Raymond Abellio

De Metapedia
Aller à : navigation, rechercher
Raymond Abellio, ici en 1943
Georges Soulès dit Raymond Abellio (1907-1986), ancien activiste socialiste patriote, est un romancier et un métaphysicien appelant à une Europe spirituelle.

Biographie

Ascension scolaire

Georges Raymond Alexis Soulès naît le 11 novembre 1907 dans une famille très modeste du faubourg des Minimes de Toulouse. Ses parents, Albert, employé d’épicerie, et Maria Abély, sont tous deux originaires de la haute montagne de l’ancien comté de Foix (Ariège), en vieux pays cathare. Toujours prix d’honneur ou d’excellence à l’école communale, il se distingue aux yeux de ses instituteurs qui le promeuvent boursier de la République au lycée de Toulouse, jusqu’à son admission exceptionnellement brillante à l’École polytechnique en octobre 1927. C’est là que ses contacts avec ses condisciples, issus de la haute bourgeoisie, le blessent, et lui donnent la notion de l’injustice sociale. Rompant avec l’Union sociale des ingénieurs catholiques (USIC) de l'École, il se tourne alors vers le marxisme en même temps qu'il se réfugie dans un mysticisme hérité de sa mère, comportant l’assistance à la messe, mais sans se confesser, puisque la notion du péché lui restait « tout à fait étrangère, comme à tous les habitants du faubourg » - ni par conséquent communier. Il se fait ainsi une réputation de « socialiste chrétien ».

Le militant

En 1929, après être sorti à la vingt-sixième place de sa promotion, il effectue son service militaire en qualité de sous-lieutenant à l'École du Génie à Versailles puis dans le bataillon des sapeurs-mineurs, à Avignon. En octobre 1930, il entre à l’École des Ponts-et-Chaussées à Paris. Il travaille à mi-temps dans les services administratifs d'un hebdomadaire agricole (La démocratie paysanne). C'est alors qu'il commence son activité politique, : intègrant le groupe parisien des Étudiants socialistes que dirige alors Marcel Déat, assisté de deux vice-présidents, Jean Zyromski et Marceau Pivert, et soumis à la tutelle du parti SFIO [1].

En 1931, il rejoint le Groupe des jeunes socialistes du XIVe arrondissement. En décembre, il intègre le groupe X-Crise (nommé par la suite Centre Polytechnicien d'études économiques), cercle de réflexion venant d'être fondé par des polytechniciens antilibéraux adeptes de la planification. En raison de dissensions au sein de ce cercle au printemps 1932, il participe, avec le trotskyste Claude Beaurepaire, à la création du Centre Polytechnicien d'études collectivistes. À la même période, il est admis comme « apprenti » au sein de la loge Lalande de la Grande Loge de France. Sorti au huitième rang de l'École des Ponts-et-Chaussées, il choisit une affectation d'ingénieur des Ponts dans la Drôme, où il retrouve un polytechnicien avec qui il s'était lié d'amitié à X-Crise, Jules Moch, élu député SFIO depuis 1928. Dans ce département, Soulès s'affirme comme le chef de file de la minorité gauchiste de la SFIO qui, non sans réserves, soutient Blum dans le bras de fer qui l'oppose à Déat. En novembre, il découvre le surréalisme [2], dévore les deux manifestes de Breton, sachant gré à l'auteur de montrer aux intellectuels et aux artistes que l'on pouvait être un bon révolutionnaire sans adhérer pourtant au parti communiste.

En 1935, il rejoint la tendance Gauche révolutionnaire (trotskistes et pacifistes hostiles à Blum) qui vient d'être lancée par Marceau Pivert [3]. Cette section devient vite majoritaire au sein de la fédération de la Seine, la plus importante du parti.

En 1936, sous le gouvernement du Front populaire, il se retrouve chargé de missions au ministère de l’Économie nationale, au service des Grands travaux, où il a pour collègue René Capitant. Travaillant, en tant qu'ingénieur, à Paris et à Versailles, il entre au comité directeur de la SFIO parmi les représentants de la tendance Gauche révolutionnaire. Il ne la suit cependant pas lorsque celle-ci, exclue du parti en 1938, crée le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP). Il s'affilie alors, à l’intérieur du Parti socialiste, à la tendance (interventionniste) du Redressement socialiste de Ludovic Zoretti et Georges Lefranc, qui pose la question d’une « révision de la critique du fascisme » :

« Nous répondions oui. L’organisation étatique de l’industrie allemande était radicalement sortie du corporatisme banal qui caractérisait partout ailleurs le nouveau capitalisme. Le mérite en revenait au parti. Certes notre formation marxiste nous imprégnait encore trop pour ne pas nous faire surestimer ce facteur purement matériel. […] Le Redressement socialiste n’en exprima pas moins sous une forme claire la pensée de toute cette fraction de l’extrême gauche française qui fuyait désormais les grands mots, et qui, plus soucieuse de sauver des hommes que des “idées”, était fatalement vouée à commettre ce crime que le code pénal qualifie d’intelligence avec l’ennemi, alors qu’il ne pouvait s’agir pour elle que d’intelligence de l’ennemi ».

Cette même année, il démissionne du service des Grands travaux, et dès 38-39, profite d’un congé de maladie pour relire tout Friedrich Nietzsche. Il a déjà remis la méthode marxiste à sa place : une pure « physique sociale », et il dira bientôt : de l’entropie sociale.

Le 24 août 1939 il est mobilisé au 6e régiment du Génie à Angers. Mais, alors qu’il se tient prêt à rejoindre sur le front son poste de lieutenant, il refuse de rédiger avec Ludovic Zoretti une brochure contre la guerre.

