Rudi Dutschke
Alfred Willi Rudi Dutschke, surnommé « Rudi », né le 7 mars 1940 à Schönefeld près de Luckenwalde et mort le 24 décembre 1979 à Aarhus au Danemark, est un sociologue et militant politique marxiste allemand.
En 1967-1968, il est considéré comme la figure de proue de la contestation estudiantine en Allemagne fédérale. Victime d'un attentat en avril 1968, il souffrit de graves lésions cérébrales dont il mourut en 1979.
Sommaire
Biographie
Dutschke, né en 1940, a grandi à Luckenwalde en RDA et a rejoint les Jeunesses du Parti communiste est-allemand (FDJ) en 1956. L'écrasement de la révolte hongroise la même année a fait de lui un critique du « socialisme réel ».
Après sa maturité (1958), il ambitionne de devenir un sportif d'élite et de suivre une formation de journaliste sportif à l'Université de Leipzig.
Passage à l'Ouest
Réfractaire au service militaire dans la NVA (Nationale Volksarmee), il passe à Berlin-Ouest en 1961, trois jours avant la construction du mur.
Il s'inscrit à la faculté de sociologie de l'Université libre de Berlin.
SDS et « APO »
En 1962, il fonde avec Bernd Rabehl un groupe local d'« Action subversive », un groupe qui existe déjà à Munich. Au cours des deux années suivantes, cette troupe du chaos fait parler d'elle en organisant des happenings contre les autorités de l'ère Adenauer et en fustigeant ce qu'ils appellent la « terreur consumériste ».
En 1963, le groupe rejoint le Sozialistischer Deutscher Studentenbund (SDS). Cette structure avait constitué pendant longtemps l'organisation étudiante du Parti social-démocrate (SPD), mais elle en a été exclue en 1961 en raison de ses tendances de plus en plus radicales. Elle continue ensuite de se développer dans les milieux étudiants en toute autonomie, en devenant la principale organisation du gauchisme allemand d'alors, se plaçant sous l'égide de « Marx, Mao, Marcuse ». Dutschke entre en février 1965 au comité directeur du SDS. Il devient alors l'une des figures de proue d'une « contestation » allemande contemporaine de celle des États-Unis[1].
En 1966, les élections fédérales et les négociations qui les suivent donnent naissance à une « Grande colaition » qui réunit pour la première fois dans un gouvernement fédéral la CDU et le SPD. Les représentants de la tendance radicale du SDS craignent que les sociaux-démocrates désormais au pouvoir annihilent leurs espérances révolutionnaires. Ils lancent alors une campagne de protestation contre le nouveau gouvernement sous une nouvelle bannière, celle de l'Außerparlamentarische Opposition, abrégée APO. Elle se veut l'expression d'un refus des partis et fera long feu. Elle sera le vivier dans lequel se développeront les mouvements de squatters, d'autonomes, ainsi que des mouvements terroristes comme la Fraction Armée Rouge (RAF). Plus tard, elle sera aussi le terreau sur lequel se créera le parti des Verts (Die Grünen).
Attentat et suite
Le matin du 11 avril 1968, l'ouvrier Josef Bachmann, peintre en bâtiment de Basse-Saxe au chômage, déséquilibré et peut-être lié au milieu nationaliste radical, arrive à la gare Zoo de Berlin-Ouest par le train interzones en provenance de Munich. Il porte un pistolet en bandoulière et en a caché un second dans ses bagages. Après des recherches confuses, le jeune homme pâle et presque imberbe trouve sa cible: à proximité des bureaux du SDS sur le Kurfürstendamm, Bachmann reconnaît Dutschke, l'insulte en le traitant de « sale porc communiste » et l'abat de trois coups de feu. L'attentat fait grand bruit et ouvre la porte à toute sorte de spéculations dans la presse de gauche mondiale.
L'auteur de l'attaque contre Rudi Dutschke est condamné à sept ans de prison. Il se suicide dans sa cellule en février 1970.
Après plusieurs opérations intensives, Dutschke entre en convalescence et s'établit à Londres. Il doit pourtant quitter peu après la capitale britannique. Un groupe de socialistes danois l'invite et lui procure une place de chargé de cours à l'université d'Aarhus.
Rudi Dutschke ne s'est jamais complètement remis des séquelles de l'attentat. La veille de Noël 1979, en proie à une crise d'épilepsie, il se noie dans sa baignoire.
Influences
Rudi Dutschke a pris part en 1977, en vue de fonder un parti écologiste, à des réunions organisées par le couple Werner Georg Haverbeck et Ursula Haverbeck.
De même, dans ses derniers écrits, il se prononce en faveur d'un patriotisme de gauche, qui accorderait une place importante à la notion d'identité nationale. C'est ainsi qu'il livre en 1979, quelques semaines avant son décès, un entretien à la revue « néonationaliste » Wir Selbst. Il n'est pas inutile de signaler que Dutschke s'était souvent prononcé en faveur de la réunification de l'Allemagne. Cette position était particulièrement marginale à gauche, et lui avait valu des critiques de ses camarades[2].
Postérité
Depuis le 30 avril 2008, une partie de la Kochstraße à Berlin est devenue officiellement la Rudi Dutschke-Straße.
Publications
Traductions françaises
- Écrits politiques (1967-1968), avant-propos de Gérard Sandoz, postface de Claus Menzel, Christian Bourgois, Paris, 1968.
Bibliographie
- Ulrich Chaussy, Die drei Leben des Rudi Dutschke, Pendo, Zurich, 1999.
- Bernd Rabehl, Rudi Dutschke – Revolutionär im geteilten Deutschland, Éditions Antaios, Dresden 2002.
- Erich Körner-Lakatos, Otto Ernst Remer und Rudi Dutschke – Brüder im Geiste?, Zur Zeit, 2020
- Federico Bischoff, « Rudi Dutschke dachte über Links hinaus », in : Compact, 4, 2023.
Notes et références
- ↑ Aux États-Unis, la principale organisation gauchiste de l'époque porte étrangement le même acronyme, SDS, pour Students for a Democratic Society. Mais il n'y a aucune filiation entre les deux organisations.
- ↑ Voir à ce sujet: Peter Brandt/Herbert Ammon (dir.), Die Linke und die nationale Frage. Dokumente zur deutschen Einheit seit 1945, 1981.
