Roger Garaudy

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Roger Garaudy (13 juillet 1913 à Marseille - 13 juin 2012 à Chennevières-sur-Marne) est un philosophe, ancien chef de file des intellectuels communistes qui s'était rapproché, durant la dernière partie de sa vie, de la mouvance nationale anti-impérialiste. Auteur du livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne (1995), il avait été condamné deux ans plus tard pour contestation de crimes contre l’humanité, après avoir provoqué une vive polémique durant laquelle il avait reçu le soutien de l’abbé Pierre.

Biographie

Né dans une famille protestante, fils d’un comptable, agrégé de philosophie et docteur ès lettres, il adhère en 1933 au Parti communiste. En 1940, il est interné trente mois dans un camp vichyste en Algérie. En 1945, il entre au comité central du PC, et en 1956, au bureau politique. Élu député du Tarn, il siège aux deux assemblées constituantes (1945-1946) et à la première Assemblée nationale (1946-1951). Battu en 1951, il représente le département de la Seine au Palais-Bourbon (1956-1958), puis au Sénat (1959-1962).

Après avoir enseigné la philosophie à Albi, à Alger et à Paris (1958-59), Roger Garaudy devient maître de conférences à la faculté des lettres de Clermont-Ferrand (1962-65), puis professeur titulaire à Poitiers (1969-73).

À la fin des années 1960, l’universitaire devient l’enfant terrible du PCF par ses prises de position contestataires, notamment avec la publication de ses livres Le Grand tournant du socialisme (1969) et Toute la vérité (1970). Après avoir dénoncé la normalisation en Tchécoslovaquie et qualifié Georges Marchais de "fossoyeur du PC", il est exclu du parti en mai 1970.

Il devient alors, un temps, la figure de proue du dialogue entre marxistes et chrétiens. En 1979, il publie Appel aux Vivants, vaste fresque philosophique remontant aux sources du christianisme, critiquant la rationalité grecque et s’achevant sur une méditation poético-bouddhique. L’ouvrage rencontre une forte audience chez les chrétiens de gauche, Pivot l’invite à Apostrophes et le prix des Deux-Magots vient couronner ce succès.

Il tente alors de concilier marxisme, christianisme et islam dans des ouvrages teintés de spiritualité : Promesses de l'Islam (1981), Pour un Islam du XXe siècle (1985). En 1987, il crée sa propre fondation dédiée à l'entente entre orient et occident dans la tour Calahorra de Cordoue. Il publie ses mémoires Mon Tour du siècle en solidarité en 1989. En 1993, il fait paraître Avons-nous besoin de Dieu ? avec une introduction de l'abbé Pierre.

Converti à l'islam, en 1982, Garaudy va mettre l'"antisionisme" au coeur de son combat. Dans Le Monde, le 17 juin 1982, il cosigne avec le père Michel Lelong et le pasteur Mathiot une déclaration titrée "Après les massacres du Liban. Le sens de l'agression israélienne". L'année suivante, il publie un livre intitulé L'Affaire Israël. En décembre 1995, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne aux éditions de La Vieille taupe. En raison du soutien apporté par l'abbé Pierre à son vieil ami, ce pamphlet "antisioniste" va provoquer un débat houleux au printemps 1996. Rappelons que les éditions La Vieille Taupe avaient été fondées par un groupe de militants d'extrême gauche qui, entre 1978 et 1980, s'étaient ralliés aux "thèses" défendues par Robert Faurisson, devenu depuis la figure emblématique du négationnisme français, sillonnant le monde pour diffuser la "bonne nouvelle" selon laquelle le génocide nazi des Juifs d'Europe n'aurait pas eu lieu et se réduirait à un "mensonge de propagande (6)".

L'argumentation négationniste s'est pleinement intégrée dans le discours antisioniste des pays arabo- musulmans et de l'Iran islamiste à travers le best-seller qu'a été ce méchant pamphlet qui semblait provenir d'une officine, fabriqué par des faussaires amateurs avec des matériaux empruntés hâtivement à diverses publications antijuives confidentielles, et ce, sur le mode du plagiat (7).

Dans ce pamphlet qui revient à inscrire l'antisionisme dans un antijudaïsme radical, Garaudy reprend à son compte l'essentialisation négative du peuple juif comme peuple exterminateur et colonisateur, identique à lui-même à travers l' histoire, et l' assortit d' une accusation de "purification ethnique" et de "racisme", ou, plus exactement, de proto-racisme, ce qui revient à postuler que les Juifs sont les inventeurs du racisme : "Cette "purification ethnique" devenue systématique dans l'État d'Israël d'aujourd'hui, découle du principe de la pureté ethnique empêchant le mélange du sang Juif avec le "sang impur" de tous les autres. [...] Ce racisme, modèle de tous les autres racismes, est une idéologie de domination de différents peuples (8)." L'accusation triple est claire : les Juifs sont originellement racistes, impérialistes et exterminateurs de peuples étrangers. En 1998, Garaudy publie un nouveau pamphlet judéophobe à visage "antisioniste" : Le Procès du sionisme israélien (9). Dans la foulée, il tonne contre le "monothéisme du marché" ou le "monothéisme totalitaire du marché", réjouissant les milieux anticapitalistes de tous bords. Se faisant l'inlassable propagandiste de la désoccidentalisation du monde, il entonne régulièrement le refrain "l'Occident est un accident (10)" et publie le libelle titré Les États-Unis, avant-garde de la décadence (1997) (11). Garaudy devient dès lors un "guide spirituel" ou une sorte de prophète pour des mouvances extrémistes qui, autour d'une thématique "antimondialiste", anti-américaine et antisioniste, sont classées à l'extrême gauche comme à l'extrême droite.

Garaudy poursuit sa campagne anti-occidentale et antisioniste en publiant, trois ans après les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, un long pamphlet intitulé Le Terrorisme occidental (12). Dans ce pamphlet où il retrouve les accents tiers-mondistes de sa période stalinienne (et néo-stalinienne), Garaudy se félicite de ce que les États-Unis rencontrent "de plus en plus de résistance (...) dans leur entreprise de "mondialisation", c'est-à-dire de colonisation étendue à l'échelle mondiale et au profit d'un seul colonialiste (13)". Ce lourd pamphlet d'inspiration conspirationniste - car il s'agit bien pour lui de dénoncer un prétendu complot impérialiste - confirme son inscription dans la nébuleuse "antimondialiste". L'objet favori de ses dénonciations litaniques est ce qu'il appelle confusément le "monothéisme du marché", qu'il définit comme "un crime devenu une religion (14)". Il avait publié dans la revue du GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne), Éléments, au moment où commençait "l'affaire Garaudy", un article intitulé "Contre le monothéisme du marché (15)", tiré de sa communication au XXIXe colloque national du GRECE, le 3 décembre 1995. Le terroriste communiste Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, lui-même converti à l'islam en octobre 1975, trouvera l'expression à son goût, écrivant de sa prison, en 2003, avant de dénoncer la "pseudo-religion des droits de l'homme, ce cache-sexe de l'idolâtrie marchande": "L'Islam véritable est radicalement incompatible avec les normes de la consommation inhérentes au monothéisme du marché (16)."

