Libéralisme

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Reposant sur l'égalité théorique des individus qui justifie la propriété privée par l'appropriation, le libéralisme économique nie les disparités de départ pour asseoir les possédants les plus forts. Il participe de fait au capitalisme comme stade suprême de l'impérialisme.
Le libéralisme désigne de manière générique l'ensemble des doctrines apparues à partir du XVIIe siècle en Occident qui font de l'individu abstrait la clef de voûte de tout leur système. Le terme étant ambigu, selon qu'il l'applique à soit la philosophie politique soit à l'économie politique, nous retiendrons moins les philosophes (Locke, Montesquieu, Rousseau) défendant respect de la liberté individuelle que les tenants du libéralisme économique (Quesnay, Say, Adam Smith, Malthus, Ricardo, J. Stuart Mill) qui seul nous intéresse pour cette entrée lexicale.

Le libéralisme économique est une conception qui refuse l'intervention de l'État (si ce n'est pour défendre l'initiative privée) et qui postule l'existence de lois naturelles capables d'assurer l'équilibre de l'offre et de la demande, à condition que soient respectées la concurrence et la propriété privée des moyens de production. Le néo-libéralisme actuel est une doctrine qui, devant l'échec du libéralisme classique, admet une certaine intervention de l'État dans l'économie sans pour autant remettre en question le principe de la concurrence et de la libre entreprise.

Sommaire

Analyse


Ses principes fondamentaux sont les suivants : individualisme économique, assimilation de la société à un marché (société marchande), méfiance à l'égard des pouvoirs de nature politique, croyance dans la transparence et la spontanéité des rapports sociaux dès lors qu'ils sont marchands et égalitaires, réduction des finalités culturelles à l'obtention du bien-être, croyance dans la fin possible des idéologies au profit d'une gestion "technique", neutre et éclairée de la société, etc. Le libéralisme débouche sur la technocratie et l'étatisme (gouvernance), sur la mercantilisation et l'opacité des rapports sociaux, sur la réification de l'homme, assimilé à une "chose" dotée d'une valeur monnayable, qui est cette entité abstraite qu'est l'homo oeconomicus. Tout en se vantant d'organiser le libre-échange économique et la libre communication culturelle, le libéralisme alimente la domination du modèle occidental de civilisation et d'un système économique transnational (cf. américanisme). D'autre part, il faut combattre l'idée que le libéralisme, aujourd'hui contesté dans son efficacité économique (cf.économisme), détienne le monopole de la concurrence et de l'économie privée de marché (cf. autarcie ou localisme).

Au plan politique, le régime idéal est fondamentalement celui où il y a le moins de contraintes sociales. Au plan social, il consomme la rupture avec le principe holiste, soit qu'il nie purement et simplement la notion d'intérêt collectif, soit qu'il le fasse naître de l'ajustement miraculeux des conduites individuelles mues par la recherche rationnelle du meilleur intérêt. Dans cette optique, c'est seulement le jeu des intérêts particuliers qui constituent la société : le tout n'est que le produit du comportement des parties. L'ordre public naît ainsi de la concurrence généralisée. Vision de guerre civile : l'ordre spontané, c'est le consensus établi sur l'exclusion des « perdants ».

Critique


Le libéralisme s'avère là une machine à produire la désillusion. Dans une société libérale, le lien social résulterait de la libre concurrence des conduites individuelles ? Jamais comme dans le monde occidental actuel, l'anomie sociale n'a été aussi grande. Le marché serait pluraliste par nature ? Par le jeu du mimétisme concurrentiel, jamais les modes de vie n'ont été aussi indifférenciés : partout, le libéralisme détruit les identités collectives, les cultures enracinées, et s'avère générateur d'uniformité. Il serait principe de liberté, d'émancipation du sujet ? Jamais les hommes n'ont été aussi aliénés que dans le rapport à la marchandise qui caractérise le système des objets.

