Herman Wirth

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Was heisst deutsch ?, un ouvrage d'Herman Wirth

Herman Wirth (6 mai Utrecht 1885-16 février 1981 Kusel), archéologue et anthropologue allemand d'origine hollandaise.

Biographie

Né aux Pays-Bas, Herman Wirth étudia la philologie néerlandaise, la philologie germanique, l'ethnologie, l'histoire et la musicologie aux universités d'Utrecht, de Leipzig et de Bâle. Son premier poste universitaire fut une chaire de philologie néerlandaise à Berlin qu'il occupa de 1909 à 1919. Il enseigna à Bruxelles en 1917/18 et y appuya l'activisme flamand germanophile. Séduit par le mouvement de jeunesse contestataire et anarchisant d'avant 1914, le célèbre Wandervogel, il tenta de lancer l'idée aux Pays-Bas à partir de 1920, sous l'appellation de Dietse Trekvogel (Oiseaux migrateurs thiois).

En 1921, Herman Wirth entama ses études sur les symboles et l'art populaire en traitant des uleborden, les poutres à décoration animalière des pignons des vieilles fermes frisonnes. Convaincu de la profonde signification symbolique des motifs décoratifs traditionnels ornant les pignons, façades, objets usuels, pains et pâtisseries, Wirth mène une enquête serrée, interrogeant les vieux paysans encore dépositaires des traditions orales. Il tira la conclusion que les symboles géométriques simples remontaient à la préhistoire et constituaient le premier langage graphique de l'homme, objet d'une science qu'il appela à approfondir: la paléo-épigraphie. Pour lui, le symbole était une trace plus sûre que le mythe car il demeure constant à travers les siècles et les millénaires, tandis que le mythe subit au fil des temps quantité de distorsions. En posant cette affirmation, Wirth énonça une thèse sur la naissance des alphabets. Les signes alphabétiques dérivaient, selon lui, de symboles désignant les mouvements des astres. Vu leur configuration, ils seraient apparus en Europe du Nord, à une époque où le pôle se situait au Sud du Groenland, soit pendant l'ère glacière où le niveau de la mer était inférieur de 200 m, ce qui laisse supposer que l'étendue océanique actuelle, recouvrant l'espace sis entre la Galice et l'Irlande, aurait été une zone de toundras, idéale pour l'élevage du renne. La montée des eaux, due au réchauffement du climat et au basculement du pôle vers sa position actuelle, aurait provoqué un reflux des chasseurs-éleveurs de rennes vers le sud de la Gaule et les Asturies d'abord, vers le reste de l'Europe, en particulier la Scandinavie à peine libérée des glaces, ensuite. Une autre branche aurait rejoint les plaines d'Amérique du Nord, pour y rencontrer une population asiatique et créer, par mélange avec elle, une race nouvelle. De cette hypothèse sur l'origine des populations europides et amérindiennes, Wirth déduisait la théorie d'un diffusionnisme racial/racisant, accompagné d'une thèse audacieuse sur le matriarcat originel, prenant le relais de celle de Johann Jakob Bachofen.

Wirth croyait qu'un manuscrit frison du Moyen-Age, l'Oera-Linda bok, recopié à chaque génération depuis environ le Xème siècle jusqu'au XVIIIème, contenait in nuce le récit de l'inondation des toundras atlantiques et de la zone du Dogger Bank. Cette affirmation de Wirth n'a guère été prise au sérieux et l'a mis au ban de la communauté scientifique. Toutefois, le débat sur l' Oera-Linda bok n'est pas encore clos aux Pays-Bas aujourd'hui.

Très coté parmi les ethnologues, les folkloristes et les "symbolologues" en Allemagne, en Flandre, aux Pays-Bas et en Scandinavie avant-guerre, Herman Wirth a été oublié, en même temps que les théoriciens allemands et néerlandais de la race, compromis avec le IIIème Reich. Or Wirth ne peut être classé dans la même catégorie qu'eux: d'abord parce qu'il estimait que la recherche des racines de la germanité, objectif positif, était primordiale, et que l'antisémitisme, attitude négative, était "une perte de temps"; ensuite, en butte à l'hostilité d'Alfred Rosenberg, il fut interdit de publication. Il reçut temporairement l'appui d'Heinrich Himmler et fut co-fondateur de l'Ahnenerbe en 1935, mais il prit ses distances à partir de 1938, jugeant que les prétoriens du IIIème Reich, les SS, sont une incarnation moderne des Männerbünde (des associations masculines) qui ont éradiqué, par le truchement du wotanisme puis du christianisme, les cultes des mères, propres à la culture matricielle atlanto-arctique et à son matriarcat apaisant, remontant à la fin du pliocène.

Arrêté par les Américains en 1945, il fut rapidement relâché, les enquêteurs ayant conclu qu'il avait été un "naïf abusé". Infatigable, il poursuivit après guerre ses travaux, notamment dans le site mégalithique des Externsteine dans le centre de l'Allemagne et organisa pendant deux ans, de 1974 à 1976, une exposition sur les communautés préhistoriques d'Europe. Il décéda à Kusel dans le Palatinat. Sans corroborer toutes les thèses de Wirth, les recherches des Britanniques Renfrew et Hawkins et du Français Jean Deruelle ont permis de revaloriser les civilisations mégalithiques ouest-européennes et de démontrer, notamment grâce au carbone 14, leur antériorité par rapport aux civilisations égyptienne, crétoise et mésopotamienne.