La guerre et le combat pour l'Europe

Toujours « mobilisé par les événements », il leur reste « curieusement étranger », sait déjà « prendre part sans prendre parti », mais joue son rôle de citoyen mobilisé dans le 6e régiment du Génie. Fait prisonnier à Calais le 26 mai 1940, il est déporté dans un Oflag de Silésie, où il parvient à se procurer un ouvrage important sur les doctrines économiques du national-socialisme par le Dr. Nonnenbruch, dont les articles qu’il pouvait lire dans le Völkischer Beobachter répondaient le mieux à ses propres réflexions et à ses attentes : « Ce fut mon premier acte de collaboration, mon nazisme tronqué », écrira-t-il. L’ouvrage présentait le national-socialisme comme une « troisième voie », après « un parallèle saisissant entre le capitalisme libéral, qui se purge par ses crises, et le bolchevisme, qui ne survit que par ses épurations et ses exécutions ». Nonnenbruch y étendait la théorie du Lebensraum au bastion européen, et envisageait un découpage du monde en zones continentales indépendantes, « élargissant et décomprimant par là-même le système autarcique du docteur Schacht, ce qui marquait la fin des anciens impérialismes mondiaux ». Soulès baptise « zonisme » [4] cette théorie, dont il discute avec des camarades de captivité. De leurs débats, qu’il anime, naît un cercle d’études réunissant bientôt quatre cents officiers, où se côtoient d’ex-cagoulards et des trotskistes, des royalistes et de purs staliniens comme Marcel Prenant.

Soulès a connu tant de « révolutionnaires en perpétuel porte-à-faux sur l’histoire », que ce sont d’anciens cagoulards, « activistes à l’état pur, sans aucune formation doctrinale ou presque », qui lui apparaissent alors par ces traits comme les « militants idéaux », la « pâte vierge » où imprimer et éprouver les conceptions nouvelles qui se forment en lui. Telle est la cause de son ralliement, une fois en « congé de captivité », au Mouvement social révolutionnaire (MSR). Soulès comprend vite qu’Eugène Deloncle, resté cagoulard dans l’âme, et qui joue un double jeu très obscur entre Londres et Vichy, avec des intelligences italiennes, « ne sera jamais son chef » ; que « repris par ses démons maurrassiens, il essayait aussi, à plus long terme, de limiter l’influence européenne du “germanisme”, en constituant un “bloc latin” ». Mais il admire le génie empirique d’Eugène Schueller, qui applique à L’Oréal un système de socialisme participatif avant la lettre qu’il appelle « économie proportionnelle ». Nommé sous son égide secrétaire du MSR, Soulès démissionne des Ponts-et-Chaussées, et prend en mains avec André Mahé l’école des cadres du mouvement. Les idées qu’ils y apportent reprennent en les simplifiant les exposés de l’Oflag sur le « zonisme » ; elles « tranchent par leur précision sur le flou emphatique des proclamations habituelles des partis ». Elles tâchent aussi de définir une ethnie française – ce qui est la principale contribution de Mahé - et « décrivent en détail une Europe idéale surgie de la guerre comme un bienfait des dieux ». Ce sont ces conférences qui furent rassemblés dans le livre intitulé La fin du nihilisme qu’ils cosignèrent.

Soulès, se voit porté à la tête du MSR en mai 1942 par la conjuration de Jean Filiol contre Eugène Deloncle, à laquelle il adhère sans en être un moteur, puisque, refusant le rôle de « police parallèle » que Deloncle entendait imprimer au Mouvement, il venait d’écrire sa lettre de démission. À la faveur de la « croisade contre le bolchevisme » qui suit l’invasion de la Russie, les divisions de l’occupant ont éclaté aux yeux de Soulès : « Dès la constitution de la LVF, il apparut que les différents pouvoirs allemands, se disputant ou se renvoyant les décisions, n’arrivaient qu’à vider de tout contenu les initiatives françaises ». Il a ainsi mesuré les contradictions et les limites d’une politique de collaboration « qui ne mérita jamais son nom ».

À la fin de 1942, Laval l'encourage à entrer au Front révolutionnaire national de Marcel Déat.

« Lorsqu’il devint clair, à Stalingrad, qu’après l’Allemagne nazie, un condominium russo-américain menaçait de coloniser l’Europe, la collaboration franco-française apparaissait comme la première condition d’une indépendance européenne ».

Cet idéal de « collaboration franco-française », « très conforme, écrit-il, à une certaine tradition nationale de réconciliations difficiles auxquelles tant de princes depuis Charles VII ont su présider », et qu’il avait éprouvé à l’Oflag par la composition même de ce cercle d’étude qui formait comme un résumé de l’élite, vise désormais, par une démarche qu’il qualifie de « neutralisme actif », à une « future conciliation entre les meilleurs éléments de Vichy et de Londres » qui pût séparer les gaullistes des staliniens.

En participant en 1943 à la fondation du groupe clandestin des « Unitaires » et à celle de son bulletin Force Libre, il engage le nouveau MSR dans un double jeu très serré de renseignement et de recrutement pour la Résistance gaulliste, qui s’étend à tout le Front révolutionnaire national et dont il informe lui-même Pierre Laval, lequel avait « en aversion » les manies cagoulardes. « Facile utopie, reste de naïveté », écrira Abellio dans Sol invictus à propos de ce « neutralisme actif » :

« Nos objectifs étaient-ils pris à contre-temps ? […] L’utopie unitaire n’a pas mordu sur un gaullisme qui désirait avant tout s’assurer, à travers l’épuration de ses adversaires, l’étroite exclusivité du pouvoir. Nous voulions encore l’ignorer : nous étions définitivement entrés dans l’ère de l’exclusivisme et même de la férocité de la puissance ».

