Kalash

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Le peuple kalash est une minorité ethnique du Pakistan.

Une femme Kalash fait la "Une" du magazine Nouvelle École.

Les Kalash sont d'origine indo-européenne, parlent une langue indo-européenne apparentée au groupe indo-iranien et pratiquent leur propre religion païenne, résistant aux pressions de l'Islam dominant.

Païens en terre d'islam

Les musulmans désignent les Kalashs sous le terme générique de Kafirs (de l'arabe takfir, qui désigne les infidèles). Cette expression englobait, au siècle dernier, une importante population païenne vivant de part et d'autre de l’Hindou Kouch, au sein de laquelle on peut cependant distinguer 2 sortes de kafirs : les Safed-posh Kafirs (“Kafirs au manteau rouge”) correspondant au païens du côté afghan des montagnes et que nous appelerons Kafirs tout courts, et les Siah-posh Kafirs (“Kafirs au manteau noir”) ou Kalashs, païens du versant indien (aujourd’hui pakistanais).

La tragédie Kafir

Jusqu’à la fin du siècle dernier, les Kafirs safed-posh forment un groupe tribal de quelques 70.000 âmes, qui occupaient les hautes vallées de l'Hindou Kouch afghan.

Pour les lecteurs de Kipling, précisons que l'action principale du roman L'homme qui voulut être roi [plus connu par le film de J. Huston en 1975] se tient sur le territoire kafir, l'auteur britannique s'étant très certainement inspiré des aventures réelles d'Alexandre Gardner, aventurier qui parcourut le territoire entre 1825 et 1830.

En 1895. l'émir de Kaboul, Abdur Rahman Khan, entreprend la soumission de ces guerriers farouches, politiquement indépendants et adorateurs de nombreux dieux et déesses, défauts intolérables pour l'homme d'État et le musulman qu'était le chef de l'Afghanistan d'alors !

Au cours d'une campagne atroce étendue sur plusieurs années, que même les musulmans évoquent encore aujourd'hui avec gène, les Kafirs sont défaits, massacrés, brisés et convertis de force à l'islam. Leur nation est annexée : le Kafiristan (“Pays des Kafirs”) devient le Nuristan (“Pays de Lumière”), et les Kafirs des Nuristanis.

Il faut mentionner le rôle déterminant des autorités anglaises dans cet épisode sanglant : en 1893, l'Empire des Indes Britanniques (dans sa lutte d'influence qui l'oppose dans le fameux Grand Jeu à la Russie tsariste) fixe sa frontière avec l'Afghanistan : c'est le Traité Durand (qui instaure sur les crêtes de l'Hindou Kouch la frontière du même nom), dont les clauses laissent les mains libres à l'émir Abdur Rahman pour agir comme il l'entend au Kafiristan… Lors de la guerre avec l'émir, les autorités anglaises ignoreront avec mépris les délégations de Kafirs venant leur demander leur aide au nom d'une solidarité “aryenne” (arya : les nobles).

Les bashgalis des vallées kalashs

Au cours du massacre commencé en 1895, un certain nombre de Kafirs (du groupe tribal des kati) de la vallée du Bashgal proche de la frontière, profitant de la bienveillance du roi de Chitral qui imposait depuis 1860 une domination toute théorique sur cette partie du Kafiristan, trouvent refuge de l'autre côté des montagnes et s'installent dans le fond des vallées de Rumbur, Bumburet, Birir, Lotkoh et Urtsun, dominées par leurs frères en religion kalashs. Avec le temps. sous la pression et les promesses des autorités musulmanes de Chitral, les Bashgalis ont fini par embrasser l'islam, devenant des Sheikhs (des convertis) et leurs villages des Sheikhanandeh (villages de convertis).

Éléments d’histoire kalash

Les armées d'Alexandre le Grand ont longé le territoire des Kafirs en 328-327 avant JC ; de cet épisode vient la légende qui voudrait que les Kalashs et les autres peuples d'apparence européenne de la région descendent de soldats de l'armée d'Alexandre. En réalité, les Kafirs, Kalashs et autres peuples de la région de l'Hindou Kouch trouvent vraisemblablement leur origine chez les envahisseurs aryens qui, vers le milieu du deuxième millénaire avant notre ère, conquirent l'Inde ; une partie d'entre eux, pour une raison ou une autre, s'arrêtèrent au pied de l'Hindou Kouch avant d'être repoussés dans les hautes vallées par les tribus déjà en place.

