Opposition contrôlée
Le terme d'Opposition contrôlée est employé pour désigner les forces politiques qui se présentent comme en opposition aux gouvernements ou aux système politique en place, mais qui, d'une part, n'en contestent pas les fondamentaux et, d'autre part, font l'objet d'une grande tolérance de la part du pouvoir en place. Comme elles ne présentent aucun danger pour lui, il s'en sert pour se renforcer et pour étouffer les forces qu'il craint réellement.
Points de vue
Les milieux de la Droite radicale qualifient fréquemment d'opposition contrôlée des partis politiques tels que le Rassemblement national, l'Alternative pour l'Allemagne ou Vox. Les critères employés le plus souvent sont que ces partis ne remettent pas en question les fondamentaux du régime (constitution, mythologie jacobine, philosophie des droits de l'homme, rhétorique antiraciste, etc.), qu'ils s'en accomodent très bien lorsqu'ils accèdent à des charges publiques (prébendes, corruption, détournements de fonds, etc.) et qu'ils effectuent des actes de soumission intellectuelle ou symbolique à l'idéologie du système, comme le refus de remise en question de ka version officielle de l'histoire, l'antifascisme (« les gauchistes sont les vrais fascistes »), reprise de l'argumentaire de gauche (« les gauchistes sont les vrais racistes »), etc. La recherche continue de gages de « respectabilité » peut les amener à appeler à interdire des organisations de Droite radicale, à rendre hommage à des personnalités de gauche, ou à effectuer des pèlerinages dans des lieux symboliques comme le Mur des Lamentations à Jérusalem.
Parfois, certains qualifient d'opposition contrôlée les mouvements et organisations activistes de la gauche radicale. On se base dans ce cas sur l'impunité dont bénéficient ces groupes, alors qu'ils agissent souvent dans l'illégalité, causant des dommages à la propriété, des actes de violence contre des biens et des personnes, ainsi que des troubles de l'ordre public de toutes sortes. Cependant, il semble peut pertinent de parler dans ce cas d'opposition contrôlée, puisque ces groupes ne se revendiquent pas d'une philosophie ou d'une conception-du-monde opposée au système en place. Ils forment une partie du système dominant, la plus radicale, celle qui veut pousser le plus loin la logique de ce même système.
Dans la littérature
Dans son roman d'anticipation 1984 (1949), George Orwell décrit une organisation secrète de lutte contre le pouvoir, The Brotherhood (La Fraternité), à laquelle Winston Smith, le personnage principal, adhère. Il lui prête serment, jurant d'être prêt à accomplir n'importe quelle action pour la servir. Les membres de la Brotherhood doivent lire The Book, un ouvrage interdit, présenté comme l'œuvre de Goldstein, un ancien dirigeant du Parti, passé à la dissidence. Après son arrestation, Smith comprend qu'elle la Brotherhood est en fait un outil du pouvoir, qui sert uniquement à emprisonner les esprits déviants, et on lui révèle même que The Book a été écrit par ses tortionnaires.
Plus tard, dans son roman de fiction Eumeswil (1977), Ernst Jünger dépeint avec talent le rôle et les mécanismes de fonctionnement d'un hebdomadaire, le Zaunkönig (Le Roitelet, dans la traduction française), qui se présente comme la tribune de l'opposition libérale au pouvoir. Contrairement au Book de 1984, il est loin d'être interdit, et il est en vente dans tous les kiosques. Il est beaucoup plus lu que ne pourrait le faire croire le petit nombre de ses abonnés, qui sont tout de même fichés. Il est par ailleurs très lu dans les cercles du pouvoir (notamment au bar de nuit fréquenté par le tyran et ses proches), où il est considéré comme distrayant et en aucun cas dangereux, car il est totalement sous contrôle.