Woke

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Woke est un terme argotique dérivé du verbe anglais to wake (« réveiller »). Il apparaît à la fin des années 2000 et signifie littéralement être « éveillé ». Il est adopté en 2013 par la nouvelle gauche américaine (ou « marxisme culturel ») pour désigner les personnes considérées comme « conscientes des inégalités raciales » et des autres formes de soi-disant « oppression » (« sexisme », « inégalités sociales », « homophobie », « transphobie », etc).


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Les origines de l’idéologie woke

A partir des années 1923, un groupe d'intellectuels influencés à la fois par Marx et par Freud (« freudo-marxisme ») crée l'Institut de recherche sociale de Francfort, qui devient célèbre sous le surnom d'École de Francfort. Parmi eux, Georg Lukács, Carl Grünberg, Max Horkheimer (1895-1973), Theodor W. Adorno (1903-1969), Erich Fromm (1900-1980) ou Herbert Marcuse (1898–1979). Dans une optique critique qui se veut détachée tant du « marxisme orthodoxe » incarné par le léninisme, l'URSS et la Troisième Internationale que du « marxisme révisionniste », c'est-à-dire social-démocrate, ces théoriciens estiment que la classe ouvrière est incapable de déclencher par elle-même la révolution sociale. Au contraire du « marxisme orthodoxe », pour qui les structures économiques priment sur tout le reste, ces intellectuels décrètent que les influences culturelles sont primordiales. Il s'agit donc pour eux de provoquer des ruptures dans l’ordre culturel, préalable indispensable à toute véritable révolution politique. Ces théoriciens, pour se démarquer des autres courants marxistes, baptisent leur philosophie sociale « théorie critique ».

Il s'agit, par une remise en question des facteurs culturels, de s'attaquer aux structures de pouvoir sous-jacentes de la société. L'objectif est de « libérer les êtres humains des circonstances qui les asservissent », en réinterprétant essentiellement la culture occidentale comme une histoire des « oppresseurs contre les opprimés ». Pour la théorie critique, les seules choses qui existent sont les hiérarchies de pouvoir, et ces hiérarchies doivent être démantelées.

La « théorie critique » devient dominante dans les milieux universitaires occidentaux dans les années 90 et fini par s'imposer dans presque toutes les universités du monde occidental. Ces dernières années, l’idéologie a largement débordé le cadre des milieux académiques pour envahir les médias et la culture d’entreprise. Elle est en passe de s'affirmer comme la principale culture morale des sociétés occidentales. Actuellement, les principales lignes de démarcation entre « oppresseurs et opprimés » sont la race, le sexe et l’identité de genre.

Les origines françaises du « wokisme »

En 1975, les philosophes d’extrême gauche s’activent dans la France giscardienne. Gilles Deleuze et Félix Guattari, par exemple, avant de connaître la concurrence des nouveaux philosophes, se sont engouffrés dans la brèche structuraliste en 1972 avec L’Anti-Œdipe. Michel Foucault, issu de la bonne bourgeoisie de province, devient professeur au Collège de France en 1970 après avoir enseigné dans le nid de gauchistes qu’était l’université de Vincennes. Il fait un tabac aux Etats-Unis, notamment à Berkeley, tout en continuant ses activités militantes, telle la création du Groupe d’information sur les prisons ou le Comité d’action des prisonniers. Membre actif de la Gauche prolétarienne, on le vit au côté de Sartre lors des premières manifestations de soutien aux im- migrés. Militant homosexualiste affirmé, il mourut en 1984 du sida, « cette maladie qui ne touche que les Noirs, les drogués et les homosexuels », assurait-il peu de temps avant son décès. En 1963, le gaulliste Christian Fouchet – ministre et liquidateur de l’Education nationale de 1962 à 1967 après avoir œuvré en 1962 comme haut-commissaire au bradage de l’Algérie – avait intégré Foucault à la commission de réforme des universités, mais une enquête sur sa turbulente vie privée l’avait empêché de devenir sous-directeur des enseignements supérieurs.