Les Kalashs, d'origine incontestablement indo-européenne (leur langue est classifiée indo-européenne, indo-iranienne, indo-aryenne du groupe darde, sous-groupe Chitral !), arrivent à Chitral par le sud, à partir du Xe-XIe siècle. Venant d'on ne sait où (du Tsyam, une région mythique, peut-être au sud de l'Hindou Kouch), ils occupent la région par vagues successives sous la pression d'autres tribus plus puissantes ou d'événements mal connus (peut-être une fuite devant l'islam). Ce que l'on sait, c'est qu'ils se rendent vite maîtres d'une grosse partie du district actuel : il reste de cette période de nombreux toponymes ainsi que des tombes régulièrement découvertes dans les champs.

On peut se faire une idée de l'extension maximum de l'aire kalash grâce à une très vieille chanson, “Lulli Grun”, chantée à l'occasion des fêtes de printemps et qui recense tous les lieux qu'ils dominaient autrefois. Ensuite, les guerres menées à partir du XIVe siècle par les tribus musulmanes du nord et les progrès de la conversion ont repoussé les tribus kalashs jusqu'aux vallées reculées qu'elles occupent aujourd'hui.

Un village dans la vallée de Rumbur

Les femmes Kalashs, belles et rebelles

Ces “derniers infidèles de l'Hindou Kouch”, comme les appelle l'ethnologue francais Jean-Yves Loude qui leur a consacré d'importants travaux, continuent de nos jours à pratiquer des rites païens et à croire en plusieurs dieux, perpétuant des coutumes millénaires, vestiges vivants des croyances primitives des anciens Arya.

Extérieurement, ce sont les filles et les femmes Kalashs qui maintiennent avec le plus d'acharnement les traditions de leur peuple, en portant notamment chaque jour la longue robe brodée, les lourds colliers et les deux coiffes usuelles : la shushut et la kupas. Il s'agit là du signe extérieur le plus remarquable de l'identité kalash, tandis que les hommes, ayant abandonné les pantalons courts et les vestes en laine, s'habillent désormais comme n'importe quel pakistanais (en shalwar-kamiz).

Vêtements et coiffes n'ont cessé de s'embellir avec le temps, comme pour afficher une volonté face à l'islam environnant. La richesse de la coiffe sert également à appeler la fécondité sur celle qui la porte et à montrer le prestige d'une maison, et le nombre de colliers son opulence. Souvenir des temps anciens où, en cas de razzias ennemies, les femmes en s'enfuyant sauvaient la fortune d'un foyer ! La femme kalash possède une indéniable influence, avec des droits importants comme le droit au divorce, et la conscience d'avoir un rôle primordial à jouer dans la transmission d'un héritage fragile.

Le monde des Kalashs aujourd'hui est celui d'une petite communauté pastorale, refermée sur elle-même et en quelque sorte prisonnière d'un territoire restreint. Aussi, c'est un monde qui fonctionne essentiellement selon des principes de verticalité et qui entretient des relations privilégiées avec un vaste univers surnaturel, en maintenant l'omniprésence du sentiment de sacré et une rigoureuse distinction entre le pur et l'impur. Lecture verticale et sacrée du monde : l'exemple le plus simple reste le paysage que le Kalash a tous les jours devant les yeux !

En haut, il y a les pâturages d'été, les cols, les sommets, les lacs d'altitude. C'est la zone pure par excellence. Le territoire des fées, de leurs troupeaux de bouquetins, des arbres et plantes miraculeux (comme le genévrier, sacré, entrant dans l'élaboration de tous les rituels). Le berger et le chasseur sont tenus à de nombreux rituels avant de pouvoir y accéder sans danger. Les femmes y sont interdites de séjour.

