Olier Mordrel

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Olier Mordrel étudiant
Olier Mordrel en 1928 lors d'un congrès de Breiz atao (2° à partir de la droite)
Olier Mordrel au début de la deuxième guerre mondiale
Olier Mordrel, (né à Paris le 29 avril 1901, mort le 25 octobre 1985 dans la même ville), de son vrai nom Mordrelle, fut un nationaliste breton engagé pour l'indépendance politique de la Bretagne puis dans la rédaction d'ouvrages portant sur le même sujet. Il est aussi connu sous les pseudonymes de Jean de La Bénelais, Er Gédour, Otto Mor, Calvez et Olivier Launay.

Il est le fils d'une Corse mariée avec le général Joseph Mordrelle (décédé en 1942), originaire de la région de Saint-Malo et qui a accompli la plus grande partie de sa carrière dans les troupes coloniales. Il est né à Paris où il a passé le plus clair de son enfance. Paradoxalement il a appris le breton à Paris. Après des études aux Beaux-Arts, il exerce la profession d'architecte à Quimper pendant dix ans. Il a plusieurs enfants dont le plus connu est Tristan Mordrelle.

Sommaire

Une jeunesse bretonne


En 1919, il adhère au groupe nationaliste Breiz atao (Bretagne toujours) fondé un an avant par Morvan Marchal. En 1922, il devint président de l'Unvaniez Yaouankiz Vreiz (Union de la jeunesse de Bretagne). En 1925, alors qu'il s'était installé à Quimper comme architecte, il lance, avec le linguiste Roparz Hemon (agrégé d'anglais, professeur au lycée de Brest), Gwalarn (Vent de noroît), supplément littéraire en breton à Breiz Atao, voué à la renaissance de la langue bretonne, avant de devenir une revue indépendante de 1926 à 1944. [1]

Il co-signe, avec Roparz Hemon, le manifeste de Gwalarn, dans le numéro de Breiz Atao (n° 74, février 1925) où apparaît, en en-tête de la rubrique sur la vie du parti, le hevoud, symbole ressemblant à la croix gammée et choisi pour son aspect païen et pré-chrétien. Cette année-là se tient aussi le premier congrès interceltique à Dublin où la délégation bretonne se compose de François Jaffrennou (le barde Taldir), Olier Mordrel, Morvan Marchal et Youen Drezen. En 1927, il devient co-président du Parti autonomiste breton (PAB), puis son secrétaire à la propagande.

Il anime dans les années trente un courant de jeunes architectes d’esprit autonomiste et tente de créer un style breton moderne.

Il publie dans Breiz Atao, en 1933, le programme de gouvernement SAGA (Parti des Celtes relevés), sous le pseudonyme de A. Calvez. Dans ce programme en huit parties, Mordrel traite de la constitution d’un État breton indépendant, à qui l’État français devra restituer « une partie des richesses nationales y compris en caisse d’or, colonies, collections d’art, bibliothèques, équipement industriel » ; le ralliement de certaines régions limitrophes est prévu « par voie de plébiscite ». Il prévoit aussi « l’exclusion des étrangers, et particulièrement des races latines et de couleur, de tous les postes responsables de la vie publique. Exception prévue pour le cas des hommes de race nordique ». Plus loin, on lit : « Contrôle de l’éducation de la jeunesse, destinée à faire des hommes physiquement et moralement sains, et rendus au génie jusqu’ici étouffé de notre race ».

En 1934, il fonde la revue Stur (Le Gouvernail). En 1936, il fonde le Bulletin des minorités nationales de France, ultérieurement dénommé Peuples et Frontières, où sont présentées des revendications au nom de la Bretagne et des principales minorités nationales européennes. Le 14 décembre 1938, Mordrel est condamné, avec François Debauvais, à un an de prison avec sursis pour « atteinte à l'unité de la nation ». De juillet 1938 à juillet 1939, il est secrétaire général et rédacteur de l'hebdomadaire Breiz Atao.