À en croire les auteurs libéraux, la liberté s'imposerait d'elle-même dans une société gouvernée par l'économie de marché. Le libre-échange engendrerait la liberté comme son produit le plus naturel, par affinité intrinsèque en quelque sorte. Une telle théorie, qui procède d'un raisonnement similaire au marxisme (c'est l'infrastructure économique qui détermine la superstructure politique et sociale), montre en fait que dans une société calquée sur le marché, la « liberté » elle-même est conçue sur le modèle de l'échange commercial. Ce processus a bien été décrit par Werner Sombart : « On réclame une liberté aussi large que possible, on exige la suppression de tout ce qui peut faire obstacle à la course au gain. Il s'agit, en premier lieu, de la liberté formelle, de la liberté de faire ou de ne pas faire, qu'on considère comme un facteur essentiel de la bonne conduite des affaires. [...] En deuxième lieu, la revendication de la liberté implique l'idée d'un gain ne tenant compte d'aucune considération sans rapport direct avec lui. Elle équivaut à la proclamation de la supériorité du gain sur toutes les autres valeurs. » (Le Bourgeois, ch. XIII). Henri Lepage décrit significativement la liberté de consommer comme « la plus fondamentale des libertés ». Dans la théorie du producteur-consommateur de Gary Becker, c'est par son aptitude à la consommation que l'individu s'affirme véritablement comme citoyen.

La propriété privé n'est pourtant pas un absolu : il y a quantité d'usages d'une propriété qui équivalent à des nuisances du bien commun. L'initiative privée, elle aussi, peut secréter le meilleur comme le pire. La croire intrinsèquement meilleure parce qu'elle est privée n'est qu'une illusion. Le principe de rentabilité (à distinguer du calcul de rentabilité) n'est qu'une façon d'asseoir le règne de la quantité. Quant à la concurrence, elle ne s'exerce pratiquement jamais selon le modèle idéal de la course des athlètes dans le stade. Elle est le plus souvent biaisée, imparfaite, destructive. La publicité, à elle seule, est déjà une suggestion qui fausse le choix.

Le libéralisme est une doctrine (et même une idéologie) philosophique, économique et politique, et c’est évidemment comme tel qu’il doit être étudié et jugé. Il ne peut être confondu complètement avec le capitalisme, régime économique apparu au XIXe siècle dans lequel les moyens de production relèvent de la propriété privée (car il existe aussi un capitalisme d'État, forme plus ou moins prononcée de collectivisme où l'État est propriétaire des moyens de production, en tout ou en partie). Même si les partisans du libéralisme économique considèrent qu'il constitue le meilleur ressort du développement économique dans la mesure où il stimule la production par la loi constante de l'offre et de la demande, ce régime implique l'exploitation des travailleurs et des peuples, exploitation qui ne peut que s'étendre mondialement pour aboutir à l'impérialisme, et s'accule, à plus ou moins long terme, à des contradictions mortelles entre une production dépendante de la spéculation boursière n'obéissant qu'à la recherche d'un profit toujours croissant et une consommation de plus en plus bloquée puisque, par application de la concurrence qui règne entre producteurs, le système ne peut, en durant, que diminuer le nombre des acheteurs potentiels (effets conjugués de la paupérisation et de la prolétarisation).

De toutes les idéologies occidentales, le libéralisme est la plus dominante et en outre celle qui menace le plus notre spécificité culturelle : confortant l'individualisme impolitique, elle fonctionne comme une drogue qui colonise les imaginaires et bloque, notamment, des réactions de défense concertée des peuples, de solidarité économico-politique et d'initiative locale. Le libéralisme est, très clairement, pour nous, l'ennemi principal. Le combattre, ici et maintenant, c'est prendre le mal à la racine, à savoir anthropologiquement le rabattement du politique sur l'économique.