L'expansion mondiale de ce que Garaudy pense être la nouvelle et fausse "religion", celle du marché, n'est autre que l'américanisation du monde, dans laquelle Israël joue, selon lui, un rôle majeur :

"Le point névralgique des frontières de l'empire américain (...), c'est le Golfe Persique, parce qu'il est entouré des plus riches gisements de ce pétrole, qui demeure, pour quelques décennies, "le nerf de la croissance" occidentale. Sur ce "limes" a été remportée la plus récente "victoire" du monothéisme du marché par l'écrasement de l'Irak (guerre engagée par les États-Unis sous la pression de deux "lobbies" [le "lobby juif" et le "lobby des affaires"]) (...). À ce "point névralgique" des frontières du nouvel empire, l'État d'Israël ne cesse de jouer le rôle que lui assignait déjà son fondateur spirituel, Théodore Herzl : celui d'un "bastion avancé de la civilisation occidentale contre la barbarie de l'Orient." (...) Aujourd'hui, une autre cible, plus importante encore, est désignée : l'Iran. (...) La nouvelle cible a été déjà désignée à Charm El Cheikh, en 1996, par le gouvernement d'Israël : la "lutte contre le terrorisme" comme "l'ingérence humanitaire" étant les deux prétextes nouveaux du néo-colonialisme intégré. (17)"

On comprend qu'il soit cité comme un maître à penser ou un héros de la "libre parole" par certains milieux néo-communistes non moins que par la plupart des groupes néo-nazis, ainsi que par divers courants de l'islamisme radical. L'admiration que lui porte l'ex-communiste Alain Soral, auteur du pamphlet anti-américain et "antisioniste" d'esprit garaudyen intitulé Comprendre l'Empire (2011) (18), en témoigne. En présentant avec Dieudonné et l'agitateur pro-iranien Yahia Gouasmi, en 2008, une "liste antisioniste", Soral est resté fidèle à la posture garaudyenne - un anti-impérialisme complotiste -, ne faisant guère que l'assaisonner du choix d'être un compagnon de route du Front national. Sur son site "Égalité et Réconciliation", le 15 juin 2012, l'égérie castriste et garaudyenne Maria Poumier publiait un hommage vibrant au "grand humaniste", un hymne au titre éloquent : "Roger Garaudy, limpide dans la noirceur du siècle (19)", dont la conclusion mérite d'être longuement méditée : "Qu'il repose, notre frère Roger, dans la gloire aux côtés des prophètes qui ont choisi de servir les plus humbles, partout et en tout temps." L'ex-stalinien converti à l'islam et à la cause palestinienne a été fêté comme un maître à penser ou un modèle de courage dans le monde musulman, qu'il a largement initié aux formules élémentaires du négationnisme (20). Il y incarnait de son vivant l'intellectuel occidental parfait pour les ennemis de l'Occident se réclamant de l'islam, "la religion dominante parmi les dominés" : outre sa conversion montrant qu'il avait choisi "la religion naturelle de l'homme (21)", il offrait à ceux qui veulent détruire Israël un semblant d'arme absolue, la réduction du génocide nazi des Juifs d'Europe à un "mensonge de propagande" qui aurait notamment légitimé la création de l'État juif. Lorsque le dangereux illuminé qu'est le président iranien Mahmoud Ahmadinejad dénonce en décembre 2005 le "mythe du massacre des Juifs (22)" et en conclut que l'État d'Israël, n'ayant pas "droit à l'existence (23)", doit être "rayé de la surface de la terre" - selon l'expression de l'ayatollah Ruhollah Khomeyni (24) -, il se montre bon disciple de Garaudy.

On sait que Mouammar Kadhafi, le leader suprême de la "Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste", trahissant sa mégalomanie sans bornes, avait créé en 1988-1989, avec son ami Jean Ziegler, sociologue suisse d'extrême gauche, le Prix Kadhafi des droits de l'homme. L'expression résonne aussi étrangement qu'un Prix Staline de la liberté ou qu'un Prix Hitler de l'égalité et de la fraternité. Parmi les lauréats récents du Prix Kadhafi, on remarque avec grand intérêt, mais sans surprise, les personnalités prestigieuses suivantes: Louis Farrakhan (1996), Fidel Castro (1998), Roger Garaudy (2002, avec d'autres), Hugo Chávez (2004) et Mahathir Mohamad (2005). En tant qu'intellectuel engagé, mais aussi en tant que "Rapporteur spécial" ou "expert" dans certaines instances des Nations unies chargées des droits de l'homme (25), le néo-marxiste et "humaniste" Jean Ziegler, ami genevois de Tariq Ramadan et de Roger Garaudy - autres "humanistes" -, est souvent intervenu dans l'espace public, toujours dans un sens anti-occidental, tiers-mondiste et "antisioniste" (26). En tant que rapporteur spécial de l'ONU, Ziegler a commis par exemple, en 2003, un rapport délirant sur la politique israélienne dans les territoires occupés, reprenant le discours de propagande "antisioniste" le plus caricatural (27). Il s'est fait par ailleurs une spécialité de dénoncer de façon conspirationniste "les maîtres de l'univers", "les 1 000 oligarques les plus puissants du monde" ou "le capital financier international" (28).

Pour comprendre la communauté de pensée existant entre Garaudy et Ziegler, il faut rappeler un épisode de l'affaire Garaudy/l'abbé Pierre, qui se déroula au printemps 1996. Dans une lettre adressée le 1er avril 1996 à son ami Garaudy, poursuivi en justice pour son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne (29), le sociologue tiers-mondiste lui faisait ainsi part de son soutien : "Je suis scandalisé par le procès que l'on vous fait. (...) Toute votre œuvre d'écrivain et de philosophe témoigne de la rigueur de vos analyses et de l'indéfectible honnêteté de vos intentions. Elle a fait de vous un des principaux penseurs de notre époque. (...) C'est pour toutes ces raisons que je vous exprime ici ma solidarité et mon admirative amitié (30)." On pouvait lire cette lettre en ligne sur le site Internet de Radio Islam, dirigé par l'islamiste et négationniste Ahmed Rami, qui diffuse aussi bien Les Protocoles des Sages de Sion que les écrits de Robert Faurisson et de ses disciples, sans oublier La Question juive de Marx ni Le Juif international, recueil d'articles antijuifs attribués à Henry Ford (en fait, rédigés par ses proches collaborateurs et les journalistes de son hebdomadaire antijuif, The Dearborn Independent, de mai 1920 à janvier 1922). Rami est un admirateur déclaré de celui qu'il appelle le "grand militant mujahid Roger Garaudy". Dans les jours suivants, Ziegler prendra prudemment ses distances, mais lors d'une conférence de presse tenue à Paris le 18 avril 1996, l'avocat de Garaudy, Jacques Vergès, le citera parmi les personnalités apportant leur soutien au grand "humaniste" (31). Pour souligner certaines affinités oubliées, on rappellera ici que Garaudy fut un "laudateur patenté du petit Livre vert" du colonel Kadhafi (32), lequel lui renvoya le compliment en le présentant comme le "penseur" qui lui avait fait comprendre le marxisme.