Dans la tourmente de la guerre



Avant la déclaration de la guerre entre la France et l'Allemagne, et afin s'échapper à une arrestation imminente, il part en Allemagne avec sa femme, François et Anna Debauvais. Le PNB (Parti national breton, fondé en 1911 par le poète Le Mercier d’Erm), relancé en 1932 avec F. Debeauvais avec un cap séparatiste (inspiré de la révolution irlandaise) et donc en rupture avec le régionalisme, est en effet dissous sous le gouvernement Daladier (octobre 1939) en raison de ses relations supposées favorables à l’Allemagne nazie. Les biens du parti sont confisqués et les archives détruites.

En Janvier 1940, les deux fondateurs du PNB adressent une Lettre de Guerre (Lizer Brezel) à leurs militants en rappelant qu' « un vrai Breton n'a pas le droit de mourir pour la France ». Ils ajoutent : « Nos ennemis depuis toujours et ceux de maintenant sont les Français, ce sont eux qui n'ont cessé de causer du tort à la Bretagne ». Ils engagent aussi des pourparlers à Berlin « pour tenter d'y jouer la carte de l'indépendance bretonne dans l'éventualité probable d'une défaite de la France » en se réclamant d'un « Gouvernement breton en exil » (Bretonische Regierung).

En mai 1940, François Debauvais et lui sont jugés par contumace par le tribunal militaire de Rennes pour « atteinte à la sécurité extérieure de l'État et à l'intégrité du territoire, maintien ou recrutement d'un groupe dissous, provocation de militaires à la désertion et à la trahison ». Ils sont dégradés militairement et condamnés à mort. Le 1er juillet 1940, Olier Mordrel revient en Bretagne, suite à l'entrée des Allemands en France.

Le PNB, rassemblant plusieurs milliers de membres, continue d’exister dans la clandestinité. Courant juillet, Debeauvais et Mordrel créent le Comité national breton qui opte pour une ferme neutralité. A cette même occasion (« Congrès » de Pontivy) est décidée l’édition d’une nouvelle revue, L’Heure bretonne : 201 numéros paraîtront entre juillet 1940 et juin 1944, la revue connaissant un succès certain (elle tirera à plus de 30.000 exemplaires). En décembre 1940, Mordrel, mis en minorité au sein de la direction du CNB, en démissionne et est remplacé par Raymond Delaporte qui restera à ce poste jusqu’à la fin de la guerre. Il est alors assigné à résidence en Allemagne, d'abord à Stuttgart, puis à Berlin, jusqu'en mai 1941. A cette date, le professeur Leo Weisgerber, qui lui lui avait proposé un poste de lecteur de celtique à l'Université de Bonn, organise son retour à Paris. Mordrel obtient de pouvoir séjourner en Mayenne. A cette occasion, quelques-uns de ses amis comme Jean Merrien, Raffig Tullou, Jean Trécan et René-Yves Creston lui rendent visite et prennent son avis sur un certain nombre de problèmes culturels et politiques. Il revient par la suite à Rennes le 16 septembre 1941, avec l'autorisation des Allemands, après dix mois de mise à l’écart, mais il est considéré comme "indésirable" par les dirigeants du PNB et exécré par les représentants de Vichy.

Le PNB est alors divisé en plusieurs courants. Le Comité consultatif de Bretagne regroupe la plupart des modérés (Yann Fouéré, J. Martray...) et obtient des concessions dans le domaine culturel. Les relations se tendent de plus en plus entre la direction des frères Delaporte et l’aile dure. La double appartenance aux Bagadou stourm et au Service spécial de Célestin Lainé est bientôt interdite. Après l’assassinat le 12 décembre 1943 de l’abbé Perrot (fondateur en 1905 du Bleun Brug) par la résistance communiste, Lainé crée la Bezen Perrot avec les plus durs du service spécial (Alan Heusaff, Aël Péresse,...) : il s'agira d'une milice bretonne rattachée au Sicherheitsdienst (SD). Lainé officialise ainsi la scission en créant en mai 1944 un nouveau Parti national breton dont la ligne est celle d'un soutien total à l’Allemagne.