Thèses : L'ascension de l'humanité (Der Aufgang der Menschheit), 1928

Ouvrage majeur de Wirth, Der Aufgang der Menschheit se déploie à partir d'une volonté de reconnaître le divin dans le monde et de dépasser l'autorité de type augustinien, reposant sur la révélation d'un Dieu extérieur aux hommes. Wirth entend poursuivre le travail amorcé par la Réforme, pour qui l'homme a le droit de connaître les vérités éternelles car Dieu l'a voulu ainsi. Wirth procède à une typologie racisée/localisée des religiosités : celles qui acceptent la révélation sont méridionales et orientales ; celles qui favorisent le déploiement à l'infini de la connaissance sont "nordiques". La tâche à parfaire, selon Wirth, c'est de dépasser l'irreligion contemporaine, produit de la mécanisation et de l'économisme, en se plongeant dans l'exploration de notre passé. Seule une connaissance du passé le plus lointain permet de susciter une vie intérieure fondée, de renouer avec une religiosité spécifique, sans abandonner la démarche scientifique de recherche et sans sombrer dans les religiosités superficielles de substitution (pour Wirth: le néo-catholicisme, la théosophie ou l'anthroposophie de Steiner). Les travaux archéologiques ont permis aux Européens de replonger dans leur passé et de reculer très loin dans le temps les débuts hypothétiques de l'histoire. Parmi les découvertes de l'archéologie: les signes symboliques abstraits des sites "préhistoriques" de Gourdan, La Madeleine, Rochebertier et Traz-os-Montes (Portugal), dans le Sud-Ouest européen atlantique. Pour la science universitaire officielle, l'alphabet phénicien était considéré comme le premier système d'écriture alphabétique d'où découlaient tous les autres. Les signes des sites atlantiques ibériques et aquitains n'étaient, dans l'optique des archéologues classiques, que des "griffonnages ludiques". L'œuvre de Wirth s'insurge contre cette position qui refuse de reconnaître le caractère d'abord symbolique du signe qui ne deviendra phonétique que bien ultérieurement.

L'origine de l'écriture remonte donc au Magdalénien: l'alphabet servait alors de calendrier et indiquait, à l'aide de symboles graphiques abstraits, la position des astres. Vu la présence de cette écriture linéaire, indice de civilisation, la distinction entre "histoire" et "préhistoire" n'a plus aucun sens: notre chronologie doit être reculée de 10.000 années au moins, conclut Wirth. L'écriture linéaire des populations du Magdalénien atlantique d'Ibérie, d'Aquitaine et de l'Atlas constituerait de ce fait l'écriture primordiale et les systèmes égyptiens et sumériens en seraient des dégénérescences imagées, moins abstraites. Théorie qui inverse toutes les interprétations conventionnelles de l'histoire et de la "pré-histoire" (terme que conteste Wirth). Der Aufgang der Menschheit commence par une "histoire de l'origine des races humaines" (Zur Urgeschichte der Rassen). Celle-ci débute à la fin de l'ère tertiaire, quand le rameau humain se sépare des autres rameaux des primates et qu'apparaissent les différents groupes sanguins (pour Wirth, le groupe I, de la race originelle - Urrasse - arctique-nordique, précédant la race nordique proprement dite, et le groupe III de la race originelle sud-asiatique). Ce processus de différenciation raciale s'opère pendant l'éocène, l'oligocène, le miocène et le pliocène. A la fin de ces ères tertiaires, s'opère un basculement du pôle arctique qui inaugure une ère glaciaire en Amérique du Nord (glaciation de Kansan). Au début du quaternaire, cette glaciation se poursuit (en Amérique: glaciations de Günz, de l'Illinois et de l'Iowa ; en Europe, glaciation de Mindel). Ces glaciations sont contemporaines des premiers balbutiements du paléolithique (culture des éolithes) et, pour Wirth, des premières migrations de la race originelle arctique-nordique vers l'Amérique du Nord, l'Atlantique Nord et l'Asie septentrionale, ce qui donne en Europe les cultures "pré-historiques" du Strépyen et du Pré-Chelléen. Le réchauffement du climat, à l'ère chelléenne, permet aux éléphants, rhinocéros et hippopotames de vivre en Europe. L'Acheuléen inaugure un rafraîchissement du climat, qui fait disparaître cette faune ; ensuite, à l'ère moustérienne, s'enclenche une nouvelle glaciation (dite de Riß ou de Würm; en Amérique, première glaciation du Wisconsin). Sur le plan racial, l'Europe est peuplée par la race de Néanderthal et les hommes du Moustier, de Spy, de la Chapelle-aux-Saints, de La Ferrasie, de La Quina et de Krapina. Lors d'un léger réchauffement du climat, apparaît la race d'Aurignac, influencée par des éléments de la race arctique-nordique-atlantique, porteuse des premiers signes graphiques symboliques. C'est l'époque des cultures préhistoriques de l'Europe du Sud-Ouest, de la zone franco-cantabrique (squelette de Cro-Magnon, type humain mélangé, où se croise le sang arctique nordique et celui des populations non nordiques de l'Europe), à l'ère dite du Magdalénien (I & II). Epoque-charnière dans l'optique de Wirth, puisque apparaissent, sur les parois des cavernes, notamment celles de La Madeleine, de Gourdan et du Font de Gaume en France, d'Altamira en Espagne, les dessins rupestres et les premiers signes symboliques. Vers 12.000 avant notre ère, le climat se réchauffe et le processus de mélange entre populations arctiques-atlantiques-nordiques et Pré-Finnois de l'aire baltique (culture de Maglemose au Danemark) ou éléments alpinoïdes continentaux se poursuit, formant les différentes sous-races européennes. La Mer du Nord n'existe pas encore et l'espace du Dogger Bank (pour Wirth, le Polsete-Land) est occupé par le peuple Tuatha, de souche arctique-nordique, qui conquiert, à l'Est, le Nord-Ouest de l'Europe et, à l'Ouest, l'Irlande, qu'il arrache aux tribus "sud-atlantiques", les Fomoriens. La Mer du Nord disparaît sous les flots et, selon la thèse très contestée de Wirth, les populations arctiques-nordiques émigrent par vagues successives pendant plusieurs millénaires dans toute l'Europe, le bassin méditerranéen et le Moyen-Orient, transmettant et amplifiant leur culture originelle, celle des mégalithes. En Europe orientale, elles fondent les cultures dites de Tripolje, Vinça et Tordos, détruisent les palais crétois vers 1400 avant notre ère, importent l'écriture linéaire dans l'espace sumérien et élamite, atteignent les frontières occidentales de la Chine, s'installent en Palestine (les Amourou du Pays de Canaan vers -3000 puis les Polasata et les Thakara vers -1300/-1200), donnent naissance à la culture phénicienne qui rationalise et fonctionnalise leurs signes symboliques en un alphabet utilitaire, introduisent les dolmens en Afrique du Nord et la première écriture linéaire pré-dynastique en Egypte (-3300), etc.