Il n’y aura pas de « conciliation », et plus jamais de « collaboration franco-française ».

Double-rencontre cruciale

C'est aussi l'année décisive de sa rencontre avec Jane L. et Pierre de Combas.

Lorsqu’au printemps de 1943, tourmenté par le sentiment de dissiper sa vie, il avait rencontré au même moment, « de la façon apparemment la plus fortuite », Pierre de Combas, le maître qui lui révéla son Moi profond, et Jane L., la femme qui « établissait en lui la paix », c’était surtout dans Nicolas Berdiaev et Hermann von Keyserling que depuis cet été 1942 « qui marqua l’apogée de la puissance allemande », Soulès cherchait quelques lumières sur les éléments psychiques, telluriques et mystiques du « fascisme allemand », du stalinisme, et de l’américanisme :

« J’avais cherché les socialistes allemands et je ne les avais pas trouvés, et les rafles des juifs posaient désormais sur le sens du nazisme une interrogation fondamentale qu’il était impossible d’éluder. […] Cependant […] ni les “démocraties” anglo-saxonnes, dans leur impérialisme, ni la dictature stalinienne, avec sa barbarie ne prenaient un visage plus avenant du fait des insuffisances, des fautes, ou même des crimes du national-socialisme ».

La maïeutique de Pierre de Combas, guérisseur aux dons exceptionnels et autodidacte qui avait tout lu, se fondait surtout sur l’Ancien Testament – dont « seuls le retenaient les sens symbolique et hiéroglyphique » - et sur la Bhagavad-Gîta, mais dès 1946, lorsque, « avec son imprimatur », Abellio représenta dans son premier roman, sous la figure de Pujolhac ce personnage qui tenait d’un René Guénon et d’un Jean Carteret, il en fait un ex-officier de Marine initié au taoïsme en Asie du Sud-est par un vieux médecin chinois, pour marquer à quel prix il tient déjà son rapprochement tout intuitif des hexagrammes du Yi-King avec l’arbre des Séphiroth de la cabale.

En deux ans d’entretiens difficiles, l’« impassibilité » et la « science numérale » intuitive du maître ont eu raison de ce sentiment déiste très cathare du « Mystère du Mal » par lequel le jeune Soulès s’était précipité d’une objectivation naïve et mystique de Dieu dans une objectivation marxiste du monde, avec l’illusion d’être un homme de puissance. Ce que Combas lui a montré surtout c’est qu’il était un homme de connaissance, selon la conception antique des castes, tandis que Jane L., qui « devint – dit-il – le monde en moi », lui révèle une communion amoureuse nouvelle, qui lui rend sensible en acte cette « unité » de Maître Eckart qui était présente en puissance dans l’enseignement de Combas : cette négation superessentielle qui seule efface les superstitions d’objectivité tandis que commence à émerger « l’homme intérieur » qui est le « Dieu intérieur ».

Soulès sort progressivement du champ de l'action politique et commence à renaître en tant que Raymond Abellio. Lorsqu’il entre dans la clandestinité en août 1944, Soulès a le sentiment que « le temps s’arrête », et la prodigieuse intensité du travail accompli dans ces trois ans de gestation de sa nouvelle naissance, où d’immenses lectures font fructifier les semences reçues de Combas, donne en effet le sentiment qu’il a vaincu le temps.

Clandestinité et seconde naissance

À la "libération", Soulès comprend qu’il ne doit plus rentrer chez lui : « Pas même la caution de Bénouville et de ses amis ne suffiraient à ce moment à racheter mes positions de 1941. […] La Résistance ramenait tout à elle. Il était exclu qu’on eût pu concevoir et ménager, en dehors du gaullisme et du communisme, une politique continue, autonome, directement positive ». Désormais sans ressources, condamné par contumace à vingt ans de travaux forcés, il survit grâce à quelques amis qui le cachent et lui procurent des livres. En 1945 une entrevue secrète avec Louis Vallon, alors directeur adjoint du cabinet du général de Gaulle, le convainc que la situation est complètement bloquée ; il reste caché, déménageant souvent.

Lorsqu'il écrit en septembre 1944 les premières pages de Montségur, sa pièce sur les cathares, Georges Soulès est devenu Raymond Abellio [5], nom initiatique de sa seconde naissance. L'année 1947 va marquer à la fois le passage clandestin en Suisse et la parution à Paris du premier roman de Raymond Abellio, Heureux les pacifiques, qui obtient le prix Sainte-Beuve. Son second roman, Les yeux d'Ézéchiel sont ouverts, ne fonde métaphysiquement la politique que parce que Georges Soulès en a payé le prix (il ne sera d'ailleurs définitivement blanchi et acquitté qu'à la fin de 1951, au regard de services rendus à la résistance gaulliste, grâce aux documents fournis par le général Pierre Guillain). C'est donc en 1947 que la biographie de Georges Soulès se confond avec son œuvre. Il n'est plus alors ni de gauche ni de droite. Il est détaché. Il est ailleurs [6].

