Broederbond

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Premier Uitvorende Raad, en 1918
Strydom et Wiikins
Le Broederbond (litt. "Ligue des frères", en afrikaans), est une société secrète nationaliste afrikaner.

Le 5 juin 1918, quatre jeunes Afrikaners (Henning J. Klopper, Werner van der Merwe, Daniel H.C. du Plessis et Jozua François Naudé) fondent à Kensington (banlieue de Johannesburg) l'association Jong Zuid-Afrika (Jeune Afrique du Sud). Cette association prend le nom de Afrikaner Broederbond (Ligue des frères afrikaners) en 1920, puis se transforme en société secrète le 26 août 1921. Klopper dirige le groupe jusqu'au 26 juin 1924.

Le Broederbond est une sorte de franc-maçonnerie nationaliste afrikaner, fortement élitiste, et les critères d'admission y sont d'ailleurs stricts : être Blanc, de langue maternelle afrikaans et de religion calviniste, âgé de plus de 25 ans, disposer d'un revenu confortable et être parrainé par aux moins deux "Frères". Le recrutement sera donc toujours plus basé sur la qualité des membres que sur leur quantité. Ce sont de "Super-Afrikaners"... Le Bond se développe sous forme de cellules locales mais la direction centrale de l'Organisation est organisée de façon symbolique: un Conseil exécutif (Uitvorende Raad ou UR) comprend toujours douze membres censés représenter les Douze Apôtres ; à la tête de cet UR se trouve toujours une "Trinité" (Président, Secrétaire Général et Trésorier) représentant les trois personnes divines.

Le Bond entend préparer la prise du pouvoir en Afrique du Sud par les nationalistes. Tout au long d'une vingtaine d'années de maturation idéologique, le Bond va donc mettre en place une sorte de "galaxie métapolitique" nationaliste, englobant l'ensemble de la vie politique, sociale, économique, religieuse et culturelle des Afrikaners. Une galaxie synthétisée sous le terme Afrikanerdom, littéralement l' "Afrikaanité", le fait d'être Afrikaner.

En décembre 1929, le Broederbond est à l'origine de la création de la FAK, la Fédération des associations culturelles afrikaans (4000 associations s'y affilient), qui développe un réseau englobant l'ensemble des activités culturelles, sportives, scouts... du pays. S'intéressant également au domaine économique, dans lequel les Afrikaners sont encore en situation de dépendance par rapport au capitalisme anglo-juif, le Bond est à l'origine de la création de la première banque authentiquement afrikaner, la "Volkskas" (la "caisse du peuple"), fondée le 9 avril 1934 à Pretoria. ABSA, le plus grand groupe bancaire sud-africain actuel, en est d'ailleurs le descendant direct. De même, il met en place en octobre 1934 le Eerste Ekonomiese Kongres, le premier congrès populaire sur le thème économique, à Kimberley (centre du pays). En 1942, est fondé l'AHI, l'Afrikaanse Handelsinstituut, l'Institut (ou Chambre) de commerce afrikaner, destiné à coordonner les activités des hommes d'affaires et entrepreneurs afrikaners, pour les organiser en lobby économique nationaliste et promouvoir une économie réellement au service des intérêts nationaux afrikaners. Piet Meyer, puis Willie Marais, seront des dirigeants importants de cet Institut.

Dans le domaine de la vie religieuse, le Bond définit un "national-christianisme", sur la base d'un calvinisme conservateur (développé par le théologien néerlandais Abraham Kuyper, pour qui la société est composée de "piliers" séparés mais qui forment un ensemble cohérent et harmonieux) adapté au cas sud-africain. Un CNO ou "enseignement national-chrétien" se met en place dans le pays, dans les écoles afrikaans, appelées à former une jeunesse acquise à l'idéal nationaliste. Cette mise en place est facilitée par le fait que bon nombre de "Frères" sont enseignants, professeurs ou théologiens, et qu'ils œuvrent tous dans la même direction.

Sur un plan politique, le Broederbond se prononce clairement sur deux questions-clés: un républicanisme strict, impliquant un rejet complet du colonialisme britannique, de ses institutions et de ses symboles ; et une volonté de séparation raciale totale entre Blancs et Non-Blancs. Pour mettre en forme cette volonté politique, le Bond fonde à Stellenbosch en août 1947 le SABRA (Suid-Afrikaanse Buro vir Rasse Aangeleenthede/Bureau sud-africain des affaires raciales). Le SABRA va développer et rendre cohérents tout un ensemble de concepts : apartheid, séparation raciale, développement séparé, décolonisation intérieure, Bantoustans...

Malgré la deuxième guerre mondiale et les persécutions politiques orchestrées par les libéraux du United Party du Premier ministre Jan Smuts, le travail métapolitique de fond du Broederbond s'avère payant. Le 26 mai 1948, les nationalistes (HNP de Malan et AP de Havenga, alliés depuis l'année précédente) triomphent aux élections législatives sur leur programme d'apartheid et mettent rapidement en pratique le projet idéologique développé par le Bond. Entre 1948 et 1994, tous les Premiers ministres et Présidents de la République (Daniel François Malan, Johannes Gerhardus Strijdom, Hendrik Frensch Verwoerd, Balthazar Johannes Vorster, Pieter Willem Botha et Frederik Willem De Klerk), ainsi que la plupart des ministres, seront membres de la Fraternité. Toutes les grandes décisions politiques que prendront les responsables du Parti national seront préalablement examinées et discutées au sein du Broederbond, y compris le tournant amorcé dès l'époque Vorster, qui s'accentue avec ses successeurs (P.W. Botha, puis F.W. De Klerk) et aboutit au démantèlement final du système.

En 1993, le Broederbond supprime le secret et se transforme en Afrikanerbond en s'ouvrant aux femmes et aux personnes de toutes races œuvrant pour le maintien de la culture et de la langue afrikaans. Cette nouvelle association rompt tout lien avec le Nasionale Party en 1994 et se déclare désormais totalement apolitique. Une page est tournée...

Sources

  • Ivor Wilkins & Hans Strydom, The Super-Afrikaners. Inside the Afrikaner Broederbond, Ed. Jonathan Publishers, Johannesburg, 1978, 768 p
  • Pierre-Olivier Sabalot, Verwoerd. Le prophète assassiné, Ed. du Camas, Marseille, 2009, 226 p