Jürgen Habermas
Jürgen Habermas, né le 18 juin 1929 à Düsseldorf et mort le 14 mars 2026 à Starnberg en Bavière, était un pseudo-philosophe et un sociologue allemand.
Figure de la deuxième génération de l'École de Francfort, particulièrement médiatisé, il a été un symbole de la « Police de la Pensée ».
Sommaire
Biographie
Il est l'un des principaux représentants de la deuxième génération de l'École de Francfort et l'un des théoriciens de la prétendue « Théorie critique ». Il combine le matérialisme historique de Karl Marx avec le pragmatisme américain, la théorie du développement de Jean Piaget et Lawrence Kohlberg, et la psychanalyse de Sigmund Freud.
A partir du début des années 1970, il devient le principal « grand prêtre » allemand de l'Umerziehung (rééducation) et de ce qui va devenir le politiquement correct. Très médiatique, il se livre à nombre de mises en accusation publique de tous ceux qui remettraient en question les dogmes du système en place.
Ainsi, il s'est attelé avec acharnement à empêcher le Arnold Gehlen de retrouver un poste universitaire. Avec une minutie fanatique, il a passé des années à décortiquer les pages du principal ouvrage du philosophe, Der Mensch (L'Homme), afin d'y trouver des affirmations « nazies » et de déclarer son auteur comme définitivement infréquentable. Martin Heidegger, Carl Schmitt et Konrad Lorenz ont également compté parmi les cibles favorites de la vindicte d'Habermas.
Lors de la la « Querelle des historiens », initiée en 1986, il est à la pointe des campagnes de haine médiatiques, notamment dirigées contre l'historien non-conformiste Ernst Nolte. Il attaquera aussi violemment Armin Mohler et tous ceux qu'il accuse de vouloir « laver l'Allemagne de ses péchés ».
Textes à l'appui
Exit le semeur de confusions, par Karl Richter
De mortuis nihil nisi bene – on ne doit rien dire de mal des morts. Mais dans le cas de Jürgen Habermas, décédé samedi à Starnberg à l’âge de 96 ans, on peut faire une exception. Habermas fut un promoteur déterminant de l’arrimage occidental de l’Allemagne après 1945, en infectant la gauche d'un marxisme modernisé, enrichi d’approches à la sauce américaine, et en l’orientant vers l’Occident. Il devint l’un des propagandistes les plus influents de la fameuse rééducation.
Né à Düsseldorf, il fut, pendant la guerre, chef de section dans les Jeunesses hitlériennes, avant de devenir rapidement, après celle-ci, victime de la «rééducation» et de faire carrière comme moralisateur en chef de la jeune République fédérale. Aucun autre intellectuel n’a autant façonné la conscience politique de la société allemande d’après-guerre que Jürgen Habermas, qui a appris aux Allemands à renier leurs traditions et à placer leur salut dans les « valeurs occidentales ».
En 1999, lors de l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie, il s’en réjouissait et suggérait qu’il ne s’agissait là que d’une «aide d’urgence légitimée par le droit international». Selon lui, le monde serait de toute façon sur la voie qui mènerait du « droit international classique des États vers le droit cosmopolitique d’une société mondiale de citoyens », ainsi fabulait-il. Nous constatons aujourd’hui où cela nous a mené. Il s’est lamenté sur la réunification de 1989, allant jusqu’à halluciner que l’unité nationale des Allemands « entrait en collision avec les règles universalistes de la coexistence égalitaire de formes de vie différentes ». Mais déjà à l’époque, ce sont surtout les élucubrations de Habermas qui entraient en collision avec la réalité.
Après avoir soutenu sa thèse en 1954 auprès de l’ancien activiste nazi Erich Rothacker et avoir publié une précoce critique de Heidegger, il fut recruté par le centre de gravité de la future « École de Francfort », soit par Theodor W. Adorno, pour devenir assistant à l’Institut de recherche sociale de Francfort. Là, Habermas transforma la soi-disant «théorie critique» en une théorie fumeuse de la communication – contribuant ainsi de manière décisive à rendre le marxisme à nouveau fréquentable pour une nouvelle génération d’intellectuels et de gauchistes en Europe de l’Ouest.