Au milieu, une zone intermédiaire : celle des forêts, des pâturages d’hiver et des sanctuaires. C’est la zone de contact entre pureté (espaces que fréquentent les fées, proches du Ciel d'où viennent les dieux) et impureté (la vallée où vivent les hommes).

En bas, donc, se trouve la vallée proprement dite : c'est une zone impure. Celle de l'agriculture (méprisée, laissée aux femmes), des bovins (dépréciés au profit des caprins), de la maison des menstrues et des accouchements (bashali), des cimetières et des démons.

Il faut souligner l'importance chez les Kalashs des notions pur et d'impur, générant des obligations et des interdits. Cette distinction est souvent opérée en fonction des critères de verticalité évoqués. Ainsi, les endroits purs dans la vallée sont les toits des étables à chèvres (animal fréquentant les sommets) et le mur du fond des maisons, côté foyer (partie tournée vers l'amont). Les endroits les moins purs sont toujours liés aux femmes. Sur ce dernier point, il ne faut pas se méprendre : les hommes ne méprisent pas pour autant leur compagne. Les femmes kalashs sont très respectées et bénéficient d'une incroyable liberté, y compris de quitter leur mari quand elles le souhaitent, le mariage ne signifiant pas posséder l'autre qui reste libre de sa naissance à sa mort.

Le panthéon kalash

Les Kalash honorent des dieux connus des védas indiennes, mais dont le culte est tombé en désuétude chez les Hindous. La principale de ces divinités est “Imra”, l’équivalent du sanskrit “Yama Rana” (ou “Roi Yama”), dieu des mortels et de la mort, dont le nom dérive d’une racine indo-européenne “*Jemo”, le “jumeau”. Cette divinité présente aussi un apparentement avec la figure mythologique perse “Yima” qui, premier mortel, est le père de l’humanité. Dans les panthéons indo-européens, nous trouvons également un “Ymir” vieux-norrois, géant primordial qui s’auto-sacrifia pour que les parties de son corps servent de composantes pour la construction du monde. Le dieu védique de l’assaut et des tempêtes, Indra, survit dans le culte des Kafirs Kalash, notamment sous l’appellation d’“Indotchik”, la foudre, et d’“Indrou”, l’arc-en-ciel. On chuchote aussi que leurs fêtes religieuses, à la tombée de la nuit, se terminent par des pratiques sexuelles de groupe, ce que d’aucuns qualifieront de typiquement “païen”[1].

Remontons au niveau des sanctuaires… Le panthéon kalash. qui a évolué au cours de l'histoire pour répondre à des changements sociaux ou politiques, comporte de nombreuses divinités, masculines ou féminines, honorées sur des lieux de culte spécifiques et en des occasions bien déterminées.

Ainsi, il y a Balumain, messager direct du grand dieu Dezau ; Mahandeo, le dieu aux chevaux, dieu principal des Kalashs que Dezau leur a donné pour les protéger lors de leur migration vers Chitral ; Sajigor, dieu guerrier kafir, recueilli après les massacres de 1895 par les lignages de Rumbur et reconverti dans la protection des bergers ; Jatch, déesse de la terre et de la fécondité ; Jestak, déesse des lignages et des foyers ; Dézalik déesse des naissances : et tant d'autres, dont l'importance est relative mais qui restent bien présents comme Polutus, l'esprit du seuil, Pasatukeki, la gardienne du foyer, Dohelawali, celle du fromage et du lait.

Sans oublier les esprits des ancêtres de chaque lignage qui protègent leurs descendants et s'assurent du bon respect de la coutume (survie de l'âme par la mémoire), et les esprits de la nature (les fées), qui sont sans doute la récupération, par ces païens aryens aux dieux mâles célestes, des divinités de la terre féminines honorées par les Balalik, peuplade autochtone vaincue.

Les sacrifices et les offrandes sont au centre des célébrations. Chez les Kafirs, près d'un feu alimenté par des branches de genévrier, sur lequel on versait de la graisse et de la farine, on égorgeait des boucs, des chèvres ou des bœufs, puis on aspergeait de leur sang le sol ou le mur du temple, les statues d'ancêtres dans le cas d'une cérémonie funéraire. On accompagnait ces sacrifices de danses et de chants.