Pour prouver l'existence d'une patrie originelle arctique, Wirth a recours aux théories de la dérive des continents de W. Köppen et A. Wegener (Die Entstehung der Kontinente und Ozeane, 1922) et aux résultats de l'exploration des fonds maritimes arctiques et des restes de flore qu'O. Heer y a découverts (Flora fossilis artica, Zürich, 1868-1883). A la fin du tertiaire et aux débuts du quaternaire, les continents européen et américain étaient encore soudés l'un à l'autre. La dérive de l'Amérique vers l'ouest et vers le sud aurait commencé lors de la grande glaciation du pléistocène. Le Groenland, les Iles Spitzbergen, l'Islande et la Terre de Grinell, avec le plateau continental qui les entoure, seraient donc la terre originelle de la race arctique-nordique, selon Wirth. Le plateau continental, aujourd'hui submergé, s'étendant de l'Ecosse et l'Irlande aux côtes galiciennes et asturiennes serait, toujours selon Wirth, la seconde patrie d'origine de ces populations. Comme preuve supplémentaire de l'origine "circum-polaire" des populations arctiques-nordiques ultérieurement émigrées jusqu'aux confins de la Chine et aux Indes, Wirth cite l'Avesta, texte sacré de l'Iran ancien, qui parle de dix mois d'hiver et de deux mois d'été, d'un hiver si rigoureux qu'il ne permettait plus aux hommes et au bétail de survivre, d'inondations post-hivernales, etc. La tradition indienne, explorée par Bal Gangâdhar Tilak (The Arctic Home in the Vedas, 1903), parle, elle, d'une année qui compte un seul jour et une seule nuit, ce qui est le cas au niveau du pôle. Aucun squelette de type arctique-nordique n'a été retrouvé, ni en Ecosse ou en Irlande, zones arctiques non inondées, ni le long des routes des premières migrations (Dordogne/Aquitaine, Espagne, Atlas, etc. jusqu'en Indonésie), parce que les morts étaient d'abord enfouis six mois dans le giron de la Terre-mère pour être ensuite exhumés et exposés sur une dalle plate, un pré-dolmen, pour être offerts à la lumière, pour renaître et retourner à la lumière, comme l'atteste le Vendidad iranien, la tradition des Parses et les coutumes funéraires des Indiens d'Amérique du Nord.

L'organisation sociale des premiers groupes de migrants arctiques-nordiques est purement matriarcale: les femmes y détiennent les rôles dominants et sont dépositaires de la sagesse.

En posant cette série d'affirmations, difficiles à étayer par l'archéologie, Wirth lance un défi aux théories des indo-européanisants qui affirment l'origine européenne/continentale des "Indo-Européens" nordiques (appellation que Wirth conteste parce qu'il juge qu'elle jette la confusion). La race nordique et, partant, les "Indo-Européens" ne trouvent pas, pour Wirth, leur origine sur le continent européen ou asiatique. Il n'y aurait jamais eu, selon lui, d'Urvolk indo-européen en Europe car les nordiques apparaissent toujours mélangés sur cette terre; les populations originelles de l'Europe sont finno-asiatiques. Les Nordiques ont pénétré en Europe par l'Ouest, en longeant les voies fluviales, en quittant leurs terres progressivement inondées par la fonte des glaces arctiques. Cette migration a rencontré la vague des Cro-Magnons sud-atlantiques (légèrement métissés d'arcto-nordiques depuis l'époque des Aurignaciens) progressant vers l'Est. La culture centre-européenne du néolithique est donc le produit d'un vaste métissage de Sud-Atlantiques, de Nordiques et de Finno-asiatiques, que prouvent les études sérologiques et la présence des symboles. Les Celtes procèdent de ce mélange et ont constitué une civilisation qui a progressé en inversant les routes migratoires et en revenant en Irlande et dans la zone franco-cantabrique, emmenant dans leur sillage des éléments raciaux finno-asiatiques. En longeant le Rhin, ils ont traversé la Mer du Nord et soumis en Irlande le peuple nordique des Tuatha, venu de la zone inondée du Dogger Bank (Polsete-Land) et évoqué dans les traditions mythologiques celto-irlandaises. L'irruption des Celtes met fin à la culture matriarcale et monothéiste des Tuatha de l'ère mégalithique pour la remplacer par le patriarcat polythéiste d'origine asiatique, organisé par une caste de chamans, les druides. Wirth se réfère à Ammien Marcellin (1. XV, c.9, §4) pour étayer sa thèse: celui-ci parle des trois races de l'Irlande: l'autochtone, celle venue des "îles lointaines" et celle venue du Rhin, soit la sud-atlantique fomorienne, les Tuatha arcto-nordiques et les Celtes.

