Nicolás Gómez Dávila
Nicolás Gómez Dávila, né le 18 mai 1913 à Bogota et mort le 17 mai 1994 dans la même ville, est un philosophe colombien.
Sommaire
Biographie
Nicolas Gomez Davila naît à Bogota en 1913, fils d'un un banquier qui avait fait fortune dans le commerce du textile et plus spécialement des tapis. Il reçoit une éducation typique de la grande bourgeoisie de son pays. Lorsqu’il a six ans, ses parents se transfèrent à Paris, afin que leur fils bénéficie d’une instruction de niveau européen. Gomez Davila reste ainsi quatorze ans en France, étudiant d’abord dans un collège bénédictin, puis avec des précepteurs. Il reçoit une éducation catholique, marquée comme il se doit par l’étude des humanités, ce qui lui permettra de maîtriser plus tard le grec et le latin. Chaque été, ses parents l’envoient au Royaume-Uni parfaire son anglais[1].
Rentré en Colombie à l’âge de vingt ans, il se marie quelques années plus tard et aura trois enfants. Il s’installe bientôt à Bogota dans une grande maison de style Tudor, dont il ne sortira plus guère, sauf pour un voyage de six mois en Europe en 1949. « Voyageur immobile », conformément à sa nature profonde de contemplatif, il va dès lors pérégriner dans la littérature universelle, acquérant peu à peu, grâce à sa fortune, une immense bibliothèque qui réunira à la fin plus de 30 000 volumes[2].
Citations
- « Le réactionnaire n’est pas un nostalgique rêvant de passés abolis, mais celui qui traque des ombres sacrées sur les collines éternelles. »
Le Réactionnaire authentique
- « La liberté à laquelle aspire l'homme moderne n'est pas celle de l'homme libre, mais celle de l'esclave un jour de fête. »
- « L’homme communique avec un autre homme seulement lorsque l’un écrit dans sa solitude et que l’autre le lit dans sa solitude. Les conversations ne sont rien d’autre que distraction, ou duperie, ou assaut d’escrime. »
- « L’acte superficiel et périphérique s’épuise en épisodes biographiques, tandis que l’acte central et profond peut créer une époque pour une société entière ».
- « L’univers est important s’il est apparence, insignifiant s’il est réalité ».
- « Si nous arrivions à démontrer l’existence de Dieu, c’est que tout aurait fini par être soumis au pouvoir de l’homme ».
- « Les hommes n’habitent le plus souvent que le rez-de-chaussée de leur âme. »
- « Le chrétien sait que le christianisme boitera jusqu’à la fin du monde. »
Carnets d’un vaincu
- « Le moderne croit vivre dans un pluralisme d’opinions tandis qu’il ne règne guère aujourd’hui qu’une unanimité asphyxiante. »
- « Le geste, plus que le verbe, est le véritable transmetteur des traditions. »
- « Pour le progressiste moderne, la nostalgie constitue l’hérésie suprême. »
- « Dans les utopies d’une époque naissent les tueries de la suivante. »
- « Astreignons-nous à l’exactitude. La clarté supprime la rhétorique.. »
- « L’homme n’est important que s’il est vrai qu’un Dieu soit mort pour lui. »
- « Si Dieu n’était pas une personne, il y a longtemps qu’il serait mort. »
- « Ce n’est pas parce que Dieu sait tout que nous devons avoir confiance, mais parce qu’il est miséricordieux ».
- « La volonté s’invente des motifs. »
- « Le clergé moderne croit pouvoir mieux rapprocher l’homme du Christ en insistant sur l’humanité de Jésus. Oubliant ainsi que nous n’accordons pas notre confiance au Christ parce qu’il est homme, mais parce qu’il est Dieu.. »
Les horreurs de la démocratie - Scolies pour un texte implicite
- « La plus grande erreur moderne, ce n’est pas d’annoncer que Dieu est mort, mais de croire que le diable est mort. »
- « Le chrétien moderne ne demande pas à Dieu de lui pardonner, mais d’admettre que le péché n’existe pas. »
- « On n’arrive pas à Dieu à toutes les époques par le même chemin. »
- « Le christianisme n’est pas une doctrine pour classe moyenne. Ni pour classe moyenne économique. Ni pour classe moyenne intellectuelle. C’est pourquoi il n’a guère d’avenir. »
- « Le suicide le plus courant de nos jours consiste à se tirer une balle dans l’âme. »
- « Le patriotisme qui n'est pas adhésion charnelle à des paysages concrets est une rhétorique de pseudo-cultivés pour entraîner des illettrés à l'abattoir ».
- « Les révolutions ont pour fonction de détruire les illusions qui les provoquent ».
Œuvres
Traductions françaises
- Les horreurs de la démocratie - Scolies pour un texte implicite - Suivi de Un ange captif du temps par Franco Volpi. Anatolia/Éditions du Rocher, 2003. Choix et préface de Samuel Brussell. Traduit de l'espagnol par Michel Bibard. 383 p.
- Le Réactionnaire authentique, Anatolia - Éditions du Rocher, 2005. Choix de Samuel Brussell, préface de Martin Mosebach. Traduit de l'espagnol par Michel Bibard.
- Carnets d'un vaincu, L'Arche, coll. Tête-à-tête, 2009, 138 p. Traduit de l'espagnol par Alexandra Templier.
- Critique du droit, de la justice et de la démocratie, Herodios Editions, 2021, 80 p. Traduit de l'espagnol par Michel Bibard.
Bibliographie
- Michaël Rabier, Nicolás Gómez Dávila, penseur de l’antimodernité, éditions L’Harmattan, 2021, 384 p.
- Philippe Baillet, « Nicolas Gomez Davila ou l’élégance de la contre-révolution », in : Écrits à l'écart de toute meute, Sentiers perdus, Fribourg, 2024, 322 p., p. 127-138.
- Michaël Fortier, « Nicolás Gómez Dávila : écrivain traqueur des ombres sacrées », LeVerbe, 11.9.2020.