Peu de choses diffèrent chez les Kalashs, sauf l'absence chez eux de temples : les sanctuaires sont en plein air. Les principaux lieux de cultes kalashs sont dédiés à Mahandeo, présent dans les trois vallées kalashs, représenté par quatre têtes de chevaux sculptées. Les clans de la vallée de Rumbur honorent Sajigor sur un autel de pierres (dans lequel serait caché le couteau du roi mythique Raja Waï) au milieu d'un magnifique bois de chêne, dans un cercle solaire délimité par des poteaux gravés.

Chaumos, le solstice d'hiver

C'est la fête la plus importante et la plus sacrée des Kalashs. Elle est destinée à appeler l'attention de tous les dieux vivant loins du peuple kalash et à purifier tous les membres de la communauté. C'est la seule fête fermée aux non-Kalashs et tout particulièrement aux musulmans. Danses, sacrifices de caprins et rites de purification s'y succèdent. Chaque Kalash accomplit ces actes pour prouver son appartenance à la communauté : car un Kalash n'est Kalash que d'année en année, et est tenu de réaffirmer à chaque solstice d'hiver, en sacrifiant et en se purifiant, sa fidélité aux dieux et aux siens.

Joshi, la fête du printemps

Les fées sont elles aussi omniprésentes dans l'histoire et la mentalité kalash. Le moment le plus important pour ces Kalashs, définitivement plus pasteurs que guerriers, dans leurs rapports avec les fées, reste Joshi, la fête du printemps. Joshi, fête du mois de mai, annonce les premières transhumances. Aussi les Kalashs se concilient-ils les bonnes grâces des fées, propriétaires et gardiennes pendant l'hiver des alpages. Des offrandes, des prières devant les sanctuaires décorés de verdure, et des danses rituelles, accompagnées de musique et de chants, ont lieu pendant plusieurs jours, à la suite desquels les hommes prendront le chemin des pâturages et les femmes celui des hautes terres cultivées. Les jeunes gens célibataires, filles et garçons, profitent de cette fête joyeuse pour choisir leur futur partenaire.

Un personnage central : le Dehar, chamane kalash

Trois personnages étaient chargés chez les Kafirs des fonctions religieuses : le prêtre (utah), le chantre (debilala — “qui murmure les paroles relatives au divin”) et le devin inspiré (pshur). Seul ce dernier existe chez les Kalashs, où il prend le nom de dehar. Contrairement à l'usage kafir, il ne forme pas de caste et son champ d'action est limité ; cependant, sa place est primordiale dans la communauté. En effet, il est l'intermédiaire privilégié entre le monde naturel et le monde surnaturel, en rapport direct avec les divinités, invisibles pour les autres hommes, qui parlent par sa bouche ; il prédit l'avenir et dit la volonté des dieux, souvent au terme de transes.

Également législateur et codificateur des coutumes et traditions (la conscience historique kalash s'articule autour des actions majeures des plus grands d'entre eux), son rôle essentiel est de préserver les liens entre passé, présent et futur, de défendre l'intégrité de la communauté contre les nombreuses menaces, naturelles, sociales et même politiques, qui pèsent sur elle, et de résoudre les désordres intérieurs et extérieurs, individuels ou collectifs. Aujourd'hui, et malgré le manque cruel de vocations, après avoir révélé des dieux, des lieux purs, ordonné des actes rituels et des lois coutumières, le dehar a pour tâche principale, depuis déjà deux siècles, de lutter contre le danger de l'islamisation et de la modernité.