Si, depuis le milieu des années 1980, Garaudy est célébré partout dans le monde musulman comme un héros de la lutte contre le "sionisme mondial", on ne doit pas négliger pour autant son rôle, en Occident, dans la conversion à l'islam de nombre de ses lecteurs admiratifs, dont certains sont devenus des islamistes salafistes. C'est par exemple le cas du Français Richard Robert, "l'Émir aux yeux bleus", qui, converti à l'islam par la lecture des livres de Garaudy, a fini, après les voyages rituels et initiatiques au Pakistan et en Afghanistan, par rejoindre un groupe islamiste radical, Salafiya Jihadiya, mis en cause dans l'organisation des attentats-suicides du 16 mai 2003 à Casablanca, qui firent 45 victimes (33).

Garaudy a été un intellectuel engagé qui n'a cessé de mettre son statut de "philosophe" au service de causes totalitaires, du communisme à l'islam politique "révolutionnaire", mariant pour finir la judéophobie à l'hespérophobie. Son itinéraire illustre l'inévitable processus de corruption de la pensée chez ceux qui mettent cette dernière au service de causes aussi douteuses qu'exclusives, la réduisant ainsi à des opérations de propagande.

Notes :

(1) Le néologisme "hespérophobie", introduit par l'historien Robert Conquest, a été utilisé par John Derbyshire dans un article diffusé le 13 septembre 2001: "Hesperophobia: On Blaming the Jews", National Review Online, puis repris par Raphaël Israeli dans son étude intitulée "L'antisémitisme travesti en antisionisme", tr. fr. Jean-Pierre Ricard, Revue d'histoire de la Shoah, n° 180, janvier-juin 2004, p. 127.

(2) Sur cette accusation mensongère et son exploitation par la propagande palestinienne, voir Pierre-André Taguieff, La Nouvelle Propagande antijuive, Paris, PUF, 2010, pp. 145-149.

(3) Sur ce texte et son contexte, voir Pierre-André Taguieff, "L'antisionisme arabo-islamophile", Sens, n° 11, novembre 1982, pp. 253-266.

(4) Roger Garaudy, L'Affaire Israël, Paris, SPAG-Papyrus éditions, 1983.

(5) Roger Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Paris, La Vieille Taupe, décembre 1995; rééd., Samiszdat [sic], Roger Garaudy, 1996 ; nouvelle édition, Beyrouth, Al Fihrist, 1998. Sur l'affaire Garaudy, voir Pierre-André Taguieff, "L'abbé Pierre et Roger Garaudy. Négationnisme, antijudaïsme, antisionisme", Esprit, n° 224, août-septembre 1996, pp. 206-216; Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Paris, Le Seuil, 2000, pp. 472- 483; Michaël Prazan, Adrien Minard, Roger Garaudy. Itinéraire d'une négation, Paris, Calmann-Lévy, 2007, pp. 163-308.

(6) Voir Valérie Igounet, Robert Faurisson. Portrait d'un négationniste, Paris, Denoël, 2012.

(7) Voir Pierre-André Taguieff, "L'abbé Pierre et Roger Garaudy...", art. cit.

(8) Roger Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Paris, La Vieille Taupe, décembre 1995, pp. 44-47. Sur l'accusation de "racisme" visant le peuple juif, devenue lieu commun du discours judéophobe, voir Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial, Paris, Odile Jacob, 2008, pp. 340-350.

(9) Roger Garaudy, Le Procès du sionisme israélien, Paris, Éditions Vent du Large, 1998.

(10) Tel est aussi le titre du chapitre I d'un livre ultérieur de Roger Garaudy, Le Terrorisme occidental, Paris, Éditions Al Qalam, 2004, pp. 39-71.

(11) Roger Garaudy, Les États-Unis, avant-garde de la décadence (Comment préparer le XXIe siècle), Paris, Éditions Vent du Large, 1997.

(12) Op. cit. (2004).

(13) Roger Garaudy, Le Terrorisme occidental, op. cit., p. 9.

(14) Ibid., pp. 182-183. Voir aussi Roger Garaudy, Les États-Unis, avant-garde de la décadence, op. cit., pp. 15-20 (chap. II: "Le monothéisme du marché").

(15) Roger Garaudy, "Contre le monothéisme du marché", Éléments pour la civilisation européenne, n° 84, février-mars 1996, pp. 31-37.

(16) Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, L'Islam révolutionnaire, Monaco, Éditions du Rocher, 2003, p. 105.

(17) Roger Garaudy, Les États-Unis..., op. cit., pp. 4-5.

(18) Alain Soral, Comprendre l'Empire. Demain la gouvernance globale ou la révolte des nations?, Paris, Éditions Blanche, 2011.

(19) Lien : http://www.egaliteetreconciliation.fr/Roger-Garaudy-limpide-dans-la-noir... 12385.html. L'ex-communiste Maria Poumier a été la secrétaire de rédaction de la revue garaudyenne À Contre-Nuit, dont la directrice de rédaction était Isabelle Coutant-Peyre. Celle-ci, avocate du terroriste islamo-communiste Carlos, a épousé en prison son client. On ne s'étonne pas de la voir aujourd'hui aux côtés du père du tueur islamiste Mohamed Merah, présenté froidement comme une "victime" de la police française. Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire, Paris, Mille et une nuits, 2004, p. 523, note 46.

(20) Voir Goetz Nordbruch, "La négation de la Shoah dans les pays arabes. Réactions aux Mythes fondateurs de la politique israélienne" (2001), tr. fr. Claire Darmon, Revue d'histoire de la Shoah, n° 180, janvier-juin 2004, pp. 264-290.

(21) Pour parler comme Abû al-A'lâ Mawdûdi (1903-1979), qui célèbre la "religion universelle et éternelle" qu'est selon lui l'islam.

(22) Mahmoud Ahmadinejad, discours prononcé le 14 décembre 2005.

(23) Déclaration finale de la troisième Conférence internationale Al-Qods et pour le soutien au peuple palestinien, organisée par les autorités iraniennes à Téhéran du 14 au 16 avril 2006: "Le régime sioniste (...) n'a pas droit à l'existence, ni légalement ni légitimement".

(24) Mahmoud Ahmadinejad, discours prononcé le 26 octobre 2005.

(25) En 2002-2003, Jean Ziegler était rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme pour le droit à l'alimentation.

(26) Voir Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes, op. cit., pp. 44-52.

(27) Voir Afasané Bassir Pour, "Jean Ziegler dénoncé par Israël et désavoué par l'ONU", Le Monde, 1er octobre 2003, p. 3.

