Simon Petlioura
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[modifier] La jeunesse
Symon Petlura est né le 23 mai 1879, à Poltava dans la modeste famille d’un descendant de cosaques ukrainiens. Il était le troisième d’une fratrie de neuf enfants, quatre garçons et cinq filles. Les parents Vassyl et Olha avaient une petite entreprise de location de voitures. A l’âge de 10 ans, il entre au séminaire de sa ville natale.
[modifier] L'activiste nationaliste
L’année 1900 marque un premier tournant dans la vie de Symon Petlura. Devenu président de la section de Poltava du Parti révolutionnaire ukrainien, il fait sienne la célèbre devise du théoricien Mikhnovskyj « pour une Ukraine indépendante». Renvoyé du séminaire pour ses activités politiques et fuyant la police tsariste, il part pour le Kouban, région peuplée par des Cosaques ukrainiens chassés de la Sitch des Zaporogues par Catherine II. Là, à Krasnodar, il continue son action militante et gagne sa vie en tant qu’instituteur. Grâce à l’appui de l’académicien Korch, il obtient un poste de chercheur dans les archives de l’armée du Kouban. Après une incarcération de quelques mois pour militantisme, il revient en Ukraine, mais menacé de nouveau, il part pour Lviv en Galicie, région alors annexée à l’empire austro-hongrois.
Après la révolution de 1905, le régime tsariste est obligé de reconnaître la légitimité des aspirations nationales des non russes et se libéralise quelque peu. Rentré à Kyïv, S. Petlura s’intéresse à la littérature et collabore à des publications ukrainiennes tolérées par le gouvernement comme Slovo (La Parole). Grâce aux ouvrages littéraires et aux journaux qui viennent pour la plupart de Galicie, la conscience nationale ukrainienne commence à se développer, ce qui inquiète vivement le gouvernement tsariste si bien qu’en 1911 sur l’ordre de Stolypine, toute littérature en langue ukrainienne est de nouveau interdite et que la répression s’abat sur l’Ukraine.
Traqué par la police, emprisonné à plusieurs reprises, Symon Petlura s’installe à Saint-Pétersbourg afin de pouvoir s’exprimer un peu plus librement. Il devient le rédacteur du mensuel Vilna Ukraïna (L’Ukraine libre). En 1912, il est rédacteur en chef de la revue en langue russe Ukraïnskaja Zhyzn (La vie ukrainienne). Son activité et son rayonnement à Moscou sont tels que l’académicien russe Korch prononce à son sujet des phrases devenues célèbres: «Les Ukrainiens eux-mêmes ne savent pas qui ils ont parmi eux. Ils pensent que Petlura est un grand rédacteur, un patriote, un homme d’action. Tout cela est vrai mais ce n’est pas tout. Petlura est plus important qu’on ne le croit. Il est de la race des chefs, autrefois les hommes de cette trempe fondaient des dynasties, mais à notre époque démocratique, ils deviennent des héros nationaux. Il vit actuellement dans des conditions défavorables qui ne lui permettent pas de s’affirmer. Mais qui sait s’il n’y aura pas de changement et si cela change, il deviendra le conducteur du peuple ukrainien ».
[modifier] L'homme politique
En 1917, mobilisé dans l’armée tsariste, S. Petlura organise des unités ukrainiennes sur le front du Sud-Ouest et, au mois de mai de la même année, le premier Congrès militaire qui se tient à Kyïv le choisit comme président du Comité général de Guerre. Puis il devient Secrétaire général à la Guerre dans le Gouvernement autonome d’Ukraine. En désaccord avec la politique de la tête du secrétaire général Volodymyr Vynnytchenko, il démissionna du gouvernement pour organiser le "régiment Sloboda Ukraina" qui repoussa l'Armée rouge en février 1918 à Kiev.
Après le coup d'État du général Pavlo Skoropadski du 28 avril 1918 aidé par l'Empire allemand, Petlioura fut arrêté et incarcéré à Bila Tserkva. Il s'évada quatre mois après, renversa la junte et prit la tête de l'armée, et créa le Directoire, remplaçant le gouvernement de l'Hetmanat (nom du gouvernement de Skoropadski). Son rival Volodymyr Vynnytchenko fut ainsi élu président de la République nationale ukrainienne par le Directoire le 13 novembre 1918.