Les raisons de la menace musulmane

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Si les conquérants musulmans chitralis du XVIe siècle se lancèrent dans une islamisation du sud de Chitral, alors aux mains des Kalashs polythéistes, par le jihad (lequel ne laisse de choix qu'entre la mort ou la conversion), ils ne tardèrent pas cependant à imposer une politique d'islamisation plus douce, revêtant la forme d'une discrimination juridique, administrative et fiscale ainsi qu'une persécution larvée (menaces, raids, paupérisation…). Pourquoi ? Peut-être parce que même vaincus, les Kalashs restaient une force non négligeable avec laquelle il valait mieux négocier, ou bien parce que les vallées de plus en plus isolées dans lesquelles ils se réfugiaient présentaient un intérêt moindre. Ou, plus vraisemblablement, parce que le statut de “protégé” (dhimmi) accordé exceptionnellement à des polythéistes présentait l'avantage de permettre à l'envahisseur musulman de prélever des sommes considérables sur les “infidèles” au titre de l'impôt du tributaire (jiziyya). Cependant, dans l'esprit exclusif de l'islam, le statut légal de protection ne peut être que momentané et le but final des dominateurs musulmans demeure toujours l'anéantissement des cultures et croyances indigènes polythéistes.

La cohabitation entre musulmans et Kalashs aujourd'hui engendre un type particulier de relations, placé sous l'ambiguïté de la position du Pakistan, obligé par ses principes constitutionnels (la bande blanche de son drapeau ne symbolise-t-elle pas les minorités ?) de protéger les Kalashs et poussé par ses principes islamiques à réduire les infidèles. Car le panthéon kalash suffit à déranger les musulmans : l’association d’idoles autour de Dieu, ou sa substitution par des divinités, représente le péché (shirk) le plus grave commis par l’homme à l’encontre du Coran et d’Allah. La réalité locale et quotidienne oscille donc entre ces deux tendances, avec en arrière-fond la nature particulièrement tolérante des Chitralis. Il faut bien reconnaître en tous cas que partout ailleurs qu’à Chitral (et chez les voisins Pachtouns notamment, ethnie majoritaire chez les Talibans) les Kalashs n’existeraient plus.

De la colonisation à la conversion

Toujours est-il que, la violence directe étant interdite aux musulmans, la tension avec les Kalashs trouve un débouché sur d'autres terrains. On peut parler en ce sens d'une véritable politique de colonisation des vallées païennes par les Chitralis. Colonisation pacifique ayant abouti à l'appropriation des meilleures terres. Les menaces de représailles en cas de résistance ont fini par convaincre les Kalashs de réagir sans conviction. Ce n'est que depuis peu qu'ils se sont décidés à intenter des procès interminables pour recouvrer les terres dont ils ont été spoliés.

La présence musulmane dans les vallées kalashs a attiré les mosquées et les haut-parleurs qui, dans tous les villages, diffusent à fréquence régulière les appels à la prière. En même temps que les mosquées, des écoles d'État ont été construites, et le principe de scolarité obligatoire contraint les enfants kalashs à étudier sous la férule d'instituteurs musulmans. Autre signe des temps : des poules (animal impur lié à l'islam) picorent sur les lieux de culte, des sanctuaires sont régulièrement dégradés et les cimetières profanés. Enfin, la proximité récente des Talibans, qui radicalise le contexte religieux régional, n'arrange guère les choses.

C'est donc bien une tentative de conversion généralisée (quoique morcelée et décousue : l'islam, c'est la jihad ; le prosélytisme “à la chrétienne” n'est pas une tradition musulmane…) que les musulmans ont entreprise à l'encontre des Kalashs. Tous les moyens sont bons pour amener l'infidèle à la vraie religion : promesse d'un meilleur statut social, menaces… L'un des schémas habituels conduit le Kalash à s'endetter auprès d'un musulman qui se déclare prêt ensuite à annuler la dette en échange d'une conversion ou d'une fille à épouser… Il est fréquent de rencontrer des familles déchirées dont les membres. fidèles ou convertis, se sont mutuellement reniés…

L'âme kalash bouleversée

Les conséquences du harcèlement musulman ne se font pas uniquement sentir dans le paysage géographique et social. Elles pénètrent jusqu'au cœur de la tradition kalash, et vont jusqu'à transformer la manière dont le Kalash conçoit son rapport avec la religion et voit le monde.

