Arthur Schopenhauer

De Metapedia
Aller à : navigation, rechercher

Arthur Schopenhauer est un philosophe allemand, né le 22 février 1788 à Danzig en république des Deux Nations (Voïvodie de Poméranie) et mort le 21 septembre 1860 dans la ville libre de Francfort-sur-le-Main.

Schopenhauer.jpg

L’art du pessimisme[1]

Arthur Schopenhauer, bien qu’issu d’une famille hollandaise, naît le 22 février 1788 dans la ville libre de Dantzig. Il effectue de brillantes études durant lesquelles ses maîtres notent une intelligence hors du commun. Son esprit scientifique l’emporte, bien qu’il soit curieux de tout. En 1803, sur les instances de son père, riche commerçant, il part pour un tour d’Europe. Wimbledon, où il apprend l’anglais. Paris, Lyon, Genève, la Savoie où il reçoit de plein fouet la vision du mont Blanc – et dont quelques-uns de ses textes futurs garderont trace. Puis passage par la Bavière et l’Autriche avant son retour à Dantzig.

Considérant qu’il s’est suffisamment formé par les voyages, son père le prépare au monde des affaires. Mais Arthur a trop soif de découvertes et d’apprentissage. Il n’a pas à aller toutefois contre la volonté de son géniteur puisque celui-ci décède entre-temps. Sa mère s’installe à Weimar où elle tient salon. C’est une femme de charme et d’esprit. Elle reçoit Goethe, écrit des romans qui rencontrent un certain succès. Arthur quitte alors Hambourg pour Weimar où tout lui semble plus facile. Il y entame des études classiques. Grec, latin, littérature italienne, sciences naturelles, philosophie. Puis, à la faculté de Médecine: physique, chimie, astronomie, psychologie (déjà il se défie de Kant). Après quoi, il reprend la route. À Berlin il suit les cours de Fichte et de Schleiermacher, ce qui n’est pas rien, mais il se sent déjà apte à forger sa propre philosophie.

En 1813, il écrit Sur les quatre racines du principe de raison suffisante et décroche son titre de docteur à l’Université d’Iéna. Il retourne à Weimar où Goethe commence à le considérer: l’auteur de Faust est ressorti impressionné par la lecture de la thèse d’Arthur. Les deux hommes deviennent intimes. Cependant, désireux de couper le cordon ombilical, le jeune homme regagne Hambourg. Quelques lettres échangées avec sa mère, et puis c’est la brouille, sans rémission. À Dresde, il publie le traité Sur la vue et les couleurs. Puis Le Monde comme volonté et comme représentation, son chef-d’œuvre qui ne sera réellement reconnu qu’après sa mort.

En Italie, il visite les principales villes, mais c’est Venise qui l’impressionne le plus – il y échappe au mariage de justesse. À Milan, il apprend que les affaires familiales sont au plus mal. Et le voilà revenu en Allemagne. Pour subsister, il donne des cours à l’université de Berlin où un certain Hegel pèse de tout son poids… Mais il renonce vite: les potaches ne sont pas sa tasse de thé; il a bien mieux à faire.

Encore des voyages (Suisse, Italie…). Lorsque le choléra menace Berlin, Schopenhauer gagne Francfort, où il écrit La Volonté dans la nature, suivi de Sur la liberté de la volonté chez l’homme et de Sur le fondement de la morale. Dans la foulée, Le Monde comme volonté est réédité; il ne rencontrera pas plus de succès. En 1847 : un retirage de La Quadruple Racine. Enfin, en 1855, première parution d’un autre monument en deux volumes: les Parerga et Paralipomena. D’autres éditions se succèdent, d’autres compléments à ses précédents travaux. Et puis une pneumonie suivie d’une congestion cérébrale ont raison du philosophe le 21 septembre 1860, jour de l’équinoxe d’automne. Le monde va découvrir une œuvre originale.

Sa grande idée, celle qu’il avait confiée dès le début à Goethe, fut dans sa conception du monde. Et, partant, « tout ce qui existe, existe dans la pensée, c’est-à-dire que l’univers entier n’est objet qu’à l’égard d’un sujet, perception que par rapport à un esprit percevant, en un mot, il est pure représentation ». C’est donc la conscience qui détermine l’existence de l’espace et du temps.

