Jules Monnerot

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Jules Monnerot (1908-1995) est un essayiste, sociologue et journaliste français.

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Il a été le co-fondateur, à 25 ans, du Collège de sociologie (1939), avec Georges Bataille et Roger Caillois, de la revue Critique (1946) ; il a collaboré aussi à la revue Acéphale.

Monnerot a été proche du surréalisme, ainsi que de l'extrême gauche. Il évolue ensuite et devient une grande figure de la Droite intellectuelle.

Biographie

Jules Monnerot est le fils de Jules Monnerot (homonyme), journaliste et co-fondateur du Parti communiste martiniquais. Il est élève du lycée Schœlcher de Fort-de-France, puis brillant boursier au lycée Henri-IV à Paris. Il obtient un accessit au concours général en philosophie en 19261, mais échoue au concours d’entrée de l’École normale supérieure en 1930. Il fréquente dans les années 1930 les milieux surréalistes.

Il est proche un certain temps des milieux de la gauche, puis des membres du Collège de sociologie (1937-1939).

Son diplôme d’études supérieures en philosophie à la Sorbonne (son seul diplôme universitaire selon Georges Laffly) porte sur L’histoire et la philosophie du jeune Karl Marx avant le Manifeste communiste. Il consacre ses premiers travaux à la poésie surréaliste dont il propose d’analyser le caractère religieux et irrationnel.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, il est volontaire dans l’infanterie et d’octobre 1940 à août 1944, il appartient au réseau de résistance « Ceux de la Libération ».

Il publie ensuite un ouvrage polémique analysant l'épistémologie des sciences sociales, dans lequel il prend position contre la conception d'Émile Durkheim qui propose d'étudier les « faits sociaux » comme des « choses ». Héritier de la tradition sociologique italienne, Monnerot se revendique plutôt de Vilfredo Pareto, de Gaetano Mosca et de Robert Michels. La même année, en 1945, il fait paraître un recueil de nouvelles proche de certaines proses de Georges Bataille.

De 1948 à la dissolution de « Ceux de la Libération » en 1953, Monnerot siège au Conseil national du Rassemblement du peuple français fondé par le général de Gaulle. Durant cette période, il écrit dans la revue Liberté de l'esprit dont le rédacteur en chef est Claude Mauriac avec, entre autres, Roger Caillois, Raymond Aron et Jacques Soustelle. De 1951 à 1957, les généraux de La Chapelle et Lecomte qui dirigent l'École de Guerre font appel à Monnerot pour donner des cours sur « Le renouvellement de la stratégie politique par le marxisme révolutionnaire au xxe siècle » (à la suite du succès retentissant de Sociologie du communisme). À la même époque, le gouvernement de la République fédérale d'Allemagne dont Konrad Adenauer est alors chancelier, lui demande une consultation au cours de l'enquête qui précéda l'interdiction du parti communiste ouest-allemand. En 1959, Monnerot rompt publiquement tous ses liens politiques avec le général de Gaulle dont les positions concernant la guerre d’Algérie sont opposées aux siennes ; il se rapproche définitivement des milieux nationalistes et monarchistes (il collabore à la Nation française de Pierre Boutang, issu de l'Action française).

Le coup de Prague de février 1948 l'incite à réfléchir sur l'essence du communisme et à rédiger sa Sociologie du communisme (1949), qui lui apporte une notoriété importante tout autant que l'hostilité durable des universitaires et intellectuels proches du Parti communiste.

Suivront une série d'études sur la sociologie de la révolution et du fascisme. Cette utilisation du concept de « religion séculière » et ce rapprochement du communisme avec la religion, et en particulier avec l'Islam, vaudront à son auteur une polémique restée célèbre avec Hannah Arendt qui lui reproche de confondre des concepts incompatibles. Ses travaux ne seraient pas des études empiriques et n'opteraient pas pour la « neutralité axiologique » wéberienne. Ses grandes études relèvent d'une approche que l'auteur nomme « étiologique » ou « clinique », où les idéologies sont analysées comme des mythologies politiques. Enfin, ces études engagées en appellent à un contrôle de l'enseignement et des universités pour éviter la propagation des idées communistes, en particulier Sociologie de la révolution et Démarxiser l’université (1970).

Monnerot a fait partie du comité de patronage de Nouvelle École. Il sera membre du comité d'honneur de l'Institut d'études occidentales, fondé en 1968 par Dominique Venner. Il sera aussi membre du Club de l'horloge, dont il fait partie des douze « maîtres à penser ».

Dans les années 1980, il participe aux travaux du GRECE de Belgique, dirigé par Robert Steuckers.