Le symbolisme graphique abstrait, que nous ont laissé ces peuples arcto-nordiques, témoigne d'une religiosité cosmique, d'un regard jeté sur le divin cosmique, d'une religiosité basée sur l'expérience du "mystère sacré" de la lumière boréale, de la renaissance solaire au solstice d'hiver. Dans cette religiosité, les hommes sont imbriqués entièrement dans la grande loi qui préside aux mutations cosmiques, marquée par l'éternel retour. La mort est alors un re-devenir (ein Wieder-Werden). Le divin est père, Weltgeist, depuis toujours présent et duquel procèdent toutes choses. Il envoie son fils, porteur de la "lumière des terres", pour se révéler aux hommes. Les hiéroglyphes qui expriment la présence de ce dieu impersonnel, qui se révèle par le soleil, se réfèrent au cycle annuel, aux rotations de l'univers, aux mutations incessantes qui l'animent, au cosmos, au ciel et à la terre. L'étymologie de tu-ath (vieil-irl.), ou de ses équivalents lituanien (ta-uta), osque (to-uto), vieux-saxon (thi-od), dérive des racines *ti, *to, *tu (dieu) et *ot, *ut, *at (vie, souffle, âme).

Ce peuple, connaisseur du "souffle divin", soit du mouvement des astres, a élaboré un système de signes correspondant à la position des planètes et des étoiles. Les modifications de ces systèmes de signes astronomiques étaient entraînées par les mouvements des corps célestes. Toute la civilisation mégalithique, explique Wirth, avant Renfrew, Hawkins et Deruelle, procède d'une religiosité astronomique. Elle est née en Europe occidentale et septentrionale et a essaimé dans le monde entier: en Amérique du Nord, au Maghreb (les mégalithes de l'Atlas), en Egypte, en Mésopotamie et, vraisemblablement, jusqu'en Indonésie et peut-être en Nouvelle-Zélande (les Maoris).

Texte à l'appui

La patrie primitive de la race nordique

D’une résidence originelle présumée de la race nordique, nous sont aujourd’hui connus et restés des territoires périphériques, comme l’Islande, le Groenland, la Terre de Grinell et le Spitzberg. Nous savons, cependant, qu’à une époque ceux-ci hébergeaient une riche flore, qui pourrait avoir déjà fleuri à une époque tertiaire antérieure. Ainsi dans la Terre de Grinell, située à 81° 45’ de latitude nord, dix espèces de conifères, parmi lesquelles le ” sapin roux ” et deux pins forestiers ; une espèce d’if ; l’orme, le tilleul, deux espèces de noisetier avec une ” boule de neige “, le maquis de buissons. Dans le lac d’eau douce vivait un nénuphar et la rive était recouverte de massifs de roseaux palustres. Il y avait donc dans cette partie extrême du monde une flore qui correspond parfaitement à celle de la partie nord de la zone tempérée et qui requiert une température moyenne annuelle d’au moins + 8°, alors que la température actuelle est à peu près de 20° au-dessous de zéro. La flore du Spitzberg y est plus adaptée.

Là aussi prédominaient les conifères, une grande quantité de pins, de sapins roux, de sapins blancs. Parmi les grands feuillus on trouvait des peupliers, des saules, des aulnes, des bouleaux et des hêtres, des chênes, une espèce de platane, un arbre à soie, un noyer, deux espèces de magnolias et quatre espèces d’érables. Trois espèces de ” boules de neige “, beaucoup d’aubépines et de jujubiers formaient avec le noisetier un maquis de buissons.

Dans le lac d’eau douce apparaît à nouveau le nénuphar arctique, une herbe cochlearia pour les têtards de grenouille et une herbe pour les œufs de saumon, auxquels s’ajoutaient de nombreux roseaux palustres et des iris.

La flore fossile du Groenland septentrional, qui indique un climat que nous trouvons actuellement aux alentours du lac de Genève et près de Montreux, avec une température annuelle de 10°, a une apparence beaucoup plus méridionale. Aujourd’hui la même région est située à environ 70° de latitude nord (1). L’explication de la violente rupture climatique dans cette zone est donnée par l’emplacement du Pôle pendant le Tertiaire et le Quaternaire.

La carte dressée d’après Köppen et Wegener (2) met en évidence la situation et la migration du Pôle Nord par rapport à l’Europe. De l’existence des espèces végétales mentionnées et d’une série de repères géologiques et d’autres repères de l’histoire naturelle, il résulte qu’à cette époque la Terre de Grinell était située au-dessous de 42° de latitude, le Spitzberg au-dessous de 40° et le Groenland (cercle) au-dessous de 30°.

Concernant ceci, il faut considérer que pendant le Tertiaire et aussi au début du Quaternaire les continents d’Amérique du Nord et d’Europe du Nord étaient encore directement réunis.

La séparation ne put s’effectuer que vers l’époque de la principale glaciation, alors que le continent sud-américain s’était déjà détaché depuis des millions d’années du continent africain pendant l’époque du crétacé et s’était éloigné vers l’ouest. Sur la carte on peut également observer que le réseau des coordonnées géographiques et des positions du Pôle correspond à l’Europe, mais que pendant la majeure partie de cette période l’Amérique était située plus à l’ouest et plus au nord qu’aujourd’hui.

Une crevasse bifurquant près du Groenland coupait la communication entre l’Europe et l’Amérique du Nord, qui existait encore entre Terre-Neuve ou l’Irlande et le Nord. Même ici les zones de séparation se trouvaient encore proches les unes des autres. Tandis que la bande de terre entre Terre-Neuve et l’Irlande se brisa seulement au début du Quaternaire, plus au nord semble avoir subsisté une seconde bande de terre ultérieure, qui ne s’est certainement pas détachée avant le milieu du Quaternaire (3).

Les causes du déplacement continu des continents jusqu’à aujourd’hui devraient être complètement éclaircies grâce à la théorie de la ” dérive des continents “, comme l’a exposé Wegener dans Entstehung der Kontinente und Ozeane. Le déplacement des limites des continents, la migration des pôles de rotation et des hauteurs et des creux de la superficie terrestre sous le niveau de la mer, que nous connaissons, furent la fatalité géographique qui s’abattit brusquement sur la patrie d’origine de la race nordique, qui anéantit ou chassa sa population, la dispersant tout autour de la Terre.

