Louis-Ferdinand Céline

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Céline
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Louis-Ferdinand Céline (1894-1961, de son vrai nom Louis-Ferdinand Destouches), ou tout court Céline, est un médecin et écrivain français.


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[modifier] Voyage au bout de la nuit

Certains ont analysé le Voyage au bout de la nuit de Céline comme reflet de la "petite bourgeoisie". On sait que cette dernière, si cocardière avant-guerre, voit sa fièvre patriotique redescendre rapidement après-guerre devant une inflation qui anéantit le peu qu'il restait de ses économies. Elle fait le deuil et pas que de ceux tombés dans cette hécatombe, le deuil de se croire au-dessus du panier, elle se sent flouée socialement : le fossé se creuse avec la grande bourgeoisie, les capitaux se concentrent au sein de quelques puissantes banques (on passe à un capitalisme d'actionnaires). La petite bourgeoisie se laisse donc charmer par les radicaux-socialistes (Briand,...) promettant d'empêcher tout nouveau conflit européen et partage dorénavant avec le prolétariat le sentiment de l'insécurité de son sort. La perte de sa "divine sécurité", c'est le monde de Bardamu sans issue.

Au fond, cette classe sociale n'a pas d'idéologie propre, elle n'a été vraiment ni fasciste, ni marxiste, ni nationale-socialiste, elle n'a eu qu'un sens aigu de ses intérêts et de la nécessité de se défendre pour survivre en tant que petite bourgeoisie. Elle a oscillé entre droite et gauche selon ses craintes de ce qu'elle croyait être le danger immédiat. Quand Céline commencera à être honoré pour son Voyage par les gens de Lettres du Tout-Paris, ceux de gauche surtout, il se sent piégé, capté dans l'orbite de la culture des classes dirigeantes, domestiqué. Il a du remords à l'idée que Louis-Ferdinand Destouches a trahi. Il lance un pavé dans la mare avec un pamphlet antisoviétique, Mea culpa, qui choque seulement l'extrême-gauche; alors il surenchérit, par anticapitalisme, dans la veine boulangiste antisémite d'une certaine littérature populaire qu'il réinvente d'ailleurs, ce qui le coupe aussitôt d'une gauche unanimement antiraciste en ces temps d'ascension de Hitler. Ainsi se sentait-il libre de toute attache, hors jeu social.

Juger que Céline est de la petite bourgeoisie, c'est ne rien dire, ne rien comprendre à ce que veut dire la littérature comme intervention pratique sur le monde. Une œuvre véritable dépasse son auteur et a une vie propre. Le texte-hommage « Céline pilote » de Dubuffet (repris dans L'homme du commun à l'ouvrage) botte en touche toute réduction sociologisante de l'écrivain : celui-ci est révolutionnaire par la forme donnée au roman (« On ne répètera jamais assez que l’art est une affaire de forme et non pas de contenu »); il y réconcilie art et peuple séparés depuis la Renaissance, il n'y a là nulle rébellion affectée, avalisée par l'intelligentsia, se donnant beau jeu de critiquer sans remettre en cause véritablement le bien-fondé des institutions.


« Si vous voulez frapper au cœur la caste sévissante, frappez-la à ses subjonctifs, à son cérémonial de beau langage creux, à ses minauderies d'esthète. Celui qui désamorcera une bonne fois les saintes châsses qu'elle brandit comme des sorciers nègres leurs fétiches - ses grands auteurs, sa Joconde, ses chaises Louis XV, sa belle grammaire, sa langue morte stérilisée, tout son fatras de conserves d'ossements qu'elle fait passer pour art et culture - celui qui réussira à faire entrer dans la tête de la queue du train que le vrai art vivant, le seul, et la vraie création inventive est de son côté et pas du chienlit patronné par les ministères, celui-là sonnera le congé de la caste sévissante. Mais la caste sévissante, vous pouvez compter sur elle pour se défendre. » Jean Dubuffet, ibid.


En littérature comme en politique, la question n'est pas s'il y a quelque chose à sauver dans ce qui a été fait avant nous, ou dans quelle mesure se consacrer à des raccommodages ou des compromis honteux: la question posée est celle du destin, qui exige d'autres contenus, d'autres valeurs. C'est en ce sens que l'intempestivité célinienne, se rapprochant de celle de Nietzsche le philosophe-artiste, ne cesse de déranger. Elle nous apprend qu'art et vie ne sont un qu'au sein d'une "grande politique".
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