Ainsi le grand dieu kalash Dezau s'est transformé en Khodaï (Dieu en persan). semblable au dieu de l'islam, différent de lui seulement par les sanctuaires où on l'honore et le choix de fêtes saisonnières pour lui rendre hommage (les dieux périphériques et les fées se transformant eux en “esprits”, acceptés par la tradition musulmane sous le terme de djinns). Une genèse de l'âme et une description détaillée de l'après-vie ont également été élaborées pour concurrencer l'islam sur son propre terrain. Les rites de fécondité, assimilés à des débauches, ont quant à eux peu à peu pris une dimension symbolique avant de disparaître complètement, privés de sens, à l'exemple du christianisme au XVIe siècle et des fêtes paganisantes. Enfin, les guérisseurs traditionnels œuvrant avec le monde surnaturel, sont abandonnés pour des mollahs musulmans spécialisés (dashman) travaillant dans le monde des hommes, entérinant le passage d'une causalité monde visible/monde invisible à une autre qui évacue le merveilleux.

Face à ce danger, la société kalash, dehar en tête, n'a cessé de réagir de toutes les façons : en multipliant les règles de conduite et les dieux intercesseurs, mais également en avançant en direction de l'islam (en gommant les différences les plus inacceptables). Cependant (et toutes les groupies gauloises de l'islam devraient faire l'effort d'y songer avant d'aller se déhancher dans les “fêtes” du Ramadan !), les musulmans semblent faire un point de fixation rédhibitoire sur la liberté au quotidien des rapports entre homme et femme.

Les nouveaux fléaux : le tourisme et la modernité

Cependant, l'islam n'est plus le seul responsable de la dénaturation du peuple kalash… Il a trouvé un allié inattendu dans le tourisme. Tourisme international mais aussi (et surtout) national, voyeur et irrespectueux. Tourisme qui est peut-être en train de réussir ce que les Chitralis ne sont qu'imparfaitement parvenus à faire : transformer le particularisme kalash en folklore inoffensif et rentable, et chasser les dieux de leur dernier territoire.

En même temps, un processus irréversible est commencé : le monde moderne, dont le Pakistan jacobin se fait l'habile zélateur, irradie jusque dans les montagnes. Les solutions du progrès ne manqueront pas bientôt de supplanter les réponses naturellement harmonieuses faites par ces tribus maquisardes aux problèmes de leur environnement[2].

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Bibliographie

  • Seul chez les Kalash, JM Guillard, Carrefour des Lettres, 1974
  • Kalash, Les derniers "infidèles" de l'Hindu-Kush, JY Loude, Berger-Levrault, 1980
  • Solstice païen - Fêtes d'hiver chez les Kalash du Nord-Pakistan, JY Loude & V. Lièvre, Presses de la Renaissance, 1984.
  • Le Chamanisme des Kalash du Pakistan : des montagnards polythéistes face à l'Islam, JY Loude et V. Lièvre, H. Nègre (photos), PUL / CNRS, 1990
  • Peuple Kalash : Nord Pakistan, A. Henrion & C. Létocart (textes), R. Quadrini (photos), Golias, Villeurbanne, 2010
  • The Kafirs of the Hindu-Kush : Art and Society of Waigal and Ashkun Kafirs, Max Klimburg, F. Steiner Vg, Stuttgart, 1999
  • Pakistan : Musiques kalash - Songs of the Hindu Kush (CD avec livret photo, 1999, Playa Sound) [pré-écoute]
  • « Dernières voix autochtones au pays de l'islam radical », V. Ploton, Ikewan n°65, 2007. Lire en ligne : [1]
  • « La demeure des infidèles » (Marie Dorigny, Ulysse n°129, 2009)
  • « La danse des Kalashs » (Elena Chernyshova, mai 2007)

Documents vidéos

  • Kalash, les derniers infidèles du Pakistan (Kalash – Im Tal der letzten Ungläubigen von Pakistan, Gael Metroz, Suisse, 2009, 53 mn)
  • La vallée kalash (Ryuki Ozaki, 2000, 55 mn)

Articles connexes

Notes et références

  1. “Moestasjrik”, « Les Kafirs Kalash », article paru dans ’t Pallieterke, Anvers, 29 mars 2006. (tr. fr. : Robert Steuckers)
  2. Érik Robert & Sharakat Baya, « Chez les Kalashs du Pakistan - Un voyage au cœur de notre plus longue mémoire… », in : Terre et peuple, n°7/8, 2001.