De son côté, Jacques Derrida, né en Algérie dans une famille juive, s’engage dans la lutte anticolonialiste et ses travaux sur le déconstructionnisme en font un de ceux qui ont inspiré le mouvement woke aux Etats-Unis.

Né, quant à lui, à Paris dans une famille juive polonaise émigrée en France en 1938, Sylvère Lotringer intègre, adolescent, un mouvement de jeunesse sioniste de gauche Hashomer Hatzaïr et devient un proche de Georges Perec alors qu’il est encore lycéen. Sorbonnard brillant et militant proche du FLN, il prend la fuite aux Etats-Unis en 1962 afin d’échapper à la conscription obligatoire. Cela ne l’empêche pas de devenir enseignant dans différentes antennes de l’Alliance française en Turquie ou en Australie. A son grand regret, Mai 68 se déroule sans lui et il est finalement recruté en 1972 par le département de littérature française de l’université Columbia à New York où il enseignera toute sa vie avant de créer en 1974 la revue Semiotext(e) qui multipliera les provocations politiques et les audaces graphiques. Elle deviendra une maison d’édition en 1983, où seront publiés pêle-mêle Deleuze, Guattari, Baudrillard, Guy Debord ou Alain Badiou, mais également les manifestes des militants des Black Panthers. La lecture de L’Anti-Œdipe est pour lui une révélation, « la première tentative sérieuse d’inscrire en termes philosophiques l’impact réel de l’insurrection étudiante sur la société française ». Il souhaite inviter Deleuze, Guattari, Foucault, mais également le marxiste Jean-François Lyotard à un événement festif qui restera dans les annales. Deleuze déteste voyager mais se laisse finalement tenter après qu’on lui eut promis une rencontre avec Bob Dylan, un concert avec Patti Smith et une visite de la cabane de Jack Kerouac. Guattari est ravi, mais également Foucault, grand amoureux de New York et qui veut mettre à profit ce voyage pour parler de son ouvrage Histoire de la sexualité.

En novembre 1975, Lotringer décide de réunir le quatuor en organisant dans un amphithéâtre de l’université de Columbia une conférence au titre provocateur « Schizo-culture ». The Village Voice en fait son « choix de la semaine » et attire plusieurs centaines de personnes. Toute une faune s’est déplacée jusqu’au campus : agitateurs de gauche, féministes radicales, adeptes de sectes. Alors que Michel Foucault fait une intervention sur la liberté sexuelle, des militants du mouvement du polémiste Lyndon La Rouche, futur candidat atypique à la présidentielle états-unienne, perturbent la réunion et le traitent d’agent américain. Exfiltré, Foucault pique une crise de nerfs sur le trottoir. Puis c’est au tour de Gilles Deleuze et de Jean-François Lyotard de se faire chahuter. A son tour, Guattari en prend pour son grade et se fait huer par une bande de féministes. Tout ce beau monde finit par décaniller et la soirée finit en bagarre générale. On ne trouve aucune trace de ce grand foutoir pendant près de vingt-cinq ans jusqu’à la redécouverte opportune, au début des années 2000, de bandes d’enregistrement aussitôt exploitées et présentées par l’éditeur MIT Press comme « le coup de foudre entre l’Amérique et la French Theory », le nom donné outre-Atlantique pour qualifier l’apport de nombre d’intellectuels français, marxistes pour la plupart d’entre eux, à la pensée décoloniale américaine, et qui vont de Simone de Beauvoir à Monique Wittig en passant par Jean Baudrillard, le psychanalyste Lacan ou le pape du structuralisme et de Normale Sup Louis Althusser, dit « Althusser trop » après avoir étranglé en 1980 son épouse, meurtre dont ce communiste ne répondit jamais, ayant été reconnu – un peu tard – irresponsable. Sans oublier le quatuor cité plus haut.

Sylvère Lotringer, qui ne digérait décidément pas son absence des barricades du Quartier latin, a ainsi réussi son coup au-delà de ses espérances. En 1976, les ouvrages de Derrida sur la déconstruction étaient publiés par celui qui passa sa vie à diffuser l’idéologie victimaire qui est aux commandes aujourd’hui, qu’il s’agisse des militants de Black Lives Matter ou de leurs épigones incarnés par Assa Traoré. Même chose pour les brûlots de Foucault et de Guattari alors que, en France, ils commençaient à passer de mode.