Il revient définitivement à Paris en 1953, ayant abandonné la politique [7]. Il fonde discrètement le Cercle d'études métaphysiques qui publiera à l'intention de ses membres un Journal ronéotypé et une douzaine de fascicules ayant pour titre général Dialectique de l'initiation, constituant en 1955 son essai de phénoménologie génétique qui, refondu, paraîtra dix ans plus tard sous le titre : La Structure absolue. Cet ouvrage fondamental introduit la rigueur de Husserl au cœur de la gnose de Maître Eckhart ; il constitue la pierre angulaire de toute son œuvre qui, sans cela, ne peut être comprise ; c'est la pierre philosophale « qui d'une pierre brute fait un cristal étincelant ». Le travail d'écrivain de Raymond Abellio va de pair avec les activités professionnelles de Georges Soulès devenu en 1953 directeur-général d'une société d'ingénieurs-conseils, la SOTEM (Société d'organisation de transports et de manutention). L'homme est double ; il assume pleinement sa double polarité d'homme intérieur et d'homme extérieur, ainsi que « cette étroite confusion du roman et de la vie, de la vie se faisant roman et du roman se faisant vie » [8].

Abellio sera régulièrement invité à diffuser ses idées dans des émissions audiovisuelles et radiophoniques mais c'est surtout à travers ses livres qu'il a essayé de transmettre la gnose non dualiste par lui constituée. Il n'aura de cesse jusqu’à sa mort, dans sa dernière retraite niçoise, le 26 août 1986, de se consacrer à la quête de la connaissance à travers littérature, philosophie et ésotérisme.


  • Notes :


  1. Section française de l'Internationale ouvrière : parti créé en 1905. Il deviendra en 1969 le Parti socialiste.
  2. Dans un entretien avec Jean-Pierre Lombard, Raymond Abellio remarque à ce sujet : « Le surréalisme [dans les années 20] fut une réaction nécessaire, et en ce sens positive, contre le confort de l'esprit bourgeois. Ils furent sans doute les premiers, en France, à vulgariser la psychanalyse. Ils mettaient en avant tout ensemble Sade, Freud, Marx et Hegel. Le choc fut violent et salubre. Il détruisit ce qui devait l'être mais, par lui-même, ne construisit rien. (...) J'ai été fasciné par le surréalisme. J'avais vingt ans. Notez qu'au début les surréalistes ne prétendaient pas présenter seulement des œuvres, mais des documents [avec l'écriture automatique] pour l'étude de l'inconscient freudien, l'association des idées, l'onirisme. C'est à mon sens bien à tort que ces documents ont été considérés comme des textes artistiques et publiés comme tels » (p. 26-27, Lettres vives, 1985).
  3. Marceau Pivert (1895-1958) s'inscrit dans la tradition guesdite du socialisme français. Il n'est pas un disciple de Trotsky, même s'il lui voue une admiration. D'ailleurs, peu avant de fonder la GR en 1935, il l'avait rencontré durant son séjour en France.
  4. Dans une lettre datée du 16 avril 1986 adressée à Alain de Benoist pour le remercier de l'envoi de son étude sur le Tiers-Monde, Raymond Abellio note : « Savez-vous qu'au cours de l'hiver 40-41, faisant des conférences dans mon Oflag silésien, j'utilisais pour parler de votre organisation "intra-sectorielle" l'affreux mot de "zonisme" inventé à la suite de mes lectures sur le Lebensraum et des travaux de l'économieste Nonnenbruch contre le libéralisme et le marxisme ? J'étudiais aussi le plan Funk, resté, hélas, à l'état de plan. Tout cela est bien loin et toujours actuel. Au grand scandale des inspecteurs des finances du camp, je rappelais les thèses de Rueff à X. Crise contre les privilèges du dollar. (Que dirait-il aujourd'hui ?) », in Éléments n°60, 1986, p. 63.
  5. Le nom d’Abellio, pris durant la période où il dut se cacher pour échapper à l'épuration, est le nom d’un dieu celtibère apparenté à Apollon, dont dérive le patronyme de sa mère (à la lettre O près). Par un hasard signifiant, Soulès, son nom de naissance, vient du latin sol : le soleil. Quant à Raymond, qu'on trouve aux XIIe et XIIIe siècles chez les comtes de Toulouse, c'est son deuxième prénom.
  6. « (...) ce qu'on ne pardonne pas à Abellio, c'est d'avoir récusé le manichéisme, d'avoir voulu, selon ses propres termes, "prendre inconditionnellement le parti de la modération, de la vérité et de la vie contre les fanatiques, les menteurs et les tueurs dans quelque camp qu'ils se tinssent". D'avoir affirmé que les luttes politiques ne mettent jamais aux prises le bien et le mal absolus. D'avoir voulu penser le contradictoire, d'avoir rappelé que des points de vue opposés peuvent être juste en même temps, et de s'être ainsi réapproprié ce qu'il y a de plus fort dans la tradition spirituelle européenne : le refus des alternatives et la conciliation des contraires. "accepter de plaider, écrit Abellio, c'est déjà plaider coupable". C'est pourquoi il ne plaide pas. Il est déshonorant de reconnaître à des critiques la qualité de juges. Abellio n'a ni à se justifier ni à se repentir. Il est passé sur un autre niveau de choses, sur un autre versant de l'esprit. (...) Justifier une cause est toujours inutile ; c'est montrer où les causes se rejoignent qui comptent. Il faut cesser de faire de la mémoire historique un éternel plaidoyer. La recherche historique ne consiste pas à savoir, pour une époque donnée, où était le "bien" et le "mal", mais à se tenir à l'écart des partisans d'une vérité unique, quelle qu'elle soit. À ces vaines polémiques, Abellio a d'ailleurs répondu par avance en écrivant que le fait que les Français, en 1981, en soient encore à s'affronter sur les mérites respectifs de Pétain et de Gaulle en dit long sur leur involution en matière de vitalité, et témoigne "de l'incapacité probablement définitive de la France à se rassembler de nouveau en tant que nation" », A. de Benoist, « La seconde naissance d'Abellio » in Éléments n°39, 1981, p. 44.
  7. En 1966, deux articles signés Raymond Abellio pour soutenir le projet Capitant d’intéressement des travailleurs à l’autofinancement des entreprises seront la seule exception à un apolitisme revendiquant l’abstention électorale.
  8. « Dans La Fosse de Babel, Raymon Abellio a écrit : "Écrire et aimer sont les deux seules expériences originelles et ultimes". Dans Sol invictus, il précise : "Vivre ou écrire ? Faux problème. Écrire et vivre". Et de citer Maïtre Eckart : "Ce ne sont pas nos actes qui nous sanctifient, c'est nous qui sanctifions nos actes". On peut aussi, dans le même mouvement, affirmer l'inexistence des absolus et la nécessité du désir d'absolu. Peut-être est-ce là la seule réponse qu'il convienne, pour l'heure, de donner à cette question lancinante, posée par Abellio lui-même : "La France peut-elle être encore le support d'une aventure historique dite d'être dite destin ?" Car nous sommes à l'heure où se prépare le "combat de tous contre tous", combat destiné à faire suite à deux guerres - l'une, guerre des corps, l'autre, guerre des âmes et des esprits - qui n'eurent de "mondiales" que le nom, et dont on ne pourra sortir que de deux façons : soit par la dissolution dans les masses, vision proprement catastrophique, soit, précisément, par l'émergence d'un "moi" transcendental élargi en "nous". "Toute métapolitique, écrit Abellio, s'enracine au plus bas dans ces régions troubles, ces nuits ancestrales de l'inconscient des peuples où les complexes d'agressivité et et de culpabilité gravitent ensemble". Or, Abellio, toute sa vie durant, n'a cessé d'être un "homme du souterrain". Et c'est la raison pour laquelle il subit la haine et la vindicte de tous ceux qui lui reprochent ceci ou cela, mais qui, surtout, lui en veulent de pas pouvoir l'enfermer dans leurs boîtes, leurs étiquettes et leurs pots », A. de Benoist, op. cit., p. 47.

