chef de la Garde de Fer. Son type est caractéristique de l'aryo-romain : on dirait une réapparition de l'antique monde aryo-italique. Alors que ses yeux gris-bleus expriment la dureté et la froide volonté propres aux Chefs, se dégage en même temps, dans l'ensemble de l'expression, une touche singulière mêlant à la fois idéalité, intériorité, force d'âme et compréhension humaine. Même sa façon de converser est spécifique : avant de répondre, il semble s'absorber en lui-même, se retirer, puis, tout à coup, commence à parler, s'exprimant avec une précision quasi géométrique en phrases bien articulées tout en tenant un discours organique. « Après toute une clique de journalistes, de toutes nations et bords, ne sachant rien faire d'autre que de me questionner sur ce qui a trait à la politique la plus contingente, c'est bien la première fois, et je le note avec satisfaction — remarque Codreanu —, que vient chez moi quelqu'un qui s'intéresse, avant tout, à l'âme, au noyau spirituel de mon mouvement. J'avais au demeurant trouvé une formule pour contenter ces journalistes et leur dire un peu plus que rien, à savoir : nationalisme constructif. L'Homme se compose d'un organisme, c'est-à-dire d'une forme organisée, puis de forces vitales, enfin d'une âme. On peut en dire de même pour un peuple. Et la construction nationale d'un État, bien qu'elle reprenne naturellement ces trois éléments, peut néanmoins surtout subir, et ce pour des raisons de détermination variable et d'hérédité différente, les impulsions en particulier de l'un d'entre eux. Selon moi, ce qui prédomine dans le mouvement fasciste, c'est l'élément État, qui correspond à celui de la forme organisée. On retrouve là la trace de la puissance organisatrice de la Rome antique, détentrice du droit et des institutions politiques, dont l'Italien est le plus pur hériter. Dans le national-socialisme par contre, l'accent est surtout mis sur ce qui se rapporte aux forces vitales : la race, l'instinct racial, l'élément ethnico-national. Concernant le mouvement légionnaire roumain, ce qui prend une signification centrale a trait à ce qui, dans un organisme, correspond à l'élément âme : autrement dit à l'aspect spirituel et religieux. C'est de là que vient ce qui fait le signe distinctif des différents mouvements nationaux, pour autant qu'en fin de compte ils réunissent ces trois éléments et n'en négligent aucun. Le caractère spécifique de notre mouvement prend sa source dans un lointain héritage. Hérodote déjà appelait nos pères : 'Les Daces Immortels'. Nos ancêtres géto-thraces avaient foi, avant même le christianisme, en l'immortalité et l'indestrucibilité de l'âme, ce qui témoigne de leur disposition intérieure à la spiritualité. La colonisation romaine a ajouté à cet élément l'esprit romain organisateur et donneur de formes. Certes les siècles postérieurs ont vu notre peuple se disloquer et tomber dans la misère, mais de même qu'avec un cheval malade et fruste nous pouvons déceler une noblesse du maintien, nous reconnaissons, dans le peuple roumain d'hier et d'aujourd'hui, les éléments latents de ce double héritage. Et c'est cet héritage — continue Codreanu — que le mouvement légionnaire cherche à réveiller. Il prend appui sur l'esprit vivifié avec la volonté de faire advenir un homme spirituellement nouveau. Une fois cette tâche remplie en tant que 'mouvement', nous reste celle du réveil du second héritage, autrement dit de la force romaine organisatrice politiquement. En effet, si pour nous l'esprit et la religion sont le point de départ, le 'nationalisme constructif' en constitue le point d'arrivée, presque une conséquence. L'éthique indissociablement ascétique et héroïque de la “Garde de Fer” se donne pour tâche de faire rejoindre un point à l'autre. » Nous demandons alors à Codreanu quel rapport entretient la spiritualité de son mouvement avec la religion chrétienne orthodoxe. Voici sa réponse : « De manière générale, nous tendons à exalter à travers une conscience nationale et une expérience vécue ce qui trop souvent, dans cette religion, s'est momifié jusqu'à devenir le traditionalisme d'un clergé somnolent. Qui plus est, nous nous trouvons dans une situation propice du fait que notre religion, structurée nationalement, ne connaisse aucun dualisme entre foi et politique et puisse ainsi nous fournir des éléments éthiques et spirituels sans s'imposer comme une entité en quelque façon politique. Et puis, de notre religion, le mouvement des Gardes de Fer reprend une idée fondamentale : celle de l'œcuménicité. Celle-ci est le dépassement positif de tout internationalisme ou universalisme abstrait et rationaliste. L'idéal œcuménique renvoie en effet à une societas comme unité de vie, comme organisme vivant, comme un vivre-ensemble non seulement avec notre peuple, mais aussi avec nos morts et avec Dieu. L'accomplissement d'un tel idéal sous la forme d'une expérience effective est au cœur de notre mouvement ; politique, parti, culture, etc., ne