Subversion
Le terme de Subversion est polysémique. Il a donc plusieurs acceptions différentes, qui renvoie chacune à une forme de destruction de l'ordre social.
Sommaire
Etymologie
Le terme a été forgé à partir du verbe latin subvertere : « mettre sens dessus dessous ; bouleverser, détruire ».
Définitions
Sens courants
1) tout processus d'action sur l'opinion, par lequel les valeurs d'un ordre établi sont contredites ou renversées. C'est une technique d'affaiblissement du pouvoir et de démoralisation des citoyens fondée sur la connaissance des lois et de la psychologie dont l'aboutissement est l'effondrement de l'État sur lui-même. On parle ici par exemple de « propagande subversive », notamment en cas de conflit avec un pays étranger. Le sens est ici très général: un gouvernement de gauche, un pouvoir révolutionnaire ou une dictature communiste peuvent accuser leurs adversaires d'être des subversifs ou de mener des actions subversives.
2) dans un sens courant, voire familier, propos semblent de nature à troubler l'ordre social ou politique : on parle ainsi de « bandes dessinées subversives », d'« humour subversif », de « personnes se croyant subversives », etc.
3) action ou propagande visant à contester les institutions en place, l'ordre public, l'armée, etc. Les partis et organisations de Droite qualifient ainsi souvent de subversion ou d'« action subversive » l'agitation, la propagande ou les actions menées par les mouvements de gauche et particulièrement ceux de la gauche radicale.
Sens traditionnel
Dans la doctrine traditionnelle, la notion de Subversion est l'antithèse de celle de Tradition. Elle renvoie à une vision méta-historique, à une analyse de l'arrière-plan métaphysique de l'histoire. Dans les coulisses de l'histoire se déroule ainsi une lutte incessante des principes du Bien et du Mal, « forces du cosmos contre forces du chaos, aux premières correspondant tout ce qui est forme, ordre, loi, tradition au sens supérieur, hiérarchie spirituelle, aux secondes les influences dissolvantes, subversives, dégradantes, qui cherchent à faire prévaloir l'inférieur sur le supérieur, la matière sur l'esprit, la quantité sur la qualité »[1].
Ainsi, pour des auteurs comme Julius Evola, l'action subversive ne se limite pas à un complot d'Illuminés ou de Francs-maçons, mais remonte à des tendances bien antérieures dans l'histoire. ce peut être l'introduction des mythes chtoniens dans les civilisations solaires, c'est la résurgence du substrat étrusque, c'est la sécularisation du pouvoir du monarque, et ce même si les agents qui provoquent concrètement ces ruptures de niveau n'ont pas conscience de traduire cette dimension métahistorique[2]. Pour Evola, il importe donc de « rechercher les influences d'ordre supérieur, propres à dissiper l'apparence purement accidentelle des événements dont l'Occident a été et continue d'être le théâtre, et qui semblent bien obier, au-delà de la multiplicité des aspects particuliers , à une seule logique [...]. C'est dans le cadre de ce problème que se situe le concept de la guerre occulte, c'est-à-dire la guerre menée dans l'ombre par ce que l'on peut appeler, d'une façon générale, les forces de la subversion mondiale, avec des moyens et dans des circonstances dont l'historiographie courante ignore tout »[3].
L'analyse traditionnelle de la notion de subversion ne doit donc pas être confondue avec les interprétation conspirationnistes de l'histoire, qui imputent les menées subversives uniquement à des groupes particuliers, souvent extérieurs à une société ou à un peuple, considéré comme totalement dépourvu d'intention subversive. Il s'agit au contraire de tendances régressives internes aux sociétés, et qui apparaissent au grand jour non pas avec la Révolution française, mais avec la « pseudo-Renaissance » et son affirmation de l'humanisme et de l'individualisme. Cette affirmation marque la rupture entre le monde traditionnel et le monde moderne, qui suit la rupture entre Cité et Sacré : « la rupture du rapport entre les deux mondes; la concentration de chaque possibilité en une seule, celle de l'homme ; la substitution au supra-monde de fantasmes éphémères et falsifications passagères accompagnées des troubles exhalaisons de la nature mortelle, voici le sens du monde moderne »[4]. L'essence de la philosophie moderne serait, selon Evola, à rechercher dans cette « vision globale toute entre centrée sur l'homme, sur la condition humaine, ce qui est humain devenant alors l'objet d'un culte, pour ne pas dire d'un véritable fétichisme »[5].
Evola rejoint là René Guénon qui écrivait que : « ce que nous entendons par "individualisme", c'est la négation de tout principe supérieur à l'individualité, et, par suite, la réduction de la civilisation, dans tous ses domaines, aux seuls éléments purement humains »[6].
Les idéologies nées par la suite participent toutes de ce processus de subversion : constitutionalisme, libéralisme, égalitarisme, socialisme, marxisme.
Les auteurs de l'école traditionnelle, en reliant la subversion à une tendance interne à l'individu, convergent avec Nietzsche qui fait remonter les idéologies égalitaires à la pulsion du ressentiment. Ainsi, ceux qui ont le plus profondément relier l'enseignement d'Evola avec celui de Nietzsche font clairement remonter la subversion occidentale au christianisme, la première « religion des chândâla » : « La Subversion ? Elle est apparue sur nos terres avec une secte surgie des basfonds inquiets de Galilée et adorant un instrument de torture »[7].
Mutation
Les courants du marxisme post-moderne, du politiquement correct ou du marxisme culturel, emploient comme un mot d'ordre les termes de déconstruction ou de « nécessité de déconstruire ». Il est évident que ces vocables peuvent être assimilé au terme de subversion, visiblement entaché d'une connotation jugée trop négative ou d'apparence trop peu « scientifique ».
Bibliographie
Articles connexes
Notes et références
- ↑ Julius Evola, Les Hommes au milieu des ruines, trad. Gérard Boulanger, Pardès, 1984, p. 183.
- ↑ Christophe Boutin, Politique et tradition, Julius Evola dans le siècle, Kimé, 1992, 513 p., p. 142-143.
- ↑ Julius Evola, Op. cit., p. 181.
- ↑ Julius Evola, « Hiérarchie traditionnelle et humanisme moderne », in: Symboles et « mythes » de la Tradition occidentales, Archè, 1980, p. 14.
- ↑ Julius Evola, L'Arc et la massue, Pardès et Guy Tredaniel, 1983, p. 97.
- ↑ René Guénon, La crise du monde moderne, Gallimard, 1946, p. 90.
- ↑ Jean-Louis Duvigneau et E.H. [« Éric Houllefort », pseudo. Philippe Baillet], « Sur la Libye de Kadhafi et l'imbécillité droitiste » , in: Giorgio Freda : nazimaoïste ou révolutionnaire inclassable ?, Lausanne, [1978], p. 47-57; rééd. Ars, Nantes [1990], p. 55.