Eurasisme

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L’eurasisme est une doctrine géopolitique développée en Russie. Elle a été construite au début des années 1920 avant de tomber dans l'oubli. Depuis la fin de l'Union des républiques socialistes soviétiques, cette doctrine a été remise en avant, parfois sous le nom de néo-eurasisme, par le philosophe et géopoliticien russe, Alexandre Douguine.

Cette doctrine est assez répandue en Russie et dans « l’étranger proche » (principalement les républiques musulmanes anciennement soviétiques : Kazakhstan, Turkménistan, Tadjikistan, Kirghizstan) et même en Europe, en Turquie, en Iran, etc.

L'eurasisme a d'abord été construit en 1920 par des intellectuels russes de l’émigration (N. Troubetskoy, P. Savitsky, N. Alexeiev, etc.). Ceux-ci affirmaient que l’identité russe était née d’une fusion originale entre les éléments slave et turco-musulman, que la Russie constituait un « troisième continent » situé entre l’Occident (dénoncé comme matérialiste et décadent) et l’Asie. Le livre-manifeste du mouvement était d’ailleurs intitulé Tournant vers l’Orient (Petr Savitsky, 1921). Les eurasistes se démarquaient des nationalistes classiques et des slavophiles. Sans être communistes, ils n’étaient pas opposés à l’expérience soviétique, qu’ils regardaient comme la continuation de l’idée impériale russe.

Le néo-eurasisme de Douguine reprend ces idées mais il va plus loin. Il élève la théorie de Mackinder qui oppose thalassocratie et tellurocratie, « île mondiale » (l’Amérique) et « terre mondiale » (l’Eurasie), à la hauteur d’une explication de l’histoire. La civilisation thalassocratique, anglo-saxonne, protestante, d’esprit capitaliste, serait irréductiblement opposée à la civilisation continentale, russe-eurasienne, orthodoxe et musulmane, d’esprit socialiste. L’Occident, là où le soleil se couche, représente le déclin, la dissolution. L’Eurasie représente la renaissance, c’est le pays des dieux, puisque c’est là que le soleil se lève. Le but déclaré du mouvement néo-eurasiste est de constituer un grand bloc continental eurasien pour lutter à armes égales contre la puissance maritime « atlantiste », qui représente le « mal mondial » entraînant le monde vers le chaos. Ainsi l’eschatologie se mêle à la géopolitique.

Dans le contexte strictement russe, c’est une sorte de troisième voie située entre l’orientation pro-occidentale et libérale et la nostalgie du passé communiste, tout en évitant les excès démagogiques du populisme extrémiste et du nationalisme étroit. Douguine définit lui-même son mouvement comme un « centre radical » et comme « le premier parti géopolitique ».

En avril 2001, Alexandre Douguine a créé le Mouvement social politique pan-russe Eurasia, qui a donné naissance, en novembre 2003, à Moscou, au Mouvement international eurasien, conçu comme une ONG et représenté dans vingt-deux pays.

Alexandre Douguine a trouvé des relais en France depuis le début des années 1990. Il s'est rendu en France à de multiples reprises pour participer à des colloques politiques ou universitaires. Ses principaux écrits ont été traduits en français et ont diffusés sous la forme de livres et d’articles.

Voir aussi



Sources


  • Alexandre Douguine, Le Prophète l’eurasisme, Avatar, 2006.
  • Marlène Laruelle, Alexandre Dugin : Esquisse d’un eurasisme d’extrême-droite en Russie post-soviétique, RECEO 32/3, 2001.
  • Marlène Laruelle, La Quête d’une identité impériale, le néo-eurasisme dans la Russie contemporaine, Petra, 2006.
  • Marlène Laruelle, Le néo-eurasisme russe, l’empire après l’empire ?, Cahiers du monde russe 42/1, 2001.
  • Marlène Laruelle, L’Idéologie eurasiste russe ou comment penser l’empire, L’Harmattan, 1999.