Littérature et Gnose

Une œuvre originale et magistrale

Le roman Heureux les pacifiques, où Saveilhan est Soulès, et l’essai Vers un nouveau prophétisme, qui lui correspond, exposent surtout l’enseignement de Combas ; Les Yeux d’Ezéchiel sont ouverts et Assomption de l’Europe développent déjà les découvertes de Raymond Abellio, qui se peint dans le Pierre Dupastre du roman. Ayant eu la révélation de Husserl par une violente « réaction » contre Sartre et sa notion d’« incommunicabilité des consciences », il s’est forgé les instruments phénoménologiques qui lui permettent de réintroduire réellement le prophétisme dans l’Histoire :

« Dans le modèle conique [selon Combas] proposé pour rendre compte des cycles d’évolution involution et des déluges, […] Dieu se trouve au sommet du cône et Lucifer au centre du cercle de base, le statisme de Lucifer répondant ainsi au statisme de Dieu. En fait, dans la structure absolue, Lucifer devrait en outre être articulé sur son double antisymétrique, c’est-à-dire sur Satan, car le diable est duel, Lucifer opposant en lui-même la plénitude de l’esprit à la vacuité de la matière, et Satan réciproquement, toujours en lui-même, la plénitude de la matière à la vacuité de l’esprit. Dans une telle structure globale, Lucifer et Satan crucifiés l’un sur l’autre, tourneraient ensemble en sens inverses sur le cercle équatorial de la sphère dont le Fils de Dieu occuperait l’axe polaire vertical : Lucifer et Satan sont tous deux des forces de refus et le plein de l’un repousse le plein de l’autre, mais veut en même temps remplir son vide, et inversement, dans une alternance sans fin qui est aussi une concomitance.
L’axe polaire vertical sur lequel se tient le Christ, qui seul est fusion des deux pleins, est alors parcouru simultanément par un courant descendant, qui est celui de l’incarnation, et un courant ascendant, qui est celui de l’assomption, correspondant aux deux rotations elles-mêmes inverses des deux hémisphères maintenus l’un contre l’autre par l’antagonisme à la fois discordant et invisible du couple Lucifer - Satan. Seule une telle structure rend compte à la fois du temporel et de l’extratemporel : la crucifixion et l’élévation de la Croix y sont perpétuelles et simultanées.» Selon ce nouveau modèle où Dieu est le centre et la perfection même de la sphère, la « religion du Christ selon l’esprit » devient une nouvelle gnose, qui n’est pas un syncrétisme mais ensemble une nouvelle logique et un nouvel état de conscience, où s’« intègrent », par la seule vertu d’une rationalité supérieure, qui « les recrée et les revit intérieurement », les symboles idéographiques et mystiques des grandes traditions. Après 1960, montrant que ce modèle peut s’appliquer à tous les domaines du savoir, il qualifie d’« absolu » ce modèle de « structure sphérique sénaire ».

Abellio avait entrepris d’accomplir cette révolution intellectuelle dont il lui paraissait qu’Edmond Husserl avait posé les fondements intellectuels, « à cette pointe encore cachée du destin [de l’Occident] où se tient sa vocation autonome et irréductible ». L’essai Vers un nouveau prophétisme avait parlé d’une humanité ramenée au chaos primordial par une catastrophe qui prenait l’aspect d’une « libération de l’esprit » ; mais nul n’étant prophète en son pays, lorsque la trilogie romanesque commencée dès 1947-49 avec Les yeux d’Ezéchiel… s’achève en 1983 par Visages immobiles, « roman de l’homme intérieur », où est prophétisée une entreprise terroriste d’extermination des habitants de New York, B. Poirot-Delpech raille dans Le Monde des livres : « Après tout, le Diable est seul ».