Son œuvre principale, la Théorie de l’agir communicationnel en deux volumes, parue en 1981, promet l’émancipation par le discours – un discours prétendument «sans domination». En réalité, le discours selon Habermas est lui-même un instrument de domination. Quiconque ne se soumet pas à ses règles du jeu ne peut pas participer – une théorie de l’exclusion que la gauche a depuis lors intériorisée jusqu’au refus total de la réalité; on le voit à l’exclusion pathologique, quasi religieuse, que subit l’AfD.
Parallèlement, le discours devient un substitut à l’action: le parler remplace l'agir. Toute une génération d’activistes étudiants en fut marquée – devenant des enseignants, des professeurs d’université, des apparatchiks sociaux-démocrates, des entêtés syndicaux, tous imbuvables et improductifs. Le fait qu’on ait laissé ce type humain remodeler la société allemande pendant des décennies a mené le pays là où il en est aujourd’hui. Intellectuellement, c’est un champ de ruines.
La prétendue philosophie de Habermas n’est qu’une pure création de l’esprit. Son langage, alambiqué et abscons jusqu’à l’incompréhensible, n’est qu’un interminable moulin à concepts. Sa « philosophie » n’en est pas une. Elle ne transmet ni connaissance, ni intuition morale. Elle ne fait progresser personne. Qu’elle ait, dans les universités allemandes, remplacé toute la philosophie antérieure de Platon à Heidegger, a signifié, pour le pays des poètes et des penseurs, la mort cérébrale.
Il faut, dans ce contexte, se rappeler la parole toujours actuelle de Confucius: « Si les concepts ne sont pas corrects, les mots ne sont pas adéquats; si les mots ne sont pas adéquats, les œuvres n’aboutissent pas; si les œuvres n’aboutissent pas, la morale et l’art ne prospèrent pas; si la morale et l’art ne prospèrent pas, les sanctions ne sont pas appropriées; si les sanctions ne sont pas appropriées, le peuple ne sait pas où poser la main et le pied. C’est pourquoi l’homme noble veille en toutes circonstances à ce que ses concepts puissent s’exprimer en mots, et que ses mots puissent se traduire en actes. Voilà ce qui compte ». C’est ici que se situe Habermas: il s'est posé comme le destructeur de la pensée, comme le perturbateur des esprits et des âmes.
Pendant des décennies, Habermas fut considéré comme une instance morale et intellectuelle de la République fédérale. Lors de la querelle des historiens dans les années 1980, il s’arrogea l’autorité de décider de ce qu’il était encore « possible de dire » en Allemagne.
Toute tentative de considérer l’histoire allemande autrement qu’à travers le prisme de la culpabilité, il la condamnait comme «apologétique». Il inventa le concept de «patriotisme constitutionnel», qui devint un slogan creux prisé par la gauche désireuse d’abolir l’Allemagne. Mais: c’est soit le patriotisme, soit la constitution. Les patriotes constitutionnels ont déjà perdu.
Le bilan de Habermas est, tout compte fait, dévastateur. Il a formé des générations d’universitaires à transformer les conflits sociaux en discours, et par là, à obscurcir la pensée à grande échelle. Même le mouvement étudiant, qui visait encore à changer la société, s’est transformé sous son influence en une pure secte de la communication qui, grâce à l’hégémonie médiatique de la gauche, domine depuis des décennies la vie publique. Finalement, Habermas ne fut qu’une chose: le plus grand embrouilleur des esprits en Allemagne après 1945. Il n’y a pas lieu de le pleurer.
Un hommage tardif et quelque peu différent, par Werner Olles
Au cœur de la période de reconstruction de l’ère Adenauer, une décennie avant la fameuse année 1968, une révolution a éclaté à l’Institut de recherche sociale de Francfort, sous l'impulsion du jeune théoricien marxiste Jürgen Habermas, qui était depuis deux ans assistant à l’Institut.
Max Horkheimer, qui se trouvait alors en vacances dans sa résidence d’été au Tessin, a immédiatement écrit une lettre incendiaire à son ami et co-directeur Theodor W. Adorno, afin de lui ouvrir les yeux sur les dangers qui guettaient désormais l’Institut. Son collaborateur Jürgen Habermas, alors à la fin de la vingtaine, avait publié un essai intitulé Zur philosophischen Diskussion um Marx und den Marxismus (Sur la discussion philosophique autour de Marx et du marxisme), écrit qui se déclarait de manière irresponsable en faveur de la révolution.