Liens externes




Texte à l'appui



UN INDIVIDUALISME ÉCONOMIQUE

Philosophiquement, le libéralisme est avant tout une doctrine individualiste, dont les racines sont à rechercher du coté de la pensée nominaliste, laquelle prétend « qu’il n’y a pas d’être au-delà de l’être singulier » (ou « au-delà des êtres singuliers dont chacun est absolument un »). Son postulat est que l’individu est premier par rapport à la société – premier en importance, mais aussi premier « chronologiquement » : la société naîtrait de manière contractuelle, sous la forme d’un pacte rationnel auquel des individus souscriraient librement, mais aussi conditionnellement, de manière à maximiser leurs avantages. Plusieurs conséquences s’en déduisent aussitôt : que l’individu est titulaire de droits tenant à sa nature propre, et donc antérieurs à la formation du corps social ; que ces droits sont « inaliénables et imprescriptibles », en sorte que tous pouvoir qui ne les regarde pas comme tels est illégitime ; que la société n’est rien d’autre que l’effet de composition résultant de l’addition de stratégies individuelles visant « naturellement » à la recherche rationnelle du meilleur intérêt, et que c’est comme telle qu’on peut le mieux l’analyser et la comprendre, etc. On voit donc ici s’entremêler toute une série de thèmes – rationalisme, utilitarisme, universalo-égalitarisme, etc. – qui sont récurrents dans la pensée libérale. Ce sont ces thèmes qui ont fourni à la modernité ses fondements conceptuels et qui constituent encore aujourd’hui le soubassement d’une idéologie dominante fondée sur la théorie des droits , la souveraineté de l’individu, le parlementarisme libérale, etc.

Sur la plan politique, le libéralisme est la doctrine qui divise la société en un certain nombre de « sphères », et qui prétend que la « sphère économique » doit être rendue autonome vis-à-vis du pouvoir politique […].

Titulaire de libertés et de droits qu’il ne tient d’aucune appartenance commune, l’individu est alors posé comme une « personne séparée » essentiellement mue par une démarche égoïste dont on assure qu’elle contribue au bonheur de tous. Parallèlement le pouvoir politique est réduit à la portion congrue : il garantit l’observance des règles du jeu, c'est-à-dire l’affrontement concurrentiel des intérêts, et se doit de rester muet sur les valeurs, qu’il rabat sur le privé. Ce pouvoir politique n’est évidemment plus souverain. Il en résulte que l’individu peut socialement faire tout ce qu’il veut, pour autant qu’il n’interfère pas avec la liberté d’autrui, ce qui l’exposerait aux sanctions prévues par la loi. Comme le respect de la loi n’a rien à voir avec la morale, toute préoccupation éthique disparaît du même coup.

Ma position est exactement à l’inverse de celles que je viens d’énumérer. L’homme est pour moi un « animal social », dont l’existence est consubstantiel à celle de la société. Le droit n’est pas d’abord affaire de titre, mais de mesure, c'est-à-dire qu’il ne se définit que comme un rapport d’équité entre des personnes vivant en société : il n’y a donc aucun titulaire de droits hors de la vie sociale, et dans celle-ci il n’y a que des attributaires. La vie économique représente, non une sphère, mais une dimension de la vie sociale, que toute société traditionnelle place de surcroît au plus bas niveau de son échelle de valeurs. Le politique est le lieu de la souveraineté et de la légitimité. La société n’est pas l’addition des atomes individuels qui la composent mais, dans une perspective « holiste », un corps collectif dont le bien commun prime, sans les supprimer sur les seuls intérêts des parties. L’éthique implique qu’on ne recherche jamais d’abord son intérêt personnel, mais qu’on contribue aux solidarité organiques qui renforcent le lien social. L’appartenance citoyenne fait, de même, obligation aux personnes d’œuvrer d’abord au bien commun. La liberté ne se définit pas comme la possibilité d’échapper à l’autorité politique ou de se soustraire à la vie publique, mais comme la possibilité d’y participer ».

Alain de Benoist, C'est-à-dire, vol. II, Paris, Associations des amis d’Alain de Benoist, 2006, p. 95-97.



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