C’est par le dépassement même de la conscience malheureuse de l’irréparable divergence que l’histoire et le mode de sa constitution ont produite dans les masses européennes, qu’il était destiné à l’Occident européen de devenir le lieu d’une connaissance nouvelle et dialectique de l’Histoire invisible, connaissance qui « ne peut naître que lorsque la conscience préréflexive actuelle de l’Europe, perdue dans la multiplicité des implications historiques dont elle se croit responsable, fera place à la claire conscience de leur infinité ». Voici la dernière définition et la plus complète qu’ait donné Abellio de l’histoire invisible :

« [Cette] interprétation de l’histoire consiste à dégager un nombre indéfini de correspondances dont ne rend absolument pas compte la notion naïve de causalité […] J’appelle histoire invisible toute interprétation qui relève et étudie ces correspondances, dégage les champs qu’elles animent respectivement, et qui, appliquant à chacun d’eux la structure absolue de toute genèse historique, permet de passer par homologie de la connaissance d’un champ déjà clos à celle d’un champ en cours, c’est-à-dire d’annoncer prophétiquement l’évolution de ce dernier et le sens de son achèvement lors de la future clôture ».

Le modèle de la Structure absolue s’est donc élaboré en partant d’une réflexion sur les « correspondances » de cette année 1942 où le « sacrement de la guerre européenne » fut pour les États-Unis et la Russie celui de leur « baptême commun ».

Tout l’essai Assomption de l’Europe établissait la prophétie de l’impossibilité que l’Europe, déchirée et scindée par « l’inversion d’inversion » des gnoses hellénique et juive dans le christianisme et par le surgissement du rationalisme universaliste et du nationalisme concomitants, devînt jamais en soi un « champ pertinent » unifiable, puisque « la puissance se rassemble aujourd’hui à l’échelle des continents, non des nations ». Ce qu’Abellio appelle « l’assomption de l’Europe » est sa disparition dans sa « crise communielle » de civilisation, d’où émerge l’Occident gnostique. La seconde partie des « fondements ontologiques » de La structure absolue reprend Assomption de l’Europe ; le cœur en est une éblouissante méditation géopolitique sur « l’Europe en tant que pôle d’inversion [marqué par le moment « fasciste »] entre les États-Unis et la Russie », et sur « l’occidentalisation de l’hémisphère nord », par « l’expansion et l’intensification de l’ancienne sphère sénaire Amérique du Nord – Europe - Russie en une sphère nouvelle étendue à tout l’hémisphère nord et portée par le ternaire Est – Occident – Ouest bouclé sur ses deux marges chinoises et californiennes par le Japon ». Cette « entrée dans le monde » du « ternaire » Chine - Japon - Californie jusqu’alors « extra-mondain » s’effectue par la relation dialectique qui se noue entre la « présence catalytique » en son sein du Japon, et cette transcendance extramondaine qui laisse émerger de l’Europe le Nous occidental.

L’hémisphère nord devient par là tout entier un « champ pertinent », mais « le facteur d’unification ne peut alors apparaître que dans un nouveau cycle d’histoire succédant de façon abrupte à l’ancien ». Ce « facteur d’unification » n’émergera en effet que dans l’affrontement final des deux pôles matériels du système qui sont la Chine et l’Amérique du Nord, et la confrontation « ultime » qui lui est concomitante de la « prêtrise occidentale invisible » d’origine européenne avec « la science physique la plus avancée de l’entropie sociale » qui sera celle du marxisme chinois ayant accompli l’« absorption théophagique » du Tibet. Mais la sphère terrestre est analogue à la sphère divine, où on a vu qu’il n’est pas de mouvement purement horizontal : le symbolisme de l’Occident serait incomplet sans celui du Sud-Ouest, qui est celui de la « migration du germe occidental » : « L’Amérique du Sud est le grand corps disponible qui va s’ouvrir au germe occidental éternel ».

On voit donc que dès l’année 1952, où il donne à l’essai Assomption de l’Europe sa forme définitive, Abellio « prophétisait » une formation de l’Eurasie permettant l’entrée du monde dans une période de « réintégration », préparée par les affrontements les plus profonds et les plus « convulsifs » de l’histoire, dont ce que l’on appelle vulgairement « la mondialisation » ne constitue, selon le modèle de la Structure absolue, que l’aspect simultané de quantité et d’accumulation dans l’hémisphère des « essences du bas ».

Révision de la Tradition

Abellio en 1986
Raymond Abellio avait osé substituer « son propre code » aux valeurs numériques traditionnelles des 22 lettres de l’alphabet hébreu, et montré que l’Arbre des Séphirot ne livrait son sens que si sa représentation plane de la procession était « structurée » en deux sphères sénaires figurant l’émanation et la formation, que l’on peut « considérer, chacune en leur sens, comme des mondes complets ». Il avait osé par là, atteignant à la véritable histoire prophétique, bouleversant toute une pieuse tradition de gloses sur des gloses, étrangement relayée par toute une érudition historienne universitaire, établir que « la construction séphirotique occupe, dans l’ordre de la gnose, une place “ antérieure ” à celle de la genèse de Moïse, dont elle constitue en quelque sorte la clef ».