La recherche effectuée ci-dessus de la race et de la culture paléolithique du Quaternaire avait conduit à admettre l’existence d’une demeure d’origine de la race nordique dans la région actuellement arctique. De ceci découle que la formation de la race nordique elle-même a dû se situer avant la glaciation, c’est-à-dire pendant le Tertiaire. Si ces conclusions sont exactes, alors la terrible expérience de l’approche et de l’arrivée de l’hiver éternel doit avoir produit une impression quasiment ineffaçable sur les habitants de cette bande de terre. La tradition d’une telle catastrophe mondiale a dû se maintenir pendant des millénaires à travers toutes les générations, comme la légende du déluge gondwanique dans tout le cercle de la région océanique-indonésienne et de l’Asie Mineure. Donc, nous devons toujours revenir aux plus anciennes traditions des peuples de race nordique, sur les traces de cette tragédie des temps reculés de leurs ancêtres. Dans leur mythe habituel de la fin du monde, le retour de l’hiver éternel doit aussi apparaître dans cette fin du monde. Mais pas seulement cela – nous devons également trouver des traditions immédiates de ce terrifiant événement, qui doivent nous donner des informations particulières, même obscurcies.

Si nous examinons les plus anciennes sources écrites parvenues jusqu’à nous de la culture pré-chrétienne du Nord germanique, l’ancienne et la nouvelle Edda, l’hiver éternel se rencontre plus fréquemment que la fin du monde. Partout résonne comme motif de fond le lointain souvenir d’un événement qui a dû advenir une fois déjà dans la lointaine préhistoire :

Souvent la mer atteint le ciel lui-même, inonde la terre, l’air est comme de la glace, des masses de neige sont apportées par le vent âpre, la pluie domine la Roue du Destin. (Hyndluljoth, 44)

Dans le Vafthrùdhnismal, 44, Odinn demande à Vafthrùdnir :

Quels hommes vivront donc quand le puissant hiver sur la Terre viendra enfin ?

Ainsi même le Fimbulvetr du Gylfaginning, 51, décrit ce préliminaire au Ragnarök : ” Beaucoup de grandes choses doivent être racontées. Et avec la venue de l’hiver, appelé Fimbulvetr, la neige tourbillonnera alors des quatre points cardinaux, le gel sera très grand, et les vents seront acérés. Le soleil n’aura plus de force. Trois hivers se succéderont et entre eux il n’y aura pas d’été, mais ils précéderont trois autres hivers … ” (4)

Dans l’Avesta s’est cependant conservée dans la Vendidad, I, 1-3, une tradition immédiate du terrible malheur de la race nordique et de sa demeure d’origine. Il s’agit du lieu dans lequel Dieu (Ahura Mazda) parle à Zarathoustra de la création de cette mère-patrie de la race nordique, claire ou réputée aryenne, Airyana Vaejah (Vaejah – ” semence “), le paradis des Aryens. D’autre part, Angra Mainya, l’Esprit du Mal, créa la ruine de cette contre-création, qui dut être envoyée à nouveau sous une nouvelle forme à toutes les nouvelles patries que Ahura Mazda donnera au peuple des Aryens pendant sa migration ultérieure.

1. Ahura Mazda parla à Spitama Zarathoustra : 2. Le premier des bons pays et contrées que moi, Ahura Mazda, je créai, fut l’Airyana Vaejah, par le bon Daitya ; alors vint Angra Mainyu, qui est toute mort, et il créa le serpent rougeâtre et l’hiver, une œuvre des démons. 3. Il y a ici dix mois d’hiver, seulement deux mois d’été, et ceux-ci sont trop froids pour les eaux, trop froids pour la terre, trop froids pour les plantes ; et c’est le centre de l’hiver et le cœur de l’hiver ; puis, quand l’hiver touche à sa fin, suit une grande inondation “.

La relation entre le serpent et l’hiver est maintenant d’une grande importance. Comme on le verra par la suite, le symbole du serpent hivernal rougeâtre garantit l’antiquité de la tradition de l’Avesta qui, significativement, coïncide exactement avec les traditions symbolico-culturelles des Indiens d’Amérique du Nord, encore conservées aujourd’hui.

Le fait qu’avant cet hiver du Fimbul régnaient dans l’Airyana Vaejah d’autres conditions climatiques, est signalé aussi dans le Bundahish, XXV, 10-14 :

Depuis le jour d’Ahuramazd (le premier jour) d’Avanu l’hiver a acquis de la force et vient dans le monde et … à partir du jour Ataro du mois Din (le neuvième jour du dixième mois) arrive le grand froid dans l’Airyana Vaejah ; à partir du mois de Spendarmad (les cinq epagomènes) jusqu’à la fin (de la même époque de l’année) l’hiver se répand sur toute la Terre. C’est pourquoi au jour Ataro de Din on allume partout des feux pour indiquer que l’hiver est arrivé “.

Les cinq mois d’hiver dans ce passage sont aussi expressément décrits : Avan, Ataro, Din, Vohuman et Spendarmad. D’autre part (XXV, 7), il est dit qu’à partir du jour de Auharmazd (le premier jour) du mois de Farvardin jusqu’au jour de Aniran (le dernier) du mois de Mitera il y a sept mois d’été. Pendant l’époque plus tardive et contemporaine (Bundahish, XXV, 20) il y avait douze mois et quatre saisons, et l’hiver comptait seulement les trois derniers mois de l’année : Din, Vohuman, Spendarmad. Ceci est une tradition qui est abondamment confirmée par les traces du Magdalénien.

La deuxième Fargard de la Vendidad montre maintenant l’époque de l’irruption de ce terrible hiver, alors que le ” bel Yima, possesseur de bons troupeaux “, la ” semence de Vivahvant ” régnait sur le Vaejah aryen. Ahura Mazda l’avait exhorté à maintenir et à cultiver sa religion (II, 3), ce qui fut carrément rejeté par Yima : ” Je ne suis pas fait, je ne suis pas instruit pour maintenir et protéger la religion “. Alors Ahura Mazda lui aurait parlé ainsi : ” Alors aide mon monde à progresser, agrandis mon monde, alors tu dois mettre à ma disposition ce protecteur et gardien et surveillant du monde.