Il fera partie du Conseil scientifique du Front national. Monnerot démissionne toutefois du parti lors de la première guerre du Golfe en 1990, en désaccord avec le soutien public apporté à Saddam Hussein par Jean-Marie Le Pen. Ce geste lui vaut une condamnation de Bruno Mégret, alors secrétaire général du parti, qui lui reproche la faiblesse de son engagement politique.

Le philosophe de l'hétérotélie et de la doxanalyse

Parmi les concepts essentiels dans la pensée de Jules Monnerot, concepts toujours nés et accompagnés chez lui de praxis, deux doivent être présentés. Le premier est celui d’hétérotélie qu’il développe en 1977 et 1978 dans Intelligence de la politique. Selon lui, l'« hérétotélie : fait constant, l’action accomplie n’est jamais conforme à ce qui était projeté. Telos, c’est le résultat, le terme, l’accomplissement. On visait un point, on en atteint un autre, ou le but visé se montre différent de ce qu’on croyait, ou les moyens employés ont altéré la fin. On ne le sait pas tout de suite, le plus souvent, on met même longtemps à s’en apercevoir. C’est la postérité qui sait ce qu’en fait nous avons accompli. (…)»

Pour Monnerot, [« l’homme » ndlr] ne connaît pas l’état du monde où il agit (les actions des autres, leurs forces, etc.) et il ne connaît pas non plus ses motivations réelles, et inconscientes : « partialité de la connaissance et puissance de l’affectivité » concourent à le tromper. Françoise Huet, une de ses disciples, écrivait de Monnerot qu’il est le « philosophe de l'hétérotélie ». A juste titre, car c’est de celle-ci que découle sa vision tragique de la condition humaine. Toute l’Histoire est hérétotélique. Mais une censure s’exerce. On n’aime pas reconnaître l’impuissance des calculs humains. »

Pour combattre les effets toxiques de l’hérétotélie et de la confusion du langage, Jules Monnerot propose la doxanalyse dont il attribue la paternité à Vilfredo Pareto.

Son biographe, Georges Laffly, précique que « Doxanalyse vient du grec doxa, opinion, qui s’oppose à la connaissance vraie, épistémé. A doxa correspondent les dérivations, à épistémé la connaissance logico-expérimentale. Le rôle de la doxanalyse est de démêler la part affective et la part rationnelle de toute pensée. On pourrait comparer l’effet de la pensée antérieure qui modifie notre appréciation sur un fait ou une idée à la réfraction qui déforme à nos yeux un bâton plongé dans l’eau.(…)

La doxanalyse, c’est l’esprit critique armé. Tout homme averti la pratique plus ou moins. Elle est la seule barrière contre les conditionnements qui aujourd’hui disposent d’une force redoutable. »

Troisième axe de cette pensée, la reconnaissance de la fonction du sacré, indissociable de la fonction poétique. Pour Jules Monnerot, la fonction déificatrice est tout simplement vitale : « De même que la santé mentale dépend du libre accès aux sources de l’énergie, de la communication entre le conscient et ce qu’on appelle l’inconscient, de même la santé sociale ne se trouve pas dans un refoulement aveugle de notre force mythisante et déificatrice. Cette force, c’est nous-mêmes, sans elle nous sommes amputés d’une dimension. »

Ouvrages

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  • La poésie moderne et le sacré, Paris, Gallimard, 1945. Nouvelle édition 1949, augmentée d'une note.
  • On meurt les yeux ouverts. Précédé de : L’Heure de Fallandra. Suivi de : La nuit ne finira pas, fictions, Paris, Gallimard, 1945.
  • Les faits sociaux ne sont pas des choses, Paris, Gallimard, 1946.
  • Sociologie du communisme, Paris, Gallimard, 1949. Nouvelle édition 1963, précédée de « L'avenir du communisme en 1963 ». Édition de 1979 : Sociologie du communisme : échec d'une tentative religieuse au XXe siècle, Paris, Hallier. Édition 2004-2005 en 3 vol. : [1]L'Islam du XXe ; [2] Dialectique : Marx, Héraclite, Hegel ; [3], Les religions séculières et l'imperium mundi : tyrannie, absolutisme, totalitarisme, Paris, Éditions du Trident.
  • La Guerre en question, Paris, Gallimard, 1951.
  • Pour un gouvernement en connaissance de cause. Quelques idées politiques et constitutionnelles, Paris, Éditions de la Nation française, 1958.
  • La Guerre subversive en Algérie, Paris, Éditions du Comité de Vincennes, 1960.
  • Sociologie de la Révolution : Mythologies politiques du XXe. Marxistes-léninistes et fascistes. La nouvelle stratégie révolutionnaire, Paris, Fayard, coll. « Les Grandes études contemporaines », 1969.
  • Les Lois du tragique, Paris, PUF, 1969, 126 p.
  • Démarxiser l'université, Paris, La Table ronde, 1970.
  • La France intellectuelle, Paris, R. Bourgine, 1970.
  • Inquisitions, Paris, José Corti, 1974.
  • Intelligence de la politique I. L'Anti-providence, Paris, Gauthier-Villars, 1977.
  • Intelligence de la politique II. Introduction à la doxanalyse : Pareto-Freud , Paris, Gauthier-Villars, 1978.
  • Désintox. Au secours de la France décérébrée, Paris, Albatros, 1987.

