Gottfried Benn

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Gottfried Benn

Gottfried Benn (Mansfeld, Prusse, 1886 - Berlin Ouest, 1956). L'un des plus grands poètes de l'expressionnisme allemand.


Biographie

Fils d'un pasteur luthérien de Mansfeld (Prusse, actuellement Prignitz), Benn étudie à Sellin, dans la région de Neumark, et à Francfort-sur-l'Oder, avant d'apprendre la théologie à l'université de Marbourg et la médecine militaire à l'Académie Kaiser Wilhelm de Berlin. Son premier recueil de poèmes, le cycle Morgue, publié en 1912, participe du courant expressionniste revendiquant la révolte individuelle. Suivront d'autres recueils dans la même veine : Söhne (1913), Fleisch (1917), saisissante description de la décadence sous un aspect médical, et Schutt (1924).

Médecin militaire à Bruxelles pendant la première guerre mondiale, Benn n'en continue pas moins parallèlement une carrière litéraire. De cette période mouvementée datent ses seules pièces de théâtre Ithaka (1914), Karandasch (1917), Etappe (1919), Der Vermessungsdirektor (1919). Benn écrit aussi des nouvelles (Gehirne, 1916).

En novembre 1917, il ouvre un cabinet à Berlin , spécialisé dans les maladies vénériennes et de la peau. Parmi les intellectuels berlinois, il était considéré comme un "franc-tireur assez suspect. Il n'était pas communiste. Il abhorrait l'idée marxiste de l'engagement intellectuel et se consacrait ostensiblement au culte de l'esthétique pure. Mais il était également mécontent de la République de Weimar".

Son anti-communisme fut l'un des motifs de son adhésion au national-socialisme, l'autre étant l'espérance que l'expressionnisme devienne l'art officiel de l'Allemagne à l'instar du futurisme en Italie. Il croyait, écrivit-il plus tard, que l'accession au pouvoir d'Hitler participait "à une rénovation authentique du peuple allemand, qui trouverait un moyen de sortir du rationalisme, du fonctionnalisme et de la sclérose culturelle. Il croyait à une rénovation qui servirait l'Europe, guiderait son développement, laisserait à elles-mêmes les religions et les races, en tirant parti de ce qu'il y a de meilleur en elles".

Il fut élu à la section poésie de l'Académie de Prusse en 1932 et prit la tête de cette section en février 1933. En mai, il défendit le nouveau régime à la radio. La politique culturelle du nouvel État infirmant ses attentes, il fut remplacé en juin par un nazi orthodoxe, Hans Friederich Blunck, à l'Académie. Consterné par la nuit des longs couteaux qui anéantit la SA, il retira son soutien au mouvement nazi écrivant alors : "Je ne peux plus rester avec eux. Une tragédie horrible... Cela avait pourtant commencé comme une si grande chose, et c'est devenu si odieux."

Il choisit alors "la manière aristocratique d’émigrer" (novembre 1934) en se faisant affecter au service armé en avril 1935 (où il trouve nombre d'officiers désapprouvant comme lui le régime), et cessa de publier. L'expressionnisme étant attaqué comme "art dégénéré", il fut dénoncé en 1936 dans l'organe de la SS comme "juif, dégénéré et homosexuel", et interdit de publication en 1938. Cependant Heinrich Himmler fit savoir à ses services que : "Du point de vue nationaliste, le comportement de Benn depuis 1933 et même auparavant, a été impeccable. Je considère qu'il est inutile et sans objet de s'attaquer à cet homme qui a sincèrement soutenu l'Allemagne sur le plan international."

Après la deuxième guerre, il exerça à nouveau comme médecin à Berlin. Son travail fut alors interdit par les Alliés en raison de son soutien initial à Hitler et ce n'est qu'à partir de 1949 qu'il pourra de nouveau être publié dans son pays suite au succès public du recueil Statische Gedichte paru à Zurich en 1948. En 1950, il publia une autobiographie, Doppelleben. En 1951, le prix Georg Büchner récompensa l'ensemble de son œuvre.

Thématique

Aussi bien dans ses écrits théoriques - qui s'échelonnent sur vingt ans (1930-1950) - que dans ses poèmes, le nihilisme reste la préoccupation centrale de Gottfried Benn (cf. not. "Après le nihilisme" in Un poète et le monde). Son pessimisme culturel outrepasse une simple réaction à l'effondrement du pays après la défaite et à la République de Weimar : cette dernière n'a jamais fait que porter à son exaspération un concept de "réalité" se réduisant depuis Goethe au monde bourgeois. Ainsi, au nom d'une vision tragique de l'existence, peut-on mieux comprendre tant son hostilité au capitalisme et au marxisme que son soutien de courte durée pour le national-socialisme à son arrivée au pouvoir.

À la dictature de l'Aufklärung (Lumières), et en rupture avec la Weltanschauung romantique, le poète au scepticisme élégant n'envisage que le recours à la Forme (Gestalt). L'Homme comme entité abstraite étant vide de contenu, "il n'y a plus que des symptômes". Ce n'est pas tant le mythe du Progrès qu'il dénonce mais bien plutôt le manque d'éthique de la société qui en profite. Le surhumanisne nietzschéen, débarrassé de ses oripeaux darwiniens, offre donc pour lui une esthétique-éthique à opposer à la métaphysique. Concernant la portée de ses écrits, Benn peut être considéré comme un annonciateur de ce qu'on nomme aujourd'hui la "désintégration du sujet".

Citation

  • Je me déclare personnellement en faveur du nouvel État, parce que c’est mon peuple qui fait son chemin maintenant. Qui suis-je pour m’exclure ? Est-ce que je connais quelque chose de meilleur ? Non ! Dans les limites de mes pouvoirs, je peux tenter de guider le peuple dans la direction où j’aimerais qu’il aille – Mon existence intellectuelle et économique, ma langue, ma vie, mes relations humaines, toute la somme de mon cerveau, je le dois principalement à cette nation. Mes ancêtres en sont venus ; mes enfants y reviennent – Il y a des moments où toute cette vie tourmentée disparaît et où rien n’existe plus que les plaines, les étendues, les saisons, le sol, les mots simples : mon peuple. (1933)

Bibliographie

Œuvres

  • Double vie, Minuit, 1954.
  • Poèmes (Librairie Les Lettres, 1956 ; André Silvaire, 1964, 1990).
  • Le Ptoléméen et autres textes, (nouvelles), Gallimard, 1996.
  • Un poète et le monde, (essais), Gallimard, 1965.
  • Poèmes, Gallimard, 1972.
  • Cerveaux, (récits), La Différence, 2006.

Études

  • Les Éblouissements (biographie romancée), Pierre Mertens, Seuil, 2001.
  • "Présence de Gottfried Benn", A. de Benoist in Éléments n°63.
  • "Dossier G. Benn", Études germaniques, N°3/1993.
  • Alastaire Hamilton, L'Illusion fasciste, les intellectuels et le fascisme 1919-1945, Gallimard, 1973. (Source des citations de cette entrée).


Liens externes