Et ce qui importe ici n’est pas qu’historiquement (au sens vulgaire), des sources égyptiennes et des éléments babyloniens aient pu contribuer même essentiellement à cette kabbale ou tradition (les deux termes étant étymologiquement équivalents), mais que cette clef en soit une parce que l’Arbre des Séphirot « n’est autre qu’une expression spécifique de la structure absolue » : « toute “désoccultation” se résumant, en dernier ressort, dans le dévoilement, au cœur des textes traditionnels, de la génétique de la croix , […] la croix étant le seul constituant de la structure absolue, et cette dernière le tissu ultime de l’ univers ». Il avait osé d’emblée se servir de cette clef pour vérifier l’intuition ensemble la plus fondamentale et la plus paradoxale de Pierre de Combas, et dans un autre ordre la plus riche de significations géopolitiques : l’équivalence de l’idéogramme de l’Arbre des Séphirot des Juifs et celui des soixante-quatre hexagrammes du Livre des mutations ou Yi King des Chinois ; il avait osé unifier le sens du Yi King et de la Cabale par la médiation de la numération binaire.

« Comment ne pas voir que le seul dernier acte possible serait la régénération de la gnose juive ? », écrivait Abellio dans ce chapitre V de Sol invictus, d’une si prodigieuse richesse et qui ouvre tant de voies, qu’il faudrait un volume entier pour seulement le commenter. C’est ici qu’il tente d’éclairer la deuxième guerre mondiale et les prémices de la troisième selon la dialectique complète de la Structure absolue, qui doit « explorer en même temps les sommets de l’esprit et les abîmes du corps », et de répondre à une triple question : qu’est-ce que le peuple juif, le nazisme, et le bolchevisme ? Que sont ces « trois domaines fondamentaux » où fut à l’œuvre cette double transcendance métaphysique céleste et abyssale, qu’il tient pour « totalement absente » du fascisme proprement dit autant que de la « démocratie » bourgeoise ? Tout ici est à ses yeux commandé par « un étrange et significatif parallélisme inverse entre la généalogie de l’Occident et le destin du peuple juif », et dont le moteur est en dernier ressort le conflit perpétuel de la mystique et de la gnose et de leur dégradation en science et connaissance qui est plus particulière à notre fin de cycle.

Or, c’est le destin d’Israël, que de porter par excellence en soi-même ce conflit, depuis l’initiation gnostique souterraine qu’il reçut dans son exil de Babylone et dont au même siècle « le miracle grec dans son épanouissement naturaliste, ne paraît avoir reçu aucune empreinte , malgré l’apparition en Grèce […] des cultes orphiques sous la probable influence de l’Orient ». Abellio reconnaît l’« élection » d’Israël, en ce qu’elle a d’éminemment volontaire ; et il tâche de porter la lumière sur la face la plus secrète de cette auto-élection :

« Le peuple juif, qui est le plus occulte de notre histoire, ne peut se définir que par la relation ultime et même paroxystique qu’il établit entre la gnose la plus haute et la matière la plus dégradée. […] L’immense majorité des historiens, juifs ou non, sont loin de pressentir et à plus forte raison de dégager l’extraordinaire portée du sacrement reçu à Babylone par la mystérieuse prêtrise issue de Melchisédech et qui fit du peuple juif, dans notre cycle, le peuple vraiment élu par les puissances invisibles pour la réception, la conservation, et la transmission de la “connaissance” par opposition à la “science” ».

Pour Abellio, qui se veut lui-même tenant de la connaissance, la « question juive » toute entière est commandée par la charge de ce dépôt. Au début de l’ère chrétienne, où par le christianisme le « germe juif » entre dans la matrice gréco-romaine, « le peuple juif, tel qu’il est issu du mystère du Golgotha, cesse d’appartenir, en tant que peuple, à l’histoire visible et change ainsi symboliquement de sens ». Il y redevient visible, et comme un protée, puisque le sionisme moderne marque idéologiquement la symbiose de la généalogie de l’Occident et du destin des juifs ; et que cette symbiose, accomplie depuis la Révolution américaine et la Révolution française, s’achève au XXe siècle dans une idéologie frottée au besoin de nationalisme vulgaire, de socialisme, de fascisme, de libéralisme, sur lequel se vient greffer un intégrisme religieux teinté d’une gnose dégradée ; et quand même elle paraît s’accomplir victorieusement sous nos yeux dans l’apologie du monothéisme mondialiste du marché et dans les « grand-messes » (ce mot à la mode n’est pas innocent) du capitalisme spectaculaire, c’est qu’elle est arrivée à terme dans leur catastrophe commune, qui « est celle de l’Occident tout entier », par cette « véritable opération de magie noire » qui est présente aux yeux d’Abellio dans le génocide de 1942 - 1945.

« Le nazisme présenta à cet égard un ensemble complet, à la fois luciférien par son ersatz d’esprit, et satanique par son exaltation des valeurs du sang et du sol, en sorte que même à ce niveau métapolitique, on pouvait le dire totalitaire. Il en était de même cependant, à ce moment de son histoire, du peuple juif lui même inconsciemment nihiliste par la mondanisation intellectuelle et activante de sa gnose et tellurique par cette ambiguïté de possédant-possédé qu’il devait, au dernier stade de son appropriation de la matière, à la puissance de l’Or. Dans l’histoire invisible, c’étaient ainsi deux totalitarismes qui s’affrontaient. Pour la première fois le peuple élu, mais qui mésusait de son élection, en rencontrait un autre, qui usurpait la sienne. Il faut le constater une fois de plus : rabattues au niveau de la politique, les valeurs universalistes transcendantes qui font l’élection d’Israël se trouvent dénaturées. Telle est la signification métapolitique de l’Exil.
Dès lors, de par la force même d’ autodiffusion de la puissance matérielle, qui n’accepte les limitations et les clôtures que pour mieux se comprimer avant de s’étendre, la double mondanisation [des valeurs universalistes transcendantes qui font l’élection de l’Israël éternel] ne pouvait que tendre, du côté juif, à une mondialisation, et du côté nazi, à un resserrement explosif, en sorte qu’il s’agissait bien en effet, quelle que soit la connotation sinistre prise en l’occurrence par cette expression, d’une “solution finale” à un problème socialement sans solution, un problème qui, au plan de l’espèce, est perpétuellement en résurgence, puisqu’il n’est sur ce plan que la projection du drame intemporel et par conséquent sans fin qui voit s’affronter Lucifer et Satan ».