sont pour nous que suites logiques et variations. Nous nous devons de revivifier cette réalité centrale, traçant ainsi une voie pour rénover l'homme roumain, pour ensuite œuvrer politiquement et contribuer à bâtir nation et État. C'est pour nous un point important, nullement théorique mais bel et bien pratique, que cette présence des morts au sein de la nation œcuménique : de nos morts et par-dessus tout de nos héros. Nous ne pouvons nous détacher d'eux ; comme des forces devenues libres de la condition humaine, ils imprègnent notre vie la plus haute et lui portent soutien. Lorsque les légionnaires se réunissent périodiquement par petits groupes, appelés 'nids' [cuib], ces rassemblements suivent des rites spéciaux et celui par lequel s'ouvre chaque réunion est l'appel à tous nos camarades tombés, auquel les participants répondent par 'Présent !'. Ceci ne signifie pourtant pas pour nous simple cérémonial ou allégorisation, mais bien plus évocation réelle. Nous distinguons — poursuit Codreanu — individu, nation et spiritualité supérieure, et considérons dans le dévouement héroïque ce qui mène de l'un à l'autre de ces éléments jusqu'à tendre vers une unité supérieure. Nous nions sous toutes ses formes le principe bassement utilitaire et matérialiste : non seulement sur le plan de l'être singulier, mais aussi sur celui de la nation. Au-delà de la nation, nous reconnaissons des principes éternels et intangibles, au nom desquels nous devons être prêts à combattre, à mourir même et à tout subordonner, avec au moins autant de résolution qu'au nom de notre droit de vivre et de défendre notre vie. La vérité et l'honneur sont, par ex., des principes métaphysiques, que nous mettons plus haut que notre nation elle-même. » Nous avons appris que le caractère ascétique du mouvement des Gardes de Fer ne relève pas que d'une généralité, mais également d'une concrétude, ou, pour le dire autrement, d'une pratique. Par exemple, est imposée la règle du jeûne : 3 jours par semaine, 800.000 hommes environ pratiquent le dénommé "jeûne noir", c'est-à-dire l'abstinence de toute sorte de nourriture, boisson et tabac. De même, la prière tient une place importante dans le mouvement. En outre, pour le Corps d'Assaut spécial qui porte le nom de deux chefs légionnaires tombés en Espagne, Mota et Marin, la règle du célibat s'applique. Nous demandons à Codreanu qu'il nous précise le sens de tout cela. Il semble se concentrer un moment, puis répond : « Nous ne pouvons éclaircir ces deux aspects qu'en les renvoyant tous deux au dualisme de l'être humain. Ce dernier est en effet composé d'un élément matériel d'ordre naturel et d'un élément spirituel. Quand le premier domine le second, c'est “l'enfer”. Tout équilibre entre les deux se montre de fait fragile et contingent. Et seule la domination absolue de l'esprit sur le corps manifeste la condition normale et la base de toute force pleinement agissante, de tout héroïsme véritable. Le jeûne est donc pratiquée par nous en ce qu'il favorise une telle condition, desserrant ainsi les liens corporels et permettant par là l'auto-libération et l'auto-affirmation de la volonté pure. Alors, à tout cela, nous joignons la prière, nous demandons que les forces d'en haut s'unissent aux nôtres et nous soutiennent invisiblement. C'est ce qui nous amène au second aspect : c'est une superstition que de penser que dans chaque combat seules les forces matérielles et simplement humaines sont décisives ; entrent également en jeu, bien au contraire, les forces invisibles, spirituelles, tout au moins aussi efficaces que les premières. Nous sommes conscients de la positivité et de l'importance de telles forces. C'est pour ces raisons que nous assignons au mouvement légionnaire un caractère ascétique marqué. Dans les anciens ordres de chevalerie, le principe de chasteté avait également cours. Je tiens néanmoins à remarquer que chez nous celui-ci est restreint au seul Corps d'Assaut, car d'un point de vue pratique, il est plus recommandé de ne pas avoir d'empêchements familiaux pour celui qui doit se vouer entièrement à la lutte, sans craindre la mort. Au demeurant, on ne peut faire partie de ce corps que jusqu'à 30 ans achevés. Mais, dans tous les tout cas, il reste toujours une position de principe : il y a d'un côté ceux qui ne connaissent que la "vie" et ne recherchent par conséquent que prospérité, richesse, bien-être et opulence ; de l'autre, il y a ceux qui aspirent à quelque chose de plus que la vie, à la gloire et à la victoire dans une lutte tant intérieure qu'extérieure. Les Gardes de Fer prennent rang parmi cette seconde sorte d'êtres. Et leur ascétisme guerrier se complète par une dernière règle : que ce soit par le vœu de pauvreté auquel est tenue l'élite des chefs du mouvement ou bien par des préceptes de renoncement au luxe, aux divertissements creux, aux passe-temps dits mondains, c'est bien à la finale une invite à un véritable changement de vie que nous faisons à chaque légionnaire ».

