Ante Pavelic

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Ante Pavelic saluant
Ante Pavelic est né à Bradina, en Bosnie-Herzégovine, le 14 juillet 1889 et décédé à Madrid, le 28 décembre 1959.

Ante Pavelic, fondateur du mouvement nationaliste des oustachis (Ustaše), devient le chef de l'État indépendant de Croatie (Nezavisna Drzava Hrvatska, NDH) pendant la deuxième guerre mondiale. A l'issue de celle-ci, il prit le chemin de l'exil.


Son avant-guerre

Jeune auxiliaire oustachi.

Les alliés favorisent la création, en 1918, d'un royaume des Slaves du sud qui réunit sous la domination serbe des peuples qui se détestent depuis des siècles. L'empire austro-hongrois réussissait à unir des populations de langues, cultures et religions différentes, mais le roi serbe n'a pas les talents d'un Habsbourg. Au projet fédéraliste d'inspiration germanique, proposé par les minorités slovènes et les Croates, s'oppose le projet jacobin inspiré par Paris. Il est défendu surtout par les Serbes, qui ne sont qu'une minorité parmi d'autres.

Après des études de droit à Zagreb, Ante Pavelic s'engage en politique dans le Parti croate du droit, un mouvement nationaliste opposé à la monarchie du Royaume de Yougoslavie et partisan de l'indépendance de la Croatie. Élu conseiller municipal de Zagreb puis député (1927), il est contraint à l'exil en 1929 par l'avènement du roi Alexandre Ier, lequel met en place une dictature pro-serbe. Parmi les peuples qui s'opposent à la domination serbe les Croates sont les plus violents.

Aidé d'abord uniquement par la Hongrie et l'Italie fasciste, Pavelic se réfugie dans un premier temps à Vienne, où il prend contact avec des officiers autrichiens anti-yougoslaves. À Rome où il réside ensuite, il fonde un nouveau parti nationaliste, en collaboration avec les membres de la faction dure du Parti croate du droit, exilés comme lui. Ce sera le Parti des oustachis (de ustaš, « insurgé, rebelle »). Le groupe a d'abord des activités terroristes : il assassine en 1934 Alexandre Ier, en voyage à Marseille. Soutenu par le fascisme italien, il prend de l'ampleur et implante des camps d'entraînement en Hongrie.

L'indépendance de la Croatie

Le temps des victoires

Bloc philatélique rendant hommage à la légion croate combattant en URSS.

Le 6 avril 1941, la Yougoslavie est envahie par les forces de l'Axe. Les Croates en profitent pour proclamer leur indépendance. Adolf Hitler grâce à sa victoire rapide, qui coûte à la Wehrmacht 153 morts, détruit l'ancien royaume. Il annexe le nord de la Slovénie. Les Italiens récupèrent les anciennes possessions de la République de Venise et le Monténégro. La Hongrie et la Bulgarie participent au dépeçage. Même les musulmans de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo et les Albanais, par haine des Serbes, et sur ordre du Grand Mufti de Jérusalem, accueillent les Allemands comme des libérateurs.

Pavelic devient le dirigeant de l'État indépendant de Croatie, allié à l'Allemagne et à l'Italie, dont il copie les institutions. En 1941-début 1942 cette collaboration reste néanmoins limitée, et les partisans serbes (Tchetniks) ou les communistes ne sont eux aussi que très minoritaires. La Croatie envoie juste quelques milliers d’hommes sur le front de l’Est.

Bloc de timbres croates commémorant la création de la 1ère division de Waffen SS croate.

Mais les massacres commencent. Pendant plus de trois années une abominable guerre civile va faire 1.706.000 victimes dans ce pays qui compte 15.000.000 d'habitants. L'armée du NDH combat avec les forces de l'Axe, contre le mouvement des résistants de Tito (les partisans communistes) et les tchetniks (résistants royalistes).

En représailles aux crimes des partisans, les Croates exécutent par dizaines de milliers les Serbes, les juifs, les Tsiganes et les anti-fascistes au camp de Jasenovac et les femmes et enfants à Stara Gradiška. Pendant ce temps les musulmans du Kosovo exterminent les paysans serbes qu'ils remplacent par des colons albanais.

