Parti des travailleurs turcs

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Le Parti des travailleurs (İşçi Partisi, abr. İP)[1], rebaptisé en février 2015 Parti de la Patrie (Vatan Partisi, VP), est un petit parti d'extrême gauche nationaliste turc[2].

Affiche du PTT. Le texte porte : « Perinçek brisera la machination ! L'Amérique perdra ! La Turquie gagnera ! »

A l'origine maoïste, il tente depuis de concilier marxisme-léninisme, nationalisme laïc (kémalisme) et, depuis les années 2010, eurasisme.

Il a été fondé en février 1992 par Dogu Perinçek, mais ses origines remontent à 1969, où il existait en tant que TİİKP, une organisation déjà dirigée par Perinçek.

Dogu Perinçek le leader du PTT

Histoire

Origines : TİİKP et TİKP

L'origine du parti remonte au TİİKP (Parti révolutionnaire ouvrier et paysan de Turquie; Türkiye İhtilâlci İşçi Köylü Partisi), une organisation marxiste-léniniste turque clandestine se réclamant du maoïsme. Le TİİKP est fondé en 1969 par un petit groupe d'étudiants mené par Doğu Perinçek, en rupture avec l'organisation DEV-GENÇ (Jeunesse révolutionnaire).

Le petit parti se fait remarquer par son sectarisme, se montrant violemment hostile envers tous les autres mouvements, organisations, partis et même envers les syndicats dissidents ou « révolutionnaires » comme la DİSK[3].

En ce qui concerne la question kurde, le TİİKP reconnait, en théorie, à « la nation kurde le droit à l'autodétermination et à se constituer, si elle le désire, en un Etat séparé ». Cependant, fidèle à la langue de bois marxiste-léniniste, il préconise la solution de la question nationale kurde « dans le cadre d'une république populaire démocratique réunissant sur un pied d'égalité les deux peuples frères ». En pratique, les militants du TİİKP attaquent avec violence chaque tentative d'implantation des associations et organisations nationalistes kurdes, au nom de la « défense de la Turquie contre la menace du social-impérialisme soviétique ». Le TİİKP, pourtant clandestin, va même jusqu'à appeler à renforcer la présence militaire turque dans les régions kurdes de la Turquie.

En 1972, l'idéologue du parti, İbrahim Kaypakkaya (1949-1973), quitte le TİİKP, qu'il considère comme « révisionniste ». Avec ses partisans, il fonde un Parti communiste de Turquie/marxiste-léniniste, le TKP/ML, et la TIKKO (Armée de libération des ouvriers et paysans de Turquie), qui vont mener une mini-guerre de guérilla dans les montagnes du Dêrsîm (région du centre-nord du Kurdistan de Turquie, peuplée essentiellement de Kurdes alévites)[4].

En septembre 1977, le TİİKP se dissout. Son président Doğu Perinçek crée alors un nouveau parti, légal cette fois , le Parti ouvrier et paysan de Turquie (Türkiye İşçi Köylü Partisi, TIKP). Comme tous les autres partis, ce dernier est interdit lors du coup d'État militaire de 1980. Ses dirigeants, comme Perinçek, sont emprisonnés.

Du maoïsme au soutien au Mouvement national kurde, puis au national-communisme

Perinçek est libéré de prison en 1985. En 1987 il crée la revue hebdomadaire 2000'e Doğru (Vers l'an 2000). En 1988 il fonde un Parti socialiste (Sosyalist Parti). Perinçek se rapproche alors du Mouvement national kurde. Entre 1988 et 1992, au nom de sa revue, il se rend à plusieurs reprises au Liban où il est reçu par le président du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan. Suite à la publications des entretiens qu'il a obtenu d'Öcalan, le parti de Perinçek est accusé de « soutien au séparatisme » par le Parquet. Il est dissous en juillet 1992 par la Cour constitutionnelle.

Doğu Perinçek reçu par Abdullah Öcalan à l'Académie militaire Mahsum Korkmaz (centre de formation des cadres du PKK) en 1991

Perincek constitue alors un nouveau parti, le Parti des travailleurs (İşçi Partisi, İP), en juillet 1992. Il participe aux élections mais ne réalise que de faibles scores : 0,22 % des voix aux élections législatives de décembre 1995 et 0,51 % à celles de 2002. Le Parti des travailleurs publie un magazine hebdomadaire Aydinlik, les mensuels Teori et Bilim ve Ütopya (Science et utopie), et diffuse ses idées sur sa propre chaîne de télévision Ulusal Kanal.

À l'issue d'une assemblée générale le 15 février 2015, le parti est dissous et reformé sous le nom de Parti de la Patrie (Vatan Partisi). Doğu Perincek en est élu président.

Un parti "rouge-brun" ou un groupe opportuniste?

Dogu Perinçek et Alexandre Douguine

Le Parti des travailleurs est habituellement classé par les analystes politiques comme un « parti politique d’extrême gauche nationaliste », mais ceux-ci remarquent aussi que sur le kémalisme, la laïcité, l’intégrité nationale, ainsi que sur les questions cypriote et arménienne, ses positions ne diffèrent pas de celles du Parti d’action nationaliste, c'est-à-dire de « l’extrême droite nationaliste »… Cela est d’ailleurs très perceptible dans la diaspora, où ces deux organisations, sous leurs parapluies associatifs, collaborent très activement en Belgique, en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas.

Il est aussi significatif que le leader du PTT, Dogu Perinçek, ait été le premier, et le seul, homme politique de Turquie condamné à l’étranger pour avoir nié lors d’un meeting en Suisse – tenu devant des travailleurs turcs immigrés – la réalité du génocide arménien qualifié de « mensonge impérialiste ».