Ainsi fait Yima et il obtient de Ahura Mazda les deux pouvoirs, la flèche en or et le fouet orné d’or : les rayons lumineux (5), le symbole du fils de Dieu, qui en touchant la Terre la fait s’ouvrir et se dilater, et le fouet, à l’origine le rameau à trois branches, le signe ” homme “, la ” verge de la vie “, de la foi nordico-atlantique en la lumière divine.

8. Et sous le règne de Yima passèrent trois cents hivers. Puis la terre se remplit de foules et de troupeaux, avec des hommes et des chiens et des oiseaux et des feux ardents et rougeoyants ; là il n’y eut plus de place pour les foules, les troupeaux et les hommes.

10. Alors Yima s’avança dans la lumière, vers le Sud, sur le chemin du Soleil, et il marqua la terre avec le sceau en or, et la perça avec l’épée, parlant ainsi : ‘O, Sainte Armatay ! Ouvre-toi et étends-toi, pour porter des foules, et des troupeaux et des hommes.’

La Terre ici se développe, jusqu’à devenir un tiers plus grande qu’avant. Deux fois encore survint une expansion similaire de l’empire aryen. Puis ” le brillant Yima, possesseur de bons troupeaux avec les meilleurs hommes du Vaejah aryen ”, organise une assemblée sur l’ordre du Créateur Ahura Mazda.

22. Et Ahura Mazda parla à Yima, disant : ” O bel Yima, fils de Vivahgvant ! Sur le monde terrestre les mauvais hivers vont s’abattre, qui apporteront le froid féroce et mortel : sur le monde terrestre les mauvais hivers vont s’abattre, ils feront tomber d’épais flocons de neige, même sur les plus hauts sommets des montagnes.

23. Et les bêtes, qui vivent dans la campagne, et celles qui vivent sur le sommet des montagnes, et celles qui vivent au sein de la vallée, trouveront refuge dans des terriers.

24. Avant cet hiver, le pays portera une abondante herbe pour le bétail, avant que les eaux ne l’inondent. Et après l’arrivée de la neige, O Yima, un endroit où l’empreinte d’un mouton pourra être vue sera un miracle dans le monde.

25. Fais-toi donc un Vara [une arche], long d’une carrière sur ses deux côtés, et là apporte les semences des moutons et des bœufs, des hommes, des chiens, des oiseaux, et des feux ardents et rougeoyants. Fais-toi donc un Vara, long d’une carrière sur ses deux côtés, qui soit un refuge pour l’homme. Un Vara, long d’une carrière sur ses deux côtés, pour les bœufs et les moutons.

26. Là tu feras couler les eaux dans un lit long d’un hathra. Là tu feras habiter les oiseaux, sur les champs qui ne fanent jamais, avec de la nourriture qui ne manque jamais. Là tu établiras des demeures, faites d’une maison avec un balcon, une cour et une galerie.

27. Là tu apporteras les semences des hommes et des femmes, des plus grands, des meilleurs et des plus beaux sur cette terre, là tu apporteras les semences de toutes les espèces de bétail, des plus grandes, des meilleures et des plus belles sur cette terre.

28. Là tu apporteras les semences de toutes les espèces d’arbres, des plus hauts et avec l’odeur la plus douce sur cette terre. Là tu apporteras les semences de toutes les espèces de fruits, les meilleurs en saveur et les plus doux à l’odeur. Toutes ces semences tu les apporteras, deux de chaque espèce, pour les garder inépuisables, aussi longtemps que ces hommes resteront dans le Vara.

29. Il n’y aura pas de bossu, pas d’obèse ici. Pas d’impotent, pas de fou. Pas de méchant, pas de menteur, pas de malveillant, pas de jaloux. Pas un avec des dents cariées, pas de lépreux à enfermer, ni aucun des signes avec lesquels Angra Mainyu marque les corps des mortels.

30. Dans la partie la plus grande de l’endroit tu feras neuf rues, six dans la partie du milieu, trois dans la plus petite. Dans les rues de la partie la plus grande tu mettras mille semences d’hommes et de femmes ; dans les rues de la partie du milieu, six cents ; dans les rues de la plus petite partie, trois cents. Tu fermeras ce Vara avec ton sceau en or, et tu feras une porte,et une claire fenêtre à l’intérieur.

Yima agit donc selon le commandement de Ahura Mazda et construit le Vara, solidement construit, pour préserver la semence des meilleurs hommes, animaux et plantes de la destruction que le funeste hiver doit amener sur le pays heureux.

38. Et il ferma ces passages [de la forteresse] avec son sceau en or, et il fit une porte, et une claire fenêtre à l’intérieur.

Dans ce passage de la Vendidad, Zarathoustra demande à Ahura Mazda :

39. O Créateur du monde terrestre, toi le Saint ! Quelles sont les lumières qui apportent la clarté dans le Vara que fit Yima ?

40. Ahura Mazda répondit : ‘Il y a des lumières incréées et des lumières créées. La seule chose qui manque ici est le spectacle des étoiles, de la lune et du soleil.

41. Et [les habitants] considèrent qu’un jour est semblable à une année.

Pour la solution de notre question concernant l’origine de la patrie de la race nordique, le passage de la Vendidad, II, 40-41, est de la plus haute importance. Les habitants du Vara qui furent sauvés de l’hiver de Fimbul sont les hommes élus, ils voient seulement ” une fois par an ” se lever et monter le soleil, la lune et les étoiles, et considèrent un jour comme une année.

La course céleste des constellations ainsi clairement décrite réserve une seule possibilité pour la détermination du lieu de l’observation : celle-ci n’a pu se produire que dans la région arctique.

