Pierre-André Taguieff
Pierre-André Taguieff, né le 4 août 1946 à Paris, est un politologue, sociologue et historien des idées français.
Sommaire
Biographie
Longtemps engagé à gauche, ses recherches portent essentiellement sur ce qu'il assimile au racisme, à l’antisémitisme, au nationalisme, au populisme et à l’eugénisme. Il a aussi consacré certains travaux aux courants de la Nouvelle droite.
A la fin des années 1990, alors qu'il est encore unanimement considéré comme un homme de gauche, il commence à fustiger les dérives des pseudo-chercheurs et autres inquisiteurs politiques. Il constate que « la diffamation douce et diluée, la dénonciation vertueuse, la délation bien-pensante et mimétique donnent son style à la chasse aux sorcières à la française. » Il pointe aussi une aggravation du conformisme, affirmant que celui-ci «a fait place au délationnisme fielleux », devenu « la maladie de la gauche folle »[1]. Surtout, Taguieff analyse déjà de façon très pertinente les mécanismes mentaux du « délationnisme » initialement propre aux « vigilants » de l’antifascisme perpétuel, mais dont on peut dire qu’il sévit aujourd’hui dans des milieux très variés : « Un esprit fermé ou rigide – écrivit-il - est incapable d’évaluer une information comme vraie ou fausse en se fondant sur les qualités intrinsèques de cette information. Il ne juge d’une information qu’en la rapportant à sa source. […] Qui parle ? D’où ? » C’est ainsi que s’élabore la « culpabilité par association » ou, même, par simple proximité : « …un texte signé X paraissant à côté d’un texte signé Y (Y étant un nom d’auteur négativement marqué) sera considéré comme suspect ou équivoque a priori, indice en tout cas d’une proximité coupable, d’une potentielle contamination, d’une secrète complaisance, d’une tendancielle convergence »[2].
A partir des années 2000, il commence à s'interroger sur les problèmes posés par le multiculturalisme et le communautarisme. Ces remises en question des dogmes lui ont valu d'être qualifié de « figure néo-réactionnaire » par la gauche la plus radicale[3]. En réponse, il publie le 27 novembre un article qui fera date dans cette polémique : « Le nouvel opium des intellectuels ». En ce « libelle de commande », il voit « une petite machine de guerre dirigée contre tous ceux qui ne font pas partie du grand club socialo-libéral-libertaire, le club des conformistes heureux » et il y sent « [un] irrespirable mélange de stalinisme prolongé, de maccarthysme retourné et de “politiquement correct” [4]».
Il évolue ainsi peu à peu vers des positions libérales-conservatrices.
Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages.
Publications
(à compléter)
Ouvrages
- Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usages d'un faux, t. I, Introduction à l'étude des « Protocoles » : un faux et ses usages dans le siècle ; (dir.) t. II Études et documents, Paris, Berg International, « Faits et représentations », 1992 ; rééd. revue corrigée et augmentée, Berg International et Paris, Fayard, 2004.
- avec Grégoire Kauffmann et Michaël Lenoire, L'Antisémitisme de plume (1940-1944) : la propagande antisémite en France sous l'Occupation. Études et Documents, Paris, Berg International, « Pensée politique et sciences », 1999.
- La Nouvelle Judéophobie, Paris, Mille et une nuits, « Essai », 2002
- Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire, Paris, Mille et une nuits, « Essai », 2004
- La Judéophobie des Modernes : des Lumières au Jihad, Paris, Odile Jacob, 2008, 686 p.
- La Nouvelle Propagande antijuive. Du symbole al-Dura aux rumeurs de Gaza, Paris, PUF, 2010.
- Israël et la question juive, Paris, Les Provinciales, 2011
- Wagner contre les juifs, 2012
- L'émancipation promise, Editions du Cerf, 2019, 344 p.
- Céline, la race, le juif. Légende littéraire et vérité historique, avec Annick Duraffour, Paris, Fayard, 2017.
- Criminaliser les Juifs : le mythe du meurtre rituel et ses avatars (antijudaïsme, antisémitisme, antisionisme), Paris, Hermann, 2020.
- Hitler, les Protocoles des sages de Sion et Mein Kampf : antisémitisme apocalyptique et conspirationnisme, Paris, PUF, coll. « Hors collection / Histoire et art », septembre 2020, 255 p.
- Les nietzschéens et leurs ennemis, Editions du Cerf, 2021, 496 p.
- Qui est l'extrémiste ?, coll. « Le Point sur les idées », Intervalles, Paris, 2022, 164 p. (ISBN 978-2-36956-317-4).
- Pourquoi déconstruire ? : Origines philosophiques et avatars politiques de la French Theory, H&O, Paris, 2022, 288 p. (ISBN 978-2845474000).
- Le grand remplacement ou la politique du mythe : généalogie d'une représentation polémique, coll. « Essais », Éditions de l'Observatoire, Paris, 2022, 336 p. (ISBN 979-10-329-2615-4)
Articles
- « Julius Evola penseur de la décadence : une métaphysique de l'histoire dans la perspective traditionnelle et l'hypercritique de la modernité », in : Politica Hermetica, 1987, no 1, p. 11-47.
- « Les écrans de la vigilance », Panoramiques (numéro sur « Le lynchage médiatique »), Corlet – Marianne, n° 35, 4e trimestre 1998, pp. 65-78.
- « Le nouvel opium des intellectuels », Le Figaro, 27 novembre 2002.
Contributions
- avec Alain Boyer, André Comte-Sponville, Vincent Descombes, Robert Legros, Philippe Raynaud, Alain Renaut et Luc Ferry, Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens, Grasset, 1991, 308 p.
Sources
- Anaïs Voy-Gillis, L’Union européenne à l’épreuve des nationalismes, coll. Lignes de repères, Éditions du Rocher, Monaco, 2020, p. 37.
Liens externes
- Fiche de Pierre-André Taguieff sur le site du Cevipof : [1]
Notes et références
- ↑ Pierre-André Taguieff, « Les écrans de la vigilance », Panoramiques (numéro sur « Le lynchage médiatique »), Corlet – Marianne, n° 35, 4e trimestre 1998, pp. 65-78 (p. 68).
- ↑ Philippe Baillet, Écrits à l'écart de toute meute, Sentiers perdus, Fribourg, 2024, 322 p., p. 18-19.
- ↑ Daniel Lindenberg, Le Rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires, Paris, Seuil, coll. « La République des idées », 2002, 94 p.
- ↑ Pierre-André Taguieff, « Le nouvel opium des intellectuels », Le Figaro, 27 novembre 2002. URL : [2].