Julius Evola (première publication : Il Regime Fascista, 22.3.1938 ; tr. fr. [légèrement remaniée] : Philippe Baillet, Totalité n°2, 1977).

Philippe Baillet : Sous le signe de l’archange

Codreanu et la Garde de Fer. Noms mystérieux et lointains qui soulèvent encore les passions. Tout commence à la fin des années vingt dans une Roumanie affranchie depuis moins d'un siècle du joug ottoman. Une Roumanie orthodoxe, paysanne et dure, jalouse d'une longue identité toujours reconquise sur l'adversité. C'est là que surgit et meurt assassiné un personnage à nul autre pareil, plus mystique que politique. Pour son malheur peut-être.

Contrairement à une légende tenace, la Légion de l'archange Michel, fondée en 1927 par un jeune avocat pauvre, Corneliu Codreanu, ne fut pas un fascisme roumain, mais un “faux fascisme”. Cette Légion n'empruntait au fascisme italien que des éléments extérieurs et superficiels, comme le port d'une chemise verte. Elle s'enracinait en réalité dans les traditions roumaines, plus précisément dans le terreau orthodoxe. En Roumanie, celui-ci avait donné naissance à un « christianisme cosmique » (Eliade) très particulier, centré sur une doctrine du sacrifice charriant de nombreux éléments archaïques souvent d'origine pré-chrétienne. À la différence encore du fascisme, la Légion avait une base sociale formée de paysans et d'étudiants. Sa vocation était plus celle d'une secte religieuse que d'un mouvement politique, ce qui ne la dispensait pas d'utiliser alternativement le revolver et le bulletin de vote. En 1930, une sorte de milice, la “Garde de Fer”, fut constituée au sein de la Légion pour se prémunir contre la crainte d'un coup de force soviétique. Cette dénomination finira par l'emporter pour désigner le mouvement de Codreanu. « L'idéal de la Garde — écrivent les frères Tharaud — était de créer l'homme nouveau, le Roumain sans peur et sans reproche, qui se dévouerait avec un désintéressement total aux intérêts supérieurs de la patrie, ferait la guerre aux Juifs, aux politiciens corrupteurs et corrompus, et militerait pour la Croix »[3].