(28) Jean Ziegler, Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Paris, Fayard, 2002, pp. 17, 122, 123. Sur les activités de propagandiste de Jean Ziegler à l'ONU et ailleurs, voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 520-522 (notes 40 et 44), 630 (note 37), 917 (note 51), 940 (note 7); Michaël Prazan, Adrien Minard, Roger Garaudy, op. cit., pp. 15, 17, 192-194, 197-198, 295-296; Malka Marcovich, Nouveau Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU. Un laboratoire de haine. La route vers Durban 2 - 2009, rapport réalisé pour la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), 22 mai 2007.

(29) Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 520-521.

(30) Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 88-89, 475 (note 23), 780-781 (et note 428), 786-787; Laurent Duguet, "La haine raciste et antisémite tisse sa toile en toute quiétude sur le Net", Les Études du Crif, n° 13, novembre 2007, pp. 10-13.

(31) Voir le compte rendu qu'en a fait Nicolas Weill dans Le Monde daté du 20 avril 1996: "L'abbé Pierre soutient les aberrations négationnistes de Roger Garaudy".

(32) Voir Bernard Kouchner, "Mon père, je t'écris ces mots parce que j'ai un devoir d'affection", Le Monde, 30 avril 1996 (lettre publiée après l'annonce du soutien de l'abbé Pierre à Garaudy).

(33) Jean-Pierre Tuquoi, "À Rabat, Richard Robert dit être un bon musulman, pas un terroriste", Le Monde, 10 septembre 2003, p. 5. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, François Robert s'est converti au catholicisme en prison. Il a été extradé vers la France à la mi-mai 2012.

En décembre 1995, le second numéro de la revue de Pierre Guillaume La Vieille Taupe, porte comme titre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne. Son auteur est Roger Garaudy. L’intervention de l’abbé Pierre en faveur de son ami, trois mois plus tard, provoque une grande émotion dans l’opinion publique et la classe politique. Les médias parlent désormais de l’affaire Garaudy-abbé Pierre. En juin 1996, un troisième tirage est annoncé. Plusieurs traductions sont en cours. Dès septembre 1996, le livre connaît quatre éditions en arabe. La Vieille Taupe renforce alors ses « liens organiques avec la mouvance arabe et la mouvance islamique ». On parle de 400 000 exemplaires en circulation. La publication de ce livre et ses conséquence ouvrent « à la problématique révisionniste des pans entiers de la société mondiale, qui y étaient totalement imperméables », souligne Pierre Guillaume. On peut apercevoir Roger Garaudy dans divers pays arabes où il dénonce inlassablement le « pouvoir sioniste ». Présenté comme un intellectuel et un philosophe, un ancien communiste converti à l’Islam, il est convié à la Foire internationale du Caire, à Beyrouth par le Forum nationaliste arabe, en Syrie par le ministère de l’Information et en Jordanie par l’Association des écrivains. À l’été 1996, Roger Garaudy répond à ses « calomniateurs » sur le site Radio Islam : « C’est ainsi que je crois remplir ma tâche de musulman fidèle à un Coran qui nous appelle sans cesse à servir Dieu qui ne cesse de créer et de recréer le monde. Être fidèle au foyer des ancêtres ce n’est pas en conserver les cendres mais en transmettre la flamme ».

L’affaire Garaudy entraîne une « poussée négationniste » dans le monde arabe dans lequel cette idéologie devient un instrument de propagande politique. En janvier 1998, Roger Garaudy comparaît devant la 17ème Chambre pour « complicité de contestation de crimes contre l’humanité », « diffamation à caractère racial » et « provocation à la discrimination, à la haine et à la violence raciales ». Pierre Guillaume est également assigné en justice, en qualité d’éditeur de son livre traduit alors dans vingt-trois langues. Jacques Vergès, ancien défenseur de Klaus Barbie, assisté de Philippe Pétillault, sont les avocats de Roger Garaudy. A ce moment, des pétitions de soutien à l'homme circulent dans les pays arabes où Roger Garaudy apparaît comme le nouvel héraut de la cause palestinienne. Le 20 janvier 1998, Mahamma Khatami, le Président iranien, déclare que les « gouvernements occidentaux ne tolèrent pas qu’on s’oppose à leurs intérêts, et c’est pourquoi l’Occident juge un érudit pour avoir écrit un livre sur les sionistes ». C’est le premier communiqué officiel d’un chef d’état étranger soutenant Roger Garaudy, et par ce biais, le négationnisme. Ce jour, Yasser Arafat doit se rendre au Musée américain de l’Holocauste de Washington ; une visite annulée par le dirigeant palestinien car la direction du musée refuse de lui accorder le traitement réservé aux personnalités. Le secrétaire général du gouvernement israélien et l’ambassadeur israélien à Washington expliquent ce geste par le fait qu’il y a « encore trop de négationnistes dans l’entourage de Yasser Arafat » et par une « montée de l’antisémitisme rhétorique » chez les dignitaires palestiniens.


Le 20 avril, Roger Garaudy est reçu en Iran par le Président et par l’ayatollah Khameneï. Au gré de ses interventions, il devient l’homme de référence sur la question du négationnisme, au grand dam de Robert Faurisson. Mais Roger Garaudy approche de ses 85 ans. Ses déplacements se font avec difficulté. Sa santé précaire l’a empêché, à plusieurs reprises, d’assurer la promotion des Mythes fondateurs de la politique israélienne. Pierre Guillaume s’en est chargé. Robert Faurisson fait comprendre à ce dernier qu’il sera plus performant dans cette tâche. Il va être, en quelque sorte, celui qui va assurer le relais.


A partir de ce moment, Robert Faurisson va continuer à exporter la propagande négationniste dans la monde arabo-musulman. Outre quelques publications mineures, Roger Garaudy ne fera pratiquement plus parler de lui.


L'ancien communiste préserve une certaine aura, liée à ses multiples engagements. Autour de lui, des hommes et des femmes poursuivent son combat. Maria Poumier soutient depuis de nombreuses années Roger Garaudy. C'est elle qui écrit un hommage à son ami que l'on peut lire, entre autres, sur le site Égalité et Réconciliation :


« C’est avec la stature du rédempteur qu’il entrera dans la légende, et c’est avec son dernier acte de résistance, lorsqu’à 83 ans il publie le livre qui le fera fusiller en effigie, glorieusement, comme un martyr, en France, par la France asservie au lobby israélien : Les Mythes fondateurs de la politique israélienne (¡K) On aurait même pu croire que le frère Garaudy n’était pas conscient, tant il est resté modeste, du coup mortel qu’il avait porté à l’entité usurpatrice qui prétend traiter le monde entier comme le pseudo-État israélien traite les Palestiniens et ses voisins. Nous portons aujourd’hui le triomphe de Garaudy, le triomphe de la pensée réconciliée avec l’honnêteté.