En 1944, lorsque le conflit prend enfin un tour définitivement défavorable pour le IIIe Reich, des membres du gouvernement croate et des généraux vont essayer de changer de camp.

L'heure de la défaite

Jeune couple certainement liquidé par les titistes en 1945.

Les conjurés veulent imiter l'action de certains fascistes et des royalistes en Italie en 1943, d'Horty et de ses proches en Hongrie en juin 1944, des royalistes de Roumanie et de Bulgarie en août 1944. Mais ces hommes ne sont pas vraiment des nazis, même avant cette date. Le roi de Bulgarie a même fait échec à la solution finale. Deux ministres, Mladen Lorkovic et Ante Vokic, Stijepo Peric, les généraux Ivan Prpic et Tomislav Sertic, tentent en vain de convaincre les Anglo-Saxons de débarquer en Dalmatie. Ils ont, paraît-il, les avis favorables du général Henry Maitland Wilson, chef des opérations en Méditerranée, du général Ira C. Eakeret, du roi George VI. En lisant To War With Whitacker, the Wartime Diaries of the Countess of Ranfurly, on découvre qu'Henry Maitland Wilson a effectivement comme idée à cette époque d'attaquer le IIIe Reich par la Dalmatie, puis le Danube.

Les conspirateurs sont dénoncés aux Allemands, probablement par les Soviétiques. Ils sont arrêtés, selon Le Nouvel ordre européen nazi: la collaboration dans l'Europe allemande (1938-1945), d'Yves Durand (Complexe, 1990), en août 1944, mais il ne seront exécutés que peu avant la chute du gouvernement oustachi pour ne pas faire d'eux des martyrs.

A cette époque, alors que les divisions roumaines, hongroises ou italiennes sont de piètres auxiliaires pour les Allemands - quand ils ne les combattent pas -, la valeur et le fanatisme des soldats et miliciens croates peuvent surprendre. Mais ils luttent contre les Titistes et donc pour sauver leurs vies et celles de leurs proches.

Croates fuyant Zagreg en mai 1945.

Les Oustachis se battent bien et les 800.000 partisans progressent lentement. Le 20 octobre 1944, lorsque les communistes entrent à Belgrade, le territoire croate n'est que très peu envahi. Ils émettent des timbres, forment de nouvelles divisions.

En mars 1945, le gouvernement, même si ses troupes résistent, comprend néanmoins que toute défense prolongée est impossible, car la Croatie dépend du Reich pour les munitions.

Le 19 avril 1945, les alliés occidentaux ne sont pas encore à Trieste et en Carinthie. Mais l'idée chemine dans la tête d'une partie des populations du nord des Balkans d'aller se réfugier en Italie. Le gouvernement et l’état-major croate décident alors d'abandonner Zagreb et le sud de la Croatie aux partisans.

Après la Seconde guerre mondiale

Milliers de cadavres principalement d'oustachis dans une grotte de Slovénie.

Pendant que ses partisans sont massacrés dans les foibe yougoslaves et lors des massacres de Bleiburg, Pavelic doit de nouveau s'exiler. Il se réfugie d'abord en Autriche, puis à Rome. Le Vatican fait passer les dirigeants oustachis en secret de Rome à Buenos Aires. Des filières d’exfiltrations sont mises en place par le franciscain Krunoslav Draganovic.


En 1957, alors qu'il vit dans la clandestinité en Argentine, Pavelic fait l'objet de deux tentatives d'assassinat, commanditées par les services secrets yougoslaves. De plus, il est forcé une nouvelle fois de changer de nation d'exil pour éviter l'extradition. Il se réfugie en Espagne, où il meurt en 1959, des suites des blessures reçues lors du dernier attentat. Il est enterré à Madrid. Le pape Jean XXIII prononce personnellement une bénédiction à son égard.

Bibliographie

  • Christophe Dolbau, Véridique histoire des Oustachis : croquemitaines de légende mais authentiques patriotes, Saint-Genis-Laval, Akribeia, 2015, 418 p.