Les affaires de la Roumanie étaient au plus bas. Sa monnaie ne valait rien et son gouvernement guère mieux. Chaque jour éclatait un nouveau scandale politique ou financier. Aux élections de 1928, le parti libéral au pouvoir depuis la guerre fut battu par les nationaux-paysans de M. Maniu. Mais ces derniers s'effondrèrent à leur tour dans les scandales. Face à ce monde corrompu, la légion de Codreanu, avec son mysticisme religieux, ses appels à la pureté, son refus même du discours politique, apparut peu à peu comme une promesse de propreté et de renouveau.

L'envoyé de l'archange

Le 31 août 1931, Codreanu est élu à l'occasion d'élections partielles. Dès lors, la progression du mouvement ne va plus cesser. Le 15 novembre 1933, I.G. Duca, chef du parti libéral, qu'exècrent les partisans de Codreanu, est nommé Premier ministre par le roi Carol II. C'est alors que se met en branle la sanglante « liturgie politique » qui reste indissolublement liée à l'histoire de la Garde de Fer. De nouvelles élections générales sont prévues pour le 20 décembre 1933. La campagne électorale est d'une extrême violence. Trois légionnaires sont tués. Le chef du gouvernement dissout la Légion et annule les élections qui risquaient de lui être favorables. Agissant de leur propre chef, trois légionnaires vont abattre le Premier ministre dans la nuit du 29 au 30 décembre. En représailles, la police assassine le secrétaire de Codreanu, Sterie Ciumeti. Aux yeux des masses paysannes misérables, Codreanu est déjà « le capitaine », titre attribué, dans la tradition populaire roumaine, aux défenseurs de la nation, de l'honneur et de la justice. Quant à ses partisans, ils l'appellent depuis longtemps « l'envoyé de l'Archange ».

La popularité du Mouvement légionnaire ne cesse de croître. Peu avant les élections de l'automne 1937, Codreanu et Maniu, chef du parti national-paysan, concluent un accord électoral. Le succès dépasse toutes les prévisions. La coalition nationale emporte la majorité. Avec 16% des voix, le mouvement devient le troisième parti roumain. Le roi et son entourage regardent la progression du Mouvement avec une hostilité grandissante. Malgré les apparences du système constitutionnel, Carol II est le contraire d'un monarque fantoche. C'est lui qui détient la réalité du pouvoir en s'abritant derrière des hommes de paille et en jouant avec virtuosité des partis les uns contre les autres. Il comprend que la victoire d'un mouvement rompant avec les conventions du système mettrait son pouvoir en danger. Il est conforté dans cette idée par sa maîtresse, Magda Lupesco, dont la maison est un centre de corruption florissant dénoncé par la propagande légionnaire. Faute d'une majorité à sa dévotion, le roi Carol II annule les élections. Après diverses manœuvres, en février 1938, il suspend la constitution et instaure une dictature personnelle.

Finalité sacrificielle du martyre

Le roi confie les pleins pouvoirs à son ministre de l'Intérieur Calinescu. Celui-ci fait arrêter Codreanu qui, entre temps, a opté pour la non-violence, ordonnant aux siens de supporter stoïquement la répression sans riposter. Jugé par un conseil de guerre sous l'accusation fantaisiste de « trahison au profit de l'Allemagne », le chef de la Garde de Fer est condamné sans preuve le 27 mai à dix ans de détention. La plupart des cadres de son mouvement sont arrêtés et jetés dans des camps de concentration, comme l'historien des religions Mircea Eliade, alors membre de la Légion. Le 10 novembre 1938, un « manifeste » du commandement légionnaire clandestin accuse Calinescu, ministre de l'Intérieur, de préparer l'assassinat de Codreanu. Dans la nuit du 30 novembre, celui-ci et treize autres légionnaires, tous détenus à la prison de Râmnicul Sarat, sont brusquement réveillés pour être parait-il, transférés à la prison de Jilava, près de Bucarest. Pendant le transfert, Codreanu et ses camarades qui sont ligotés dans un camion, sont tous étranglés par des gendarmes que commande le major Dinulescu. Les cadavres sont ensuite jetés dans une fosse commune, au fort de Jilava, après avoir été criblés de balles pour accréditer la thèse d'une tentative de fuite.