Adorno proposa rapidement d’entrer en contact avec Habermas pour donner à ce jeune assistant trop impulsif une dernière semonce. Horkheimer voyait en effet son œuvre vitale menacée, même si les deux anciens savaient que les drames œdipaux tardifs ne prendraient leur véritable envol que lorsque, deux décennies plus tard, les jeunes reprendraient les mêmes idées subversives des anciens, idées dont ces derniers ne voulaient plus rien entendre.
Les révoltes de la jeunesse et le conservatisme des anciens révoltés ne sont en réalité rien de bien nouveau — il en existe même en mode inversé, ce qui paraît encore plus déroutant et étrange — et l’article de Habermas dans la revue Philosophische Rundschau n’était en substance qu’un inventaire exhaustif de la littérature marxiste contemporaine, rien de plus, rien de moins, et Horkheimer reconnaissait pleinement la rigueur et la finesse de ce travail.
Sa critique portait cependant sur la conception révolutionnaire de Marx, qui avait renversé la philosophie de Hegel et l'avait remise sur pieds, et sur l’intention du jeune Habermas d’abolir la critique purement théorique pour la transformer en pratique sociale révolutionnaire.
L'Institut demandait à se débarrasser d’Habermas mais ce ne fut pas immédiat; cependant Horkheimer refusa de lui accorder l’habilitation, ce qui conduisit Habermas à démissionner, pour se faire promouvoir peu après avec son travail intitulé Strukturwandel der Öffentlichkeit chez le marxiste Wolfgang Abendroth à Marburg. Deux ans plus tard, il devient professeur à Heidelberg, puis en 1964 à Francfort, précisément pour prendre la succession de Horkheimer, avec l'accord expresse de ce dernier.
Au même moment où Habermas était nommé « philosophe-sociologue » (Horkheimer) à la faculté, un jeune étudiant nommé Hans-Jürgen Krahl, dont la formation politique initiale avait commencé dans une ligue nationaliste fondée jadis par Ludendorff, puis avait cofondé en 1961 la Junge Union (Jeunesse démocrate-chrétienne) à Alfeld, et qui fut membre d’une corporation étudiante pratiquant la Mensur (duel à l'épée) lors de ses études à Göttingen, décida de se fixer à Francfort pour rejoindre le Sozialistischer Deutscher Studentenbund (SDS), de gauche activiste, après s’être insurgé contre un ancien de sa corporation.
Quelques années plus tard, de 1967 à 1969, il se rendit célèbre lorsqu'il affronta, lors d'une joute oratoire bien connue entre les représentants de l’École de Francfort, dont Adorno et Habermas, d’un côté, et les étudiants révoltés, Krahl étant leur chef de file le plus brillant. Cette joute portait sur le « contrôle sur la force productive de la science ». Alors que le SDS, qui menait le mouvement étudiant extra-parlementaire, formulait des revendications de plus en plus radicales, Habermas contribua aussi à l’intensification du conflit en avançant des contre-arguments provocateurs de son cru. Les autorités de la théorie critique se sentaient menacées tant sur la plan de la polémique intellectuelle que sur celui de leur intégrité physique, et Habermas réagit en accusant le SDS de fomenter un « fascisme de gauche ».
Les grèves étudiantes, les occupations de locaux dans diverses institutions et les expulsions par la police se succédèrent. Krahl fut inculpé d’atteinte à la paix intérieure de l’institution — et avant d’être à son tour emmené par la police, il murmura encore quelques mots apaisants à Adorno pour lui dire que tout cela n’était pas ad personam. Cependant c'est Adorno qui dut témoigner contre lui devant le tribunal.