Textes à l'appui

Jules Monnerot ou la faim du sacré, par Eric Norholm[1]

0n croit, nous apprend Monnerot, que nous vivons dans des sociétés a-religieuses et profanes alors même que l'expression du sacré n'est jamais éteinte. C'est dans cette volonté de manifester cette réalité opérante que Monnerot crée, avec Bataille, le Collège de sociologie.

Critique de l'homme homogène

Sociologue, Monnerot l'est car il se pose la question de savoir « comment rétablir l'unité morale nécessaire à une restauration de la cohésion sociale et de l'euphorie collective qui lui est liée ». Critique de son temps, Monnerot fustige le règne de l'homme homogène, celui pour lequel rien ne doit arriver, celui pour lequel la croissance doit se poursuivre, évitant que la part maudite vienne mettre à mal la cohérence d'une société anesthésiée. Le surréalisme est aux yeux de Monnerot une réaction contre l'homme moderne, une brutalisation de l'esthétique héritée d'Athènes, une déification du mal qui n'est que la nostalgie de la légitimité perdue. Si le surréalisme fait violence aux normes sociales établies, c'est pour réveiller l'homme de la léthargie dans laquelle le christianisme l'a plongé. Faire surgir l'inquiétude et l'impur par le biais de l'éloge du criminel, c'est cette tâche que Monnerot revendique: « Il m'avait semblé que le surréalisme annonçait quelque chose, que ce pouvait être le saint Jean-Baptiste de quelque chose. » Si Monnerot est passé par le surréalisme c'est qu'il partageait avec lui l'idée que l'homme moderne était un être amoindri, voué au calcul utilitariste. Or il faut retrouver le rêve et le sublime que condamne une société qui valorise exclusivement l'individu. Il est nécessaire que l'homme s'exalte pour l'invisible. Sinon advient la décadence.

Il faut forger de nouveaux dieux. Or en un temps de progressisme, de technicisme, et de marchandisation de tout ce qui peut l'être, cela peut sembler une gageure. Pourtant Monnerot ne désespère pas: « Je pense que la fonction déificatrice est une fonction dominante chez l'homme. » Et que donc la part divine de l'homme n'est jamais définitivement morte. Le besoin existe toujours. Et n'en doutons pas,« l'homme est l'animal qui trouve une issue» à la famine religieuse que l'Occident lui réserve. Le réveil de l'islam en est une. Le communisme en est une autre: « Le marxisme kidnappe tous les dogmes chrétiens sur la fin de l'histoire, l'homme nouveau, le triomphe des pauvres et des petits. » Le communisme croit à la mission du Prolétariat, au rôle du Parti. Sa dimension religieuse est patente. Mais la valeur religieuse du chef tel que le fascisme l'envisage est tout autant évidente. Le Peuple n'existe que par et pour son chef, chef dont la nature réponde à un besoin magique. Le fascisme c'est le mal, mais c'est un mal que les masses ont adoré, ce qui exige la nécessité de la compréhension du pouvoir attractif de l'hétérogène.

Sorel et Freud

Parmi les maîtres de Monnerot on trouve Sorel et sa notion de mythe que celui-ci développe comme étant une réalité existante alors qu'on la disait morte dans les sociétés modernes. La pensée mythique relève de l'inconscient que l'irruption des masses dans l'histoire contemporaine rend réel. Isolé, l'individu est un être cultivé, en foule, c'est un barbare. Les sociétés de masse sont des sociétés primitives où règnent l'affectivité et les passions, où le suffrage universel se construit sur les affects et non sur la raison. Autrement dit, le conditionnement des esprits n'est pas l'apanage des sociétés totalitaires. Autre auteur qu'affectionne Monnerot, Freud. Transfert, symbolisation, commutativité, introjection, censure, autant de mots freudiens qui sont aussi ceux de Monnerot. Cependant, il se distingue de Freud dans la volonté de celui-ci d'arraisonner l'inconscient pour nous en enseigner l'usage et le contrôler.

Freud parle des pulsions comme si elles savaient ce qu'elles voulaient. Si Monnerot se réfère à l'énergie pulsionnelle, il ne peut convenir que celle-ci soit seulement d'origine sexuelle. Cette énergie est unique mais elle se différencie selon les besoins, qu'ils soient sociaux ou intellectuels. Freud cède à l'unilatéralisme: ramener à une seule cause tous les faits étudiés. En 1946, paraît un livre, Les Faits sociaux ne sont pas des choses. Le titre en fait un manifeste anti-durkheimien: il y précise l'exposé de principes et de méthodes qu'il ne fera que préciser et appliquer par la suite. Monnerot fait valoir ce que la sociologie doit à la phénoménologie de Husserl. Celle-ci est compréhensive dans la limite où« la compréhension est toujours compréhension d'une situation affective».