Dans un article publié en 2017 dans le magazine numérique anglophone Areo et intitulé « Comment les “intellectuels” français ont détruit l’Occident », la Britannique Helen Pluckrose accuse les pères de la déconstruction d’avoir mis au point le logiciel expliquant que la science est raciste, que le monde se divise entre dominants et dominés et que les points de vue minoritaires priment le consensus. Cette essayiste avait poussé le vice jusqu’à proposer à différents comités de lecture de faux articles de recherche parodiant le langage des études de genre et autres balivernes du même métal. Elle avait même trouvé preneur pour une étude de la culture du viol dans les parcs à chiens avant que le Wall Street Journal ne révélât la supercherie en octobre 2018.

Vingt ans avant, le physicien américain Alan Sokal avait proposé à la revue scientifique Social Text un article sur la « révolution quantique » avant de confesser, son papier une fois publié, qu’il s’agissait d’un canular[1].

Les 10 fondements de l’idéologie woke

1. La vérité objective et le savoir universel n’existent pas. Tout n’est qu’un point de vue. Tout est une « construction sociale ». Ce qui passe pour objectif et universel, c’est le point de vue dominant imposé par un pouvoir blanc, mâle, occidental et colonial.

2. C’est donc un abus de pouvoir pour un homme blanc de se prononcer sur une question relative aux femmes ou aux minorités visibles, ou s’il interprète leurs œuvres d’art.

3. Comme ce savoir dominant n’est qu’une construction subjective et coloniale, il peut être « déconstruit » et « décolonisé ». Voilà la croisade à mener.

4. Comme cette culture dominante est partout, comme tout est politique et racial, tous les savoirs doivent être « déconstruits ». Aucune discipline n’est donc épargnée : on commence par les arts, les humanités et les sciences sociales, et on s’attaque maintenant aux sciences « pures », dont la rationalité ne serait qu’un discours parmi d’autres.

5. Comment on déconstruit ? En éliminant les œuvres qui incarnent ce savoir, en proposant des récits alternatifs et en changeant le sens des mots, puisque c’est avec des mots que l’on pense.

6. Puisque la société dominante serait blanche, patriarcale, capitaliste, occidentale et islamophobe, puisque l’acte d’accusation est général, tous les groupes « victimisés » y trouvent leur compte. On peut donc tous les embrigader dans un combat commun.

7. Comme le pouvoir qui contrôle cette société serait « blanc et chrétien», il n’y a qu’un racisme significatif – celui des Blancs – et qu’une seule intolérance religieuse – celles des « islamophobes ». Si un Noir dit sa haine des Blancs, si un islamiste déclare la guerre à l’Occident, c’est qu’il a été poussé à bout par ce système d’oppression.

8. Pour donner un vernis de sérieux scientifique à tout cela, il faut inventer du jargon et des concepts, et citer des auteurs : racisme systémique ou institutionnel (Carmichael), intersectionnalité (Crenshaw), fragilité blanche (DiAngelo), privilège blanc (McIntosh), minorités racisées (Guillaumin). Et surtout, surtout, il faut citer Foucault. Beaucoup.

9. Comme les gens agissent sur la base d’idées, il faut agir sur les esprits. Or, les esprits se forment à l’école. C’est donc le milieu éducatif qu’il faut investir, du primaire jusqu’à l’université.

10. Si vous êtes sceptique, vous illustrez vos biais inconscients. Si vous êtes franchement contre, si vous trouvez contradictoire qu’on vous présente comme des vérités ces théories alors que toutes les théories jusque-là n’étaient que des constructions subjectives, vous êtes un ennemi et un obstacle au progrès[2].

Les trois piliers de la culture woke

Des concepts tels que la logique, la science et la raison sont considérés comme des outils du « patriarcat blanc oppresseur ». Des valeurs comme les capacités individuelles, l'effort personnel, le travail assidu, la ponctualité et la gratification différée sont interprétées comme perpétuant la « suprématie blanche ».