En août 1969, Adorno mourut d’une crise cardiaque, peu après qu’un tract du SDS eut proclamé: « Adorno en tant qu’institution est mort », et le « Conseil des femmes » du SDS avait humilié profondément le professeur cardiaque, qui n’était pas insensible à la beauté féminine, en lui faisant subir une mauvaise plaisanterie. Le fait que Krahl, appelé comme nul autre à succéder à Adorno, ait trouvé la mort un an plus tard dans un accident de voiture sur une route verglacée dans la région de l'Oberhessen, à l’âge de 27 ans, est aussi tragique que banal, mais il est probablement juste de dire que les années mouvementées d’un révolutionnaire comptent comme les années de la vie d'un chien, chacune en valant sept.
Cependant, la confrontation entre Habermas et les étudiants révoltés ne surprend pas rétrospectivement, car le Habermas de 1957 était tout sauf un Krahl avant la lettre. Il n'était pas un apologète de la révolution car, pour Habermas, la révolution était un problème philosophico-épistémologique, dont la dimension pratique entraînait la violence intrinsèque à toute révolution. Il ne faisait que la repousser avec véhémence, et il ressentait même une peur face à la dialectique fatale des Lumières, en anticipant la célèbre citation de Horkheimer: « …que la révolution ne peut être que fasciste! ».
Ainsi, Habermas, au fil du temps, en vint à une conception purement contemplative et non pratique de la théorie marxiste, qu’il rejetait finalement dans sa totalité. Son objectif de fonder la société sur des bases normatives postulait un changement de paradigme: il fallait passer de la « philosophie de la conscience » à une « réalité communicative ». Dans la théorie critique des Horkheimer et Adorno, il ne percevait désormais plus qu’une domination fondée sur le scepticisme irrationnel et sur une hostilité à toute rationalité, tandis qu’il reconstruisait lui-même l’histoire mondiale en la percevant comme un processus de formation de l’humanité.
Le représentant le plus éminent de la « deuxième génération » de l’École de Francfort conçut finalement une éthique discursive universaliste qui — comme le remarqua ironiquement Günter Maschke — « est réfutée chaque soir dans le journal parlé de la fin de l’après-midi ».
Dans ce contexte, il vaut la peine de rappeler l’anecdote racontée par feu mon ami Maschke, lorsqu’il donnait des cours à l’Académie de la marine de La Punta au Pérou. Dans ce contexte, Maschke assista à un combat entre l’armée et les terroristes maoïstes du Sendero Luminoso (Sentier lumineux) dans une petite ville de la Sierra Madre. Sa narration est particulièrement frappante. Après la bataille, la ville n’était plus qu’un champ de ruines, sauf une petite librairie du centre, où était restée intacte une édition espagnole du best-seller de Habermas, Theorie des kommunikativen Handelns (« Théorie de l’agir communicationnel »). Lorsqu’il éclata de rire, en découvrant ce livre dans les décombres, malgré les cadavres qui gisaient aux alentours, ses camarades furent quelque peu irrités. En réalité, la théorisation par Habermas d’un tel normativisme positiviste ne se trouve pas dans le domaine du possible humain.
La théorie critique avait pourtant compris très tôt cette différence entre théorie et réel, et la « Dialectique négative », le « catholicisme de Heidegger », mais aussi les premiers écrits de Marx ou de Lénine (L’État et la Révolution) et les Considérations intempestives de Nietzsche sont bien plus proches du niveau analytique-intellectuel des années 1920 de Lukács, Korsch et Horkheimer que de l'habermassienne « surveillance morale de la politique » (Günter Maschke). Cette césure explique l’éloignement du réel dans lequel sombre l’intelligentsia des sciences humaines actuelles dans l’université de masse et auprès du personnel qui en dépend pour la « formation, l’accompagnement, la planification ».
Avec la disparition de la perspective marxiste sur la révolution dans la pensée de Jürgen Habermas, au profit d’un impératif finalement autoritaire de produire du discours, le chemin vers l’affirmation du statu quo, posé comme indépassable et inamovible, était largement ouvert, et il ne restait rien de l'activisme radical-spontané d’un Herbert Marcuse, que Theodor W. Adorno voulait au moins préserver de manière héroïque et résignée. « Saint Jürgen », comme Günter Maschke appelait volontiers Habermas, a également beaucoup accompli dans ce domaine. Cependant, il ne faut pas oublier ses débuts en tant que jeune marxiste et théoricien de la révolution.