Mythes du XXe siècle

Monnerot a beaucoup étudié les phénomènes révolutionnaires: le communisme, le fascisme. Il distingue trois phases: une phase de décomposition, une phase d'effervescence, et une phase de recomposition où s'exprime un leader. Une fois recomposée l'organisation, les leaders n'ont d'autre alternative que de se convertir au réel. La révolution ne peut déboucher que sur une déception. Il faut le reconnaître, l'histoire est homogène. Le fascisme semble déroger à cette règle. Comme l'écrit Jean Michel Heimonet, en lui l'exigence d'absolu n'est jamais déçue. Il maintient sans faiblir la révolte qui l'a vu naître. Le fascisme répond à une demande, à la perte du sublime et de la force sacrée. Il dérive de l'ennui propre à la Gesellschaft, société où le Contrat assigne aux individus la valorisation de la conscience quand les forces ténébreuses du Mythe demandent l'action primitive. L'homme a besoin de se sentir appartenir à des forces qui le bouleversent, venant répondre au manque auquel il fait face. Le fascisme est un phénomène d'épidémie collective où chacun ressemble à chacun: il y a un procès de nationalisation de l'individu. Pour autant est nécessaire un grand Individu : il n'y a pas de pouvoir sans incarnation. Ce qui fait que le fascisme a aussi bien réussi, c'est que le Chef est l'acteur du Peuple. Le Führer incarne la Vérité inconsciente du Volk. Le fascisme fait la part belle à l'homme primitif, mobilisé par ses pulsions, il s'alimente à ce qui lui est seulement utile. Monnerot insiste: l'idée qu'Hitler est une espèce de monstre suscité par le capital financier est absurde; s'il faut le comprendre, c'est à partir de l'apparition d'une nouvelle religion dont la force de séduction soude le Volk.

Peut-on comprendre le fascisme? Réponse de Monnerot: « Il n'y a pas de philosophie politique du fascisme. Il y a une thématique sélectionnée par un empirisme. Les actions cherchent les images dont elles ont besoin. » Avec le fascisme, nous ne sommes pas dans le domaine de la comptabilité des idées, mais dans le domaine du maniement des énergies. « Hitler est l'acteur sacré d'un mystère vécu» dont la cruauté est immanente à son être. Monnerot tient pour acquis que le fascisme est un phénomène révolutionnaire, ce qui n'est pas le cas des régimes de Franco ou de Salazar. La violence s'applique à des catégories d'individus pour mieux maîtriser ses turbulences internes. La préoccupation de Monnerot est simple et son analyse du fascisme l'atteste: il faut chercher un nouveau lien spirituel, un sacré partagé par tous: « Les esprits de Maistre, Bonald, Saint-Simon, Comte, Durkheim sont dominés par des préoccupations morales pratiques qui constituent un des signes cliniques de la dissolution sociale qu'elles tendent à enrayer. »

Le Sacré

Monnerot ne s'inquiète pas; il considère que le sacré est une donnée fondamentale de la société dont la crise est transitoire. C'est à ce moment que naît le grand Individu pour réaffirmer les valeurs les plus hautes de la civilisation. Ce serait se tromper que de croire en une disparition du sacré, dont le triomphe de la raison viendrait à bout. Sociologue, Durkheim aspire à la cohésion sociale, ce qui obéit dans sa propre doctrine à désirer une resacralisation dont la réalisation passe par l'amour que se porte la société à elle-même. « Par certains côtés, Durkheim apparaît aujourd'hui comme un involontaire théoricien avant la lettre du totalitarisme social. »

Face à l'insistante demande de sacré, la sociologie permet de comprendre la nature religieuse de l'homme. La dissolution des anciens liens sociaux a laissé une profonde nostalgie dont des penseurs comme Bonald ou Joseph de Maistre se sont faits l'interprète. Pour Monnerot, il n'y a pas lieu de traiter les faits sociaux comme des choses pour comprendre que« l'être même de la sociologie est un symptôme de défaillance sociale». Personne n'est surpris de savoir que le sociologue intervient au moment où la religion fait défaut à son besoin d'être uni à d'autres hommes.

Bibliographie

  • Georges Laffly, Monnerot, Grez-sur-Loing, Pardès, coll. « Qui suis-je ? », 2005, 127 p.

Notes et références

  1. article paru in : Réfléchir et agir, no 42, automne 2012, pp. 48-507.