Heinrich Laufenberg

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Heinrich Laufenberg (alias Karl Erler, 19 janvier 1872 à Cologne - 3 février 1932 à Hambourg) historien de niveau universitaire, fut un important dirigeant communiste allemand, l'un des fondateurs du KAPD (Parti communiste ouvrier allemand) et l'une des principales figures du courant que l'on appellera le « national-bolchevisme ».

Heinrich Laufenberg (à gauche), alors président du Conseil d’ouvriers et soldats de Hambourg, et son bras droit Wilhelm Heise (à droite), président du Conseil de soldats de Hambourg (photo prise le 28 décembre 1918)

Biographie

Heinrich Laufenberg est d'abord membre du Zentrum catholique, qu'il quitte en 1909 pour adhérer au SPD. Membre de l'aile gauche du Parti, il adhère ensuite à la scission du Parti social démocrate allemand indépendant, qui milite activement contre l'entrée en guerre en 1914 et contre la politique d' « union sacrée », c'est-à-dire à la trêve entre toutes les forces politiques du pays pendant le temps de guerre.

Avec Fritz Wolffheim, il se livre à une violente critique du ralliement de la social-démocratie allemande à l'effort de guerre. Ils dénoncent la direction du SPD, qu'ils traitent de « social-démocratie de droite ». Ils publient en 1915 un livre, Démocratie et Organisation. Leur incorporation dans l’armée, leurs emprisonnements successifs leur donnent un incontestable brevet de résistance à la guerre dans la gauche allemande.

Le 30 novembre 1918, durant le mouvement révolutionnaire qui secoue alors l’Allemagne, Laufenberg, qui est déjà célèbre à Hambourg, est élu président du « Conseil des ouvriers et soldats » de Hambourg qui remplace le sénat de la ville libre. Il dirige celle-ci jusqu’au 19 janvier 1919, date où il est renversé par une coalition socialiste modérée.

Peu de temps après, il rejoint le Parti communiste allemand. Allié à Fritz Wolffheim et à Karl Radek[1], il est le premier théoricien d'un national-bolchevisme, c’est-à-dire d'une alliance entre la dictature du prolétariat et le nationalisme allemand, afin de combattre les armées alliées d’occupation avec l’aide de la Russie soviétique.

Cette position est combattue par Lénine, et Laufenberg et Wolffheim furent exclus du Parti communiste allemand (KPD) lors du Congrès de Heidelberg. Wolffheim et Laufenberg lancent alors un appel , le 25 octobre 1919, dans leur propre organe (la KommunistischeArbeiterzeitung hambourgeoise), à la « constitution d’un nouveau parti ». Ils publient une Adresse à la classe ouvrière allemande, qui réclame une « Union sacrée révolutionnaire » contre l’Entente, position condamnée immédiatement par Radek.

Laufenberg fut alors un des membres fondateurs du Parti communiste ouvrier allemand (KAPD). Pour Radek et le Komintern, le « national-bolchevisme » constitue l’essence même du KAPD, d’autant plus qu’un autre des fondateurs du KAPD, Friedrich Wendel[2] de Berlin, se rallie aux positions nationales-bolcheviques.

Lors du deuxième congrès du KAPD, qui se tient en aout 1920, Laufenberg est l'un des rapporteurs qui ouvrent les travaux[3]. La première intervention de Laufenberg s'intitule « Nation et classe ». Or, le KAPD, qui considère le KPD comme un parti « traître à la classe ouvrière », a entrepris des démarches en Russie afin de remplacer celui-ci au sein de la IIIe Internationale. Les statuts de l'Internationale exigent d'ailleurs qu'elle ne peut être représentée dans un pays que par un seul parti[4]. C'est la raison pour laquelle l'existence d'une tendance national-bolchevik à l'intérieur du KAPD pose un problème vital au parti. D'autre part, de nombreux militants des sections locales de Berlin, de Rhénanie-Westphalie, d'Allemagne centrale, de Saxe et de Poméranie occidentale, qui ont combattu les Corps-francs, sont particulièrement hostiles à cette tendance. La direction du KAPD hésite d'abord, craignant de perdre son importante section de Hambourg, en même temps que le prestige énorme de Laufenberg. Avant le congrès, en mai 1920, le Comité central critique une brochure publiée par la section de Hambourg, Communisme contre spartakisme, qu'elle déclare « en contradiction avec les principes du socialisme scientifique ».

Au Congrès, les représentants de la majorité attaqent durement les Hambourgeois, les qualifiants de nationalistes, mais aussi d'antisémites et de « völkisch ». Durant une heure et demie, Laufenberg prend la défense de sa ligne, prônant le déclenchement de la « révolution nationale et sociale » contre l’Entente, dont l’Allemagne était la « colonie ». Les débats sont houleux. A la fin du Congrès, Wolffheim et Laufenberg sont exclus du KAPD. Pour des raisons statutaires, cette exclusion n’est pas immédiate et doit être validée par les sections après le congrès. Validée par une majorité de membres du parti le 14 août, la presse quotidienne en donne l’information le 17 août[5].

Il s’éloigne par la suite de l’action politique pour raison de santé. A la fin de la République de Weimar, il se remet quelque temps au service des structures communistes conseillistes.

Quant il décède de maladie en 1932, Ernst Niekisch salua en lui le « pionnier du national-bolchevisme qui, en 1919, pensait déjà en termes de continent ».

Publications

  • Avec Fritz Wolffheim, Demokratie und Organisation, Grundlinien proletarischer Politik, Hambourg, 1915.
  • Geschichte der Arbeiterbewegung in Hamburg, Altona und Umgegend, Auer, Hambourg, 1911. Le tome 2 parut en 1930 après la mort de Laufenberg.

Notes et références

  1. Karl Radek, le mentor du KPD, avait traité dans sa prison dorée de Berlin, en 1919, avec des représentants de l’État allemand, comme Walther Rathenau, pour établir une entente entre la Russie bolchevik et l’Allemagne républicaine.
  2. Friedrich Wendel (1886-1960), ouvrier imprimeur, adhéra au SPD en 1907. Il faisait partie, avec Goldstein etSchröder, du premier exécutif du KAPD en avril 1920. Il dirigea de 1924 à 1928 le club du livre social-démocrate Der Bücherkreis. Il fut aussi collaborateur de journaux satiriques (Lachen links, Der Wahre Jakob). Il n’est pas inquiété par le national-socialisme et travaille à Berlin comme agent d’assurances et photographe. À Kiel, en mai 1945, il est l’un des « refondateurs » du SPD. Pacifiste, il s’oppose à l’adhésion allemande à l’OTAN soutenue par le SPD; il perd son emploi de chef du Bureau de presse, quitte le SPD, et devient archiviste de la ville de Kiel.
  3. Le congrès se tient dans une banlieue tranquille de Berlin, à Weißensee. Il est présidé par Fritz Rasch et rassemble environ 70 personnes, une quinzaine d’hôtes et les 56 délégués désignés par les 40.000 membres du parti, un chiffre très préoccupant pour le KPD qui comptait alors 66.323 membres
  4. Il s'agit de l'une des 21 conditions d'admission adoptées à Moscou en 1920.
  5. Philippe Bourrinet, «La lutte du prolétariat n’est pas seulement internationale mais anti- nationale » - Internationalisme contre « national-bolchevisme » - Le deuxième congrès du KAPD (1er - 4 août 1920), Paris, septembre 2015, Éditions moto proprio, 215 p.