Il a ensuite cette idée majeure, liée à l’instinct sexuel qui aboutit à la conservation et au développement de l’espèce (l’homme, en tant qu’animal métaphysique). « Toute inclination amoureuse (…) pour éthérées que soient ses allures, prend racine uniquement dans l’instinct sexuel. » « Le penchant se dirige en premier lieu et essentiellement vers la santé, la force et la beauté, donc aussi la jeunesse. » De même qu’un individu cherchera dans le sexe opposé au sien « les perfections qui lui font défaut, par un penchant prononcé pour le beau ». Autre analyse, certainement due à la passion de Schopenhauer pour le bouddhisme: l’univers est une lutte perpétuelle où bien et mal s’entre-dévorent selon une loi naturelle établie. Le philosophe a rapporté cette image de deux hérissons qui, pour lutter contre les assauts du froid, se serrent l’un contre l’autre, s’infligeant une nouvelle souffrance. Il note encore: « Quand on veut arrêter le bilan de sa vie au point de vue eudémonologique, il ne faut pas établir son compte d’après les plaisirs qu’on a goûtés, mais d’après les maux auxquels on s’est soustrait. »

La solitude et la noblesse ont aussi une place de choix dans la pensée du philosophe. Un de ses aphorismes les plus percutants: « La solitude est le lot de tous les esprits supérieurs; il leur arrivera parfois de s’en attrister, mais ils la choisiront toujours comme le moindre de deux maux. » Et, à propos de l’aristocratie: « aussi ne faut-il être trop indulgent ni trop aimable envers personne. (...) N’avoir jamais et d’aucune façon besoin des autres et le leur faire voir, voilà absolument la seule manière de maintenir sa supériorité dans les relations. » C’est aussi là une façon de prendre de la hauteur, de s’élever au-dessus de la masse qui n’aspire en effet qu’à régler sa montre sur l’horloge publique – alors que l’heure ne devrait être que celle que chacun de nous voudrait décider La mort et son acceptation que l’on rencontre en Inde, et empruntée à la logique brahmanique, est encore un thème récurrent dans l’œuvre de Schopenhauer, et qui ne laisse pas de le fasciner. Il est ridicule d’être effrayé par sa fin qui est certaine. Il convient que la connaissance l’emporte pour que l’homme affronte sa mort avec courage et sang-froid. « Ce qui disparaît et ce qui prend sa place ne sont qu’un seul et même être, qui n’a subi qu’une légère modification, un renouvellement de la forme de son existence, et, par la suite, ce qu’est le sommeil pour l’individu, la mort l’est pour l’espèce. » « La volonté de vivre est tout entière dans l’individu comme dans l’espèce, et c’est pourquoi la permanence de la race n’est que l’image de l’indestructibilité de l’individu. » À propos de la religion en général, Schopenhauer a une réflexion vivifiante. S’il est une lecture du philosophe qui devrait être faite en priorité c’est bien celle-ci ! 5 Selon lui en effet, les fondateurs de religions et les philosophes ne doivent être estimés qu’en ce qu’ils offrent à l’homme un sens élevé de l’existence… À la différence que les premiers s’adressent à la grande majorité, au vulgum pecus, tandis que les seconds se tournent délibérément vers une humanité plus exigeante. Platon n’affirme d’ailleurs pas le contraire dans sa République6 . Ainsi, la religion procède avec tambours et trompettes, ratisse au plus large, édifie les bûchers si nécessaire. Elle pense égalitarisme, nivellement, mépris du monde, abnégation de soimême, chasteté, abandon de la volonté personnelle, force sacrifiante de la souffrance ; la liste est longue. Ici se situe la différence essentielle entre nos sociétés contemporaines et, par exemple, les démocraties de l’Antiquité ou la civilisation indienne sur laquelle les missionnaires chrétiens ne purent avoir de prise véritable. Mais voilà aussi sans doute à quoi l’on juge une civilisation « évoluée » puisque, comme l’écrit le philosophe: « Qui veut juger la religion doit sans cesse conserver sous les yeux les dispositions de la grande masse à laquelle elle est destinée, par conséquent se représenter son infériorité à la fois morale et intellectuelle. » Ou encore: « La religion, en somme, est le chef-d’œuvre par excellence du dressage, le dressage de la pensée. »

