Völkisch

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Dessin réalisé vers 1900 par Fidus en faveur du mode vie végétarien.
Dessin réalisé vers 1900 par Fidus en faveur du mode vie végétarien.
L'adjectif allemand « völkisch » est fréquemment réputé intraduisible littéralement en français (le mot-racine Volk signifie peuple, mais l'idée völkisch va bien au-delà du simple concept « populaire » et englobe le peuple dans ce qu'il a de plus transcendant, de plus sacré).

L'anthropologue Hans F.K. Günther en donne la définition suivante « "Völkisch", ce fut pour moi, et ce l'est encore, cette vision aristocratique, à la recherche des moyens propres à provoquer une totale renaissance nationale basée sur l'hérédité et en faveur d'hommes libres. » (Mon témoignage sur Adolf Hitler, Editions Pardès, 1990, p. 9).

Francis Bertin précise, quant à lui, que le terme völkisch « ne doit pas être traduit unilatéralement par “raciste” comme on le fait trop souvent, mais connote à la fois les idées de peuple, de nation et de communauté ; il a donc une signification communautaire et organique très marquée. » (Francis Bertin, « Ésotérisme et vision de la race dans le courant “Volkische” (1900-1945 », Politica Hermetica n°2, Paris, 1988, p. 91).

Ce terme substantivé qualifie aussi un courant politico-culturel, de caractère utopiste, née au « tournant du siècle » en réaction à l'industrialisation et à l'urbanisation (2/3 de la population en 1890) et qui s'échelonne sur le premier tiers du XXe siècle. Il a été décrit dans l’étude pionnière d'Armin Mohler (Die Konservative Revolution in Deutschland, 1950).


[modifier] Völkisch et Révolution conservatrice

Des trois tendances principales de la « Révolution conservatrice » allemande, le courant völkisch est sans doute le plus ancien puisqu’il émerge dès la fin du XIXe siècle. A la vérité, il vaudrait mieux parler de mouvance car il s'agit d'un phénomène qui se présente bien plus comme une nébuleuse que comme un courant structuré et univoque. De fait, les Völkischen, mûs avant tout par un romantisme anticapitaliste, sont beaucoup plus éloignés de la politique que les jeunes-conservateurs ou les nationaux-révolutionnaires.

Au tout début, les centres d’intérêt de cette mouvance de ce courant reflètent une bonne part des orientations culturelles de cette période : approche « scientifique » des origines guidée par l'esprit positiviste et l’élan romantique du mouvement des nationalités ; effervescence « spiritualiste » née de la crise de l'identité religieuse traditionnelle, en l’occurrence le christianisme. Ces deux voies convergent chez les Völkischen dans la défense du « peuple » conçu non comme masse mais comme identité, à la fois biologique et spirituelle. Le courant völkisch est donc foncièrement tourné vers le passé sans pour autant être réellement réactionnaire puisqu'il ne cherche pas à revenir à une époque révolue mais à se rattacher à ce qu’il considère être la plus lointaine origine.

Un des fondements intellectuels de ce courant est alors Herman Wirth, philologue de la première moitié du XIXe siècle, qui, dans L’aube de l’humanité (1828), entendait reconstruire l’histoire de la religion, du symbolisme et des écrits d’une « race nordico-atlantique » primordiale, dont il faisait remonter les origines au paleolithique. Wirth situait le berceau originel de cette race dans la région correspondant à l’actuelle Arctique et la décrivait comme porteuse d’une culture cosmico-symbolique dont le thème central serait l’année solaire comme expression d’une loi universelle de renouvellement, cycle dans lequel le solstice d’hiver aurait revêtu une importance particulière.

Dans cette recherche des origines, le monde indo-européen (terme qui finit par l’emporter sur « indo-aryen ») est au centre des préoccupations. Découverte par les linguistes à la fin du XIXe siècle, « l'indo-européanité » identifiée comme noyau originel de la civilisation européenne donna un socle scientifique plus solide au courant völkisch. Ce dernier s’intéressa immédiatement au groupe germanique des peuples indo-européens, considéré comme le moins dénaturé et le plus proche des caractéristiques originelles. Reprenant des arguments développés par Arthur de Gobineau, deux philologues vont imposer leurs idées dans le courant völkisch : Hans F.K. Günther et Ludwig Ferdinand Clauss. Si Günther est célèbre, Clauss l’est un peu moins en raison d’une approche ethnique assez éloignée du racisme « suprémaciste » d’essence coloniale fort en vogue à l’époque. Il considérait en effet que chaque homme est porteur d’un « style » caractéristique de l’âme du groupe ethnique auquel il appartient, style fondamentalement distinct des caractères purement individuels : « chaque race possède en elle-même le criterium de ses valeurs les plus hautes et il n’existe pas de mesure commune qui puisse permettre de la comparer à une autre ».

Parallèlement à cette quête « raciale », le courant völkisch développe tout un intérêt pour l’occultisme, en particulier en Allemagne du Sud et en Autriche, terres catholiques s’il en est. La principale conséquence de cet intérêt fut la création de petites sectes occultistes et surtout un intérêt appuyé pour les runes, ancien alphabet nordique dont les vertus divinatoires supposées ne pouvaient que les attirer. De ces catholiques autrichiens apostats est venu également un antisémitisme typiquement lié à leur origine et conjugué sur le mode classique du conspirationnisme. D’autres tendances du mouvement désirèrent cependant simplement refonder une religion purement allemande. Certains optèrent pour la thèse fantaisiste du « Christ aryen » développée par Houston Stewart Chamberlain dans ses Fondements du XIXe siècle publié en 1899. Luther était à leurs yeux l’émancipateur de l’âme allemande, désormais libérée du carcan méditerranéen et despotique de Rome. Ils prétendaient achever la Réforme en purgeant le christianisme de son contenu spirituel sémitique. L’absurdité théorique et l’impossibilité pratique d’un tel projet n’échappèrent cependant pas aux plus lucides qui se tournèrent alors vers le paganisme nordique ou vers une « religiosité indo-européenne » plus large.

Cette quête des racines de « l’âme allemande » (deutsche Volksseele) amène les Völkischen à porter une attention particulière aux traditions populaires (fêtes, folklore, coutumes) où, sous le vernis chrétien, se perpétuent des éléments beaucoup plus anciens, d’origine païenne. Dans le même esprit, ils accordent une grande importance au paysage et leur position est celle d’une écologie intégrale avant même que cette notion ne connaisse la popularité qui est la sienne à partir des années 1960. Défenseur de « l’art du terroir », ils créent ainsi un mode de vie alternatif relativement hors norme pour l’époque. Enfin, très attachés aux vertus privées du lignage et aux identités locales, les Völkischen ont relativement peu théorisé sur ce qui leur semblerait l'État idéal, la majorité se retrouvant dans la conception de l’empire germanique avec ses libertés locales.

Adolf Hitler considérait les Völkischen comme des irrécupérables. Il les faisait parquer dans des « réserves » où leurs activités passaient plus ou moins inaperçues. Le régime hitlérien visait avant tout à l'efficacité et pour cela préférait mobiliser ingénieurs, industriels et techniciens pour rebâtir économiquement le pays. Quant à la branche bündisch (ligues de jeunesse nées née après la Première Guerre mondiale) influencée en partie par ce courant, elle fut soit enrégimentée dans la Hitler Jugend soit matée.

On retrouve de nos jours nombre des orientations de ce courant dans les choix idéologiques de Terre et peuple: attachement aux coutumes locales et paysannes, spiritualité païenne affirmée et revendiquée, référence permanente à l’enracinement.

[modifier] Bibliographie

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