Encore une fois nous devons nous remettre en mémoire la course des astres, de la même manière qu’elle s’offrait au regard de l’homme arctique. Pour tous les peuples de race nordique, le Nord était la direction vers laquelle ils s’orientaient. Là se trouve le siège de Dieu, le point de rotation de l’orientation du monde, de là descend le droit, l’autorité céleste de l’impénétrable éternité.

L’indication, commune à tous les peuples indo-européens, de l’étoile Polaire comme ” étoile guide ” se réfère à une très ancienne tradition : vieux norrois leidarstjarna (littéralement ” étoile du chemin “, de leid : ” chemin “), anglo-saxon ladsteorra, anglais loadstar, lodestar, ” étoile polaire “, moyen bas-allemand leiderstern, hollandais leidstar, moyen haut-allemand leitstern, nouveau haut-allemand Leitstern. Dans le plus ancien danois on trouve aussi ici leding, moyen bas-allemand ledinge, anglo-saxon Scipsteorre (étoile des navires), plus vieil anglais steering star, ” étoile du timonier “. Après la découverte de la boussole, le vieux norrois leidarsteinn, anglais Loadstone, lodestone, fut formé pour désigner l’” aimant “(6). Depuis les plus anciennes représentations de la rose des vents, des directions célestes de la boussole, le nord a toujours été représenté sous la forme de l’iris stylisé, qui déjà au Néolithique était le symbole de l’Arbre de Vie, et par de nouveaux symboles, comme le trèfle, comme indication de l’axe céleste méridional-septentrional, employé seulement pour le nord (7).

De ces très anciennes traditions arctico-nordiques exposées ici, résulte une brève comparaison de l’importance de l’étoile Polaire chez les peuples circum-arctiques. Chez les Indiens Pawnee du Nebraska, ” l’étoile qui ne bouge pas ” est la principale étoile du ciel (8) ; les Aztèques du Mexique la considéraient carrément comme plus haute et plus puissante que le Soleil lui-même. Chez les Tchoutches, le dieu principal est celui de l’étoile Polaire (9), tout comme au sud de Babylone, l’étoile Polaire est le trône du dieu céleste suprême Anu.

Dans la poésie populaire islandaise elle s’appelle veraldarnagli, ” aiguille du monde ” (10). Avec ceci il faut observer que l’indication ” dieu du monde “, ” homme du monde “, est une très ancienne dénomination nordico-atlantique du fils de Dieu et de Dieu le père. Tandis que dans l’ Ynglinga Saga (c. 13), Freyr, originellement le nom du fils de Dieu de la période de riete (série –p-, -f-, -b-), le ” Seigneur “, reçoit encore la désignation de veraldar god, en lapon on conserve encore la dénomination plus ancienne d’” Age du renne “, veralden olma, ” homme du monde “. Nous trouvons la même désignation de l’étoile polaire dans le finnois taivaan sarana, ” ange du ciel ” et pohja nael, ” clou de la profondeur (du ciel) ” ou ” du nord ” (pohi, ” profondeur ” et ” nord “). De la même manière, chez les Lapons elle s’appelle bohinavvle, ” clou du nord ” : quand elle disparaît, le ciel tombe, une conception qui s’est transmise aussi aux Celtes. Les Samoyèdes de la région de Turuchansk l’appellent ” clou du ciel “, ” autour duquel tourne le monde entier ” (d’après Tretjakov). Les Korjaks l’appellent, comme les Tchoutches, ” étoile du clou “.

Là où est le ” clou du monde “, on trouve la cime du tronc de ” l’arbre du monde “, de la ” colonne du monde “, qui est donc ” tournée vers le nord ” : le clou du monde rattache le cime de l’” arbre des mondes “, de la ” colonne du monde “, au ciel, en tant qu’axe du ciel. Les Lapons scandinaves appelaient l’étoile Polaire veralden tsuold, ” colonne du monde “, les Lapons russes alme-tsuolda, ” colonne du ciel ” (11), où alme est identique à olma, nom du dieu suprême, veralden olma, ” homme des mondes “, ” dieu des mondes “.

Le ” clou du monde ” (veraldarnagli) au sommet de la ” colonne des mondes ” (veralden tsuold), du symbole sacré du dieu suprême, de l’” homme des mondes ” (veralden olma), fut vu et décrit par Knud Leems comme une ” colonne du monde ” lapone, d’après Porsenger (12). Comme chez les Ostjaks, c’était une poutre quadrangulaire, au sommet de laquelle se trouvait une pointe de fer, le veraldarnagli. La ” colonne du monde ” se situait entre les ” deux montagnes “, symboles du solstice d’hiver et de la division de l’année.

Retournons à la tradition de l’Avesta. Dans la Vendidad, 6, 44, il est demandé : ” O Créateur, honorable Ase ! Où doit-on porter le corps des hommes morts, O Ahura Mazda ? Où doit-on le déposer ? “.

45. Ahura Mazda répond : ‘Dans des lieux plus élevés, O Spitama Zarathoustra, de la façon la plus sûre pour éviter les chiens dévoreurs de cadavres et les oiseaux mangeurs de morts.’

Et : 49. ‘O Créateur, vénérable Ase ! Où doit-on porter les ossements des hommes morts, O Ahura Mazda ? Où doit-on les déposer ?’

50. Alors Ahura Mazda dit : ‘Pour chacun il faut disposer une construction hors de portée du chien, du renard, du loup, qui ne puisse pas être mouillée par l’eau de pluie.

51. Si les adorateurs de Mazda sont en mesure de faire cela, les ossements doivent être déposés dans la construction sous une couche de pierre ou de chaux ou d’argile. Si les adorateurs de Mazda ne sont pas en mesure de le faire, il faut déposer les ossements sur la terre pour l’exposition et l’illumination solaire, de façon à ce qu’eux-mêmes [sans l’aide d’un support] constituent leur propre grabat et leur propre coussin.

Pour la sépulture provisoire, le mort est confié à sa demeure au sein de la Terre Mère.