Mordrel, malgré sa mise à l'écart, est néanmoins en 1942 autorisé à faire reparaître sa revue des années 30, Stur. En 1943, il rencontre régulièrement à Rennes Louis-Ferdinand Céline. Il fait partie de Radio Paris. Mordrel quitte Rennes au printemps 44 pour Paris où il tente d’échafauder un plan pour gagner un pays neutre : il veut y créer un Comité national en exil ... Mais, le 13 août 44, il prend le chemin de l'exil, d'abord en Allemagne, puis en Autriche et en Italie,... [2].

Exil et retour


À la "libération", Mordrel, Raymond Delaporte et François Debeauvais quittent la Bretagne, pour se réfugier en Allemagne puis en Irlande. Dans ses mémoires, Olier Mordrel prétend avoir négocié le 16 février 1945 une alliance avec le parti de Doriot (PPF), contre la reconnaissance d’une indépendance bretonne au sein d’une fédération « de type suisse ». Il est condamné à mort par contumace en juin 1946. Il part d'abord pour le Brésil, puis l'Argentine, avant de trouver refuge en Espagne. Il écrit dans la revue Ar Vro, sous le pseudonyme de Brython. Il revient en France, en 1972, collabore à La Bretagne réelle, sous le pseudonyme d'Otto Mohr et édite divers livres, dont Waffen SS d'Occident. Le nationaliste breton, un temps proche de la Nouvelle droite, Yann-Ber Tillenon le nomme en 1983 Président d'honneur, tout comme Goulven Pennaod, du cercle Kelc'h Maksen Wledig (du nom de l'Empereur Maxime, "descendu" de Bretagne insulaire en compagnie de Conan Meriadec, le premier roi de Bretagne ). En 1981, il déclare soutenir François Mitterrand. Il se rapproche peu après du GRECE. Il meurt en 1985.

Un apport idéologique : Le Mythe de l'Hexagone


En 1981, paraîtra chez l'éditeur Jean Picollec Le Mythe de l'hexagone dans lequel Olier Mordrel résumera ses thèses :

En se livrant à une généalogie de l'Etat-Nation, il s'agit avant tout pour Mordrel de rompre avec un certain type d'homme, le Français précisément. Le Français type n'est que le peuple de l'Ile-de-France dont la langue a peu à peu dominé les autres dialectes d'oïl ou d'oc. Se sentant proche du pouvoir, il dédaigne tout ce qui n'a pas été conçu à Paris. Nul plus que lui n'a intériorisé la prétention d'un Etat à étendre son modèle à tous les peuples conquis, sous couvert d'une mission divine (France fille aînée de l'Eglise) puis de l'idéal républicain revendiquant une primauté universelle de la France. Tous les instruments du déracinement se retrouvent dans ce Type : centralisme justifié par une idéologie sacralisée, universalisme éloigné des réalités des provinces et des corps représentatifs, administration imbue d'elle-même centrée sur Paris et se coupant des peuples du royaume, primauté délivrée à la culture du Roi, la culture française, sur les autres qui composent alors le royaume de France (provençale, occitane, bourguignonne, bretonne, flamande, corse).

Tous les moyens ont été utilisés pour rattacher au noyau central les terres et les peuples du futur hexagone : mariages, achats, échanges de territoires, justifications juridiques d'interventions armées... L'unification du territoire se fit de fait plus par les armes que par un rattachement paisible : Alsace, Artois, Avignonnais, Auvergne, Béarn, Bigorre, Bourgogne, Bretagne, Charollais, Comtat Venaissin, Corse, Flandre, Franche-Comté, Gascogne, Guyenne, Hainaut, Labourd, Languedoc, Lorraine, Normandie, Niçois, Roussillon, Savoie, Toulousain... Les exemples ne manquent pas : croisade des Albigeois, guerres de Bretagne, dévastation de la Lorraine, génocide de Franche-Comté, massacres de Vendée et des Cévennes, pendaisons des Flandres, deux expéditions militaires en Corse...