Le positionnement du parti par rapport à la question kurde révèle en revanche une tendance à l'opportunisme particulièrement marquée. A l'origine, quand le parti se nommait TIIKP, il reconnaissait l'existence du peuple kurde, même s'il subordonnait ses revendications au cadre de « la révolution nationale démocratique » et de la « lutte prolétarienne ». Lors du procès du TIIKP en 1974, Perinçek produit un document de « défense politique », dans lequel il qualifie le régime kémaliste des années 1920-1930 de « dictature bourgeoise et raciste », responsable « des massacres du peuple kurde » dont elle a « piétiné les droits »[5]. Dans les années 1989-1992, Perinçek se rapproche du Mouvement national kurde et relaye certaines de ses revendications dans sa revue. Ce n'est qu'après l'arrestation du leader kurde Abdullah Öcalan en 1999 qu'il devient le chantre du kémalisme, de la laïcité et du nationalisme.

Idéologie

Les citations qui suivent sont extraites de déclarations récentes de Dogu Perinçek; elle donnent une idée de ses orientations idéologiques. Il est toutefois nécessaire de tenir compte de divers revirements.

« La social-démocratie est l’aile gauche de l’impérialisme. »

« Le kémalisme était la révolte de la nation opprimée. Les six flèches (les six principes d’Atatürk) sont la synthèse entre les principes de la Révolution française - nationalisme, République et laïcité - et ceux de la Révolution d’octobre - populisme et étatisme. La Révolution est le point commun entre les deux. »

« Les grands Etats occidentaux prétendent s’intéresser au problème kurde au nom des “Droits de l’Homme”, comme à chaque fois quand il s’agit du Monde des Opprimés. Il y a là un grand mensonge. (…) Le but des impérialistes quand ils s’intéressent au problème kurde est de renforcer et d’élargir leur champ d’influence. »

« La Turquie est asiatique. »

« Sur le plan culturel, l’Union européenne signifie pour la Turquie la fin de la laïcité et la division du peuple en sectes, en races, en confréries, en communautés. »

« Avec cette élection le peuple iranien démontre au monde entier, dans sa détermination à exister en tant que pays indépendant, son libre arbitre et sa ténacité face à la menace et la pression. » (Lettre de félicitations à Mahmoud Ahmadinejad lors de son élection à la présidence de la République d’Iran.)

Notes et références

  1. Cette organisations ne doit pas être confondue avec le Parti des travailleurs de Turquie (Türkiye İşçi Partisi, abr. TİP, un parti politique socialiste turc, actif entre 1961 et 1980, qui a joué un grand rôle politique et, surtout, culturel dans l'histoire de la Turquie contemporaine.
  2. Quoique cette notion d'extrême gauche nationaliste puisse paraître surprenante au premier abord, elle constitue un phénomène bien enraciné en Turquie. Dès 1961, un groupe d'intellectuels marxistes réunis autour de Mihri Belli et de sa revue Yön (devenue Devrim en 1969) théorise une synthèse entre socialisme marxiste et kémalisme (nationalisme laïc). Ils développent le concept de la « Révolution nationale démocratique » (Millî Demokratik Devrim). Selon cette théorie, un pays comme la Turquie nécessite une révolution en deux étapes. La première étape, la « Révolution nationale démocratique » devrait être réalisée par un coup d'État militaire, sous la direction de « jeunes officiers ». La deuxième étape serait la « révolution prolétarienne », qui amènerait au pouvoir la « classe ouvrière ». Le partisans de Belli se font appeler les « révolutionnaires prolétariens ». Surtout, ils établissent une filiation entre la « révolution d'Atatürk » contre l'« impérialisme occidental » et la révolution socialiste qui serait une deuxième étape du « processus de libération ». Cette conception va profondément imprégner les organisations d'extrême gauche turque qui apparaissent à la fin des années 1960 et au début des années 1970, comme Dev-Genç (Jeunesse révolutionnaire), la THKO (Armée de libération des peuples de Turquie) et le THKP-C (Parti-Front de libération du peuple de Turquie), qui ne vont cesser de se désigner comme les véritables patriotes, défenseurs de l'indépendance nationale contre l' « impérialisme occidental », et les authentiques successeurs d'Atatürk. À titre d'exemple, lors de leur arrestation en mars 1971, les leaders de la THKO refusent de se rendre à « la police et aux autres collaborateurs », mais acceptent de le faire à la « glorieuse armée turque, dépositaire de l'héritage d'Atatürk ».
  3. DİSK : Confédération des syndicats ouvriers révolutionnaires, fondée en 1967 en opposition aux syndicats officiels.
  4. L'originalité du TKP/ML, qui est en même temps la cause réelle de la scission, ne réside pas dans son dogmatisme marxiste-léniniste, encore plus courant dans l'extrême gauche turque que chez ses homologues dans d'autres parties du monde, mais dans son rejet du kémalisme. Le TKP/ML est la seule organisation à qualifier le nationalisme d'Atatürk de « version turque du fascisme », ce qui doit évidemment être compris dans le sens du miroir déformant de l'interprétation marxiste du terme (« dictature bourgeoise au service de l’impérialisme »). Cette conception est bien sûr sans rapport avec le romantisme fasciste qu'un Maurice Bardèche a voulu voir chez Atatürk.
  5. Collectif, Türkiye İhtilalci İşçi Köylü Partisi Davası - SAVUNMA, septembre 1974.