Dans les semaines suivantes, plusieurs centaines de Légionnaires sont exécutés sans jugement sans que le mouvement réagisse, son chef ayant renoncé à la violence. « Rarement dans l'histoire du christianisme moderne, écrira Mircea Eliade, les jeûnes, les prières et la foi aveugle en la toute-puissance de Dieu furent payés de plus de sang »[4]. La riposte viendra cependant avec l'assassinat de Calinescu en septembre 1939. Mais à ce moment, le destin de la Roumanie a viré sous l'emprise de ses puissants voisins. Le pacte germano-soviétique (août 1939) isole le pays qui doit composer avec une Allemagne toute puissante. Dès la défaite française de juin 1940, le roi constitue un gouvernement avec la participation d'Horia Sima, successeur de l'envoyé de l'archange à la tête de la Garde de Fer. Les prisons s'ouvrent, les langues se délient, libérant un terrible besoin de vengeance. Le 30 novembre 1940, jour anniversaire de l'assassinat de Codreanu, alors que Carol, complètement déconsidéré, a été contraint d'abdiquer en faveur de son fils Michel et qu'un gouvernement est constitué sous la direction du général Antonesco, la Garde de Fer règle ses comptes et tue plusieurs personnalités politiques du régime déchu. Dans ses Mémoires, Mircea Eliade condamnera fermement les chefs légionnaires qui, en commanditant ces « meurtres odieux » ont annulé tout ce qu'il y avait de grand dans la finalité sacrificielle du martyre de Codreanu et des siens. « Cette tragédie elle-même — écrit-il — fait partie du destin des Roumains, nation malheureuse à laquelle n'a même pas été donnée la chance de préserver la pureté du plus récent de ses innombrables sacrifices »[5].

► Xavier Rihoit (pseud. de Philippe Baillet), Enquête sur l’histoire n°7, 1993.

Bibliographie

  • Jean Mabire, L’Internationale fasciste 1934-1939, Dualpha, Paris, s.d. (2014).
  • Elena Codreanu, Lui, le Capitaine, entretien entre la veuve de Corneliu Zelea Codreanu et Claudio Mutti, Nantes, Ars Magna, 2019.
  • Yves Morel, Codreanu, Grez-sur-Loing, Pardès, coll. « Qui suis-je ? », 2019, 128 p.
  • Jérôme et Jean Tharaud, L'Envoyé de l'archange, Paris, Plon, 1939 (rééd. 2018), 143 p.
  • Faust Bradesco, Georges Gondinet (dir.), Un mouvement chevaleresque au xxe siècle - La Garde de Fer, Totalité, 18/19, Puiseaux, Pardès, 1984, 240 p.
  • Michel Bertrand, Codreanu et la Garde de fer - Histoire d'une tragédie (1920-1945), Saint-Genis-Laval, Akribeia, 2010, 472 p.

Articles connexes

Notes et références

  1. M. Fischer, Orientations n°13, 1991. (extrait d'un article paru dans Die Saufeder, n°3, 1991
  2. Jean-Paul Lippi, Julius Evola, métaphysicien et penseur politique, L'Âge d'Homme, 1998, p. 227-228.
  3. Jérôme et Jean Tharaud, L'envoyé de l'Archange, Plon, 1939, p. 79-80.
  4. Mircea Eliade, Les moissons du solstice : Mémoires II - 1937-1960, Gallimard, 1988, p.39.
  5. ibidem, p. 40.