Une fois acquise l’idée que les religions tiennent lieu de métaphysique à la grande masse qui est incapable de penser, nous pouvons supposer que les États ne répugnent pas à consolider l’existence de cette métaphysique populaire pour établir leurs lois. Il est en effet plus aisé de diriger des peuples maintenus dans une certaine ignorance. L’instauration d’un système universellement reconnu, et dans lequel par surcroît l’être se trouve très vite culpabilisé, peut constituer le ciment d’un peuple. Comme cela s’est vu en Europe avec l’avènement du christianisme. Il n’en demeure pas moins, toujours selon Schopenhauer, que : « Les guerres de Religion, les boucheries religieuses, les croisades, l’Inquisition, à côté de ces autres inquisitions que furent l’extermination de la population primitive de l’Amérique, furent les fruits du christianisme, et on ne trouvera rien chez les Anciens qui leur soit analogue ou leur fasse contrepoids. » Non, ce christianisme-là n’a en rien amélioré le sort de l’humanité.

Quant au pessimisme, dont Nietzsche s’instruira, il réside surtout dans sa conception de l’éthique. Ce en quoi Schopenhauer a pu être qualifié de « postmoderne ». Dans les Parerga et Paralipomena , il fait encore référence à l’Inde et à Cicéron, pour déterminer ces vertus cardinales qui manquent cruellement à notre société revêtue d’oripeaux judéo-chrétiens; foi, amour, espérance ne sont que des vertus théologales, importées par le théisme juif et sa mythologie. Du moins, les Anciens avaient le courage avec eux, et ne tentaient pas systématiquement d’étouffer les instincts qu’ils portaient en eux; à l’image de l’animal sauvage qui refuse de se laisser dompter et apprivoiser si tel n’est pas son intérêt. Au paragraphe 114 de Parerga, le philosophe fait néanmoins remarquer: « Il y a réellement dans le cœur de chacun de nous une bête sauvage qui n’attend que l’occasion de se déchaîner, désireuse qu’elle est de faire du mal aux autres, et, si ceux-ci lui barrent la route, de les anéantir. C’est là que naît tout le plaisir du combat et de la guerre: et c’est ce que la conscience, sa gardienne particulière, a charge constante de dompter et de maintenir en quelques mesures dans les bornes. »

La beauté et l’intelligence sont également parties intégrantes des sensibilités inhérentes à ceux que Nietzsche nommera bons Européens – à ceci près que si l’homme semble préférer la beauté, la femme est plus sensible à l’intelligence. On ne doit pas passer son chemin devant ces vertus. Cette double attirance participe du caractère « inné et immuable » auquel nous ne pouvons échapper; elle dicte bien souvent notre conduite, à condition que nous ne nous laissions pas influencer inconsidérément. De même qu’il y a un fatum que les Anciens liaient à la chaîne causale, une stricte nécessité qui détermine l’avenir. L’homme dépourvu de jugement est enclin en effet à emprunter les sentiers battus. Il est imitateur. Et dans ses actions il a trop souvent tendance à conjuguer cette imitation, ce mimétisme, avec des habitudes bien installées. Une façon de se sécuriser…

Pour ce qui est de la politique et du droit, il faut se représenter une nouvelle fois un perpétuel équilibre entre les peuples eux-mêmes. Le plus faible finit par périr sous la botte d’un voisin plus déterminé. Schopenhauer constate encore que la production de biens tend principalement à procurer aux puissants du superflu et de l’inutile. Le discours s’accorde aussi avec le confort qui a tendance à devenir un luxe. À ce stade de la réflexion, le philosophe se demande s’il est envisageable que le machinisme puisse libérer du temps, au moins pour les plus pauvres, afin que ceux-ci puissent se consacrer davantage à développer leur culture individuelle.