C’est autour de lui que les révolutionnaires de tout horizon peuvent entrer dans la résistance ensemble, et déclarer l’abolition des privilèges indus de l’ancien régime qui a atteint son zénith sous Sarkozy, et la fin des usurpations qui se réclament, le plus officiellement du monde, du judaïsme : usurpation financière et politique, usurpation du discours, usurpation de la pratique scientifique, volonté d’écrasement militaire du monde entier pour autant qu’il ne se soumet pas à Israël.


Aucun peuple ne peut choisir de se soumettre à Israël, aucune personne au monde ne choisit l’esclavage. Ceux qui ont été dans leur chair le plus écrasés d’esclavage sont ceux qui le savent le mieux, le plus profondément, le plus sincèrement. (¡K) Qu’il repose, notre frère Roger, dans la gloire aux côtés des prophètes qui ont choisi de servir les plus humbles, partout et en tout temps ».


Tout comme Alain Soral, Maria Poumier s'est engagée auprès de Dieudonné. Elle est également l'auteure d'En confidence. Entretien avec L' « Inconnue » (éditions Pierre Marteau, 2009), sorte d'hagiographie de Robert Faurisson. On l'aperçoit en Iran avec certains amis du négationniste français. Roger Garaudy peut être considéré comme un des initiateurs de cette nouvelle donne : l'internationalisation du discours faurissonnien et l'apparition d'un négationnisme d'État.


Valérie Igounet

Opinion

Dans un portrait, publié le lendemain de son décès et intitulé "disparition de Roger Garaudy, de Staline à Mahomet", le quotidien L’Humanité a salué celui qui "a joué, pour bon nombre d’intellectuels communistes de l’époque stalinienne, le rôle aujourd’hui totalement impensable de philosophe officiel du PCF".

(15 juin 2012 - Avec les agences de presse)

"Roger Garaudy peut être considéré comme un des initiateurs de cette nouvelle donne : l'internationalisation du discours faurissonnien et l'apparition d'un négationnisme d'État"

Valérie Igounet


Texte à l'appui

L’itinéraire du « grand militant mujahid Roger Garaudy » : du communisme au négationnisme Texte de Pierre-André Taguieff (publié par La Lettre du Crif)

Les convertis à l'islam venant de l'extrême gauche suivent souvent, depuis les années 1980, l'itinéraire prototypique d'un Roger Garaudy (1913-2012). Celui-ci, communiste stalinien séduit par le catholicisme, s'est d'abord converti dans les années 1970 à un tiers-mondisme mâtiné d'anti-occidentalisme ou d'hespérophobie ("L'Occident est un accident") (1), puis a épousé la cause du monde musulman, y trouvant un appui décisif pour combattre à la fois l'hyperpuissance américaine, où il voit le principal vecteur du "totalitarisme du marché", et l'État d'Israël, et plus largement le "lobby sioniste international". Le Garaudy anticapitaliste et tiers-mondiste, l'humaniste "sans frontières", pionnier de ce qui s'appellera vingt ans plus tard l'"altermondialisme", était déjà applaudi par les "chrétiens de gauche", qui le suivront dans l'ensemble avec enthousiasme lorsqu'il épousera la cause palestinienne. Garaudy a participé activement à l'entreprise de diabolisation d'Israël qui, à partir de l'été 1982, a pris une ampleur inédite par l'exploitation cynique des massacres de Sabra et Chatila (16-18 septembre 1982) commis par les Phalanges chrétiennes libanaises et attribuées mensongèrement à l'armée israélienne (2). Avant même les massacres de Sabra et Chatila, Israël fut accusé publiquement de "terrorisme d'État" dans un placard publicitaire publié par Le Monde le 17 juin 1982 sous le titre "Après les massacres du Liban. Le sens de l'agression israélienne", signé par Roger Garaudy, le père Michel Lelong et le pasteur Mathiot (3).

Après sa conversion à l'islam, en 1982, Garaudy entre dans un processus de radicalisation de son "antisionisme". Il publie tout d'abord un pamphlet "antisioniste" intitulé L'Affaire Israël (1983) (4), où il développe ses quatre principaux thèmes d'accusation visant Israël et le "sionisme" : "racisme", "colonialisme", "expansionnisme" (ou "impérialisme") et "terrorisme d'État". Cette radicalisation le conduit à publier par les soins de La Vieille Taupe, douze ans plus tard, en décembre 1995, son premier pamphlet négationniste, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne (5). En raison du soutien apporté par l'abbé Pierre à son vieil ami, ce pamphlet "antisioniste" va provoquer un débat houleux au printemps 1996. Rappelons que les éditions La Vieille Taupe avaient été fondées par un groupe de militants d'extrême gauche qui, entre 1978 et 1980, s'étaient ralliés aux "thèses" défendues par Robert Faurisson, devenu depuis la figure emblématique du négationnisme français, sillonnant le monde pour diffuser la "bonne nouvelle" selon laquelle le génocide nazi des Juifs d'Europe n'aurait pas eu lieu et se réduirait à un "mensonge de propagande (6)".

L'argumentation négationniste s'est pleinement intégrée dans le discours antisioniste des pays arabo- musulmans et de l'Iran islamiste à travers le best-seller qu'a été ce méchant pamphlet qui semblait provenir d'une officine, fabriqué par des faussaires amateurs avec des matériaux empruntés hâtivement à diverses publications antijuives confidentielles, et ce, sur le mode du plagiat (7).

Dans ce pamphlet qui revient à inscrire l'antisionisme dans un antijudaïsme radical, Garaudy reprend à son compte l'essentialisation négative du peuple juif comme peuple exterminateur et colonisateur, identique à lui-même à travers l' histoire, et l' assortit d' une accusation de "purification ethnique" et de "racisme", ou, plus exactement, de proto-racisme, ce qui revient à postuler que les Juifs sont les inventeurs du racisme : "Cette "purification ethnique" devenue systématique dans l'État d'Israël d'aujourd'hui, découle du principe de la pureté ethnique empêchant le mélange du sang Juif avec le "sang impur" de tous les autres. [...] Ce racisme, modèle de tous les autres racismes, est une idéologie de domination de différents peuples (8)." L'accusation triple est claire : les Juifs sont originellement racistes, impérialistes et exterminateurs de peuples étrangers. En 1998, Garaudy publie un nouveau pamphlet judéophobe à visage "antisioniste" : Le Procès du sionisme israélien (9). Dans la foulée, il tonne contre le "monothéisme du marché" ou le "monothéisme totalitaire du marché", réjouissant les milieux anticapitalistes de tous bords. Se faisant l'inlassable propagandiste de la désoccidentalisation du monde, il entonne régulièrement le refrain "l'Occident est un accident (10)" et publie le libelle titré Les États-Unis, avant-garde de la décadence (1997) (11). Garaudy devient dès lors un "guide spirituel" ou une sorte de prophète pour des mouvances extrémistes qui, autour d'une thématique "antimondialiste", anti-américaine et antisioniste, sont classées à l'extrême gauche comme à l'extrême droite.