Celui-ci doit cependant toujours être déterré à nouveau et confié à la lumière de Dieu pour sa dissolution. Dans la religion mazdéenne c’était déjà un grave péché d’enterrer l’homme mort dans la terre pour une moitié de l’année sans le déterrer et l’exposer à la lumière (Vendidad, 3, 36). Une nouvelle indication est que la fin de la moitié de l’année correspond à la nuit hivernale arctique. Après une moitié de l’année, donc, chaque mort doit être déterré et l’exposition du cadavre au soleil doit avoir lieu. Le corps mort retourne plus facilement à la terre par la dissolution de la lumière que par la sépulture. Il redevient terre et il renaît et il ressurgit de cette terre par la lumière, voilà la signification cosmique profonde de ce rite (Vendidad, 7, 45-48) :

45. O Créateur, vénérable Ase ! Combien de temps faut-il pour qu’un cadavre, étant enterré et exposé à la lumière du soleil, redevienne terre ?

46. Ahura Mazda dit alors : ‘Dans la limite d’une année, O Spitama Zarathoustra, qui croit en les Ases, un cadavre déposé sur la terre et exposé à la lumière du soleil devient lui-même terre.’

47. O Créateur, vénérable Ase ! En combien de temps un cadavre, étant enterré, devient-il lui-même bon comme la terre ?

48. Ahura Mazda dit alors : ‘Après cinquante années, O Spitama Zarathoustra, un cadavre enterré devient lui-même comme la terre.’

Cette façon d’utiliser le type le plus antique de dolmen, le dolmen ouvert, signifie que le mort est déposé sur la pierre de dessus, pour être dissous par la lumière, et pour que ses ossements blanchis puissent être déposés sous lui dans la terre. La pensée de la sépulture au-dessus de la terre constitue toujours la signification fondamentale de la tombe mégalithique, même après son développement. Cela explique l’identité de la signification de ” maison ” et de ” tombe “. Le dolmen fermé avec une entrée, c’est la maison de neige (igloo) paléolithique qui a été transmise comme construction de pierre à des peuples artico-nordiques, cette particularité cultuelle étant toujours fidèlement conservée par des peuples sub-arctiques comme les Lapons et les Eskimos. L’augmentation et la densité de la population et le climat plus chaud du dernier néolithique doivent avoir toujours plus réduit [l’usage de] l’exposition des cadavres, dès lors conservé seulement pour des personnalités éminentes. En même temps, la sépulture immédiate et stable au sein de la Terre Mère est devenue commune. La maison-sépulture mégalithique conserve sa disposition et sa signification comme lieu de décomposition du cadavre. Son entrée est toujours orientée vers les points du solstice d’hiver, de préférence sud-est, sud et sud-ouest, mais aussi d’ouest en est, une tradition encore plus antique, qui remonte à la moitié de l’année hivernale, à la nuit arctique hivernale.

Reste l’idée fondamentale que le mort gît librement d’une manière appropriée sur terre, et que la lumière solaire peut entrer par le trou de la pierre tombale ou par la porte de bois. De cela vient aussi la forme précise des hiéroglyphes du solstice d’hiver, qui furent donnés à ces trous.

Notes :

1 - O. HEER, Flora fossilis arctica, Zürich 1868-1883, cit. in W. KÖPPEN – A. WEGENER, Die Klimate der geologischen Vorzeit, Berlin 1924, pp. 106-107.
2 - Cf. W. KÖPPEN – A. WEGENER, op. cit., p. 227, fig. 36.
3 - Cf. A. WEGENER, Die Entstehung der Kontinente und Ozeane, cit., p. 57. Cf. aussi ” Proc. Of the Royal Irish Academy “, 28, 1, (1909), pp. 1-28.
4 - Pour la traduction du Gylfaginning, nous avons suivi celle de Snorri Sturluson, l’Edda, par G. Dolfini, Adelphi, Milan 1975, pp. 116-117.
5 - Il est intéressant de noter que le symbole significatif de la ” flèche d’or ” est également attribué, dans la tradition hellénique, à Abaris ” l’hyperboréen “, dont parle le fragment antique de Lycurgue (fr. 5a), qui le compare explicitement à Apollon, et que cette information nous renvoie à la tradition arctique commune (voir aussi le commentaire de G. COLLI dans son recueil sur La sapienza greca, Adelphi, Milan 1977, p. 432). (NDR)
6 - Cf. H.S. FALK – A. TORP, Norwegisches-Dänisches etymologisches Wörterbuch, Heidelberg 1910, pp. 627-628.
7 - Dans ce contexte, en Italie, il nous semble pertinent de se référer à la dénommée ” rose de Camuna ” du Val Camonica (aujourd’hui symbole officiel de la Région Lombarde), qui nous renvoie probablement au même symbolisme arctique.
8 - Cf. H.B. ALEXANDER, North American Mythology of All Races, vol. X, Boston 1916, p. 109.
9 - Pour la civilisation préhistorique des ancêtres des Tchoutches, Cf. aussi N. DIKOV, Origini della cultura paleoeschimese, dans le ” Bulletin du Centre de Camuno d’Etudes préhistoriques “, XVII, 17, dic. 1979, pp. 89-96. (NDR)
10 - Cf. A. OLRIK, Irminsul og gudesdotter, Maal og Minne 1910, pp. 11 ss.
11 - U. HOLMBERG, Der Baum des Lebens, ” Suomalaisen Tiedeakatemiam Toimituksia ” (Annales académiques scientifiques finnoises), S.B., tome XVI, Helsinki 1922-23, p. 18 ; Cf. LINDAHL & OHRLING, Lex. Lapp. 478 : tjuold, tjuolda, ” palus, pale, l’étoile polaire, cynosura, nordstjerna “. Ita dicta quia immobilis manet et fixa, wralden tjuold, ” palis sive axis mundi, id. “.
12 - K. KLEEMS, Beskrivelse over Finmarkens Lapper, Cepenhague 1767, tome 86.

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