Maison Ipatiev
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Il y avait été transféré le 30 avril. Une palissade de trois mètres de haut coupe la famille du monde extérieur, les gardes sont partout, la famille et les domestiques sont entassés dans trois chambres. Les fenêtres ont été passées à la chaux pour empêcher les curieux de regarder à l'intérieur, des mitraillettes sont installées dans le grenier et le jardin, la maison Ipatiev est une véritable forteresse.
Personne n'a le droit d'aller aux toilettes sans la permission des gardes, les femmes doivent être accompagnées et les gardes sont très contents d'humilier ainsi les grandes-duchesses et leur mère. La famille n'a plus droit qu'à cinq minutes de promenade par jour et est très mal nourrie. Seul un prêtre vient le dimanche pour célébrer le culte orthodoxe.
Nicolas a cinquante ans, et toutes les grandes-duchesses fêtent leurs anniversaires dans la première moitié de l'été 1918, Olga a 23 ans, Tatiana 21, Maria 19 et Anastasia 17 le 18 juin. Alexis a 14 ans, il reste alité toute la journée, il est très malade et faible.
« Il y a des troubles dans la ville. Pour votre sécurité, veuillez descendre. » La voix d'un gardien réveilla le tsar le 17 juillet 1918. Trente minutes plus tard, il se tenait avec sa famille dans le hall de la Maison Ipatiev. Derrière les fenêtres grillagées gémissait le Ekaterinbourg nocturne. Le tsar était calme, ses enfants aussi. Ils virent soudain pénétrer onze hommes armés dans la salle. Le chef de la Garde Rouge, Iakov Iourovski, s’avança : « Vos amis approchent, a-t-il annoncé. Nous avons donc pris la décision de vous condamner à mort. » La tsarine et la princesse Olga firent le signe de croix, le tsar se mit à hurler. Et les soldats ouvrirent le feu. « C’était incompréhensible, se souviendra Iourovski. Les balles ne blessaient pas les princesses, rebondissant depuis leurs corps vers une direction opposée. » On découvrit plus tard que ce phénomène était causé par les kilos de diamants que les filles du Tsar portaient sous leurs robes. A la fin de la fusillade, le tsarevitch Alexeï était toujours en vie. Il fallut dix balles de plus et un coup de baïonnette pour lui faire rendre l’âme. Outre le tsar, son épouse et ses quatre enfants, les bolchéviks ont tué leurs femme de chambre, valet, cuisinier et médecin de famille. Le seul domestique à avoir été épargné fut le jeune aide cuisinier Sednev, renvoyé de la Maison juste la veille.
A l'annonce de l'exécution, les « Rouges » ne cachèrent pas leur satisfaction, pas plus que les « Blancs » leur colère. La grande majorité de la population accueillit la nouvelle dans l’indifférence la plus totale. « Les gens se promenaient dans les rues comme si de rien n’était, écrivait dans ses mémoires le comte Kokovsev, établi à l’époque à Saint-Pétersbourg. Ils n’exprimaient ni chagrin ni compassion. Si quelqu’un abordait le sujet, c’était toujours avec moquerie et méchanceté. »
Les corps de Nikolaï II, de son épouse, de leurs trois enfants et de quatre serviteurs ont été extraits d’une fosse commune en 1991 et identifiés officiellement en 1998 par le gouvernement russe. Une cérémonie d’inhumation a alors été organisée, en grande pompe, à Saint-Pétersbourg. Boris Eltsine y déclara : « Le massacre de Ekaterinbourg représente l’une des pages les plus honteuses de notre histoire. En rendant à la terre les restes de ces victimes innocentes, nous voulons nous purifier des péchés commis par nos ancêtres. La faute en incombe autant à ceux qui ont commis ce crime qu’à ceux qui l’ont justifié pendant des dizaines d’années. Tous sont coupables. »