Garaudy poursuit sa campagne anti-occidentale et antisioniste en publiant, trois ans après les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, un long pamphlet intitulé Le Terrorisme occidental (12). Dans ce pamphlet où il retrouve les accents tiers-mondistes de sa période stalinienne (et néo-stalinienne), Garaudy se félicite de ce que les États-Unis rencontrent "de plus en plus de résistance (...) dans leur entreprise de "mondialisation", c'est-à-dire de colonisation étendue à l'échelle mondiale et au profit d'un seul colonialiste (13)". Ce lourd pamphlet d'inspiration conspirationniste - car il s'agit bien pour lui de dénoncer un prétendu complot impérialiste - confirme son inscription dans la nébuleuse "antimondialiste". L'objet favori de ses dénonciations litaniques est ce qu'il appelle confusément le "monothéisme du marché", qu'il définit comme "un crime devenu une religion (14)". Il avait publié dans la revue du GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne), Éléments, au moment où commençait "l'affaire Garaudy", un article intitulé "Contre le monothéisme du marché (15)", tiré de sa communication au XXIXe colloque national du GRECE, le 3 décembre 1995. Le terroriste communiste Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, lui-même converti à l'islam en octobre 1975, trouvera l'expression à son goût, écrivant de sa prison, en 2003, avant de dénoncer la "pseudo-religion des droits de l'homme, ce cache-sexe de l'idolâtrie marchande": "L'Islam véritable est radicalement incompatible avec les normes de la consommation inhérentes au monothéisme du marché (16)."

L'expansion mondiale de ce que Garaudy pense être la nouvelle et fausse "religion", celle du marché, n'est autre que l'américanisation du monde, dans laquelle Israël joue, selon lui, un rôle majeur :

"Le point névralgique des frontières de l'empire américain (...), c'est le Golfe Persique, parce qu'il est entouré des plus riches gisements de ce pétrole, qui demeure, pour quelques décennies, "le nerf de la croissance" occidentale. Sur ce "limes" a été remportée la plus récente "victoire" du monothéisme du marché par l'écrasement de l'Irak (guerre engagée par les États-Unis sous la pression de deux "lobbies" [le "lobby juif" et le "lobby des affaires"]) (...). À ce "point névralgique" des frontières du nouvel empire, l'État d'Israël ne cesse de jouer le rôle que lui assignait déjà son fondateur spirituel, Théodore Herzl : celui d'un "bastion avancé de la civilisation occidentale contre la barbarie de l'Orient." (...) Aujourd'hui, une autre cible, plus importante encore, est désignée : l'Iran. (...) La nouvelle cible a été déjà désignée à Charm El Cheikh, en 1996, par le gouvernement d'Israël : la "lutte contre le terrorisme" comme "l'ingérence humanitaire" étant les deux prétextes nouveaux du néo-colonialisme intégré. (17)"

On comprend qu'il soit cité comme un maître à penser ou un héros de la "libre parole" par certains milieux néo-communistes non moins que par la plupart des groupes néo-nazis, ainsi que par divers courants de l'islamisme radical. L'admiration que lui porte l'ex-communiste Alain Soral, auteur du pamphlet anti-américain et "antisioniste" d'esprit garaudyen intitulé Comprendre l'Empire (2011) (18), en témoigne. En présentant avec Dieudonné et l'agitateur pro-iranien Yahia Gouasmi, en 2008, une "liste antisioniste", Soral est resté fidèle à la posture garaudyenne - un anti-impérialisme complotiste -, ne faisant guère que l'assaisonner du choix d'être un compagnon de route du Front national. Sur son site "Égalité et Réconciliation", le 15 juin 2012, l'égérie castriste et garaudyenne Maria Poumier publiait un hommage vibrant au "grand humaniste", un hymne au titre éloquent : "Roger Garaudy, limpide dans la noirceur du siècle (19)", dont la conclusion mérite d'être longuement méditée : "Qu'il repose, notre frère Roger, dans la gloire aux côtés des prophètes qui ont choisi de servir les plus humbles, partout et en tout temps." L'ex-stalinien converti à l'islam et à la cause palestinienne a été fêté comme un maître à penser ou un modèle de courage dans le monde musulman, qu'il a largement initié aux formules élémentaires du négationnisme (20). Il y incarnait de son vivant l'intellectuel occidental parfait pour les ennemis de l'Occident se réclamant de l'islam, "la religion dominante parmi les dominés" : outre sa conversion montrant qu'il avait choisi "la religion naturelle de l'homme (21)", il offrait à ceux qui veulent détruire Israël un semblant d'arme absolue, la réduction du génocide nazi des Juifs d'Europe à un "mensonge de propagande" qui aurait notamment légitimé la création de l'État juif. Lorsque le dangereux illuminé qu'est le président iranien Mahmoud Ahmadinejad dénonce en décembre 2005 le "mythe du massacre des Juifs (22)" et en conclut que l'État d'Israël, n'ayant pas "droit à l'existence (23)", doit être "rayé de la surface de la terre" - selon l'expression de l'ayatollah Ruhollah Khomeyni (24) -, il se montre bon disciple de Garaudy.

On sait que Mouammar Kadhafi, le leader suprême de la "Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste", trahissant sa mégalomanie sans bornes, avait créé en 1988-1989, avec son ami Jean Ziegler, sociologue suisse d'extrême gauche, le Prix Kadhafi des droits de l'homme. L'expression résonne aussi étrangement qu'un Prix Staline de la liberté ou qu'un Prix Hitler de l'égalité et de la fraternité. Parmi les lauréats récents du Prix Kadhafi, on remarque avec grand intérêt, mais sans surprise, les personnalités prestigieuses suivantes: Louis Farrakhan (1996), Fidel Castro (1998), Roger Garaudy (2002, avec d'autres), Hugo Chávez (2004) et Mahathir Mohamad (2005). En tant qu'intellectuel engagé, mais aussi en tant que "Rapporteur spécial" ou "expert" dans certaines instances des Nations unies chargées des droits de l'homme (25), le néo-marxiste et "humaniste" Jean Ziegler, ami genevois de Tariq Ramadan et de Roger Garaudy - autres "humanistes" -, est souvent intervenu dans l'espace public, toujours dans un sens anti-occidental, tiers-mondiste et "antisioniste" (26). En tant que rapporteur spécial de l'ONU, Ziegler a commis par exemple, en 2003, un rapport délirant sur la politique israélienne dans les territoires occupés, reprenant le discours de propagande "antisioniste" le plus caricatural (27). Il s'est fait par ailleurs une spécialité de dénoncer de façon conspirationniste "les maîtres de l'univers", "les 1 000 oligarques les plus puissants du monde" ou "le capital financier international" (28).