Si un tel jugement échappe complètement à la dogmatique qui s’est imposée sur ces questions, c’est qu’il ressortit à un mode entièrement nouveau de connaissance. Plus Abellio avançait en effet dans la critique interne et le dévoilement de la gnose juive, plus il se persuadait aussi que seule sa rencontre avec la science occidentale moderne, qu’il avait lui-même réalisée dans le domaine philosophique et esquissée dans celui des mathématiques, pourrait créer « une connaissance nouvelle transcendant à la fois la lettre figée de l’une et l’esprit aliénant de l’autre ». On peut seulement signaler ici ses propres esquisses sur la convergences de ses conceptions avec la mécanique quantique, la physique de Costa de Beauregard, l’« espace absolu » de Riemann, la cosmologie de Hoyle ; son adhésion aux théories de Jean Baudrillard sur « l’échange symbolique et la mort », ses échanges avec Antoine Faivre, Yves-Albert Dauge, Jacques Lacarrière, Basarab Nicolescu, le capitaine Sallantin, dans des champs aussi divers que les « sciences humaines », la métaphysique et la mythologie comparée, les recherches transdisciplinaires, la défense stratégique et la polémologie.

Bibliographie

Abellio.jpg

Œuvres

Romans

  • Heureux les pacifiques, Flammarion, 1946
  • Les Yeux d'Ézéchiel sont ouverts, Gallimard, 1949
  • La Fosse de Babel, Gallimard, 1962
  • Visages immobiles, Gallimard, 1986

Théâtre

  • Montségur, L'Âge d'homme, 1982

Journal

  • Dans une âme et un corps (Journal 1971), Gallimard, 1973

Essais

  • La Fin du Nihilisme, (avec André Mahé), Sorlot, 1943
  • Vers un nouveau prophétisme, Gallimard, 1947
  • La Bible, document chiffré (2 vol.), Gallimard, 1950
  • Assomption de l’Europe, Flammarion, 1954
  • La Structure absolue, Gallimard, 1965
  • Approches de la nouvelle gnose, Gallimard, 1986
  • La fin de l'ésotérisme, Flammarion, 1973
  • Introduction à une théorie des nombres bibliques, (avec Charles Hirsch), Gallimard, 1984
  • Manifeste de la nouvelle gnose, Gallimard, 1989
  • Fondements d'éthique (Fragments 1950-1977), L'Herne, 1994

Mémoires

  • Ma dernière mémoire (3 vol.) :
  1. Un faubourg de Toulouse (1907-1927), Gallimard, 1971
  2. Les militants (1927-1939), Gallimard, 1975
  3. Sol Invictus (1939-1947), Ramsey, 1980, Prix des Deux-Magots


Études sur l'auteur
  • Nicolas Roberti, Raymond Abellio, T.1. Un gauchiste mystique, T.2 La structure et le miroir, Ed. L'Harmattan, mai 2011

Entretiens

  • Entretiens avec Raymond Abellio, av. M.-T. de Brosses, Belfond, 1966
  • De la politique à la gnose, av. M.-T. de Brosses, Belfond, 1987
  • Dialogue avec Raymond Abellio, av. J.-P. Lombard, Lettres vives, 1985
  • « L'Europe n'est pas une maison de commerce ! », av. M. Reboul, Question de n°33, Retz, 1979
  • « Puissance, connaissance et histoire invisible », av. A. de Benoist in Krisis n°4, 1989

Analyses et réflexions

  • Sous les signes d'Abellio, M. Hanrez, L'Âge d'homme, 1976
  • Le Soleil rouge de Raymond Abellio, J. Parvulesco, Trédaniel
  • Rendez-vous avec la connaissance. La pensée de Raymond Abellio, É. Coulon, Manuscrit, 2005 (extrait)
  • Nicolas Roberti Serebriakov, 'L’Itinéraire d'un gnostique français — Georges Soulès, dit Raymond Abellio — étude critique historique, psychologique et philosophique', thèse de doctorat de Philosophie et de Sciences religieuses (EPHE, Sorbonne,2003).
  • Nicolas Roberti, Raymond Abellio, T.1. Un gauchiste mystique, T.2 La structure et le miroir, Ed. L'Harmattan, mai 2011

Articles

  • Abellio, Cahiers de l'Herne, 1979
  • Études abelliennes, n°1 à 4, 1979-1982
  • Cahiers Raymond Abellio, n°1 et 2, Média-Pluriel, 1983-1984
  • « Du trotskysme au fascisme », J.-C. Valla, in NRH n°34, 2008, p. 54-56
  • « Raymond Abellio », A. de Benoist, in Vu de droite, Labyrinthe, 2001, p. 428-431
  • « Actualité d'Abellio à Cerisy », actes du colloque (2002), Cahiers de l'Hermétisme, Dervy, 2004
  • « Assomption de Raymond Abellio », J. Lacordaire, in Politica Hermetica n°10, L'Âge d'homme, 1996
  • « Sol Invictus. Pour le centenaire de Raymond Abellio », Y. Branca, publié en brochure chez Dux, 2008, et sous forme abrégée dans Éléments n°126, 2007

Liens externes

Ressources audiovisuelles