La culture woke s’est imposée au rythme d’une descente de police spirituelle. Elle repose sur des mécanismes simples.

Dénonciation

Telle institution, telle structure héritée, tel discours, tel stéréotype (et il n’en faut pas beaucoup pour être ainsi qualifié) masque une domination haineuse. Il suffit de la nommer, de la déconstruire. La chasse aux arrière-pensées se substitue ainsi à l’érection de barricades et la critique des mentalités à l’utopie collective.

Réduction

Tout est genre, race, ethnie, identité sexuelle, religieuse, phobie et haine… Bref tout est culturel, rien n’est naturel. On se range forcément entre clan des oppresseurs et camp des victimes. Et, « verticalement », on joue société contre individu, vilain monde contre gentil. Moi. D’après cette vision binaire et post-politique, il y aura toujours une identité à construire, une domination à saper, une compensation à obtenir.

Punition

La victime de discrimination (ou son représentant autoproclamé) réclame compensation pour une violence de sexe, de genre, de race, anti-islamique, coloniale, le poids d’une culture qui humilie et d’une histoire qui encourage à d’autres oppressions. Et blesse des sensibilités. Fût-ce d’un mot ou d’un regard coupable. Cette nouvelle doctrine du péché originel permet d’exiger confession et vigilance. Elle fonctionne de façon quasi théologique. Les wokes casuistes, prédicateurs, confesseurs et inquisiteurs redécouvrent la volupté de la pénitence et ils y gagnent quelque pouvoir[3].

Réaction

En octobre 2021, le gouvernement français réagit. L'organe de presse italien Foglio titre, le 14 octobre 2021, sous la plume de M. Zanon : « Le gouvernement français lance un think tank contre le wokisme et la culture de l’effacement » :

« Contre le « wokisme » et le « cancel culture » les deux idéologies made in USA qui trouvent de plus en plus de consensus auprès de la gauche radicale, il faut être agressifs. C’est ce qu’explique le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer ‘’C’est une vision du monde qui est dangereuse et qui tente de miner notre civilisation humaniste’’. La réponse s’appelle le ’’ Laboratoire de la République’’, un club de réflexion et d'action à travers lequel Blanquer veut sensibiliser les jeunes aux concepts-clés de la République française, à commencer par la laïcité, et refuser les idéologies extrémistes qui s'installent dans la société. ‘’Il ne faut pas être naïf face aux forces de fragmentation", affirme Blanquer, selon qui "Le laboratoire de la République sera une arme intellectuelle pour combattre la culture de l’effacement qui provoque le séparatisme républicain". Le groupe de réflexion disposera d'un site web, sera très actif sur les réseaux sociaux et sera déployé tant au niveau local qu'international, selon l'entourage de M. Blanquer. Au total, deux cents contributeurs ont déjà été identifiés (historiens, économistes, politiques, diplomates, universitaires et journalistes, dont l'ancien directeur de Charlie Hebdo Philippe Val et la féministe Caroline Fourest) qui aideront le ministre et ses fidèles à affiner le dispositif avec des entretiens, tables rondes et groupes de travail. Ce dispositif jouera également un rôle dans la campagne présidentielle de l'année prochaine. D’après les personnes bien informées, ‘’Blanquer veut être la charnière républicaine de Macron’’, influençant le débat des idées et recentrant La République en Marche sur des thématiques centrales d’où elle s’est éloignée volontairement. A la veille de la journée commémorative consacrée à Samuel Paty, Blanquer lance un message fort du point de vue symbolique à cette gauche qui considère la République comme un concept vidé de sens. »

Texte à l'appui

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Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Françoise Monestier, « Le wokisme, invention (hélas) française », in : Présent, 6.5.2022, p. 8.
  2. Joseph Facal, « Petit cours accéléré de wokisme », in : Journal de Montréal, 27.2.2021
  3. François-Bernard Huyghe, « Dénonciation, réduction, punition : trois piliers de la culture "woke", la censure au nom du bien », in : Marianne, 19/03/2021