Pour comprendre la communauté de pensée existant entre Garaudy et Ziegler, il faut rappeler un épisode de l'affaire Garaudy/l'abbé Pierre, qui se déroula au printemps 1996. Dans une lettre adressée le 1er avril 1996 à son ami Garaudy, poursuivi en justice pour son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne (29), le sociologue tiers-mondiste lui faisait ainsi part de son soutien : "Je suis scandalisé par le procès que l'on vous fait. (...) Toute votre œuvre d'écrivain et de philosophe témoigne de la rigueur de vos analyses et de l'indéfectible honnêteté de vos intentions. Elle a fait de vous un des principaux penseurs de notre époque. (...) C'est pour toutes ces raisons que je vous exprime ici ma solidarité et mon admirative amitié (30)." On pouvait lire cette lettre en ligne sur le site Internet de Radio Islam, dirigé par l'islamiste et négationniste Ahmed Rami, qui diffuse aussi bien Les Protocoles des Sages de Sion que les écrits de Robert Faurisson et de ses disciples, sans oublier La Question juive de Marx ni Le Juif international, recueil d'articles antijuifs attribués à Henry Ford (en fait, rédigés par ses proches collaborateurs et les journalistes de son hebdomadaire antijuif, The Dearborn Independent, de mai 1920 à janvier 1922). Rami est un admirateur déclaré de celui qu'il appelle le "grand militant mujahid Roger Garaudy". Dans les jours suivants, Ziegler prendra prudemment ses distances, mais lors d'une conférence de presse tenue à Paris le 18 avril 1996, l'avocat de Garaudy, Jacques Vergès, le citera parmi les personnalités apportant leur soutien au grand "humaniste" (31). Pour souligner certaines affinités oubliées, on rappellera ici que Garaudy fut un "laudateur patenté du petit Livre vert" du colonel Kadhafi (32), lequel lui renvoya le compliment en le présentant comme le "penseur" qui lui avait fait comprendre le marxisme.

Si, depuis le milieu des années 1980, Garaudy est célébré partout dans le monde musulman comme un héros de la lutte contre le "sionisme mondial", on ne doit pas négliger pour autant son rôle, en Occident, dans la conversion à l'islam de nombre de ses lecteurs admiratifs, dont certains sont devenus des islamistes salafistes. C'est par exemple le cas du Français Richard Robert, "l'Émir aux yeux bleus", qui, converti à l'islam par la lecture des livres de Garaudy, a fini, après les voyages rituels et initiatiques au Pakistan et en Afghanistan, par rejoindre un groupe islamiste radical, Salafiya Jihadiya, mis en cause dans l'organisation des attentats-suicides du 16 mai 2003 à Casablanca, qui firent 45 victimes (33).

Garaudy a été un intellectuel engagé qui n'a cessé de mettre son statut de "philosophe" au service de causes totalitaires, du communisme à l'islam politique "révolutionnaire", mariant pour finir la judéophobie à l'hespérophobie. Son itinéraire illustre l'inévitable processus de corruption de la pensée chez ceux qui mettent cette dernière au service de causes aussi douteuses qu'exclusives, la réduisant ainsi à des opérations de propagande.

Notes :

(1) Le néologisme "hespérophobie", introduit par l'historien Robert Conquest, a été utilisé par John Derbyshire dans un article diffusé le 13 septembre 2001: "Hesperophobia: On Blaming the Jews", National Review Online, puis repris par Raphaël Israeli dans son étude intitulée "L'antisémitisme travesti en antisionisme", tr. fr. Jean-Pierre Ricard, Revue d'histoire de la Shoah, n° 180, janvier-juin 2004, p. 127.

(2) Sur cette accusation mensongère et son exploitation par la propagande palestinienne, voir Pierre-André Taguieff, La Nouvelle Propagande antijuive, Paris, PUF, 2010, pp. 145-149.

(3) Sur ce texte et son contexte, voir Pierre-André Taguieff, "L'antisionisme arabo-islamophile", Sens, n° 11, novembre 1982, pp. 253-266.

(4) Roger Garaudy, L'Affaire Israël, Paris, SPAG-Papyrus éditions, 1983.

(5) Roger Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Paris, La Vieille Taupe, décembre 1995; rééd., Samiszdat [sic], Roger Garaudy, 1996 ; nouvelle édition, Beyrouth, Al Fihrist, 1998. Sur l'affaire Garaudy, voir Pierre-André Taguieff, "L'abbé Pierre et Roger Garaudy. Négationnisme, antijudaïsme, antisionisme", Esprit, n° 224, août-septembre 1996, pp. 206-216; Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Paris, Le Seuil, 2000, pp. 472- 483; Michaël Prazan, Adrien Minard, Roger Garaudy. Itinéraire d'une négation, Paris, Calmann-Lévy, 2007, pp. 163-308.

(6) Voir Valérie Igounet, Robert Faurisson. Portrait d'un négationniste, Paris, Denoël, 2012.

(7) Voir Pierre-André Taguieff, "L'abbé Pierre et Roger Garaudy...", art. cit.

(8) Roger Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Paris, La Vieille Taupe, décembre 1995, pp. 44-47. Sur l'accusation de "racisme" visant le peuple juif, devenue lieu commun du discours judéophobe, voir Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial, Paris, Odile Jacob, 2008, pp. 340-350.

(9) Roger Garaudy, Le Procès du sionisme israélien, Paris, Éditions Vent du Large, 1998.

(10) Tel est aussi le titre du chapitre I d'un livre ultérieur de Roger Garaudy, Le Terrorisme occidental, Paris, Éditions Al Qalam, 2004, pp. 39-71.

(11) Roger Garaudy, Les États-Unis, avant-garde de la décadence (Comment préparer le XXIe siècle), Paris, Éditions Vent du Large, 1997.

(12) Op. cit. (2004).

(13) Roger Garaudy, Le Terrorisme occidental, op. cit., p. 9.

(14) Ibid., pp. 182-183. Voir aussi Roger Garaudy, Les États-Unis, avant-garde de la décadence, op. cit., pp. 15-20 (chap. II: "Le monothéisme du marché").

(15) Roger Garaudy, "Contre le monothéisme du marché", Éléments pour la civilisation européenne, n° 84, février-mars 1996, pp. 31-37.

(16) Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, L'Islam révolutionnaire, Monaco, Éditions du Rocher, 2003, p. 105.

(17) Roger Garaudy, Les États-Unis..., op. cit., pp. 4-5.

(18) Alain Soral, Comprendre l'Empire. Demain la gouvernance globale ou la révolte des nations?, Paris, Éditions Blanche, 2011.

(19) Lien : http://www.egaliteetreconciliation.fr/Roger-Garaudy-limpide-dans-la-noir... 12385.html. L'ex-communiste Maria Poumier a été la secrétaire de rédaction de la revue garaudyenne À Contre-Nuit, dont la directrice de rédaction était Isabelle Coutant-Peyre. Celle-ci, avocate du terroriste islamo-communiste Carlos, a épousé en prison son client. On ne s'étonne pas de la voir aujourd'hui aux côtés du père du tueur islamiste Mohamed Merah, présenté froidement comme une "victime" de la police française. Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire, Paris, Mille et une nuits, 2004, p. 523, note 46.