Là où Schopenhauer se fait plus incisif, c’est lorsqu’il constate, au rebours des idées reçues – et notamment celles-là qui générèrent la révolution de 1848 –, que le peuple ne sera jamais réellement souverain. Car ce serait la porte ouverte à des désordres considérables. Ainsi, la démocratie, dans sa conception moderne, n’est qu’un leurre, un mot dépourvu de sens. Partout la force continuera de dominer. La force mais aussi la haine, la méchanceté, la bêtise, avec lesquels il faudra toujours composer pour connaître une stabilité de la chose publique. L’alternative, évoquée par Schopenhauer, c’est bien évidemment de ne pas se voiler la face et d’accepter l’autorité d’un seul homme, placé « au-dessus même de la loi et du droit, absolument irresponsable, et devant lequel tout se courbe. (...) C’est seulement ainsi que l’humanité se laisse brider et conduire ». On aura compris que le philosophe regarde vers une forme de gouvernement monarchique qui est naturelle à l’homme comme aux abeilles, aux fourmis ou aux loups. « Il faut qu’il y ait partout, précise-t-il, une volonté dirigeante. (...) C’est le cerveau seul qui guide et gouverne. » Alors que le cœur, les poumons et l’estomac, s’ils contribuent à maintenir l’ensemble ne peuvent gouverner. L’idée n’est pas nouvelle, on la trouve énoncée dans L’Iliade . On a donc un état naturel qui ne doit rien à la réflexion. À condition de distinguer monarchie héréditaire et monarchie élue – telle qu’on la trouva par exemple dans les États de l’Église. Et puis la durée des monarchies de l’Antiquité a toujours été de loin supérieure à celle des Républiques. Schopenhauer prône ainsi un « despotisme des sages et des nobles, d’une véritable aristocratie, d’une véritable noblesse, en vue de la génération, par le mariage, des mâles les plus dignes avec les femmes les plus intelligentes et les plus intellectuelles. Cette idée est mon Utopie, ma République de Platon. »

Schopenhauer se tourne ensuite en direction du peuple juif. Qui a su montrer au monde (bien qu’il ne soit « nulle part chez lui, étranger nulle part ») qu’il savait maintenir la conscience de sa spécificité, et que celle-ci subsiste alors que Grecs, Romains, Assyriens, Perses, Phéniciens, Égyptiens ont quant à eux disparus. « Et nulle communauté sur la terre n’est aussi étroitement unie que celle-ci. » Il serait d’ailleurs erroné de la considérer comme une communauté exclusivement religieuse. C’est pourquoi, si Schopenhauer préconise d’accorder aux ressortissants Juifs les mêmes droits civiques qu’aux nationaux, leur conscience patriotique devrait, très logiquement, interdire aux États dont ils sont les hôtes que leur soient réservées des places prépondérantes dans leurs gouvernements. Et, encore une fois, Schopenhauer en profite pour condamner les chrétiens, les accusant d’avoir ouvert la porte à leurs cousins Palestiniens. Cet antisémitisme – plus relatif à la religion qu’à la race – est néanmoins moins virulent que le sort réservé par le philosophe à ses compatriotes quand il affirme : « En prévision de ma mort, je déclare ici que le peuple allemand est le plus lourd et le plus stupide que je connaisse et que je rougis de lui appartenir. » Et pour le grade des Français: « Le reste du monde a les singes; l’Europe a les Français. » Son discours sur les femmes ne vaut guère mieux puisqu’il les trouve dépensières et habiles à mentir.

Voilà des façons de ne pas emprunter en tout cas les sentiers battus. Mais Schopenhauer n’a jamais épousé le moindre dogme. Ce sont les certitudes qu’il combat. Et nous sommes plus que jamais envahis par les certitudes. Alors il est peut-être temps de retrouver quelques leçons de savoir-être dans la pensée du philosophe peut-être le plus Européen qui soit.

Influences

Arthur Schopenhauer a influencé :

Voir aussi

Notes et références

  1. Section reprise en partie de l'article de : Bruno Favrit, « Schopenhauer ou l’art du pessimisme », in Réfléchir et agir, HS no 2, 2016, pp. 15-10.