Avec l'aide polonaise du Maréchal Józef Piłsudski, Simon Petlioura, chef des armées, repoussa l'agression de l'Armée rouge, mais aussi de l'Armée blanche d'Anton Ivanovitch Dénikine. Il dut se battre également contre les anarcho-communistes de Nestor Makhno, alliés dans un premier temps à l'Armée rouge.
Désemparé face à l'agression russe, Volodymyr Vynnytchenko démissionna, et le Directoire élut unanimement Simon Petlioura le 19 février 1919.
Face à l'ampleur de l'antisémitisme régnant en Ukraine et aux nombreux pogroms, Simon Petlioura fit voter la loi du 30 juillet 1919, interdisant les pogroms, et la loi du 18 août 1919 punissant de la peine de mort leurs organisateurs.
Pour apaiser les tentions inter-communautaires, il nomme plusieurs juifs dans son gouvernement, tels que [Solomon Goldman, ministre des minorités, ou Abraham Revutsky, ministre des Affaires juives.
Vers la fin de 1919, durant la guerre russo-polonaise, l'Armée rouge occupa totalement l'Ukraine, et Petlioura fut obligé de partir à Tarnów, en Pologne.
Après l'Opération Kiev menée conjointement avec Józef Piłsudski, il céda à la Pologne, par le Traité de Rīga, les villes de Ternopil et de Przemyśl.
En octobre 1920, Petlioura quitta définitivement l'Ukraine, la République socialiste soviétique ukrainienne ayant été proclamée, et dirigea un gouvernement ukrainien en exil.
[modifier] L'exilé
En octobre 1924, Symon Petlura arriva à Paris. La France, symbole de la liberté et des Droits de l’Homme, avait toujours exercé sur lui une sorte d’attrait magique. Symon Petlura mena à Paris une vie active ; il dirigea le gouvernement ukrainien en exil et s’attacha à réaliser l’unité de l’émigration ukrainienne.
Le 25 mai 1926, à la sortie d'un restaurant, il est interpellé par Samuel Schwartzbard qui sort un pistolet automatique et tire. Atteint à bout portant, Petlura tombe à terre mais l’assassin tire encore six autres balles. Transporté à l’hôpital, Symon Petlura meurt sans avoir repris connaissance.
La médiatisation du procès de Samuel Schwartzbard en 1927 fut à l'origine de la fondation de la Ligue contre les pogroms, qui deviendra par la suite la LICRA, par Bernard Lecache. Il fut défendu par Henry Torrès (avocat proche du Parti communiste). Le tribunal, « certain » de l'antisémitisme de Petlioura, acquitta Samuel Schwartzbard le 26 octobre 1927.
Selon l'ancien directeur de la CIA, Allen Dulles, Samuel Schwartzbard était un agent au service des Soviétiques[1].
Simon Petlioura fut enterré Cimetière du Montparnasse. En 1928, ses 2 sœurs, religieuses dans un couvent orthodoxe, furent assassinées par le Guépéou. En Ukraine, il est aujourd'hui considéré comme un héros national.
[modifier] Petlioura antisémite ?
Le 25 mai 2006 à Paris s'est tenu devant la Tombe du Soldat inconnu une commémoration en l’honneur de Simon Petlioura, assassiné 80 ans auparavant, en présence de l’ambassadeur d'Ukraine en France, Yuriy Sergeyev. La LICRA protesta dans un communiqué : « Comment une telle manifestation peut-elle avoir lieu en plein cœur de Paris, qui plus est sous l’Arc de triomphe, notre Arc de triomphe ? Nous sommes tout simplement en train d’assister à un viol de la mémoire, à un déni d’histoire, à un second assassinat, posthume celui-là, des victimes juives ».
L'Ambassadeur d'Ukraine en France, Yuriy Sergeyev, répondit alors à Patrick Gaubert, président de la LICRA dans une lettre : :« Le procès de l'assassin de Simon Petlioura qui se déroulait à Paris, a été instrumentalisé par les autorités soviétiques, par l'intermédiaire du Komintern, pour compromettre l'idée de l'indépendance ukrainienne en remettant sur l'un de ses artisans la responsabilité des persécutions des juifs, tandis qu'elles avaient pour seule cause la politique officielle d'antisémitisme, partie intégrante de l'idéologie de l'Empire russe. Dans les années 1920, d'aucuns en ont profité pour contrecarrer la renaissance de l’Ukraine indépendante et qui semblent en user aujourd'hui pour empêcher le retour de l'Ukraine à la démocratie et à l'Europe ».