(20) Voir Goetz Nordbruch, "La négation de la Shoah dans les pays arabes. Réactions aux Mythes fondateurs de la politique israélienne" (2001), tr. fr. Claire Darmon, Revue d'histoire de la Shoah, n° 180, janvier-juin 2004, pp. 264-290.

(21) Pour parler comme Abû al-A'lâ Mawdûdi (1903-1979), qui célèbre la "religion universelle et éternelle" qu'est selon lui l'islam.

(22) Mahmoud Ahmadinejad, discours prononcé le 14 décembre 2005.

(23) Déclaration finale de la troisième Conférence internationale Al-Qods et pour le soutien au peuple palestinien, organisée par les autorités iraniennes à Téhéran du 14 au 16 avril 2006: "Le régime sioniste (...) n'a pas droit à l'existence, ni légalement ni légitimement".

(24) Mahmoud Ahmadinejad, discours prononcé le 26 octobre 2005.

(25) En 2002-2003, Jean Ziegler était rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme pour le droit à l'alimentation.

(26) Voir Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes, op. cit., pp. 44-52.

(27) Voir Afasané Bassir Pour, "Jean Ziegler dénoncé par Israël et désavoué par l'ONU", Le Monde, 1er octobre 2003, p. 3.

(28) Jean Ziegler, Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Paris, Fayard, 2002, pp. 17, 122, 123. Sur les activités de propagandiste de Jean Ziegler à l'ONU et ailleurs, voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 520-522 (notes 40 et 44), 630 (note 37), 917 (note 51), 940 (note 7); Michaël Prazan, Adrien Minard, Roger Garaudy, op. cit., pp. 15, 17, 192-194, 197-198, 295-296; Malka Marcovich, Nouveau Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU. Un laboratoire de haine. La route vers Durban 2 - 2009, rapport réalisé pour la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), 22 mai 2007.

(29) Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 520-521.

(30) Voir Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, op. cit., pp. 88-89, 475 (note 23), 780-781 (et note 428), 786-787; Laurent Duguet, "La haine raciste et antisémite tisse sa toile en toute quiétude sur le Net", Les Études du Crif, n° 13, novembre 2007, pp. 10-13.

(31) Voir le compte rendu qu'en a fait Nicolas Weill dans Le Monde daté du 20 avril 1996: "L'abbé Pierre soutient les aberrations négationnistes de Roger Garaudy".

(32) Voir Bernard Kouchner, "Mon père, je t'écris ces mots parce que j'ai un devoir d'affection", Le Monde, 30 avril 1996 (lettre publiée après l'annonce du soutien de l'abbé Pierre à Garaudy).

(33) Jean-Pierre Tuquoi, "À Rabat, Richard Robert dit être un bon musulman, pas un terroriste", Le Monde, 10 septembre 2003, p. 5. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, François Robert s'est converti au catholicisme en prison. Il a été extradé vers la France à la mi-mai 2012.

La controverse s’achève Article de Dira Maurice publié par Al-Ahram Hebdo (Le Caire, semaine du 27 juin au 3 juillet 2012, numéro 928)

L’intellectuel français Roger Garaudy s’est éteint à 98 ans. Défenseur du dialogue des civilisations, il fut de toute sa vie un combattant s'opposant à tous les intégrismes et sera qualifié dans son pays de négationniste.

L’auteur des Mythes fondateurs de la politique israélienne est mort. Si la disparition de Roger Garaudy laissera un vide dans le monde des intellectuels français, celui-ci sera plus ressenti dans le monde arabo-musulman. Du fait que ce dernier vient de perdre avec le décès de ce philosophe français une voix qui défendait les Arabes et l’islam dans un pays où trône un lobby juif des plus puissants. Sa mort, le 13 juin dernier, arrive à un moment crucial de l’histoire du Moyen-Orient où la scène arabe est en plein bouillonnement, où l’islamisme est en ascension et Israël est sur la défensive.

Bien qu’elles semblent lointaines les années 1990, le monde arabe et musulman ne peut cependant pas oublier cette époque qui a témoigné du parti pris de Garaudy pour la cause palestinienne, de ses discours antisionistes, de ses thèses négationnistes, sujet tabou en France. Des positions qui ont fait de lui, dès lors, l’objet d’un lynchage médiatique, un paria en France. N’a-il pas été condamné pour contestation de crimes contre l’humanité et provocation à la haine, selon la loi dite Gayssot (visant à réprimer les actes racistes et antisémites), pour avoir publié en 1995 Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, son ouvrage le plus célèbre où il fait la différence entre le judaïsme qu’il respecte et la politique sioniste qu’il combat et met en question les chambres à gaz dans le génocide des juifs par les nazis, devenu un dogme justifiant tous les crimes commis par Israël en Palestine ? Un véritable coup de tonnerre sans doute qui finit par le faire qualifier d’antisémite.

Or, si ces positions le diabolisent en France, elles séduisent dans le monde arabo-musulman. Elles lui valent une popularité impressionnante, et sa conversion à l’islam quelques années plus tôt a ajouté à cet important capital de sympathie. Ainsi, Garaudy est l’invité d’honneur du Salon du livre du Caire, il fut chaleureusement accueilli, tour à tour à Téhéran, Beyrouth, Damas, Qatar et les territoires palestiniens.

Mais avant de se lancer dans ces diatribes antisionistes qui l’ont mis à l’index à l’échelle nationale, Garaudy, né en 1913 à Marseille, suit un itinéraire intellectuel riche et complexe, qui fait de sa vie une des plus agitées : philosophe, homme politique, auteur de dizaines de livres, tant politiques que philosophiques. Il prône le dialogue des civilisations et s’en prend à toute forme d’intégrisme, politique et religieux. Il défend le vrai islam et insiste sur le fait de ne pas le confondre avec l’islamisme. N’a-t-il pas écrit en 1995 dans son livre Vers une guerre de religion ? Le débat du siècle : « Nous ne devons pas confondre la charia, la voie morale et universelle ouverte au nom de Dieu, avec la législation qu’elle peut inspirer à chaque époque pour résoudre les problèmes de cette époque. Nous devons interpréter les paroles divines (...) Réprimer le vol en coupant les mains au voleur, comme on le fait dans certains pays musulmans, ce n’est pas un signe d’obéissance à la loi divine. Respecter la charia suppose que l’on s’attaque aux racines du mal : les conditions sociales qui incitent à voler ».

Du communisme à l’antisionisme, du catholicisme à l’islam en passant par le marxisme, Garaudy se faisait le prophète de l’un comme de l’autre. Un soldat chevronné de chaque camp. Du philosophe officiel du Parti communiste français avant son exclusion en 1970, à la figure célèbre du négationnisme, son radicalisme est marquant, mais son but reste le même : lutter contre les intégrismes.