Évocation de Jean Mabire



« Mordrel, c'est tout autre chose [qu'un intellectuel]. Un grand écrivain d'abord, même s'il s'est échiné à la fin de sa vie dans des besognes moins hautes que lui. Mais aussi un homme capable de s'incarner totalement dans un peuple au point d'en faire une nation, dans un paysage au point d'en faire quelque Terre promise, dans un style de vie au point de donner naissance à un type d'homme nouveau.


Au départ, se situe certes la lutte pour ce qu'on nomme "les patries charnelles" et l'unité d'un monde qu'il baptisait comme "nordique" et qu'on peut aussi bien proclamer "européen". Mais très vite apparut la fraternité par-delà les frontières. Et l'ordre nécessaire qui unit les meilleurs. Mordrel incarnait en lui-même, sans se soucier des contradictions, la sève populaire et la vertu aristocratique. Fils d'un général gaulois, il avait rompu avec le décor d'une France "unéindivisible" sans renier son sang. En pleine guerre, l'article qu'il consacre à ce vieux chef de l'arme coloniale indique bien les rapports nouveaux qui pourraient naître entre la Bretagne et la France.


Mordrel dépassait sa patrie avant même de l'avoir construite. Etre Breton, pour lui, n'était pas se fermer mais s'ouvrir. Première leçon.

La deuxième est sans doute que pour nous qui haïssons la chose politicienne, tout est politique et grande politique. Un poème, une critique de film, une photographie de visage ou de chaumière, la rencontre d'un homme véritable et surtout l'évocation de ses amis disparus comme Jakez Riou ou von Thevenar, tout lui était prétexte pour retrouver son monde et nous le faire découvrir. Même les statistiques et la géopolitique devenaient sous sa plume réalités de chair et de sang. Cet architecte était un lyrique.


L'aventure de Breiz Atao appartient à l'Histoire. Même si l'on en peut tirer un enseignement, elle n'en reste pas moins un moment totalement englouti dans le passé, aussi nécessaire et périmé que la geste de Nominoé ou les exploits d'Alan Barbe Torte. Mais Stur échappe aux pesanteurs quotidiennes et périssables de la politique. Cette revue annonçait, au détour de chaque page, qu'un nouveau type d'homme était en train de naître en Bretagne et que le Sturien serait bientôt autre chose que les différents avatars granitiques de la race : rêveurs, susceptibles, bourrus et bons cœurs, terroristes naïfs, soldats perdus du Bezenn, écolos barbus, grincheux mais éternels serviteurs de la France... Nourri de la philosophie de Nietzsche et de la littérature héroïque d'Irlande, le Breton sortait enfin d'un sommeil millénaire. Olier Mordrel peut dormir en paix. Il a semé des étincelles. »


Extrait de l'article Ce que je dois à Olier Mordrel, Jean Mabire, Éléments n°56, 1985.

Notes


  1. Pour Hemon, le combat linguistique reste la clef de voûte du combat culturel ; il faut éradiquer le français de Bretagne, car « le français dans nos écoles, c'est l'esprit de la France au milieu de nous »
  2. On pourra lire de Mordrel sur cette période mouvementée Breiz Atao, histoire et actualité du nationalisme breton (éd. Moreau (1973)

Publications


  • (J. La Benelais) Pensée d'un nationaliste Breton, (Breiz Atao 1921-1927). Les nouvelles éditions bretonnes 1933.
  • La Galerie bretonne
  • traduction des "Chants de l'amour et de la mort du cornette" de Rainer Maria Rilke. Kanenn hini Langenau, Kenwerzel Breiz, Rennes
  • Breiz Atao, histoire et actualité du nationalisme breton, Alain Moreau, 1973.
  • La Voie bretonne, Nature et Bretagne, Quimper, 1975.
  • L'Essence de la Bretagne, Essai. Guipavas, éd. Kelenn, 1977
  • Les hommes-dieux, récits de mythologie celtique, Paris, Copernic, 1979
  • L'Idée bretonne, Éditions Albatros, 1981.
  • Le Mythe de l'hexagone, Picollec, 1981.
  • La Bretagne, Nathan 1983.



Liens externes


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