Le débat entre les historiens au sujet du rôle de Simon Petlioura lors de pogroms de 1919, notamment à Proskurov, est est encore vif : d'un côté, certain historiens juifs, comme Isaac Babel (fusillé par l'Armée rouge) ou Léon Poliakov [2] attribuent l'organisation des pogroms à l'Armée rouge et à l'anarchiste Nestor Makhno. Pour eux, la médiatisation du procès est essentiellement due à la propagande du Komintern, ayant tout intérêt à ce que Simon Petlioura soit jugé coupable pour mieux légitimer l'invasion de l'Ukraine.
En 1920, le chef de l'Armée rouge, Léon Trotski avait d'ailleurs écrit : « S'il se produit des cas de brigandage dans l'Armée rouge, il est indispensable de les imputer aux petluristes. L'Ukraine doit être soviétique et Petlioura effacé de la mémoire pour toujours[3]. »
Pour l'historien Taras Hunczak, professeur émérite à l'Université Rutgers, Simon Petlioura ne peut être responsable des pogroms à cause du désordre provoqué par les multiples invasions de l'Ukraine, il n'était pas maître de la situation. Cette vision est confirmée par le Dr. Henry Abramson, spécialiste de l'histoire des juifs en Ukraine et professeur à l'Université Harvard, qui ajoute que les mesures de Petlioura contre les pogroms ont cependant été efficaces[4].
Selon l'historien Saul S. Friedman (auteur du livre Pogromchik: The assassination of Simon Petlura, 1976), Petlioura n'est pas directement coupable, mais a une part de responsabilité, dans la mesure où il était chef des armées. Friedman rejette également le verdict de la justice française : « même si Petlioura avait été coupable de crimes contre l'humanité, l'acquittement [de Schwartzbard] est totalement absurde[5]. ».
Marius Schattner, dans son livre Histoire de la droite israélienne (1991), impute clairement la responsabilité des massacres aux troupes de Petlioura, mais ne met pas en cause d'éventuels ordres donnés par Petlioura. Il souligne d'ailleurs qu'en 1918, il « nomma un dirigeant sioniste socialiste Poale sion au poste de "ministre des affaires juives". Un autre ministre juif qualifia cette période d"âge d'or" des relations judéo-ukrainiennes[6] ».
Le mémorandum détaillé sur les massacres de Juifs en Ukraine,The Ukraine terror, (Genève, 1920), recense 382 pogroms, et en attribue 120 aux forces régulières de Petlioura, ayant représenté 50% des victimes. Le mémorandum attribue 2% des victimes à l'Armée rouge (pourtant dirigée par un Juif, Léon Trotsky), et le solde à d'autres groupes dont les anarchistes de Nestor Makhno[7].
[modifier] Notes
- ^ Article d'Andrew Gregorovich
- ^ Mensuel Information Juive, octobre 1986
- ^ Cité par Anne Kling, La France LICRAtisée, 2006, page 57.
- ^ Présentation du livre A Prayer for the Government: Ukrainians and Jews in Revolutionary Times, 1917-1920, Harvard University Press, 1999
- ^ Symon Petliura: Pogromchik or Philosemite?
- ^ Ben Zion Dinour, « l'Ukraine durant la guerre et la révolution », Jérusalem, 1960, P.36.
- ^ Cité par Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, P.342.
[modifier] Bibliographie
- Le problème ukrainien et Simon Petlura - Le feu et la cendre, Alain Desroches, Nouvelles éditions latines, 1962
- En notre âme et conscience. La vérité sur Simon Petlura, Comité pour la défense de la mémoire de Simon Petlura, 1958
- Simon Petlura révolutionnaire inconnu. Lénine, Trotsky et Kérenski laissent dans l'ombre le nom de cet Ukrainien, symbole de la liberté, Sofia Naoumovytch, Miroir de l'Histoire, N° 307 (Novembre-Décembre 1978)
- Simon Petlioura et les Juifs, Taras Hunczak (traduit de l'anglais par Yann Gayet de l'Estourbeillon), Bibliothèque ukrainienne Symon Petlura, 1987
- Simon Petlioura, Boris Martchenko, Bibliothèque ukrainienne Simon Petlioura, 1976
[modifier] Lien externe

